‹ Procédures politiques du règne de Louis XII [i.e. douze]Chapitre 11 sur 348 · LXXXVIII · texte numérisé non relu

LXXXVIII

l’ambition, fort besogneux, fort peu difficiles sur le choix des moyens. L’un, entré dans l’Église, était devenu trésorier de la Sainte-Chapelle de Paris. Des deux autres, l’aîné, François, sire de la Vilatte, avait eu une carrière honorable, quoiqu’il eût commencé par enlever de vive force, avec la protection de Louis XI, paraît-il, une femme mariée, qu’il épousa du reste W. Devenu capitaine de cent lances, il reçut d’Anne de Beaujeu un poste fort important, la capitainerie de Loches W, quil exerçait encore en i5o5, et ce poste, qui comprenait le commandement de la grande prison d’État de France , lui avait valu des missions délicates i3'. Intimement lié avec lui W, le maréchal de Gié, son compatriote, en faisait grand cas(5) et se réjouissait de voir Mmc Claude séjourner souvent à Loches M.

Pierre, frère cadet du sire de la Vilatte (1) * *, entré d’abord comme page au service du sire de Lescun, avait plu à Louis XI en trahissant son maître, dont il raconta au roi tous les secrets. Resté à la cour après cet exploit, il rendit service au maréchal de Gié en lui racontant une conversation importante de Louis XI, et par là il devint son protégé'8). Sous Charles VIII, Pierre de Pontbriant obtint la capitai-

(S) Né vers 1 453 , il était, depuis 1/181, capitaine de Melle.

(3) Commines, t. lit, p. 1 4 1 ; K. de Lettenhove, t. II, p. 57; Recueil d’Isambert, t. XI,p. 129. — En 1487, il avait été chargé de garder Georges d’Amboise, Philippe de Commines, l’évêque de Périgueux (Geoffroy de Pompadour), qu’il dut ensuite escorter jusqu’à Corbeil. En 1 485, le roi l’envoya , avec Rigaud d’Oreille et l’écuyer Maraffin au-devant des princes insurgés (le duc d’Orléans, Dunois, le vicomte de Narbonne) à Tours;

Pontbriant fut arrêté et un instant prisonnier.

François de Pontbriant essayait toujours de

tout arranger, de réconcilier Louise avec le

maréchal, le maréchal avec la reine.

(s) François de Pontbriant avait été chambellan et conseiller de Louis XI en même temps que le maréchal. En i4g3, il prêta l’appui de sa déposition au maréchal dans l’affaire de Fronsac. (Ms. 1809 , p. 1 18.) En i48o, Commines écrivait au duc de Milan une lettre chaleureuse en sa faveur. (K. de Lettenhove, Lettres etnég” " de Phil. de Commines, 1. 1 , p. 3 1 7; Commines, t. III , p. 5lrj, note; Ribl. nat.,ms. fr. 2 57i5,n°324; p. 2 3 du présent volume; Pr. de l’Hist. de Bret., t. III, c. 35i.)

P. 5, 3i, 35, 46, 54, 77, 84, 137, i65, 254, 266. — 11 le dit même à Pierre de Pontbriant, lequel prétend que François repoussa l’ouverture indirecte du maréchal.

P. 28. — Il était né en i462.

(s) P. 200 et 201.

INTRODUCTION

nerie de Niort et l’office d’échanson ordinaire du roiW; il crut bien faire de passer, en cette dernière qualité, dans la maison du dauphin Charles-Orland W, en îàgâ; mais le dauphin mourut presque aussitôt et Pontbriant dut se retirer sans emploi dans ses terres. A la sollicitation de son frère François (3), le maréchal de Gié le fit entrer dans la maison d’Angoulême comme écuyer tranchant W. Pierre affecta d’abord un grand dévouement^ et une reconnaissance profonde envers le maréchal, son bienfaiteur: il obtint ainsi <6) la charge de gouverneur particulier du jeune prince M; arrivé à ce point, il se fit l’homme lige, le valet, comme disait le maréchal avec un juste mépris (s>, de Louise de Savoie; il partagea son hypocrisie M, flatta ses rancunes, ses petites passions (10> et consentit enfin, comme on .voit, à se faire son porte-parole contre l’homme à qui il devait tout (n> : il fut décidé avec Louise de Savoie qu’il dénoncerait le maréchal comme coupable d’avoir te dit et proféré plusieurs mauvaises pareilles n <12h

