‹ Procédures politiques du règne de Louis XII [i.e. douze]Chapitre 1 sur 348 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

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M DGGG LXXXV.

AVANT-PROPOS

Le règne de Louis XII représente, comme on sait, une période de transition et de réformes dans l’histoire du droit et de la procédure. Respectueux lui-même de la loi plus qu’aucun autre souverain, convaincu que les formalités de la justice sont nécessaires à la liberté, Louis XII a attaché son nom à la grande entreprise de réforme judiciaire commencée ou réclamée depuis trois règnes, et achevée sous son successeur François Ier. De cette époque date la rédaction et des coutumes et des grandes ordonnances qui sont demeurées jusqu’à la Révolution la base de notre ancien droit.

Les pièces que nous avons réunies et que nous publions sous le titre de Procédures politiques du règne de Louis XII comprennent, aussi complets que nous avons pu les établir, les actes des trois procédures les plus importantes du règne de Louis XII et retracent exactement la marche suivie devant les grandes juridictions du royaume à cette extrémité du moyen âge.

Le procès criminel de lèse-majesté intenté en i5o4 à Pierre de Rohan, maréchal de Gié, fut en effet, successivement instruit, et avec un soin tout particulier, devant la juridiction du grand

(l) Ces pièces sont d’ordre et d’intérêt d’autres analysées, d’autres simplement innécessairement fort divers : la plupart sont diquées. reproduites in extenso, d’autres par extraits, /

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u AVANT-PROPOS.

conseil, toute nouvelle alors P), puis devant la juridiction, de droit écrit, du parlement de Toulouse.

Le procès de divorce de Louis XII contre Jeanne de France se développa fort régulièrement devant la juridiction canonique, représentée par trois commissaires spécialement délégués par le pape Alexandre VI.

La petite procédure relative à Anne de France présente le caractère d’une procédure arbitrale.

A une époque mouvementée, où les mémoires contemporains sont rares et partiaux, ces trois séries de documents, qui mettent en jeu tous les personnages considérables du temps, présentent aussi sur bien des points l’intérêt d’une chronique et apporteront aux futurs historiens, on peut l’espérer, un nouveau contingent de renseignements.

Le procès du maréchal de Gié, succombant sous la disgrâce d’Anne de Bretagne et tombant du sommet des honneurs, a fait grand bruit dans l’histoire. Le divorce de Louis XII y tient également sa place, puisque c’est la charte de la réunion de la Bretagne à la France.

Quant aux réclamations d’Anne de France, aimablement écartées par la prudence de Louis XII, elles ont reparu avec un éclat soudain sous le règne suivant, dans les mains du connétable de Bourbon.

Ces trois procédures présentent donc un caractère essentiellement politique et historique.

Le crime de lèse-majesté, dont le maréchal de Gié était accusé, est un crime dont l’histoire se confond avec l’histoire des libertés publiques.

Les procès en lèse-majesté n’avaient pas été rares au moyen âge : mais rien n’était bien déterminé à leur égard, ni la for-

(1) Organisée ou réorganisée par les ordonnances du 2 août 1/197 et du i3 juillet 1/198.

AVANT-PROPOS

mule du crime même qualifié lèse-majesté, ni la peine que ce crime méritait. Ce n’est pas que de grands travaux de jurisconsultes de droit écrit n’eussent déjà expliqué les lois romaines à cet égard et fixé avec précision la procédure applicable en la matière ^ : mais le conseil du roi, ou , a 1 epoque ou nous sommes, le grand conseil, se trouvait désarmé et n’osait pas aller jusqu’au droit romain. C’est au xvic siècle seulement que des ordonnances royales appliquèrent au crime de lèse-majesté une formule plus régulière (2).

A mesure que le pouvoir du roi prit une extension plus grande, le crime de lèse-majesté devint dun emploi plus commun; il fut plus étudié et plus connu. Il devint l’arme régulière de l’omnipotence royale; mais pourtant il conserva toujours dans son application une certaine élasticité qui le rendait d’autant plus redoutable : cc C’est assez que le crime de lèse-majesté soit vague, a dit avec raison un philosophe, pour que le gouvernement dégénère en despotisme, d

Ce crime s’appliquait en effet aux actes attentatoires au droit public, c’est-à-dire au principe d’autorité, et dans ces actes on engloba même les capitulations militaires entachées de lâcheté, crime puni de la peine capitale, les procédures dabus contre les évêcpies et ecclésiastiques, etc.

En réalité, avant le procès du maréchal de Gré, les procédures de lèse-majesté visaient le crime de rébellion ou de trahison. Les criminels étaient condamnés à mort, ou à la confiscation (3), soit

(') Voir le traité III de Bariole , sur la procédure en matière de lèse-majesté.

(î) Dans le procès de Cinq-Mars, nous voyons même le rapporteur soutenir que l’attaque contre un ministre constitue ellemême un crime de lèse-majesté ou de sacrilège, conformément à une constitution des

empereurs Gratien, Valentinien et Théodose, insérée au Code, De crimine sacrilegii.

(3) Robert, comte de Flandre, G. et Pli. de Lannoy, Enguerrand de Marigny, Jourdain de Lisle, Olivier de Clisson, Raoul de Presle, Jean de Montfort, le sire de Mon-

IV AVANT-PROPOS

par le Parlement, soit par le conseil (ou par Tristan lHernute, sous Louis XI). Comme vassaux du roi, ils avaient forfait.

Néanmoins les confiscations prononcées contre eux n’avaient pas un caractère définitif. Au bout d’un certain temps, les biens confisqués étaient rendus, soit aux coupables eux-mêmes rentrés en grâce, soit à des membres de leur famille. Les feudistes estimaient que la confiscation avait une durée normale de dix ans : toutefois nous voyons par l’exemple du connétable de Saint-Pol que le roi ne se croyait nullement tenu par ce délai. Les biens du connétable de Saint-Pol avaient été confisqués en 1/175; ils furent rendus à Marie de Luxembourg en 1/187 seulement. Pendant le temps de la confiscation , le roi ne retenait pas les biens du coupable dans sa main(l): il les « baillait à desserveur suffisant pour gouverner cette chose comme elle doit l’être» ('2>. Aussi, quoique les lettres de don applicables â des biens confisqués ne portassent aucune restriction apparente, les bénéficiaires de la générosité royale n’avaient pourtant rien à dire lorsque le roi reprenait les terres pour les rendre à leur premier propriétaire, ou à ses représentants naturels, ou à quelqu’un de sa famille (3).

Tel était 1 état du droit lorsque, vingt ans après la mort de Louis XI, le ressentiment d’Anne de Bretagne fit imputer au maréchal de Gié le crime de lèse-majesté.

La question posée était la suivante (elle appartient au droit moderne et se présentait pour la première fois en France) :

confisqués. En Guyenne, onn’admeltait point le droit de confiscation.

H Le maréchal de Gié hérita ainsi d’un bon nombre de domaines confisqués, dont il jouit à titre temporaire. Voir ci-après pages 620, 63i, 633.

w Dans cette même affaire de Luxembourg ii en fut ainsi.

tagu, le bâtard Alexandre de Bourbon, le sire de Lesparre, Ch. de Melun, le duc de Lorraine, le duc d’Alençon , J. d’ Armagnac, le connétable de Saint-Pol, Dammartin, Commines , etc.

(l) Stilus curiœ Parlamenti , Paris, i558, pars m, tit. 34. — En Bretagne, le duc avait moins de scrupules et gardait les biens

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«Quelle est la responsabilité d’un premier ministre11* pour avoir donné un ordre préventif contre un coup d’Etat (2) de la reine? Est il coupable du crime de lèse-majesté?»

La reine, froissée, fit tous ses efforts pour entraîner les magistrats du grand conseil à une réponse affirmative. Mais à peine osa-t-on poser cette question ; on évoqua une foule de questions accessoires. Finalement, le grand conseil ayant répondu par un arrêt interlocutoire de mise en liberté provisoire de l’accusé, le roi, en vertu de son droit souverain, évoqua l’affaire et la renvoya juger en pays de droit écrit, au parlement de Toulouse.

Devant ce parlement le procureur du roi fut appelé à exposer toute une théorie du crime de lèse-majesté basée sur la rigueur de la loi romaine, et, par conséquent, à requérir la peine de mort et la confiscation. Les magistrats français de Toulouse ne crurent point pouvoir adopter cette thèse et prononcèrent contre le maréchal de Gié une simple suspension des offices qu’il tenait du roi et un exil de la cour pendant dix ans: peine inévitable en tout état de cause, et mieux proportionnée aux légers méfaits relevés contre lui.

Le roi Louis XII ne paraît pas leur avoir donné tort.

Cette rapide explication était nécessaire pour indiquer la place que tient le procès criminel du maréchal de Gié dans 1 histoire du droit français.

A côté des trois procédures que nous publions, il convient d’en

(') Le maréchal de Gié partageait avec le cardinal d’Amboise la direction du gouvernement, et le cardinal alors était absent.

(*> Par coup d’ État (mot que nous employons ici comme le seul qui résume notre pensée) nous désignons un acte qui n’eût pas été, à proprement parler, coupable,

mais irrégulier. Le roi allait mourir : on accusait le maréchal de Gié d’avoir donné des ordres pour empêcher la reine d’enlever sa fille et de la mener en Bretagne. La reine se serait dérobée ainsi au royaume pour marier sa fdle avec un prince étranger. Elle aurait agi irrégulièrement.

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rappeler deux autres, analogues, dans le fond et dans la forme, à la procédure que nous donnons relativement à Anne de France : il s’agit du règlement de deux anciennes affaires demeurées pendantes pendant tout le règne de Charles VIII et que Louis XII fit honorablement régler par voie d’arbitrage dès le début de son règne, les affaires du duc de Lorraine et du vicomte de Rohan.

Le duc de Lorraine, héritier naturel du dernier roi de Sicile, Charles d’Anjou, réclamait la Provence et les autres domaines légués par son auteur à la couronne de France. Le l’oi, fort de son titre légal, parfaitement régulier, et des vœux de la Provence, avait déclaré l’union de la Provence à la couronne®.

Pour en finir avec les réclamations incessantes du duc de Lorraine, Louis XII constitua dès son avènement ® un tribunal arbitral pour examiner l’affaire : ce tribunal donna absolument raison® au roi.

L affaire du vicomte de Rohan demanda plus de temps et plus de peines.

Le vicomte de Rohan, chef de sa maison, par contrat du 10 février 1 A 5 4 w, avait épousé, fort jeune, Marie de Rretagne, fille du duc François Ier®.

(1) Voir Ordonnances des rois de France , t. XIX, p. 677.

m Beileforêt raconte que Je duc de Lorraine consentit à assister au sacre de Louis XII , mais qu’il fit très mauvaise figure. Le roi l’emmena à Vincennes , où ils eurent de longues conférences.

(>) Voirie résumé de cette affaire, publié sous ce titre : Adjudication du comté de Provence a Louis XII, roy de France , contre les prétentions de Rene , duc de Lorraine , d’après une chronique anonyme, dans Godefroy,

Histoire de Louis XII, p. 177; deux mémoires à ce sujet, dans Godefroy, Histoire

de Charles VIII, p. 476 et 483. Cf. Saint- Gelais; Gauffridi, Histoire de Provence, pages 38o et suiv.; dom Calmet, Histoire de Lorraine, Preuves, t. III; Commines, édition Dupont, t. Il, p. 293, Bibl. nat., ms. Dupuy ig5 et 3o2 ; Arch. nat. P. i363’, coté 1186, etc.

(1) Voir sur le vicomte de Rohan la Notice manuscrite de dom Morice, à la bibliothèque de Nantes.

w Bibl. nat. , fonds français, ms. 2a34o , f. i55. — Ms. de dom Morice, à la bibl. de Nantes, n“ 1807, p. 262, 263, 274,

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vu

Cette alliance l’avait tellement enorgueilli que, toute sa vie durant, il nourrit plus ou moins ouvertement la pense'e de monter sur le trône ducal de Bretagne Il en résulta pour le vicomte de Rohan une existence plus mouvementée qu honorable. Trahissant tout le monde, tiraillé sans cesse d’un parti à l’autre, il lui fallait ensuite tout faire pour rentrer en grâce auprès du duc(2) ou solliciter bien humblement la miséricorde du roi(3).

La France, tant qu’elle y eut intérêt, soutint le vicomte, qui se trouva servir sa cause plus efficacement sans doute qu’il ne l’aurait voulu; mais, après le mariage de Charles VIII avec l’héritière de Bretagne (4), le vicomte de Rohan, ayant manifesté l’intention de se parer du titre de duc de Bretagne, reçut du roi une défense absolue d’y prétendre à l’avenir (s). Le vicomte alors abandonna sa chimère, mais il réclama comme héritier pour sa part des ducs de Bretagne : i° les acquêts du duc François Ier, comprenant les terres de Montfort-l’Amaury, du Gavre, de Champtocé et d Ingrandes, de Roche-Morice, de Mimbriac et de bougeres; 2 les meubles de la succession, évalués à deux millions dorl°'.

