ACCIDENTS DU TRAVAIL; SECOURS AUX OUVRIERS MALADES OU BLESSÉS
Un ouvrier, employé dans une usine ou sur un chantier de travaux, a le malheur d'être blessé ou de tomber malade : il rentre chez lui ou gagne l'hôpital ; la source de son salaire est tarie pour plusieurs semaines; les petites économies -du ménage passent dans les dépenses des premiers jours et le crédit n'est pas long. Aussi la misère arrive vite, et avec elle le découragement; les mauvaises habitudes se développent en peu de temps chez la femme et chez les enfants ; une famille, honnête jusque-là, peut se trouver entraînée à la ruine matérielle et morale.
A ce tableau douloureux, l'économie politique nous répond que, si l'ouvrier dont nous parlons avait été économe et prévoyant, si par un prélèvement de 5 ou 10 p. 100 sur son salaire quotidien il s'était constitué une réserve pour les mauvais jours, il se fût mis, lui el les siens, à l'abri de la misère.
Parfois même on ajoute que la lutte pour la vie a ses blessés et ses morts et que l'humanité doit subir cette loi fatale.
Tout cela est peut-être vrai en théorie, mais difficilement acceptable en pratique pour qui a vu de près le monde des ouvriers. Us ne sont pas encore parvenus à comprendre qu'il faut dans le salaire considérer deux parts, l'une destinée aux besoins immédiats, l'autre aux besoins futurs, sorte de prime d'assurance destinée à payer le pain du chômage et de la vieillesse. Et puis est-il admissible que le petit ouvrier d'industrie, même parmi les meilleurs, chargé d'une nombreuse famille, puisse aujourd'hui parvenir seul à réaliser des économies sérieuses, capables de le mettre h l'abri de tous les accidents?
Il lui faut absolument le concours de son patron et de la communauté tout entière ; cette nécessité parait avoir été reconnue, dans ces dernières années, par la plupart des gouvernements d'Europe, et nous nous proposons de passer rapidement en revue ce qui a été fait tant à l'étranger qu'en France (1).
(1) Le lecteur consultera avec profit les articles suivants : Proposition de loi de M. Peulevey des 14 janvier 1882 et 26 novembre 1883, de M. Félix Faure du 11 février 1882; Projet de loi .déposé le 13 février 1884 et discuté le 24 octobre ; Projet déposé par M. Bouvier le 24 mars 1885; La liberté des mesures contre les accidents* industriels, par M. Georges Salomon, Compte rendu de la Société des ingénieurs civils de 1882; même Société, mars 1887,