‹ Procédures politiques du règne de Louis XII [i.e. douze]Chapitre 2 sur 348 · XL1I · texte numérisé non relu

XL1I

raliser l'armée bretonne, alors assiégée à Nantes par le roi; en Mandre, les communes s’insurgèrent et mirent pour longtemps 1 archiduc hors d’état de nuire à la France.

Les deux maréchaux se partagèrent la garde des deux généraux prisonniers et le prix de leur rançon h). Le comte de Nassau dut payer 80,000 francs, si l’on én croit Jaligny, moitié comptant, moitié bien garanti; de plus, il s’engagea à négocier la paix. Quant au duc de Gueldre, on le laissa aller pour 5o,ooo livres, dont le duc de Bourbonnais, son beau-frère, se porta garant W.

Au cours de ces exploits, le maréchal de Gié, sans murmurer ni récriminer, perdit la jouissance du comté de Marie et des autres domaines de la maison de Luxembourg, qui furent restitués à leurs anciens propriétaires h).

Dans la campagne de Blaye, ses gens avaient réoccupé la place de Fronsac, rendue au roi par le sire de Lescun en vertu de la capitula-

payement de la moitié qui lui revenait n’est pas indiquée. Le maréchal de Gié obtint le payement avec beaucoup de peine. Il dut se faire mettre en possession des domaines donnés en gage , malgré les frais qu’entraînait cette mesure, et il obtint ainsi de iûg6 à 1 5 0 4 le payement de 1 2,000 livres. (Arch. nat. , P i36g!, cotes 1778, 1780, 1787, 1793 , et n° 7434 de l'Inventaire de M. Lecoy de la Marche. )

(3) Juillet 1487, Bréquigny, t. XX, p. g et 26; Godefroy, p. 558 et 55g. — Cf. Barnier, p. 65, n3, 17g, 191, 207, 217; et le P. Anselme , t. III , p. 7 2 8. — Guy Pot , bailli de Vermandois, et les héritiers du sire de Chaumont réclamèrent contre cette restitution , mais leur protestation fut écartée par un arrêt du 1 0 février. Les autres détenteurs ne réclamèrent pas, mais il parait que le maréchal se fit allouer de gré à gré par les Luxembourg (ms. 180g, p. 110, alias par les Croÿ, p. 5 1 4) une indemnité de 2 5, 0 00 livres.

(1> Personnellement, -comme les principaulx chefs de l’armée du roy», dit Jaligny. — Denis de Morbec, à la bataille de Poitiers, avait retiré 6,000 royaux d’or de la rançon du roiJean ;Bedfort acheta Jeanne d’Arc 10,000 livres seulement. Louis XI avait ordonné que toutes les prises individuelles fussent mises au butin; mais cette ordonnance rencontra de très grandes difficultés. Les maréchaux cependant auraient dû l’observer; de plus, ils fixèrent à un prix vraiment élevé la rançon des deux prisonniers. En i5oo, quand Louis de la Trémoille prit Ludovic le More , il eut soin d’écrire au roi : »Nous sommes tous a butin. „ (Arch. delà Loire-Inférieure, E. 235.)

(2) P. 660. — Acte de rétrocession par le maréchal des Querdes au maréchal de Gié des domaines donnés en garantie par le duc de Bourbonnais. Le maréchal des Querdes paraît rétrocéder la totalité de ces domaines ; la manière dont est effectué ou garanti le

INTRODUCTION

XLUJ

tion. Le sire de Lescun, furieux, voulut y rentrer par force : il ourdit un complot dans la place, mais le complot échoua ® : le sire d’Albret prit fait et cause pour Lescun, le roi pour Pierre de Rohan®. De là un procès au Parlement. Au mois de janvier 1Ù88, le roi reprit au maréchal Fonlenay-le-Comte et lui restitua Fronsac ®; en même temps il fit grâce aux complices de Lescun

Au mois de juin 1 h 88, lorsque commença la campagne décisive contre la Bretagne, le maréchal reçut officiellement le commandement d’un corps d’observation institué en Champagne : en réalité®, on peut penser qu’il ne quitta guère le roi au moment où allaient se décider les destinées du duché ®. Rien de douloureux pour les Bretons comme cette convulsion dernière qui les armait les uns contre les autres. Le 26 juillet, l’armée bretonne fut anéantie à Saint-Aubin-du-Cormier : parmi les morts figuraient le sire de Pont-l’Abbé et le fils aîné du vicomte de Rohan®, dont le père® servait dans les armées du roi.