Après beaucoup de pourparlers et de prorogations, Louis XII parvint enfin à passer, le 2 1 décembre i5oo, un accord avec le vicomte de Rohan, aux termes duquel on instituait pour juger l’affaire en premier et en dernier ressort une commission arbitrale

P) Quoique, par les termes même de son contrat de mariage, il fut déchu de tout droit à cet égard.

<2> Voir notamment Pélicier, Essai sur le gouvernement de la dame de Beaujeu, p. 229, Bibl. nat., ms. fr. 2234o, f. 223, 245, 247 et suiv., ms. fr. 2922, f. 4o et 43 , et la notice de dom Morice.

« Voir notamment aux Archives nationales, reg. MM 759, p* 8o5; à la Biblioth. nat., fonds français, ms. 2234o, f. 178

et suiv., 196 et suiv., 223, 228, et suiv.

(4) Nièce du vicomte de Rohan.

IS) Voir notamment A. de la Borderie, Louis de la Trémoille et la guerre de Bretagne en ii88, p. 97, et L. de la Trémoille, Correspondance de Charles VUE P- 260.

<•) Isabeau d’Écosse , sa belle-mère , morte à Auray en 1499, l’avait institué son exécuteur testamentaire et son légataire universel. ( Ms. de la bibl. de Nantes 1809, p. 109, 1 24.)

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composée de G. de Rochefort, chancelier de France, Louis d’Amhoise, évêque d’Alhi, Thibault Baillet , président au parlement de Paris, Philippe Baudot, conseiller au grand conseil, Jean Calloët, chantre de Cornouaille, Alain Marée (ou Marcé), sénéchal de Rennes, Hugues de Bauza, archidiacre de Briançay en Poitou (choisi par le roi comme arbitre pour sa part, au lieu de l’évêque d’Autun précédemment désigné), et de Guillaume Le Bigot, sénéchal de Guérande.

Cette commission, le 1 1 septembre i5oi, après plusieurs enquêtes, rendit sa sentence motivée (l).

Elle déclara incorporées au domaine et inaliénables les seigneuries que réclamait le vicomte de Rohan; mais elle adjugea au vicomte la moitié des meubles de la succession du duc de Bre¬

tagne, soit un million d’or, à la valeur de l’époque.

Cette solution ne satisfit pas encore le sire de Rohan et l’affaire ne fut définitivement réglée qu’en 1 5 1 3 (2).

Le volume que nous publions comprend donc les trois procédures ouvertes par ordre du roi contre le maréchal de Gié, contre Jeanne de France et à l’égard d’Anne de France.

C’est un devoir pour l’auteur de rappeler ici qu’il n’a pas été seul à entreprendre et à poursuivre ce recueil. MM. Picot, Luce, de Boislisle, membres de l’Institut, le secrétaire du Comité des travaux historiques, M. Anatole de Barthélemy, le regretté M. Jules Tardif, ont, comme commissaires successifs, examiné, apprécie et vérifié à leur tour les éléments divers dont se composaient les trois dossiers. L’auteur doit aussi rappeler que M. G. Desjardins a bien voulu accepter la charge de commis-

Archives do la Loire-Inférieure E 1 82, La sentence du 1 1 septembre est une pièce de 892 lignes; le parchemin a près de sept pieds de haut.

W Voir dom Lobineau, Histoire de Bretagne, t. II, col. i555, 1571; Dom Morice, Preuves, t. III, col. 849, gi4.

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saire responsable de cette publication. M. Billotte, chef du premier bureau du secrétariat au Ministère de l’Instruction publique, a présidé à l’exécution matérielle avec toute la sollicitude qu’on lui connaît, et M. Maître, archiviste de la Loire-Inférieure, a eu l’obligeance de vérifier une dernière fois, sur les pièces originales confiées à sa garde, les épreuves du Procès du maréchal de Gié pour lesquelles cet examen pouvait sembler utile.

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non ai.k.

INTRODUCTION

Il est nécessaire, pour l’intelligence du texte qui va suivre, d’entrer dans quelques détails sur la personne du maréchal de Gié et sur les faits qui donnèrent lieu contre lui à une accusation de lèse-majesté.

Ces faits sont peu connus et n’ont pas été exactement racontés.

Pierre de Rohan, sire de Gié, plus tard duc de Nemours, vicomte de Fronsac et de Châtellerault, pair de France, baron de Sablé, Mayenne-la-J uhel , la Ferté-Bernard et Nogent-le-Rotrou , seigneur haut justicier du Verger, seigneur de Baugé, de Ghâteau-du-Loir, de la Gacilly, la Motte-Glain , Frontenay, etc., comte d’Ariano, marquis de Vasto-Ammone, etc., en Italie, capitaine d’Angers, d’Amboise et de Granville, maréchal de France, président du conseil du roi, généralement connu sous le nom de maréchal de Gié, était un simple cadet de la famille de Rohan-Guéménée, branche cadette elle-même (1> de la maison de Rohan en Bretagne PI. Par sa mère, Marie de Montauban, il était petit-fils du célèbre amiral de Montauban, l’ami et le collaborateur de Louis XI <3>.

Parti d’une situation modeste, Pierre de Rohan dut à son adresse, à l’habile emploi des influences de sa famille, à la confiance qu’il in-

tl) Le sire de Guéménée devait l’hommage au vicomte de Rohan ( Arch, nat. , MM 758, f. 357) : il ne devint baron de Bretagne qu’en i486 , par le don que fit le duc François II à Louis II de Guéménée, frère aîné du maréchal, de la baronnie de Lanvaux. (Bibl. nat., ms. fr. 2234o, f. 2 1 4. ) Il avait toutefois le privilège, depuis 1 420, de porter, dans les assemblées, la couronne du duc ( ibid f. 102) et de

s’asseoir k gauche du duc. (Arch. de la Loire-Inférieure, E 126.) En 1 432, il fut dispensé du ban et arrière-ban. [Inventaire des litres de Rohan, bibl. de Nantes, ms, 1809, p. 63, 66, 497 etsuiv.)

0) Arch. nat., MM 709; Godefroy, Histoire de Louis XII; dom Morice, etc.

<!) P. Anselme , t. IV , p. 80 et 8 1 ; Bibliothèque nationale, ms. fr. , nouv. acq. , 3o65, f. 289.

spira successivement à tous les rois, enfin à son loyal dévouement pour la France, d’arriver peu à peu aux sommets du pouvoir, au comble de la grandeur et de la richesse.

Très brave soldat dans sa jeunesse, puis capitaine prudent et solide sur le champ de bataille, il prit part à presque toutes les guerres : en Italie, il sauva Charles VIII à Fornoue. Mais c’était surtout un homme de conseil, un politique, un diplomate: nourri à l’école de Louis XI, il se montra toute sa vie fidèle à la grande tradition politique des hommes lormés dans ce giron : actif, patient, froid, jaloux de ne rien laisser aux hasards de la fortune, toujours enclin aux voies diplomatiques plutôt qu’aux procédés violents, ami des moyens sûrs, pratiques, ellîcaces, totalement étranger à la renaissance de chevalerie que vit tout à coup éclater, sous l’influence d’un jeune roi , le règne de Charles VIII, à ces brillants entraînements qui ont entouré le nom français d’une immortelle auréole de bravoure, mais qui ont coûté aussi, sous les trois règnes de Charles VIII, de Louis XII et de François Ier, bien des épreuves, bien des périls, bien des déboires, bien des pertes stériles. A la tête des armées, le maréchal de Gié apportait son tempérament de conseiller et de diplomate, son esprit méthodique, un perpétuel souci du lendemain. Brave, comme LouisXI, quand il le fallait, on eût dit qu’il cherchait à ne point le paraître, tant il mettait à prépaie! les solutions certaines le meme soin que bien d’autres capitaines apportaient à saisir les solutions éclatantes. Comme Anne de Beaujeu, du reste, il avait les délauts de ses qualités : s’il aimait pour sa patrie d'adoption les réalités palpables, les résultats, il les aimait aussi pour lui-même. Jamais il na manqué une occasion de s’enrichir; son avidité et son ambition personnelle ne connaissaient guère de bornes. On lui a reproché des concussions, des pillages dans les guerres d’Italie : c’est Là une calomnie; mais ce qu’on ne niera pas, c’est qu’à ses yeux chaque service méritait un salaire immédiat; tous les dons, toutes les faveurs materielles qu’il croyait pouvoir obtenir de la générosité du prince, il mettait son crédit en œuvre pour les absorber sur-le-champ. A ce trait on reconnaît encore un des fruits de l’éducation de Louis XL

INTRODUCTION

Louis XI ne croyait pas aux hommes et ne leur connaissait qu’un mobile, l’intérêt : c’est par l'appât du gain et en les gorgeant de libéralités qu’il prétendait leur inspirer un dévouement absolu, une obéissance sans limites. De fort bonne heure Louis XI avait distingué les dispositions de Pierre de Rohan et il s’était plu à les cultiver; avec son cynisme habituel , il disait qu’il fallait remplir le jeune maréchal de Gié , car c était un et grant avaricieux, qui amoit l’argent n (l>.

On reprochait aussi au maréchal de Gié une certaine tendance despotique, qui, malgré sa souplesse à la cour, lui inspirait au dehors des allures hautaines. Ce défaut, que Louis XI ne supportait pas, faillit, dès le début de sa carrière, arrêter l’essor du jeune courtisan (2), et à la fin il devait lui devenir funeste lorsqu’il se développa dans l’exercice du pouvoir. Le maréchal se fit ainsi, dans les plus hautes sphères, des ennemis cachés qui manœuvrèrent perfidement et qu’il fut fort étonné tout d’un coup de voir se lever et se liguer contre lui à l’heure même où il se croyait tout-puissant, et où quarante-deux ans de loyaux services semblaient lui assurer une position inattaquable. Ce fut une des causes de sa ruine retentissante.

Ces imperfections ne peuvent, aux yeux de l’histoire, diminuer l’intérêt qui s’attache au maréchal de Gié. Breton d’origine, descendant de l’illustre Du Guesclin, le maréchal a consacré sa vie entière à servir une cause dont nous ne pouvons méconnaître la grandeur et qui fut la raison d’être de sa carrière, la réunion de la Bretagne à la France. Il a pu mériter le reproche d’être bon Français et mauvais Breton il se montra tel en effet; ce fut le secret et de sa rapide élévation et de la chute extraordinaire dont nous allons indiquer les principaux incidents.

Pierre de Rohan tenait de près en France à deux des principaux feudataires, le sire Alain d’Albret, fils de Catherine de Rohan, et le

<0 P. 2 kh de ce volume. (3) Mémoire anonyme sur Charles VIII,

<’> P. i3o, 200, 201, 244 et 3o 4 de ce dans Cimber et Danjou, p. 5i8. volume.

comte d’Angoulême, fils de Marguerite de Rohan W. Par sa mère, Marie de Montauban, petite-fille de Bonne Visconti il était parent du roi<3) et du duc d’Orléans, fils de Valentine Visconti W.

Son père, fils de Catherine Du Guesclin M, et par conséquent petit-

tl) Voici comment :

Jean Ier, vicomte de Rohan, épousa

i° Jeanne de Léon.

Alain VIII, vicomte de Rohan et de Léon.

Alain IX, qui eut trois femmes et quatorze enfants.

De ces quatorze enfants, l’un fut Jean II, vicomte de Rohan; une autre, Beatrix, fiancée, le 28 novembre i4i8, au fameux Giles de Rais, mourut jeune; Jeanne, fiancée en i432 et 1 433 (Bibl. nat. , ms. fr. 2 2 34 0, f. 121, 122) à Jean d’Angoulême, deuxième fils du duG d’Orléans, épousa François de Rieux, et sa sœur cadette, Marguerite, épousa, le 3i août 1449, Jean d’Angoulême (voir à ce sujet ms. de Nantes 1809, p. 66, 67, 70, 73,74, 77); Catherine épousa Jean de Dinan et, en secondes noces, Jean d’Albret, vicomte de Tartas; cette dernière fut mère d’Alain d’Albret.

20 Jeanne de Navarre, petite-fille du roi de France Philippe III.

Charles de Rohan , sire de Guéménée.

Louis 1er de Guéménée.

Louis II. Pierre, Hélène,

maréchal de Gié.

<) Bibl. nat., ms. fr. q‘a34o, f. 59, 66, y3, 1&9.

Bonne Visconti était proche parente de la reine Isabeau de Bavière et avait été mariée par elle. (Bibl. nat. , ms. fr. 2234o, f. 59, 66 et 73.) Voici le tableau de cette parenté :

Étienne Visconti.

Barnabo V.

Carlo V.

Bonne Visconti,

épousa Guillaume de Montauban.