La partie ainsi engagée <13), plusieurs y prêtèrent la main sous l’empire de sentiments divers : la reine d’abord, ennemie née du maréchal et, de plus, outrée de la révélation de Pontbriant; et la reine avait un entêtement et une fierté mille fois plus à craindre dans de telles conjonctures que les astuces de Louise de Savoie, médiocrement

(1) Arch. nat., K 76, n° 12 bis.

<2) Godefroy, p. 703.

(s) P. ig4, 287, 36g.

<“) P. 236. — Il faisait les commissions de Louise de Savoie, iui rapportait ce qui se disait, etc.

<9> Ii faisait bonne mine au maréchal et le trahissait par derrière. Il le priait d’envoyer le comte de Guise à Amboise et en même temps il agissait contre lui; il voulut aussi faire prêter aux archers d’ Amboise le serment de n’obéir qu’à Louise de Sa¬

voie. Le maréchal connaissait toutes ces menées; il n’y attacha pas assez d’importance. e°> P. 49, 82, 159, 198, 24o, 287.

<"> Louise de Savoie ne croyait pas assurément déchaîner un pareil orage : elle voulait mettre le maréchal een la malle grâce du Roy et de la Reyne» (p. 235 et 236), comme elle l’avait déjà essayé plusieurs fois. <l3> P. 268, 3o5, 3o6.

(I3) Cette première partie, confidentielle, de la procédure est dirigée par le chancelier et le cardinal d’Amboise (p.736 et737). L’instruction faite à Maillé, sur la requête de Madame de Maillé, en juillet i5o4, est le premier épisode judiciaire régulier que nous ayons à signaler (ch. 1, p. 10).

IMPRIMERIE K/TIOHALE.

redoutables au grand jour; le sire d’Albret, par rancune; Commines, pour plaire et courir après un regain de faveur W; l’amiral de Gravide lui-même, par un motif analogue le sire d’Orval, séduit par

la reine, sa partenaire habituelle au jeu de cartes <3) . Telles

sont les futiles origines de la campagne ouverte contre le maréchal de Gié.

Le cardinal manda le maréchal et l’interrogea sur les dires de Ponlb riant M : Gié, ému d’une humiliation si inattendue, ne put retenir ses larmes. H démentit catégoriquement Pierre de Pontbriant (5;i ; il alla trouver le roi, lui dénonça avec la plus rude franchise tout le complot et les rancunes de Louise de Savoie. Le roi, touché, répondit qu’il n’avait prêté l’oreille à Pontbriant que pour se débarrasser de ses importunités. L’affaire parut arrêtée. Le cardinal s’empressa de partir pour Rouen (6b Le maréchal crut tout fini et reprit ses plans matrimoniaux pour François d’Angoulême W.

Les femmes n’abandonnent pas aisément leur proie (8b Voici ce qu’imagina la reine W : Un jour du mois de mai que le roi était en promenade à cheval, elle manda tous ses écuyers avec Pontbriant dans la cour du château, puis elle fit dire de sortir sans elle. Pontbriant se mit à la tête de la maison de la reine, sortit du château, traversa toute la ville de Blois avec cette suite inusitée!10) et rencontra au bout du pont le roi qui revenait : il l’aborda effrontément en disant qu’il voulait se laver publiquement de l’accusation de mensonge portée contre lui, mais cela ne

(1) K. de Lettenhove, t. II, p. 267.