Aussitôt la nouvelle parvenue au quartier général d’Angers, le roi se transporta, pour ouvrir les négociations, au château du Ver-

(1) Nous avons publié le récit détaillé de ce complot; il en ressort notamment que Lescun faisait courir le bruit que le roi lui était favorable : le roi , en effet , ne se décida pas vite, le 26 janvier 1487-1488 seulement. (Bréquigny, t. XX, p. 55; Godefroy, p. 565.)

<*> P. 757. — Après les lettres de i488, le roi ne pouvait faire autrement.

<3) P. 653. — Le procès dura fort longtemps et ne fut résolu par un arrêt qu’en i4g6. (V.p. 63, 139, 159, 168, 171, 229, 244, 220-291, 644). Ces difficultés se réveillèrent, comme on verra, et duraient encore en 1 5o6.

<s> Tout l’effort se portait du côté de la Bretagne: Maximilien y avait envoyé un renfort de i,5oo hommes d’armes. Quant à lui, prisonnier pendant plus de trois mois

de ses sujets révoltés, il 11’était point à craindre, et l’armée de Champagne devait simplement prêter un appui tout moral aux insurgés flamands.

(6) Il demande à la ville d’Angers deux pièces d’artillerie pour les envoyer à Saint- Florent. (Archives municipales d’Angers, BB 7, f. 33.)

Jaligny, dom Morice.

<8> trRare figure de traître,» comme dit M. de la Borderie ( L. de la Trémoille et la guerre de Bretagne, p. 18). En 1 4 88, il recevait du roi 12,000 livres au lieu de 1,200 livres qu’il recevait précédemment. Ses demi-frères, Pierre de Rohan-Pontchâteau , Louis , protonotaire , recevaient aussi . l’un 4,ooo livres, Tautre 1,2 00. (Le Roux de Lincy, ouvr. cité, t. III, p. 193 et 196.) En 1 485 , le vicomte avait voulu marier ses deux fils aînés aux deux filles du duc de Bretagne.

ger ff), chez le maréchal de Gié , montrant par ce choix 1 intention de ne point abuser de la victoire et de souscrire à tout arrangement équitable , selon la politique du maréchal. Lescun, Dunois ® se présentèrent en plénipotentiaires du parti vaincu; ils trouvèrent le roi mieux disposé qu’ils ne pouvaient s’y attendre, et le 20 août fut signée la paix connue dans l’histoire sous le nom de paix du Verger W.

En 1 Z189 , à l’époque où le prestige des anciens politiques commençait à s’effacer devant le crédit, chaque jour grandissant, des jeunes amis du roi, où Anne de Beaujeu s’éloignait de la cour, où l’on faisait sentir au sire de Gravide que l’on pourrait se passer de lui, le maréchal de Gié se trouve partout : il fait campagne sur la frontière du nord avec le comte d’Angoulème W; la frontière étant calme, il devient lieutenant général de Guyenne le 26 juirG5); le 20 octobre 1Ù89, lieutenant général d’Anjou; le 5 octobre îùgo, lieutenant général d'Anjou <6), du Maine et des marches (1) de Bretagne (3), et préside ainsi aux mesures de pacification

Après le mariage du roi(ll>), le maréchal ne parut pas fort empressé

m Lettre de Charles VIII, datée du Verger, le a 9 juillet , Bibl. nat. , ms. fr. 3 9 2 1 , f. 3. C. Port, Dictionn. histor. de l’Anjou, t.IIÏ, p. 684. M. de Soland, Charles VIII en Anjou et en Bretagne , p. 8. L’abbé Grandet dit que le roi arriva au Verger le 8 août : il y revint le 8 , ( Pélicier, Itinéraire . p. 3oo.)