, Tbadée,

épousa Etienne de Bavière.

Isabeau de Bavière.

Galéas V.

Jean Galéas V.

Valentine Visconti, épousa Louis d’Orléans , grand-père de Louis XII.

(4) U était cousin germain de l’amiral de Gra ville, fils de Marie de Montauban (ms. de Nantes 1809, p. 72,78,267, 269) et élevé, comme le maréchal de Gié, par son oncle l’amiral de Montauban. La famille d’Amboise était également alliée aux Rohan par le mariage de Jeanne de Rohan, veuve

du comte du Perche (Robert d’Alençon) , avec Pierre d’Amboise, vicomte de Thouars.

(s) Bibl. nat., ms.fr. aa34o,f. 37, et 22332, f. 3 i,3a , 5i (contrat de Catherine Du Guesclin, en date du 10 mars i4o5). Catherine mourut en i46a. (Ms. de Nantes 1809, p. 85.)

INTRODUCTION

fils du connétable, était gouverneur de Nantes W et chancelier de Bretagne, chancelier tout-puissant d’ailleurs avec l’aide de son beau-père Jean deMontauban et du frère de Jean, Arthur de Montauban, par les yeux duquel le duc de Bretagne voyait tout W. Malheureusement, le meurtre odieux de Giles de Bretagne, frère du duc, vint soulever la Bretagne entière (3) contre les Montauban et les forcer M à s’expatrier W ; le chancelier Louis de Guéménée suhit le contre-coup d’un attentat qu’il n’avait pu ignorer (6) : il dut résigner ses fonctions à l’avènement, du duc Pierre IIW,

(1) H prêta serment en cette qualité le 2 5 mai i444. Il devint chancelier en 1 4 4 5 , en 1 44g ambassadeur en France, et figure dans l’armée bretonne au siège de Fougères , en novembre 1 4 4 g . ( Dom Morice et p. 6 1 6 . )

(3) Le procès du maréchal de Gié contient une très intéressante enquête sur ces faits dramatiques, où la culpabilité des Montauban est nettement établie. Cette enquête témoigne du sentiment d'horreur qui s’empara alors de toute la Bretagne. Les maîtres d’école même parlaient du crime à leurs enfants, soit aux écoles primaires de Vannes, soit aux écoles supérieures de Saint-Pol-de-Léon ; d’un bout à l’autre de la Bretagne ce n’était qu’un cri d’indignation (p. 4o2 , 4io , 4i 1). Ce crime n’avait qu’un mobile : enlever à Giles de Bretagne, au profit d’Arthur de Montauban, une fiancée , que Giles, du reste, avait enlevée lui-même au sire de Gavre , et qui était la grand héretiére (p. 4oo, 4o3) d’un pays qui n’en comptait guère. Selon les uns, Françoise de Dinan avait 1 0,000 livres de rente (p. 4 1 3 ) , selon d’autres, 3o,ooo (p. 495), plus vraisemblablement 22,000 ( p. 4 00 ). Elle détestait son ravisseur (Preuves de l’Hist. de Bretagne, t. II, c. i522), et l’on insinua même sa connivence avec les meurtriers (p. 4o6. Cf. Arch. de la Loire-

lnférieùre ,Ei8oetE222). — Le martyre de Giles de Bretagne dura quatre ans. Après sa mort, Françoise refusa d’épouser Arthur

(4) Après la mort du duc , Arthur n’eut que le temps de confier à Louis de Guéménée une somme de 2,000 saluts, dont on ne put rentrer en possession qu’après sa mort. (Ms. de Nantes 1809, p. 111.) Il échappa avec peine à la justice du roi de France (p. 4o6) et vécut de la manière la plus misérable. Il se fit enfin célestin , et Louis XI , après avoir vainement essayé de le faire investir de l’abbaye de Redon, le nomma archevêque de Bordeaux. Ses complices furent décapités (p. 4oo, A01, 4o5, 4o6, 4 1 1 , 4i5), sauf Gaspern, qui se trouva clerc (p. 396), et Robert d’Espinay, qui obtint un sursis.

(TV. de l’Hist. de Bretagne, t. II, c. i554.) — (V. aussi Arch. de la Loire-Inférieure, E 42, Bibl. nat. , ms. fr. 2234o, f. 1 4g ; Arch. nat., MM 759, f. 71 5.)

<s) P. 3g2 à 417; Histoire de Bretagne, t. II, p. 3o-35; et Preuves. Cf. Arch. de la Loire-Inférieure, E 180, E 22s, E 42.

m V. h lit. — Le secrétaire de la chancellerie donna sa démission pour ne pas participer à ces actes.

<’> Il assista aux États de Vannés en i45i et 1 4 5 5 , au couronnement du duc

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xv m

C'est dans ces circonstances que le maréchal de Gié vint au monde, en 1 45 1 (1), à Mortiercrolles ''2>, en Anjou.

Son père, marié à une femme indigne, mourut en 1 45 7, empoisonné par elle (3), et laissant un testament où il exhérédait cette femme et la privait de la tutelle de ses enfants. Marie de Montauban, un instant inquiétée*4), réussit à échapper à la justice bretonne, justice toujours peu expéditive lorsqu’il s’agissait d’atteindre des gens puissants, et même à se remarier avec Georges de la Trémoille, seigneur de Craon. Son nouveau mari, parfaitement au courant des périls de son hyménée, finit par faire enfermer sa femme*5),. qui mourut dans un cachot en 1/176 *6).

Marie de Montauban prétendit d’abord faire annuler le testament*7) de son mari et garder la tutelle de ses trois jeunes enfants, Louis,

Arthur lit en 1A57; le 27 décembre i454, comme procureur du vicomte de Rohan, il signa les contrats de mariage du fils de celui-ci avec Marie de Bretagne et du vicomte lui-même. (Ms. de Nantes 1809, p. 271.)

(1) P. i45 et 107 4. — De plus, il vint en France, à l'âge de dix ans, retrouver son grand-père Jean de Montauban (p. 1 45 ) : or, il dut y venir dès 1 45 1 ou 1 452 (p. 237, il dit qu'il a quarante-deux ans de service). D’autre part, tous les historiens, et même des mémoires manuscrits contemporains que dom Morice dit avoir vus dans les archives de Soubise, le font naître en 1 4 55 ou 1 45 4. Cette date est universellement admise (Cf. l’abbé Georgel , Réponse à un écrit anonyme intitulé : Mémoire sur les rangs et les honneurs de la Cour, p. 56), et nous l’avons suivie dans nos notes 1, page 623, et 1, page 65i. En réalité, 1 45 1 paraît plus exact.

■’ Commune de Saint-Quentin, canton de Craon (Mayenne).

(>) Ms. de dom Morice, bibl. de Nantes,

ms. 1807. Ce manuscrit, que nous aurons quelquefois à citer, a été rédigé par dom Morice à partir de 1732, d’après les documents recueillis par lui aux archives de Soubise, disparues depuis lors. Il contient d’assez nombreuses erreurs. L’auteur comptait le reviser, la mort l’en empêcha. Une partie des papiers de dom Morice existe à la Bibliothèque nationale (ms. fr. aa34o, etc.) et aux Archives nationales (MM 758- 7S9)-

(i) Elle figure encore dans un acte de 1474. (Ms. de Nantes 1809, p. 287.)

w Ses serviteurs furent décapités (p. 2 8 1 , 396, 4o3).

,6! P. 281, 3g6, 4o3. — On ouvrit une enquête contre le sire de Kéradreux à ce sujet en i458. Le vicomte de Rohan assassina en 1479 Kéradreux, coupable encore de bien d'autres méfaits.

i,) Surtout pour les stipulations financières, et ici la Coutume lui donnait raison. Le jugement du conseil maintint l’interdiction de la tutelle et la garde des enfants à la cour (p. 61 4-6 16).

INTRODUCTION

Pierre et Hélène : le vicomte de Rohan les avait recueillis et il les retenait, comme chef de la famille, au château de Blain; d’un autre côté, le sire de Pont-l’Abbé*1), tuteur testamentaire, les réclamait avec d’autant plus d’ardeur qu’il comptait marier à son fils la jeune Hélène de Guéménée*2!. Le duc de Bretagne profita du conflit de ces divers intérêts pour faire venir à Nantes! les trois enfants *3*. Pierre de Rohan demeura ainsi jusqu’à dix ans *4) à la cour de Bretagne, mais il ne put conserver de son pays d’origine que d’assez mauvais souvenirs.

Cependant Jean de Montauban, son aïeul maternel, exilé*5) et mécontent, s’était réfugié près d’un autre exilé *6) , d’un autre mécontent, sur lequel son esprit sagace fondait, non sans raison, les plus grandes espérances, le dauphin Louis. Le 2 5 juillet 1 4 6 1 , Charles VII expirait; le 3 août, Jean de Montauban devenait amiral de France et grand maître des eaux et forêts *7); peu de temps après, il arrivait triomphalement en Bretagne comme ambassadeur du roi Jjouis XI et recevait du duc une pension de 1,100 livres*8 *). L’amiral consentit au mariage de sa petite-fille avec Pierre de Pont-l’Abbé ® , se fit instituer curateur général de l’aîné de ses petits-fils*10), qui devait nécessairement rester dans son pays, et garda en France avec lui le cadet Pierre*11). On sait que l’amiral de Montauban joua auprès de Louis XI un rôle important

(1) Le sire de Pont-l’Abbé passa ensuite au service de ia France. En 1 468 , le duc l’institua tuteur du vicomte de Rohan, Jean II. (Ms. de dom Morice, f. 118.)

(!) Déjà fiancée avec lui depuis i454.

(4) P. i45,6i4-6i6. — Le douaire de

Marie de Montauban fut réglé par contrat

du i5 octobre 1 45g. En i45y, Charles VII

abandonna aux enfants de Guéménée le revenu de moitié de leurs terres en Normandie.

(Ms. 1809, p. 272, 275.)

(s) Quoique moins compromis (p.4oo. —

Contra, p. 4o8, 4n). Jean fut même, avec

Guéménée , un des exécuteurs testamentaires du duc et nominalement conservé dans ses

charges. Il fit la campagne de Guyenne peu après, puis il disparut secrètement (p. 3g6 , 4n, 4 1 5 , 4i6).

(6) A Bruges (p. 61 5).

<’> Il fut, peu après, ambassadeur en Castille. (Arch. nat., MM 769, p. 703.)

(8) Ou 1,200, et, de plus, unfouage sur chaque feu deBretagne.(Arch. nat., MM 7 5 9, p. 684, 685, 689-6gi;ms. 1809, p. 276.)

[s) P. 6 1 7 . — -Le sire de Pont-l’Abbé était ambassadeur avec l’amiral; en 1 4 64 , il reçut quittance de sa tutelle; il devint curateur après la mort de l’amiral. (Ms. 1 809-, p. 86 , 88, 89.)

(,0) P. 6 1 8. Cf. ms. 1 809 , p. 85 , 86 et 2 77 .

et qu’il passait pour partager ardemment la haine du roi contre les grands vassaux M; il mourut au mois de juin <2> 1 A66 <3b

Louis XI conserva volontiers à la cour le jeune Pierre, alors âgé de quinze ans, et chercha d’autant plus à se l’attacher qu’il n’épargnait rien pour débaucher, pour attirer à lui le plus grand nombre possible de seigneurs bretons, à commencer parle vicomte de Rohan (4). Pierre de Rohan fut admis à coucher dans la chambre du roi (5> et ne quitta jamais sa personne : en 1/172, à l’âge de dix-neuf ans, il se trouvait conseiller du roi, chambellan et capitaine de Blois *6).

Les cadets vivaient rarement en bonne intelligence avec leurs aînés, surtout lorsqu’ils étaient réduits par eux à une portion modeste W ; tel était le cas de Pierre de Rohan , affamé de désirs et fort à court de réalités <8). Son frère aîné avait vu, pendant la guerre du Bien public,

(I) C’est lui qui commença à retirer et pratiquer les personnages de Bretagne à la cour de France(\>. 282),- — ce qui le faisait appeler en Bretagne traître et déloyal, — et qui , au dire des Bretons , apprit au maréchal de Gié ces mauvaises complexions ( p. 282).

(!) Et non en mai, comme on l’a dit d’après le P. Anselme (p. i45, note).

<3) P. 62 0. — Pierre de Rohan est nommé dans son testament, dont il résulte qu’il habitait avec son aïeul. Dom Morice indique par erreur ce testament comme du 18 avril.

(,) Que plusieurs historiens ont confondu avec Pierre de Rohan. (On a confondu aussi avec le maréchal Pierre de Rohan-Pontchâteau, seigneur de Quintin, son cousin.) — Cf. Cabinet des titres, Rolian, payement du 27 janvier 1 470-1471, et Bibl. nat., ms. fr. 2718, et 2234o, f. 178, 180, 1 84 ; Brantôme, édition Lalanne, t. II, p. 336 (lettre de Louis XI, relative au vicomte de Rohan). Le vicomte de Rohan avait passé au service de la France pour échapper à ses créanciers, en 1470. 11 recevait du roi une pension de 6,000 liv. (Cabinet

des litres, Rohan, payement du 27 janvier 1470-1471.) Cf. Bibl. nat., ms.fr. 2234o, f. 178, 180, i84, et'ms. fr. 2718.

P. 620 et 622.

(7) Louis de Guéménée avait laissé des meubles d’assez grande valeur et les terres de Guéménée (acq. en i446), la Roche- Perrien (acq. en i37g) et la Roche-Moisant (acq. en i38o) en Bretagne, Condé-sur- Noireau, Tracy, Vassy, Saint-Vigor-des- Monts, Carentan (acq. en i4i6) en Normandie, Gié en Bourgogne, Mortiercrolles, la Morelière et quelques terres en Anjou. Mais, en Bretagne, les cadets n’héritaient pas (p. 2 43).

(8) b Simple puisné, non ayent aucuns biensmeublesneheritaiges.n P. 243, 282 et 372. Le 26 janvier 147B-1476 seulement , Gié obtint de son frère une première allocation : en Bretagne, la Gacilly (achetée par Louis, en i466, pour 12,000 écus d’or), et en Normandie, Carentan (cette dernière terre est appelée dans quelques actes Gié en Carentan ou Carentan en la

INTRODUCTION

ses domaines de Bretagne séquestrés par ie duc(l), sous prétexte de sympathie pour la France : aussi en 1/172 s’était-il hautement déclaré pour la Bretagne et pour son prince. Le roi saisit habilement cette occasion de se rattacher définitivement Pierre, en confisquant les biens que possédait Louis de Guéménée en France et en les lui attribuant ». Pierre de Bolian conserva quelques années ces biens situés en Normandie, jusque vers l’époque où son frère lui reconnut divers domaines, notamment la petite seigneurie de Gié en Champagne <■’>. En même temps Louis XI, pour l’aider à vivre, ajoutait un supplément de 1,200 livres à ses gages de capitaine (4).

Aussi Pierre s’ingéniait- il à rendre de petits services au roi : il s’attache, il lie sa fortune à la destinée de deux courtisans raffinés, le sire du Bouchage et l’évêque d’Albi <5>. Il écrit au roi (6> , avec le ton mystérieux d’un jeune homme qui fait ses premières armes dans la diplomatie : ctSyre, g’ay été averty que la dame que savez dyt que c’est besoing que parlés au persognaige dont yl est questyon. . . n Quelle était cette dame W? Quel était ce personnage?. . . et il signe : «Escript de la main de celuy qui vous cuplve rompre ses laytres apres les avoayer veues. d Le prudent Louis XI 11’a point détruit cette lettre, car, à part cette phrase peu compromettante , elle ne contient que des protes-

partiede Gié, pour la distinguer de la vicomté de Carentan , qui appartenait au roi et que les Rohan acquirent seulement au xvi" siècle. (V.ms. 1809, p. 279, 286, 328 et autres.)

(') Déclaration du 7 juin i46S (dom Morice). Restitution de i466 (ms. 1809, P. 88).

(*> P. 620 et suiv. ; Pr. de l'Hisl. de Bret., t. III, c. 3o 2.

<3> Cette seigneurie était affectée aux cadets et aux veuves. (Bibl. nat., ms.fr. 2 2 33 2, f. 44, et 2234o, f. 87; Mém. de la Société arch. de l’Aube, année 1878, t.XLII,p. 363 , Précis. . . par M. l’abbé Paul Chauvet.) — Gié, venu en 1 3g8 à Jeanne de Navarre, femme de Jean de Rohan, par héritage de

Blanche de Navarre, valait 600 liv. de revenu (p. 189) et la taille 112 livres (M. Chauvet).

(•> Et le secrétaire Bourré. (Ms. suppï. fr.

1 99 v" et 206.) — Toute sa vie le maréchal de Gié resta intimement lié avec le sire du Bouchage. Il nous reste plusieurs lettres fort cordiales du maréchal à son ami. (Bibl. nat., ms. fr. 2911, f. 16; 2928, f- 62 et 66; 2929 , f. 25 et 39.)

(’> La comtesse d’ Armagnac ?... Gié resta toute sa vie très favorable à la famille d’ Armagnac. — Le sire du Bouchage sollicita , au contraire, une part des dépouilles des d’ Armagnac. (Bibl. nat., ms. fr. 2908,6 7.)

talions de dévouement et des soHiéitations ardentes : trSyre, ge vous suplye de vous vouloyr travaler quelque peu pour moy, comme ge me quyde ayse travalé pour vous depuys que vous vys premyerement, et comme yl vous pleut me dyre a mon partement d’avesques vous.»

En 1/173, Pierre fait brillamment ses premières armes militaires au siège de Lectoure, où l’on admire sa bravoure M et sa générosité (2), et au siège de Perpignan, où sa bouillante ardeur l’expose aux plus grands périls <3). On commença dès lors à l’estimer et à le juger capable de notables services W»

Au mois d’avril 167/1, le roi le met en évidence en l’adjoignant à une commission judiciaire et militaire chargée d’aller, sous la direction du sire du Bouchage, écraser une révolte de la ville de Bourges et frapper les coupables de peines rigoureuses, exemplaires. Le roi attachait le plus grand prix au succès de cette mission, dont il ordonnait lui-même tous les actes W; Le 12 mai, en adressant des instructions au sire du Bouchage , il ajoutait : « Touchant la diligence que M. de Gyé a fete, vous l’en mercirez de par moy, et lui dictes que s’est bien raison qu il ait sa part du prouffit, puisqu’il a fait si bonne diligence. »

Chaque année, à cette heureuse époque de la vie de Pierre de Rohan, marque une étape nouvelle de sa fortune et lui apporte un nouveau tribut de faveurs royales.

Encore en 1676, le roi fait Pierre de Rohan chevalier de l’ordre W.

(l’ Il fut grièvement blessé au bras. (Dom Morice, d’après des Mémoires manuscrits contemporains. )

J) U détendit plusieurs femmes contre la fureur du soldat. (Bibl. nat. , ms. fr. , nouv. accf. 3o65. — Dom Morice, d’après un récit contemporain qu’il dit avoir vu dans les archives de Guéménée.) — Cependant on sait qu’il en échappa bien peu. (V. Godefroy, WsL de Charles VIII, p. 427; Jean de Troyes, Gaguin, Belcarius. . . )

( Deux fois il fut entouré par l'ennemi et sauvé à grand’peine par les Français.

(Dom Morice, d’après des Mémoires manuscrits ; Bibl . nat. , Cabinet des titres, Rohan; Arch. nat., MM 758.)

(i) Lhermite de Soliers, dans Cimber et: Danjou, t. II, p. 53.

I‘) Correspondance de Louis XI, Bibl.

nat. , ms. fr. 2908. — V. le récit détaillé de cette importante affaire, dans Baynal, Hist. du Berry, t. III, p. 109 et suiv.

(S) Il en porte le titre depuis lors. Nous avons inséré p. Ga5 une lettre de Louis XI au comte de Dammartin qui nous paraît s appliquer à Gié, bien que Louis XI dise :

INTRODUCTION

Quelque temps après, il lui remet, à lui et à son frère ainé, le montant d’une petite amende encourue par eux W.

En 1475, nous trouvons Pierre à la tête d’une compagnie de quarante lances, pour l’entretien de laquelle il recevait de la trésorerie des guerres une somme annuelle de i4,88o livres Depuis le ier octobre 1474, sa pension avait été élevée à 2,000 livres^.

Obligé de reprendre à Pierre les terres de son frère ainé pour les rendre à Louis de Guéménée , compris dans la paix qui venait de se conclure avec la Bretagne W, le roi prépare à son jeune favori un ample dédommagement.

Pierre de Rohan se trouvait alors en Brie, où il tenait garnison ». Le roi en fit un ambassadeur et l’envoya en Bretagne à la tête d une mission, composée du sire de la Molière, chambellan, et de Jean de Vignole, conseillerai! parlement; il s’agissait de faire ratifier par le duc de Bretagne la paix dernièrement conclue et de lui en faire jurer l’exécution sur les reliques de saint Gildas, de saint Hervé et de la Vraie-Croix M, ce qui eut lieu le 5 novembre 1 475.

La partie la plus délicate et, sinon la plus importante, du moins la plus difficile de la mission pour le jeune ambassadeur consistait dans la remise d’une lettre personnelle de recommandation que le roi lui avait accordée (1) pour le duc de Bretagne (s).

Les riches mariages étaient un des grands moyens d’action du roi Louis XI et un de ceux peut-être qu’il préférait pour encourager la

t M. de Rohan », comme s’il s’agissait du vicomte de Rohan, et parle de biens délaisse's en Bretagne. En 147a, le vicomte de Rolian pensait déjà à abandonner le roi, qu’il abandonna en effet, et Louis XI voulait le retenir. La lettre peut s’interpréter dans ce sens. D’un autre côté, Louis XI parle de la famille de Rohan en termes qui semblent bien s’appliquer à un cadet.

o P. 626. — Le reg. de 1474 manque aux archives du Palais de justice de Rouen. On voit parlàque Louis deGuéménée était

rentré en grâce près du roi, qui cependant ne lui avait pas encore rendu ses domaines.

<2) Rôle des lances ordinaires de 1475, Bibl. nat. , ms. fr. 2906.

|4> Traité de Senlis. TV. de l’Hisl. de Bret., t. III, c. 290, 2g4.

(5> Bibl. nat., ms. fr. 26715, n° 246.

<6> P. 63o. Cf. Bibl. nat., ms Dupuy, 751, f. 42.

fidélité de ses serviteurs, car cette récompense-là ne coûtait rien : ce qu’il en a accompli ne saurait s’exprimer, les uns étranges, les autres passables. Gare aux veuves opulentes, aux orphelines riches, à toutes celles qui dépendaient du roi ! Aucune considération humaine ni même divine, disait-on, ne l’arrêtait: on cite jusqu’à deux femmes déjà mariées qu’il aurait violemment enlevées à leurs maris pour les faire épouser à deux de ses serviteurs, Josselin du Bois et le sire de PonthriantW. Pierre de Rohan avait vingt-quatre ans: il avait jeté son dévolu sur une orpheline de Bretagne, Françoise de Penhoët, vicomtesse de Fronsac, héritière d’une des plus illustres familles du pays et d’une fortune de cinq à six mille livres de revenu W (environ 3oo,ooo livres de rente de notre monnaie).

Cette jeune fille vivait sous la garde de deux curateurs, ses seuls appuisW, un cousin, Olivier de Coetmen, et un oncle, Pierre de Penhoët, archidiacre de Plougastel, à qui elle faisait une petite pension de i oo livres.

Françoise de Penhoët aurait dû encore posséder la vicomté de Fronsac, près de Libourne; mais cette terre, importante surtout par son château fort*4) et par sa situation stratégique sur les frontières de la Guyenne, dont on la considérait comme une des clefs (5), se trouvait, par suite des événements, dans les mains du sire de Comminges®.

Il entrait fort dans les plans de Louis XI d’aller chercher en Bretagne une des rares héritières du pays pour la donner à quelqu’un de ses serviteurs, et charger le duc de Bretagne lui-même de cette négociation était le comble de la perfection. Le duc n’osa rien refuser à un ambassadeur qui lui apportait la paix 7 . Olivier de Coetmen 7' ne

(1) V. notre livre : Jeanne de France, duchesse d'Orléans, p. 54 et 6o.

(s) Et des châteaux de Penhoët et ta Motte- Glain (ou la Motte-Gleen), p. i46, a44, 628. — C’e'tait une situation au moins ëgale a celle de Louis de Guémënée , sinon meilleure (p. ü4y).

(ï) Sa mère , Marguerite Pëan , était morte

depuis peu, car elle vivait encore en 1473. (Ms. 1809, p. 284; cf.p. 286.)

(4) Son revenu valait 1 , 1 00 livres ( p. 367). (5> P. 638.

(,) Sur ce personnage important, cinquième fils de Roland de Coetmen et de

INTRODUCTION

pouvait que se montrer heureux de faire en même temps sa cour et au duc et au roi, fortune peu commune assurément, et de s’attacher un favori déjà puissant®. Bref, le 20 janvier 1/176, le duc de Bretagne fit célébrer au château même de Nantes la signature du contrat de son ancien sujet passé au service de la France®.

Le mariage de Pierre de Bohan fut heureux, et l’histoire n’aurait rien à reprocher à Louis XI s’il n’eût accompli que celui-là.

Blonde, de taille moyenne, le type très breton, la figure fine, un peu longue, agréable sans beauté véritable®, Françoise de Penhoët mena toujours une vie fort retirée M et ne marqua pas beaucoup dans la vie publique de son mari : mais celui-ci, jusqu’au dernier jour, ne cessa de s’exprimer sur son compte en termes respectueux et empreints d’une réelle affection ®.