(ï) Déclarés, par contumace, criminels de lèse-majesté, le a3 mai' 1 488. (V. le Recueil d’Isambert, t. XI, p. 176.)

l3) Dupuy, p. 1 47 et suiv. — Les négociations se suivirent aussi à Angers et à Sablé, avec les princes prisonniers. (Jaligny, Itinéraire.)

(l) Jaligny.

w P- . 657 , — Le gouverneur de Guyenne était le comte d’Angoulême. La possession de Fronsac. donnait, pour le maréchal de Gié, un prix particulier à la lieutenance de Guyenne (p. 657).

(s) Comme egrant et notable personnage, de bonne et grant autorité, connoissant et expérimenté an fait de la guerre -.

C’est le vicomte de Rohan qui fut nommé lieutenant général en Bretagne le 1" septembre 1491 (MM 769, p. 822).

Néanmoins le maréchal s’occupa beaucoup des affaires de Bretagne. En 1 4 g 1 , d’après La Cliesnaye-des-Bois et Badier, il passa en revue le ban et l’arrière-ban de la Saintonge convoqués en Bretagne (t. XVIII, p. 198).

Il suivit de près, en 1492, un complot ourdi en Bretagne par un certain Pierre Le Pennec, au profit du vicomte de Ro- ' han. (Voirie complot breton de uçcccxcti, publié par la Société des Bibliophiles bretons. )

m Dom Morice, et p. 4ao.

('0) Voir p. 100, 107, 112, de curieux

INTRODUCTION

de faire sa cour à Aune de Bretagne; ia nouvelle reine restait bretonne, et une politique résolument assimilatrice ne pouvait que lui déplaire. Il n’assista même pas au mariage !'). 11 ne prit point la peine de dissimuler sa froideur^. Il venait peu au conseil!3). On ne voit guère son nom qu’au bas des actes relatifs à la Bretagne; il contresigne aussi les lettres de pardon accordées en 1 Agi au duc d’Orléans W. Il se fixa définitivement en Anjou!5), où il entreprit de faire somptueusement reconstruire ses châteaux de la Molte-Glain et du Verger!0).

Cependant la jeune cour, éprise de romans, insensible aux bien-

détails sur le retour à la frontière de Marguerite d’Autriche , la première fiancée du roi.

(?) Son frère, Louis de Guéménée, au contraire, y assista (Godefroy, p. 6a4, etc.) et demeura très attaché à la reine. Le 1 3 mai

1491, Maximilien et Anne de Bretagne évoquent une affaire qui le concernait dans les cours de Landal et Combourg, occupées par les Français. (Arch. nat. , K 7 4 , n° 2 5 . ) Louis fut plusieurs fois ambassadeur de la duchesse Anne en France et ailleurs, eni489, i4go, i4gi. (Dom Morice; ms. de Nantes 1809, p. 1 15 , 117, 3oi; Arch. de la Loire-Inférieure, E 102.) Sa pension fut réduite en i4g3, néanmoins il continua de recevoir 5,200 livres (dom Morice).

<!) P. 100 et passim. M. Port ( Dictionnaire historique , t. III, p. 684) dit que le roi et la l'eine firent au Verger une de leurs premières visites. Ils allèrent à la Motte- Glain en 1 4g7 (p. 689).

(3) Godefroy, page 63û : Ordonnances , t. XX, p. 4i 3 , XXI, p. 5 1 , note.

li) P. 673-675; Ordonnances, t. XX, p. 419, note.

(s) En i4gi, il emprunte 3oo livres à un secrétaire du roi (p. 699, note); en

1492, il a un procès avec les habitants de Gié pour un droit d’affouage, procès qui fut réglé par une sentence du bailli de Sens

du 7 février 1492. (Chauvet, ouvr. cité, p. 872.) Le g mars i4g2-i4g3, il remet au duc les bijoux de sa mère , dont il avait la garde (p. 675).