Pierre de Bohan ne quittait guère le roi ®; en 1 ^7 5 , il lui rendit un

Jeanne de Penhoët, V. p. 997; An. de Barthélemy, Généalogie historique des sires de Coetmen, p. 10; Væsen, Catalogue du fonds Bourré, bibl. de l'École des chartes, i884, p. 5 1 3 , etc.

(1) De cette époque date sans doute l’intimité du maréchal de Gié avec Olivier de Coetmen, intimité si connue qu’Olivier fut un moment compromis dans la chute du maréchal, en i5o4. Olivier de Coetmen, du reste, ne s’en trouva pas mal : homme d’armes de la garde du roi en 1471 (ms. suppl. fr. 6990, f. 201), il devint conseiller, chambellan , capitaine d’une compagnie de cent lances , gouverneur d’Auxerre ; il resta Breton de cœur néanmoins et il offrit un des premiers ses services au duc d’Orléans sous la régence d’Anne de Beaujeu ; il devint ensuite grand maître de Bretagne.

(2) P. 628 et suiv. — Plusieurs des amis de la fiancée tinrent à y faire inscrire leurs noms pour constater la part qu’ils y avaient prise. Il était rédigé en termes fort avantageux pour le futur époux : Françoise assu¬

rait à Pierre la survivance de la moitié de ses biens meubles, le tenait quitte de toute dette antérieure au mariage, lui donnait le tiers de ses biens immeubles, gagé sur la terre de la Chapelle-Glain : stipulations réciproques, du reste, qui eussent été plus tard en faveur de Françoise de Penhoët, mais qui, pour le moment, n’étaient avantageuses qu’à Pierre de Rohan.

<3) Portrait de Fr. de Penhoët sur les vitraux de l’église du Verger (Montfaucon, t. IV, pl. 26, n° 2. — Portefeuilles de Gaignières, f. 102 à 106.) Le maréchal et ses trois enfants étaient également peints sur ces vitraux , où la tenue modeste de F r. de Penhoët contraste singulièrement avec la somptuosité des vêtements du maréchal.

m V. notamment le langage de Louis XI , qui menace d’envoyer le maréchal ven sa maison, veoir sa femme», p. 200.

• (s) P. 688 et 779.

,V. not. p. 63 1 . Cf. ms. suppl. fr. 6985, f. 3ai; 6983, f. 246; 6988, f. 87.

I'MMERIE NATIONALE.

m, PROCÈS Dü MARÉCHAL DE GIÉ.

petit service que Philippe deComminesasoin de faire sonner bien haut h), parce que lui-même y prit part. Au moment des pourparlers de la paix avec l’Angleterre, les Anglais, festoyés par le roi à Amiens, ne tardèrent pas à affluer dans la ville avec une telle abondance que l’on put craindre pour la sûreté de l’armée française et de la place. Le roi envoya Commines prier les capitaines anglais de retirer leurs hommes, puis il dépêcha Gié après Commines. Les deux jeunes gens entrèrent ensemble dans la ville et bientôt ils se rassurèrent en constatant l’état des soldats anglais, les uns ivres-morts, les autres criant et chantant à tue-tête (‘2).

L’année même de son mariage, le n octobre 1Û76, Pierre de Rohan, âgé de vingt-cinq ans W et déjà chevalier de l’ordre, reçut le bâton de maréchal de France W, que le roi retira, pour le lui donner, au vieux maréchal Rouault i * 3’‘l.

En même temps il met ordre à ses affaires et obtient enfin de son frère aîné un règlement satisfaisant de l’héritage paternel (6). Dès lors , l’arrondissement de ses domaines paraît devenir la principale préoccupation du jeune maréchal ; il y réussit à merveille, comme dans toutes les entreprises de cette époque heureuse. La tête du connétable de Saint- Pol , coupable de félonie , venait de tomber sur l’échafaud ; la confiscation de ses biens immenses et la chute du duc de Bourgogne ouvraient un bel

(1) Éd. Dupont, t. I, p. 367.

Il y avait 9,000 Anglais. On plaça aux portes 200 ou 3oo Français.

(3) Il assura plus tard qu’il avait déjà commandé en chef à cet âge : trConduxerat plures armatas. . . pluresque victorias. . . obtinuerat ... s P. 5 1 7 .

(,) Avec une compagnie de cent lances.

(P. 244 et autres.)

(s) Banni par arrêt du 17 mai 1476.

V. ms. suppl. fr. 6983, f. ia3, 1 34. — P. 1 3 1 -, Pr.de l’Hist. de Bret. , t. III , c. 3 o 2 . — C’était déjà une des grandes dignités de l’armée; il n’y avait que trois maréchaux.

(,) Pr. de l’Hist. de Bret t. III, c. 3o3. — Ce règlement comprenait aussi le règlement

de l’héritage de la mère du maréchal , morte en 1 47 6 , et de Catherine du Guesclin , morte en 1 466. Anne de Kérenrais , veuve de l’amiral de Montauban, ne mourut qu’en i5o3 (ms. 1809, p. 1 33). Le maréchal ne reçut en Bretagne que la terre de la Gacilly (p. 1 47 ) , en Champagne Gié , en Normandie Carentan , dans le Perche la Béhardière, en Anjou Mortiercrolles, le Mas, l’Hôtellerie-de-Flers, en Poitou Tarteron et Soulanges (toutes terres fort médiocres). La sœur du maréchal obtint aussi à très grand’peine le règlement de son partage et seulement par acomptes successifs, en 1 463 , 1 468 , 1471, 1478, i48o et même en i4g8. (Ms. 1809, p. 279, 281, 283, 289, agi, 309.)

INTRODUCTION

horizon à l’avidité des courtisans. Le maréchal de Gié, pour sa part, hérita de la terre de Marie , érigée en comté depuis 1 U 1 5 , et de la moitié du comté et du château de Soissons M. Fort peu de temps après (janvier 1 A 7 7) , le nouveau comte de Marie reçut dans les mêmes conditions tous les domaines confisqués, citant deçà que delà de la rivière de Somme 11, sur Philippe de Croÿ, sire d’Arscot, comte de Porcien<2), domaines qui comprenaient tout le comté de Porcien , que Charles IX érigea en principauté en 1567, les seigneuries de Croÿ, de Bar-sur-Aube , etc.

Le roi ne se lassait pas de remplir le maréchal: il détacha encore du domaine royal la ville , château et vicomté de Vire, en Normandie, et la lui donna

C’était aller bien loin et violer la règle de l’inaliénabilité formelle du domaine royal, si sagement posée parles ordonnances. Quant aux premières libéralités, on ne pouvait en critiquer que l’étendue, puisque le roi usait d’un droit, en attribuant à qui bon lui semblait des biens confisqués, attributions toujours essentiellement précaires, du reste, et révocables le jour où le roi prononçait la restitution des mêmes domaines à leurs propriétaires naturels.

Le parlement opposa une vive résistance à l’enregistrement de ces ordonnances successives; il fallut des injonctions réitérées, absolues, personnelles du roi pour. en triompher W.

En 1Ù77, nouveaux dons du roi : en février, des châteaux de Ham et d’Oisy ; en mars, des seigneuries de Bohain, Beaurevoir et autres (51; le 22 juin, de moitié des amendes du diocèse d’Embrun

En même temps le maréchal faisait valoir les incontestables droits de sa femme sur la vicomté de F ronsac indûment donnée jadis au comte

<’> Ou Château-Porcien, près de Rethel.

<3> P. 63i-634; Bréquigny, XVIII, 263a65 ; Arch. nat. , P 23oo, f. 287 et 365.

O) Rréquigny; Bibl. nat., Cabinet des litres, Rohan , notice manuscrite.

(s) Blanchard, Compilation chronologique.

— Le comte du Perche vendit, le 3i janvier

i4 8 0, diverses terres au maréchal (ratification du roi du 3i janvier i48i; ms. suppl. fr. 6989, f. 5).

Ms. de Nantes 1809, p. 289.

(7. La vicomté de Fronsac avait été apportée en dot au siècle précédent par Jeanne d’Albret (fille de Raimond d’Albret, vicomte de Fronsac, et de Jeanne de la Marche),

de Comminges par le duc de Guyenne ®. Le conseil du roi reconnut i’exactitude de ses prétentions ® : toutefois la possession de Fronsac présentait une telle importance au point de vue militaire ® que Louis XI ne voulut pas, dit-il, s’en dessaisir W, et, par voie de transaction, abandonna® au maréchal la seigneurie® de Fontenay-le-Gomte®, dans le bas Poitou®. Dès lors, le maréchal, qui ne devait pas tarder à devenir capitaine d’Angers et qui recevait 8,000 livres de pension®, se constitua une maisorC® sur le pied des plus grands seigneurs; hier encore simple

femme de Guillaume de Penhoët, trisaïeul direct de Françoise de Penhoët. Le père de Françoise en avait été remis en possession, après l’expulsion des Anglais , par arrêt du parlement, le 18 mai 1 46 1 ; mais le commandant de la place, le sire de Gamaches, refusa de la rendre sans un ordre exprès du roi, rr disant qu’elle estoit très dangereuse, qu’enfin il avait ordre du roi de ne la remettre qu’à lui-même», et cet ordre n’arriva pas. Le conseiller chargé de l’exécution eut beau le sommer de rendre la place, Guillaume de Penhoët ne put y rentrer. Charles, duc de Guyenne, remit Fronsac au sire de Comminges, auquel le roi en maintint la jouissance après le retour de la Guyenne à la couronne (27 juin 1473 et mai 1474, Bibl. nat., Chartes royales, t. XVIII, p. 187; suppl.fr. 6980, f. 80; 6983, f. 444; 6985, f., 26,4 v°).

<I! Chartes royales, t. XVIII, p. 187.

ll) Ou plutôt le sire de Comminges réclamait et le roi lui confirma Fronsac encore en i48o. (Ms. suppl. fr. 6g85, f. a65 v", et 6980, f. 80.)

!S> En toute propriété, avec droit de justice haute, moyenne et basse, patronages, colombiers, etc.

M On a dit par erreur que ce contrat

attribuait au maréchal la gabelle de Marie. Le roi put abandonner cette gabelle au maréchal , mais nous n’en avons pas trouvé trace.

m (Vendée), qu’il ne faut pas confondre avec Frontenay (Deux-Sèvres), que posséda également le maréchal. (Maichin, Hist. de Saintonge, p. 16 4, et ci-après.)

(s) Ordonnance de décembre 1477, enregistrée en février 1478-1479 seulement (p. 635-64o. Cf. Arch. nat. X" 9817, f. 69 et 99). D’après le P. Anselme, l’échange aurait été arrêté dès le 1 1 décembre 1476 et conclu le 2 4 décembre 1477. Cet échange ne paraît pas avoir été avantageux au maréchal de Gié, dont le droit, appuyé sur une possession plus que séculaire et des titres certains , était indéniable et qui réclamait en outre les revenus de Fronsac depuis i46i, soit 2 0,000 livres (environ 5oo, 000 francs). Le maréchal accepta l’échange, mais il désira toujours rentrer en possession de Fronsac. (V. une lettre chaleureuse du chancelier Doriole pour l’enregistrement de cet accord , ms. suppl. fr. 6985, f. 1 3 1 .)

1,1 Rôle des pensionnaires du roi, Bibl. nat. , ms. fr. 2900 , f. 7 : r Monsieur de Gyé, vm m. livres.» Auf. 8 on trouve ; rrPierre, nions1 . de Rohan , » inscrit poura,ooo livres : il s agit ici de Pierre de Rohan-Pontchâteau, fils d’Alain IX et de Péronnelle de Maillé.

(I0) P. 1 3o, art. XIV.

INTRODUCTION

cadet, il eut ses pages M, ses ménestrels® et un contrôleur de la Chambre des comptes ® exclusivement chargé de la gestion de ses domaines Le maréchal se fixa en Anjou ®, an château du Verger®, qu’il acheta ®, et au château de la Motte-Glain, sur les frontières de la Bretagne. L’Anjou venait de faire retour à la couronne de France: le maréchal rendit le château de Vire au roi, et, grâce à la munificence royale, il obtint en échange® une partie des domaines personnels du feu roi de Sicile : la seigneurie de Baugé®, divers bois'"31, tous les biens meubles du

<*> Compte de 1678, Bibl. nat. , ms.

fr. 2908. Mention d’un page du maréchal de Gié, nomme' Baraton, qui reçoit du roi une gratification de six écus. Les Baraton étaient bretons. L’un d’eux, Olivier Baraton, était gentilhomme de la maison du roi. (Bibl. nat., ms. fr. 2906, f. 4o.)

Catalogue des archives de Joursanvault , p. 1 ho , n° 8a5.

(3) Nommé Jouvelin, délégué par lettres patentes en date de Saint-Fiacre-en-Brie, le h août 1I178 (ms. 1809, p. 290).

(1) Dom Morice, ms. de Nantes 1807, p. h 12. Les Guéménée jouissaient en Bretagne d’un privilège analogue (Arch. nat., MM 759, p. 897; ms. 1809, p. 436 : Enquête de 1526, devant les juges de Hennebont , pour constater la possession de ce droit par le sire de Guéménée). Cf. Bibl. nat., ms. fr. nouv. acq. 3o65, p. i55.

(5> V. not. un ordre de laisser passer en franchise son poisson et celui de sa femme , ainsi que celui du roi. (Arch. de la Loire- Inférieure, E 1 53.) Le maréchal parait avoir accompagné le roi en Anjou en 1477.

<e> Le château du Verger est situé à Seiches, près d’Angers. Fortifié en i44i, par Pierre Chabot, bourgeois d’Angers, il passa par héritage à la nièce de Pierre Chabot, Vvonne Chabot; le mari d’Yvonne, Etienne Le Camus, le vendit au maréchal. La sei¬

gneurie du Verger dépendait de la châtellenie de Baugé : elle comprenait un château , quatre métairies et un moulin. Le maréchal y ajouta quelques terres. Elle avait appartenu antérieurement à la famille Du Guesclin.

m Pour 4,3oo écus d’or, le 9 mars 1482. (C. Port, Dictionnaire historique de l’Anjou, t. III, p. 684.) Sa pension sur la recette de Languedoc avait été réduite de 1,200 à 1,000 livres en i48o (Bibl. nat., ms. fr. 2906, f. 9), comme toutes les autres.

(8) Avec une lettre conçue dans les termes les plus flatteurs et les plus chaleureux. Louis XI rappelait que le maréchal avait été nourri près de lui dès sa plus tendre enfance , qu’il l’avait servi dans ses plus grandes affaires, etc. (p. 64 1).

<s> P. 64 1, 644-646; Arch. nat., J. qhq, n° 12 ; ms. 1809, p. 291; X“g3i8, f. 88 (lettre missive de Louis XI, communiquée par M. Væsen); Chopin, De dominio libero, liv. III , lit. xvi , n° 5. Ces terres valaient moins , mais le maréchal fit stipuler un dédit de 5o,ooo écus d’or en cas de reprise. La santé du roi déclinait ( V. Commines , 11 , p. 2 1 5 ) et le maréchal prévoyait ce qui allait se passer.

(10) Les Bois-le-Roy ou bois de Latan , les bois de Monnays (depuis lors forêt du Moulinais) avec la seigneurie de Mouliherne et le buisson de Coudray. . — P. 647; Guill. Blanchard, Compilation chronologique, t. I;

xxx PROCÈS DU MARÉCHAL DE GIÉ.

roi de Sicile et toutes les tapisseries qui ornaient ses châteaux ('h Le nouveau maréchal se multipliait d’ailleurs au service de son maître. II faisait en i â 77 la campagne de Picardie avec deux vieux soldats, le maréchal des Querdes et le comte de Dammartin. Dannnartin voyait alors son étoile pâlir, sa faveur diminuer. Avec un tact parfait, le jeune commandant®, avant d’entrer en campagne, voulut en quelque sorte recevoir de lui son investiture et lui fit demander l’épée

Notice manuscrite. — Le maréchal , croyonsnous , avait espéré davantage ; il dut se flatter d’obtenir la vicomté de Châtellerault (Arch. nat.,P i34o, 4 98 et 4g8 iis), qui ne valait pas moins de 4o,ooo livres tournois (La Mure, Hist. des ducs de Bourlon, t. III, p. 2 3o), car il s’en fit nommer gouverneur et il en reçut les titres de propriété; mais le roi donna Châtellerault à sa fdle Anne de Beaujeu en U82, et dès le 3i décembre 1 48 1, il ordonna au maréchal de rendre les titres de propriété : il chargea même le bâtard Jean d’Harcourt de se les faire livrer (ms. 1809, p. 292). Le maréchal dut s’incliner, et, en conséquence, il se fit remettre les titres, comme le montre l’acte suivant :

«Inventaire des Chartres , lettres , comptes , acquits et autres enseignemens qui ont esté trouvez tant ou coffre du trésor des lettres du feu roy 'de Sicille, conte du Maine. . ., comme en la chambre des comptes dudit feu seigneur. . . , touchant la viconté, terre et seigneurie de Chastelleraud. s

Suit l’inventaire de ces pièces, en un cahier de 6 fol. de papier, terminé par le reçu suivant :

«Nous, Pierre de Rohan, conte de Marie et de Porcien, seigneur de Gyé, mareschal de France, certifiions a tous a qui il appartendra nous avoir receues par les mains de Pierre Noir, nostre serviteur, toutes les Chartres, comptes, lettres, acquitz et autres enseignemens spécifiiez et declerez en l’inventaire auquel ces présentes sont annexées ,

et nous ont esté baillez et délivrez ainsi qu’il a pieu au roy nostre sire le ordonner et commander par ses lettres patentes signées de sa main données a Thouars le derrien jour de décembre ranMCCCCIllIXXet ung , attachées audit inventaire. En tesmoing de ce, nous avons signé cesdites présentes de nostre main , le xi' jour de janvier, audit an M CCCC I1II XX et ung. Pierre de Rohan, h

(1) P. 64 1 , 644. Sur ces tapisseries, V. Lecoy de la Marche, Extraits des comptes et mémoriaux du roi René, p. 176 et suiv. Le roi René avait expressément légué à la cathédrale d’Angers sa principale tapisserie , appelée l 'Apocalypse , tapisserie que cette cathédrale possède encore. A la mort de Charles d’Anjou, l’évêque d’Angers avait élevé des prétentions surles autres tapisseries. Louis XI lui écrivit le 17 juillet (sans doute 1 48a ) : «M” d’Angers, baillez la tapisserie de broderie et tout le surplus du meuble qui sont dedans l’hostel de Baugéa M. le mareschal « (cité par M. Sailland, La cathédrale d'Angers, p. 49). Dom Morice vit les tapisseries du roi René conservées encore en 1732 au château du Verger (p. 4i2 de “son manuscrit). Le maréchal ne s’en tint pas là et en fit faire lui-même d’admirables (Bibl. nat., fonds Gaignières, portef. vu, n” 97,98,99, 100, 101; Montfaucon, Serouxd’Agincourt).

(!) Il était à la tête de 1,200 lances. V. le compte dans les Pr. de l’hist. de Bret. , t. III , c. 35o.

INTRODUCTION

qu’il avait si souvent honorée. Dammartin la lui adressa avec une lettre toute pleine de la plus cordiale bienveillance (l).

C’est ainsi qu’à coté du maréchal des Querdes, le maréchal de Gié se vit appelé à défendre pendant bien des années notre frontière du nord contre des forces souvent très supérieures. Il y débuta par un coup d’éclat. La ville d’Arras, tout en négociant avec le roi, attendait, pour se déclarer nettement contre lui, l’arrivée d’une colonne de renforts que préparaient secrètement les Bourguignons. Cette colonne , formée de mille hommes de pied et de cinq cents hommes de cheval, traversait les plaines qui entourent la ville , lorsque tout à coup , de 1 extrémité de l’horizon , fond sur eux avec violence une petite troupe de cent cinquante lances : les Bourguignons sont surpris, culbutés avant d avoir pu se remettre de leur surprise, dispersés, écrasés: en un clin dœil six cents d’entre eux mordent la poussière, le reste est fait prisonnier ou s’enfuit de toutes parts. C’était le maréchal de Gié , qui , accompagné seulement des sires du Lude et du Fou, avait aperçu le mouvement et avait compris la nécessité de tout risquer pour empêcher coûte que coûte cette force imposante de se renfermer dans Arras1'"'. Quelques joürs après, le roi, au comble de la joie, entrait lui-même à Arras par la brèche. Mais ce hardi coup de main est un fait presque isolé dans

(l> Cimber et Danjou, 1. 1, p. 60 : n Monsieur ie maréchal, mon neveu Vigier m’a dit que vous aviez volonté d’avoir une épée que j’ai. Je voudrais bien avoir meilleure chose de quoi vous eussiez envie, car vous en profiteriez, si homme en profitait; mais je veux garder un précepte du feu roi, à qui Dieu fasse paix, qui ne voulait point qu’on donnât à son ami chose qui piquât. Je l’envoie donc h Monsieur de Bajaumont, qui vous la vendra six blancs, dont il fera dire une messe en l’honneur de Monsieur Saint-Georges. Si j’étais homme à qui l’on dût faire savoir des nouvelles, je vous prierais que vous m’en fissiez savoir; mais je

ne suis pas pour le présent du nombre des gens de bien. J’écris au roi touchant la garde de cette place * ; je le voudrais bien supplier, s’il n’y met d’autres gens, de vouloir bien m’en décharger, car je fais doute d’y faire mal ses besognes et les miennes. Je prie Dieu, Monsieur le maréchal, qu’il vous donne ce que vous désirez.»

<s) nlls vous les festoyèrent si bien qu’il en demeura plus de six cents sur la place, et de prisonniers ils en amenèrent six cents dans la cité. . ,; le reste gagna la fuite.» (Lettre de Louis-'XI publiée par M. de Barante , Histoire des ducs de Bourgogne ^ t. VII, p. 273.)

* Le Quesnoy.

la vie du maréchal : le reste du temps il se consacre au labeur obscur des marches et des contre-marches, harcelant l’armée ennemie, fortifiant et ravitaillant selon les besoins, tantôt une place, tantôt une autre. Louis XI dut goûter particulièrement cette prudente tactique, si conforme à ses propres principes, dans la difficile campagne de 1/179, °ù Ie maréchal des Querdes risqua bien inutilement la bataille de Guinegate et se fit battre par son défaut de sang-froid.

Suivant son habitude, le maréchal de Gié ne perdait pas de vue la cour. Nous le trouvons encore en 1/177 chargé par le roi avec le chancelier Doriole de recevoir les ambassadeurs de Bretagne et de conclure la paix ; il mène à bonne fin cette négociation , malgré la duplicité du duc; la paix est conclue W.

En 1/180, sa sagacité subit une terrible épreuve. Il se trouvait à Chinon auprès du roi, avec Louis et Charles d’Amboise® et le sire du Lude, quand Louis XI, subitement frappé d’apoplexie, perdit connaissance : il fallut que ces quatre conseillers, réunis dans une chambrette au-dessous de la chambre du malade, expédiassent d’urgence les affaires pendant dix ou douze jours, jusqu’au rétablissement du roi, et d’un roi « avec lequel il falloit charrier droict! Le crédit du maréchal n en fut pas atteint : Pierre, au contraire, se trouva plus en faveur que jamais, ce qui n’arriva pas à tous ses compagnons!4), et, le 21 septembre 1/182, Louis XI mourant 1 invita à assister® aux recommandations dernières qu’il voulait adresser à son fils ®.

^ ; Ratification du 27 juillet (Bréquigny, t. XVIII, p. 278). Cf. ms. s. fr. 6988, f. 87.

(!) Gouverneur de Bourgogne, frère de Louis d’Amboise, évêque d’Albi.

(I) Commines. tr Nous faisions, dit Commines, peu d’expéditions en attendant la fin de ceste malladie. »

(,) Louis XI disgracia, sous le plus Mie prétexte , selon Connûmes , deux de ses chambellans : Gilbert Grassay, sire de Champé- 1-oux, depuis fort mêlé à tous les événements de guerre sous Charles VIII, et Jac¬

ques de l’Espinay, sire de Segré, breton, parent et ami du maréchal de Gié. Segré revint en faveur sous Charles VIII, puis fat encore disgracié.

<5) Parmi les personnages institués ainsi en quelque sorte les exécuteurs testamentaires de Louis XI Gié figure au deuxième rang; le sire de Beaujeu vient seul avant lui, et après lui viennent l’archevêque de Narbonne, les sires du Bouchage, de Précigny, du Plessis-Bourré, etc.

(d) Godefroy, Histoire de Charles VIII,

INTRODUCTION

Le maréchal de Gié avait trop de finesse pour ne pas se préoccuper de T avenir; il était entré en relations intimes avec des princes aujourd’hui fort disgraciés, fort tenus à l’écart, mais qui, le lendemain de la mort du roi, devaient nécessairement reprendre un rôle actif et peutêtre prépondérant, le duc d’Orléans W, le sire d’Albret. Le vieux roi paraît s’en être aperçu W et en avoir conçu quelque ombrage (3>. Le maréchal, pour échapper à l’orage, alla passer quelques jours dans ses terres et réussit à apaiser le roi : il était à la cour le jour de la mort de Louis XI, et, avant même que Louis eût rendu le dernier soupir, ii écrit au sire d’Albret W pour lui annoncer l’événement et le presser d’arriver. Le roi venant d’expirer, il rouvrit sa lettre et y ajouta en post-scriptum la nouvelle <5h

On sait quellês difficultés de toute sorte, quelles intrigues de toute

p. 3 10. Le texte porte : trie comte de Marie, mareschal de France,» qualifications que Godefroy attribue à tort à Robert de Bar. (Cf. suppl. fr. 6g85, f. 320.)