(t) Le maréchal fonda, le 20 juin i4go (d’après le ms. fr. 2 2 34o, f. 2 3e), en 1 4g3 seulement (d’après M. Port), le prieuré de Sainte-Croix du Verger, jadis célèbre par sa magnificence, mais dont il reste peu de chose. — Louis de Guéménée avait fait reconstruire son château de Guéménée : le maréchal fit reconstruire son château de la Motte-Glain , qui fut achevé vers 1 4g5 et qui existe encore. (Voir sa lettre insérée p. 688.) C’est sans doute à la même époque qu’il commença la reconstruction du château du Verger. On assigne pourtant à la reconstruction du Verger la date de 1 4g g , parce que. cette date fut gravée sur le portail principal. (Gaignières, f. 96.) Nous en parlerons plus loin. — A cette époque se rapporte aussi peut-être un pèlerinage que , suivant une tradition, le maréchal accomplit à Saint- Jacques de Compostelle. A son retour, il perdit un chien qu’il aimait beaucoup : ce chien , au bout de plusieurs mois, put retrouver le chemin du Verger : il arrive , se précipite sur le maréchal et tombe ft ses pieds , mort de fatigue et de joie. Telle est du moins la tradition. A l’endroit même où avait expiré ce servi-

faits d'une paix laborieusement conquise, trouvait cette paix insupportable; elle ne rêvait que joutes, expéditions lointaines et romanesques, faits de vaillance comme au temps des paladins, choses extraordinaires : l’idée de passer les Alpes envahit toutes ces jeunes imaginations, elle s’imposa à elles, sans autre motif que l’agrément de courir à un brillant tournoi, de plaire aux femmes, de gagner des batailles. Avec les noms magiques de Naples et de Milan, on faisait tourner toutes les têtes.

Étienne de Vesc, l’évêque de Saint-Malo, pour plaire, patronnèrent ce courant d’idées. On devine que le sang-froid, l’expérience des anciens conseillers du roi Louis XI, représentés surtout au conseil par le maréchal de Gié et l’amiral de Graville(l), goûtèrent fort peu la résurrection imprévue des vieilles idées chevaleresques. Quand on parla de l’Italie, leur ferme bon sens haussa d’abord les épaules : mais il fallut se rendre à l’évidence et constater la force des choses : alors le

maréchal reprit activement sa place au conseil, où il devint la seule espérance des amis de la paix. Il ne put rien empêcher. Du moins aurait-il voulu n’entrer en campagne qu’avec l’alliance des Florentins. Saint-Malo préconisa avec succès la politique contraire. Tout le monde approuvait le maréchal , mais personne n’osait plus le dire. Il n’y avait rien à faire : et Ils sont enragés, d disait le maréchal

teur fidèle, le maréchal aurait fait élever un petit obélisque. (M. de Soland , Charles VIII en Anjou et enBretagne.) Ce qui est certain , c’est que le maréchal adopta comme emblème, comme pièce héraldique, la coquille. Il la donna à ses hommes d’armes (p. 38o et autres), la plaça sur son fanion, en entoura ses armoiries , la fit broder tout autour des housses héraldiques de ses chevaux d’apparat (reproduites sur les tapisseries du Verger, dont nous parlerons plus loin), la fit sculpter sur les murailles de ses châteaux de la Motte-Glain et du Verger, la multiplia partout comme marquede sa personnalité. Était-cela coquille de l’ordre de Saint-Michel ? Était-ce un bour¬

don de pèlerin ? C’était un bourdon. Le maréchal prit même pour devise : trDieu gard’ de mal le pèlerin ! » (Montfaucon.)

(1) C’était presque les seuls qui eussent survécu aux événements, parmi les premiers conseillers du règne, et encore Graville venait-il d’être envoyé en Normandie (Jaligny, p. 89). Commines était condamné, les d’Amboise disgraciés, Louis d’Orléans prisonnier. . . Pendant la guerre d’Italie, Louis d’Amboise et Graville jouèrent un grand rôle dans le gouvernement de Moulins.

(i) Desjardins, Négociations diplotnatiques de la France avec la Toscane, t. I, passim,

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