(1) P. 675, déposition de Gié, et autres. — Le roi se méfiait fort de Louis d’Orléans et lui avait fait prêter serment formel de ne point entretenir de relations avec le duc de Bretagne. Gela n’avait pas empêché Louis d’envoyer son chambellan, le sire de Montagu, au duc de Bretagne dès le mois de décembre 1482. (Bibl. nat., Cabinet des titres, Orléans, t. XII, 824.) Le maréchal était déjà le confident de Louis , qui examinait avec lui comment ttil se pourrait deffere» de son mariage.

(!> 11 dit au sire du Bouchage que le maréchal rtenoit haulte maniéré et quelque gorres contre lui. Mais il ne s’ensuit pas que Louis XI ait voulu , comme on l’a dit (p. i3o et 244), faire trancher la teste au maréchal. Le roi, en ce moment-là, était d’une méfiance extrême. Le maréchal est présent au conseil en août et septembre 1 483. (Bréquigny, t. XIX, p. 4, 5a, 60.)

Peut-être ne fut-il pas satisfait de l’ordonnance qui réunit Châtellerault à la couronne.

(i) Le sire d’Albret était pourtant mal depuis 1476 avec le vicomte de Roban, son oncle, qui avait eu un procès avec sa mère (Areh. nat., MM 759, p. 735 à 787; ms. 180g, p. 99), et peu sympathique à Louis XI, qui n’avait cherché qu’à l’humilier (Jeanne cle France, p. 59) et à lui faire du mal (Barante, Hist. des ducs de Bourgogne , l. VII, p. 298, lettre de Louis XI).

(s) Kerwyn de Lettenhove, Lettres et négociations de Philippe de Commines, t. III, p. 88. Voici le texte de cette curieuse lettre , tirée des archives des Basses-Pyrénées :

r Monseigneur, il est besoing que faites diligence de vous en venir, car il est temps que vous serviés, vous et vos serviteurs et amys , et soyés sûr que , en vous attendant . vous aurés un serviteur la partout où je suis.

ttil est besoing que vous envoyés devers monseigneur de Comynes, afin que par votre moyen il se range avec vous et avec

nature (li assiégèrent dès les premiers jours la régence d’Anne de Beaujeu: on pouvait se demander si une femme de vingt-deux ans, toute nouvelle aux affaires, retrouverait le génie de son père pour en triompher, si elle aurait la force de maintenir dans de justes limites une réaction irrésistible, de refréner des vassaux triomphants.

Le maréchal attendit les événements (2) : membre, dès le premier jour, du conseil de régence M, il assiste peu aux séances et se cantonne visiblement dans son rôle de soldat M. Il ménage ouvertement les princes et prend part à toutes les mesures de conciliation : il contresigne la nomination du duc de Bourbon au poste de connétable de France, la restitution des biens confisqués à la famille d’Armagnac (6); il accompagne, avec le sire d’Albret, le duc d'Orléans à une entrée solennelle que celui-ci crut bon de faire alors à Orléans quelques jours à peine après la mort de la reine mère (morte le ier décembre) (7).

C’était l’heure où toutes les libéralités consenties par Louis XI

p. 65 1, et du 19 février suivant, ms. 1809, p. 5i4).

<3> N. Valois, Bill, de l’ Ecole des chartes , 1 882 , p. 600. Cf. Instructions de Louis XI, Godefroy, p. 309. Louis XI recommandai!

de garder ses serviteurs. Ii n’y eut au début que douze membres du conseil de régence.

w Procès-verbal des séances , publié par Dernier. — Cf. Bréquigny, t. XIX, p. i54, 157, 280, 282, 287, 289, 290, 3o8, 3io, 3i4 (octobre et mars), i45, i63, 170 , 172 , 217, 260; de Maulde, De l’organisation municipale..., p. 47; Arch. nat. , JJ 2i3, n° 74.. . .

(t) V. not. Catalogue des archives de Joursanvault, n° 826, p. i4o.

(t) Bernier; Godefroy, p. 389; Cf. Bréquigny, t. XX, p. 288; Godefroy, p. 6 1 4 ; Bibliotb. nat., ms. fr. 2919, f. 5i, 88, 92 , etc.

Arcli. municipales d’Orléans, Compte de ville de i483.

vos amys; car, en ce faisant, ce n’est chose dont le seigneur qui est a présent ne vous soit tenu et obligé , pour ce que vous entendés bien que monseigneur de Comynes autant peut servir que homme de ce royaume de son estât.

« Monseigneur, faites la meilleure diligence que vous pourrés, priant a Dieu qu’il vous doint ce que plus désirés.

«Escript ce xxx' d’aoust.

«Nôtre maistreest alléa Dieuaujourd’huy, qui est samedy, environ dix heures de nuyt.

«Monseigneur, si vous faites jamais diligence, failes-le a présent.

«Vostre serviteur et neveu, Pierre de Rohan 1.

(1) \. Jeanne de France, p. 1 4 4-i A7.

(i) Lien entendu, il fut confirmé dans son office de maréchal ( lettres patentes du 8 septembre 1 483 , Fr. de l’Htst. de Bret. ) et dans le commandement d’une compagnie de cent lances ( lettres patentes du 20 novembre ,

INTRODUCTION

disparaissaient sous la censure de l’opinion publique et des corps constitués : on les annulait (1), on rendait les biens confisqués. Le maréchal écrivit à la Chambre des comptes une lettre personnelle fort instante pour essayer de sauver ® sa seigneurie de Baugé ® : dépossédé des biens de la famille de Croÿ, que l’on rendit à leur propriétaire, il obtint en échange une rente viagère sur la vicomté de Mortain en Normandie (4).

Bientôt on comprit que la plus grosse partie allait se jouer du côté de la Bretagne. La querelle rappelait la guerre du Bien public; elle semblait une nouvelle étape de la lutte engagée entre la royauté et les grands tenanciers du royaume; plus tard elle devait prendre un caractère plus aigu et plus périlleux, lorsque, faisant un appel désespéré à toutes ses ressources, la Bretagne ne craignit pas d’appeler à son aide l’étranger, l’Anglais, l’Allemand, au risque de voir démembrer la France; mais pour le moment il ne s’agissait encore que de disputes intestines, que d’une lutte de pouvoir entre la royauté absolue, appuyée sur les États, d’un côté, et la féodalité expirante des princes, de l’autre. Il s’agissait de savoir si le duc d’Orléans obtiendrait la régence, ou encore s’il deviendrait duc de Bretagne; et nul ne pouvait prévoir quel parti le succès couronnerait. Les probabilités semblaient même en faveur des princes et les attaches personnelles du maréchal le portaient plutôt de ce côté.

Lorsque le duc d’Orléans, constatant l’inanité de ses efforts à Tours, s’enfuit brusquement en Bretagne, le maréchal, retiré au Verger, con-

(1) Ordonnances du 2 2 septembre i483, du 27 décembre i484.

(!) La clause du dédit stipulé de 5o,ooo écus en cas de restitution parut elle-même caduque , bien que le domaine de Baugé ne fît pas partie du domaine royal. Le maréchal préféra rendre spontanément Baugé, et comme cette seigneurie lui tenait fort à cœur, il en obtint l’usufruit. Il s’agissait de faire enregistrer ce don.

<3> P. 653. — Il y réussit.

Lettres patentes du 4 avril 1 483-1 484 et du 26 juin i485. — La Chambre des comptes ne voulut enregistrer ce don qu’à litre décennal et non à titre viager : le maréchal se fît confirmer cette rente pour de nouvelles périodes de dix ans le 25 juin i485, le i4 juillet 1 4g3 , le 28 août 1498. (Ms.i8o9,p. io5, 393, 395, 3o3, 307, 3og, 5 1 4. Pr. de l’Hist. de Bref., t. III. Arch. nat., MM 769, p. 767 et 774. Bibl. nat. , Cabinet des titres, Rohan, Extr. d’un

tinua à correspondre secrètement avec lui^ et avec Danois W, sans toutefois nouer de pourparlers directs à la cour de Bretagne (3>. La régente, paraît-il, en eut vent et s’en montra froissée. Le maréchal n’hésita pas : il envoya immédiatement un de ses serviteurs lui porter l’assurance de son loyal dévouement <4) et dès lors ce dévouement inspira toute sa conduite.

Le maréchal assista au sacre ® du roi (6' et se consacra aux questions militaires et aux questions bretonnes W dans le conseil et au dehors W.

Lorsque les affaires s’envenimèrent, que le duc d’Orléans rompit avec la régence et que les barons révoltés de Bretagne (9), réunis à Saumur (1°), proposèrent à la cour au mois de septembre une alliance offensive, lorsqu’on pensa à leur faire reconnaître les droits du roi sur la Bretagne pour prix du secours qu’ils demandaient, le maréchal de Gié rentra au premier plan dans l’arène politique où l’appelaient la réalisation de ses vues politiques et une suite d’incidents qu’il avait

compte du 3 décembre 1 ig 3. ) — Il obtint ta capitainerie de Mortain (p. 170). En i488, i! y nomma son lieutenant François de la Ferrière. (A. de la Rorderie, ouv. cité, p. 128.)

(l) Comptes du duc d’Orléans d’avril-juin f484 et de novembre i484, cités dans Jeanne de France, p. 169.

m Interrogatoire de Landais.

Ibid. Mais le duc d’Orléans se croyait sur de son cousin. Dunois s’en portait garant. 1’. 3ao. Cf. p. 292 (assertion inexacte).

(4) P. 3eo. II dut au sire de Gravide de pouvoir se reptucquer avec Madame de Beaujeu. Tel est du moins le récit de Jean de Sermet et du procureur du roi, tous oeux historiens d’ailleurs plus que suspects.

(s) Une généalogie manuscrite dit que le roi tint alors sur les fonts baptismaux un fils du maréchal (Bibl. nat., ms. fr. nouv. acquis. 3o65). Ce ne pourrait être que le troisième fils du maréchal, Pierre; le second, François, était né en 1479 ou en 1 48o.

16) Godefroy, Cérémonial français; dom Morice.

(7) Le 3 août, il est chargé de mettre, ordre à des pilleries (Bernier, p. 16). Le G août, on l’autorise à partir pour Angers : son service est remis au comte de Bresse , auquel les capitaines, MM. de Laforest et de Saint-Lô, en Poitou, de Ventadour et de Pompadour, en Limousin, Galiot, d’Amboise-Aubijoux et de Saint-Martin-de-Talleyrand, en Languedoc, reçoivent l’ordre d’obéir (id. , p. 27). Le maréchal cantonne sa compagnie en Berry (id. , p. 5g).

(,) Bernier, p. 16, 27, 59, 129, i4q.

m Parmi lesquels Louis de Guéménée, frère du maréchal , mis hors la loi en Bretagne (ms. 1809, p. 107), qui recevait une pension du roi (V. L. de Lincy, Vie d’Anne de Bretagne, t. III, p. 189); le maréchal de Rieux également (ibid.).

(l0) Et à Angers. V. à cet égard p. 3g6 , 4oi, 4o3, Itoy, 4o8, 4i2, 417.

INTRODUCTION

préparés (b. Il fut chargé par le conseil ^ de suivre avec Adam FumeeO) cette affaire capitale; il vit les barons bretons h', il gagna du temps; il leur exposa, au nom du conseil, l’impossibilité pour la France de les secourir; puis, lorsqu'il les eut amenés à ses vues, la régente put, grâce à ses efforts, signer à Montargis, le 28 octobre un des

traités les plus utiles et les plus avantageux que la France ait jamais obtenus. Les Bretons reconnaissaient le roi comme l’héritier légitime du trône de leur pays après la mort du duc actuellement régnant.

Le succès de ces négociations assura au maréchal de Gié une grande influence (6) dans les conseils de la régence; cette influence, qu’il partageait avec son cousin et ami, l’amiral de Graville, ne fit que s accroître en i486, quand les barons bretons, dirigés notamment par le vicomte de Rohan et par Louis de Guéménée W, soutenus par la France, senn

(') Il avait été question d’enlever le duc de Bretagne et de le transporter au château d’Angers , déjà acoustré et préparé pour son logis (p. 4oi). Louis de Guéménée ne se fût pas risqué autrement dans l’entreprise, car c’était un personnage prudent, «saige et bien morigéné» (p. 4i2). Le jour de l’assaut du château de Nantes , il était tout énm et tremblant; il disait qu’on allait voir «la plus villaine et ordre chose qu’on avoit jamais veue»; il disait à un seigneur breton qu’après tout «il y pouvoit bien aller, puisque luy mesme y alloit» (p. 4 o4). Le maréchal passa à Angers un assez long temps et n’en revint que le 3o septembre.

<!> Bernier, p. 100, 101, 112 à 128.

<3> A Saumur et à Tours. Il fut chargé d’aller trouver le prince d’Orange, le maréchal de Rieux et autres seigneurs avec Yves du Fou.

(*) Dans la Revue historique ( p. 275-287, de i884), M. Havet a publié un Mémoire anonyme adressé à la dame de Beaujeu sur les moyens de réunir la Bretagne à la France, qu’il croit pouvoir attribuer au ma¬

réchal de Gié ou à Adam Fumée : nous ne croyons pas qu’on doive l’attribuer au maréchal de Gié.

(5) Et le 2 novembre.

(6) Bien qu’assistant peu au conseil (voir Bréquigny, t. XIX., p. 383, 472 , 47 5 , 6o3, 607), déjà il y était «notable personnage» (Bernier, p. 1 00), «grant personnage» ( ibid . , séance du 1 0 novembre. — Cf. ihid. , p. 1 2 9 et 149). — Alain Bouchard (Cf. Pélicier, ouvr. cité j p. io5. - — Ms. fr. 3o65 , p. i55). — Du reste, Louis d’Orléans avait disparu, Commines et Dunois étaient évincés ; le connétable, vieux et malade, 11e pouvait plus rien faire que d’essayer de se remarier encore une fois pour avoir des héritiers.

(?) Devenu baron de Bretagne, titulaire de 4,ooo livres de pension, capitaine de trente hommes d’armes, héritier pour la terre de Lanvaux du vieux maréchal de Lohéac (qui mourut en i486) et toutpuissant. 11 obtint pour son fils aîné le droit de s’asseoir sur un carreau près du siège ducal. Dès lors le sire de Guéménée se déclara satisfait et se retira de la politique mi-

xxxvm

parèrent violemment du gouvernement de la Bretagne et firent pendre leur adversaire le chancelier Landais.

Le duc d’Orléans h) et les princes français essayèrent de se soulever : l’armée royale bloqua et prit le duc dans le donjon de Beaugency. Gié et Gravide employèrent toute leur diplomatie à désarmer pacifiquement les autres princes, le duc de Bourbonnais, le comte d’Angoulême, le sire d’Albret, déjà à la tête de leurs troupes : moitié force, moitié persuasion, ils réussirent auprès des deux premiers et enfin auprès du sire d’Albret lui-même, avec lequel ils parvinrent à négocier un arrangement

Il fallait faire face à des ennemis de tous les côtés ; au mois de juin i486, sans aucune déclaration de guerre, Maximilien d’Autriche entre en campagne dans le nord de la France avec une armée formidable, composée de iA ou i5,ooo Suisses et lansquenets et d’une nombreuse gendarmerie wallonne et allemande. Il s’empare sans difficulté de plusieurs villes non défendues ® et arrive jusqu’à Lens, où il entre W. Ce premier succès, d’ailleurs facile, pouvait donner en France le signal d’un embrasement général.

La situation était des plus critiques, d’autant plus qu’on avait dû détacher quelques forces sur les frontières de Bretagne à l’appui des barons. Au lieu des milices suisses, dispendieuses et indisciplinées, constituées par Louis XI, et que le maréchal de Gié détestait®, l’administration royale venait de lever 12,000 fantassins analogues aux francs archers de Charles VII, mais encore à l’état de nouvelles recrues.

titante : bien qu’accusé de connivence avec les Français, il ne prit point part à la ligue de Chateaubriant (p. 417); et, après la mort de François II , pour mieux échapper b toute difficulté, il fit longuement le pèlerinage de Terre-Sainte (p. 129, i46, 417; Arch. nat., MM 75g, p. 776, 781, 783; Bibl. nat., ms. fr. 2234o, f. 207, 208, 2i4; ms. de Nantes, 1809, p. 109, 111, 297>-

( ! 11 ne s adressa plus cette fois au maré¬

chal de Gié : c’est du côté du vieux maréchal des Querdes qu’il essaya, sans succès d’ailleurs, une démarche. (Pélicier, ouvr. cité, p. g5 , note 1.)

Alain Bouchard. Gié siège à cette époque au conseil. (V. Bréquigny, t. XIX, p. 469, 476. — Godefroy, p. 492.)

(3) Le 9 juin il pilla Thérouanne.

(4) Jaligny.

' ’’ Voirl’opinion de Machiavel. ( LePrince , ch. xn et xiii; De lart de la guerre, liv. I.)

INTRODUCTION

C’est dans ces conditions que Gié et des Querdes durent partir à la hâte W pour arrêter un ennemi bien supérieur en nombre et d autant plus hardi que la moindre défaite de l’armée française devait entraîner fatalement une levée de boucliers des princes, lort hésitants encore. Ils réussirent : ils enfermèrent leurs troupes dans les villes, modifiant seulement le chiffre des garnisons selon les besoins; eux-mêmes à la tête d’un millier de lances d'élite, se mirent à courir la campagne et à harceler sans cesse l’armée ennemie; celle-ci, n’osant entreprendre aucun siège, trop nombreuse pour se nourrir dans le pays, mal payée, se mutina : ses éléments hétérogènes se désunirent; et comme- personne ne se souleva en France, l’archiduc repassa la frontière, espérant préparer à son aise par de nouvelles négociations W une plus fructueuse campagne pour l’année suivante (3i.

La cour résolut de brusquer une situation qui ne pouvait pas se prolonger M. Dès le commencement de janvier, le maréchal alla trouver le duc d’Orléans, au nom de la régente, avec l’ordre de le ramener à Amboise ou de s’assurer de lui. Le duc reçut le maréchal à Orléans courtoisement et donna sa parole de se trouver le lendemain à Blois : en effet, il y parut le lendemain, en costume de chasse : il traversa la ville comme pour se rendre à Montrichart et de là s’enfuit à franc étrier vers la Bretagne, laissant à l’adresse du maréchal

l1) Gié siégeait encore au conseil le 18 mai (Godefroy, p. 523). — 1 Le 28 août, il passa en revue, à Arras, ses 100 hommes d’armes et leurs 200 archers (ms. 1809, p. 297).

<!> 11 signa un traité d’alliance , le i3 décembre i486, avec les ducs d’Orléans, de Bourbonnais , de Bretagne , le sire d’Albret et autres. Dès le mois de novembre le roi apprit le retour subreptice à Parthenay de Dunois, exilé à Asti , et les rapports suivis du duc d’Orléans avec lui. Lé maréchal s’employait activement, mais sans succès, à amener un rapprochement entre le duc d’Orléans et le roi (Jaligny). Louis s'excusait toujours de se

rendre à Amboise. Une grande irritation se produisait dans le royaume contre toutes ces menées : irTraistre, breton, coquart, paillart , » étaient des injures synonymes (Arch. nat., JJ 218, n° vn“ ix.)

<3> Jaligny. — Lettres de Charles VIII à la ville de Péronne , le 1 3 juin , et au maréchal de Gié, le 3o septembre, la seconde rappelant le maréchal à la cour et lui donnant l’ordre de licencier les arbalétriers gascons. (Pélicier, Essai sur le gouvernement. . . d’Anne de Beaujeu, p. 1 1 S; note 2 , et p. 1 2 1 . ) Gié siège au conseil le 11 octobre (Bréquigny, t. XIX, p. 672).

(*> Jeannede France, p. ig5.

une lettre où il lui promettait de revenir et ou il lui recommandait

Danois W.

Il n’y avait plus un instant à perdre : le 9 février, le roi part de Tours avec Pierre de Rohan ® et l’armée, marche vers le midi, pousse en avant ses adversaires® et réduit au silence le comte d’Angoulême. Le maréchal investit Blaye , où s’était renfermé Odet d’ Aydie W avec le gros de ses forces, bombarde énergiquement la ville, et, au bout de deux jours, devant la menace d’un assaut®, l’ennemi capitule ®. Le 9 mars, le roi entre triomphalement à Bordeaux®. Aussitôt on revient vers le nord. En passant à Niort, le maréchal se détache avec le comte de Montpensier pour aller s’assurer de la ville de Parthenay, qui appartenait à Dunois : il y est reçu par une vive fusillade. Le lendemain, l’artillerie royale vient mettre le siège devant la ville, qui se rend aussitôt ®.

De là, pendant que Louis de la Trémoille prend le commandement de l’armée destinée à opérer contre la Bretagne, le maréchal retourne à l’armée du nord. Si dévoué qu’il fut à la cause de la France et quelque zèle qu’il apportât à la servir par les moyens diplomatiques,

(1) P. 67 a; Jeanne de France , p. 188 et suiv. ; Dupuy, Histoire de la réunion de la Bretagne A la France, t. II, p. 100.

(s) Gié reçut à ce moment ta capitainerie de Granville (p. 654. — Jaligny, dans Godefroy, p. i4 et 20). Cette capitainerie était extrêmement importante à cause du voisinage des Anglais et des Rretons. Elle provenait de la succession de l’amiral Louis, bâtard de Bourbon. Graville hérita du titre d'amiral.

(s) Jaligny. — Lettre de l’amiral de Graville, ms. fr. 2923, f. 5.

(i) Odet d’Aydie s’était replié peu à peu, d’abord à Pons, puis à Saintes. Il était capitaine de Blaye et de Bazas (Arch. nat. , K 73, n“‘ 17 et 16 lis), et là il croyait être imprenable et faisait hautement le matamore.

(s) Jaligny, p. 22. — C’était, pour le maréchal de Gié, une question d’humanité d’éviter l’assaut et tous ses excès.

(s) Odet d’Aydie dut s’engager à remettre au roi toutes les places que lui et son frère possédaient en Guyenne : le château de Ha , Fronsac, Blaye, Château -Trompette, la Réoie, Sain t-Sever, Dax, Bayonne... : il obtint, en revanche, la vie sauve.

Proclamation du roi , Le Roux de Lincy , Vie d'Anne de Bretagne, t. III, p. 175-177 (M. Le Roux de Lincy lui assigne par erreur la date de i48g).

(8) Lettre du roi , publiée par M. Pélicier, p. 270-272. — Au mois de février, Dunois avait écrit la lettre la plus fanfaronne : il disait qu’il voudrait bien voir arriver Madame, il se plaignait qu’elle ne se fût pas arrêtée. (Godefroy, p. 507.)

INTRODUCTION

personne ne pouvait lui proposer de marcher lui-même contre sa patrie W, de diriger les opérations contre une armée où il trouvait ses amis et une partie de sa famille, notamment son beau-frère le sire de Pontl’ Abbé La Picardie ouvrait un champ suffisamment vaste à son activité.

Grâce à ses intelligences dans les places, le maréchal des Querdes emporta plusieurs villes par de hardis coups de main. Le comte de Nassau et le duc de Gueldre, généraux de l’armée ennemie, résolurent d’en faire autant; ils nouèrent des intelligences à Béthune et formèrent une solide colonne de 3,ooo hommes de cavalerie et d’infanterie afin d’aller surprendre la ville. Malheureusement pour eux, leurs correspondants de Béthune tenaient au courant de leurs projets le gouverneur, et celui-ci, à son tour, les deux maréchaux : le jour où la colonne allemande, commandée par les deux princes, qui marchaient eux-mêmes à pied, en tête de leurs hommes, une pique à la main, pour donner du courage autour d’eux, s’avançait mystérieusement vers Béthune, les maréchaux , ramassant seulement cinq cents hommes d’élite, lui tendirent une embuscade près d’un marais et fondirent sur elle à l’improviste : la cavalerie allemande, surprise aux abords du marais, se divisa en se repliant; l’infanterie se forma en bataillon carré; les Français se jetèrent sur elle avec une impétuosité extraordinaire , c’était à qui arriverait le premier. Le sire de Beaumont de Polignac eut cet honneur. La ligne allemande faiblit, elle est rompue : le carnage est extrême. Une grande partie de la colonne allemande jonche la terre; tout le reste est fait prisonnier, y compris les deux généraux, échappés à grand’peine au massacre. Le comte de Nassau, grièvement blessé, n’avait évité la mort, malgré la richesse significative de son accoutrement, qu’en se faisant connaître.

Ce fait d’armes produisit un effet incroyable : la nouvelle alla démo-

(1) Aussi le duc de Bretagne leva, le 6 octobre 1487, le séquestre mis sur ses biens en Bretagne (ms. 1809, p. 299); d’un autre côté, la duchesse mère d’Orléans, morte le 2 3 août, l’instituait son principal exécuteur testamentaire et le ma¬

réchal reçut en dépôt ses diamants (p. 675).

(2) Dupuy, t. II, p. i36. — Jean de Rohan obtint de ne pas servir et Pierre de Rohan-Pontchâteau partit en pèlerinage à Saint-Antoine de Padoue. (Ms. 1809, p. U'3.)

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