(!) L’amiral de Gravide était en disgrâce et revint effectivement en faveur à la suite de la chute du maréchal. (J. d’Auton, t. III, p. 98.) 11 s’était ligué avec le cardinal d’Amboise pour faire échouer les projets militaires du maréchal de Gié. On verra plus loin dans les articles de Segré qu’il ne se désintéressait pas du procès.

1S) P. 147, etc.

f8) Aux environs de Pâques (7 avril), la reine , étonnée de ne pas voir éclater l'affaire , demanda à Pontbriant s'il n’avait pas dit tout ce qu’il savait au roi. Pontbriant lui affirma qu’il l’avait fail (p. 196).

<1”i e Bonne et honnesle » compagnie. Pontbriant disait qu’il voulait soutenir ses accusations, dût-il lui en coûter jusqu’à la dernière goutte de son sang.

INTRODUCTION

xcr

réussit pas. Louis XII chassa Pontbriant sans vouloir l’entendre, et un écuyer de la reine ayant risqué une observation, tout le courroux W du prince éclata sur sa tête. La démonstration projetée tourna donc à la honte des accusateurs

Cependant on obtint du roi qu’il enverrait du moins au maréchal, alors à Paris, une copie des accusations de Pontbriant pour le mettre à même d’y répondre; le maréchal répondit aussitôt par une dénégation absolue, signée de sa main <3>.

Par malheur, Olivier de Coetmen, grand maître de Bretagne, un peu mêlé à l’affaire par ses relations intimes avec le maréchal (4), quitta brusquement Blois A tort ou à raison, on prétendit qu’il fuyait à l’étranger l6h De Rouen, le cardinal d’Amboise saisit cette occasion de donner à l’affaire une amorce ; il dépêcha sur les côtes l’ordre d’arrêter Coetmen W, que, bien entendu, on n’arrêta pas. Et, quatre jours après, le îojuin i5oZt, le chancelier Guy de RocheforC8) mandait le sire d’Orval et l’ancien capitaine d’Amboise, Ploret, et leur faisait subir un interrogatoire, qui, du reste, tourna tout à l’avantage du maréchal. Il en résulta que le maréchal avait donné des ordres pour assurer la garde

(!) Cependant elle eut pour effet de rendre publiques l’accusation formulée contre le maréchal et l’hostilité de la reine contre lui (p. 9, 54, 85). C’était déjà beaucoup : c’était assez pour ameuter les accusateurs.

<s> 11 avait toujours blâmé l’attitude extérieure du maréchal (p. 2 5).

<7) P. 735. — Le bibliophile Jacob a le premier noté ce fait; mais il lui donne une couleur, croyons-nous, inexacte. Il dit que Coetmen, au retour d’un voyage à Blaye, apprit qu’il y avait contre lui un ordre d’arrestation et s’y déroba par la fuite. Nous pensons, d’après le texte que nous venons d’in¬

diquer, que Coetmen, au contraire, quitta Blois ( Blaiz , dans cette pièce normande) et que l’ordre fut postérieur. Comme on n’avait rien à reprocher à Coetmen , il était sans doute tranquillement en Bretagne alors qu’on le cherchait en Normandie. 11 conserva jusqu’à sa mort toutes ses charges, bien qu’elles dépendissent de la reine-duchesse.

<“) Le chancelier de Rochefort, ancien conseiller du duc Charles de Bourgogne, était devenu , sous Louis XI , premier président de Bourgogne. 11 semblait être né, disent ses lettres d’investiture, » pour aimer, défendre et administrer la justice». Il avait été nommé, le 9 juillet 1497, chancelier de France en remplacement de Guillaume Briçonnet. Il mourut en 1 507. Il remplit aussi diverses missions diplomatiques.

du comte d’Angoulème, mais rien de plus W. Pioret partit ensuite pour Paris retrouver son maître et lui raconter ce qui venait de se passer M : il n’en paraissait pas tort inquiet.

C’est alors qu’intervint le sire d’Albret : lui qui ne venait guère à la cour, s’en rapprocha dans ce moment, quoique malade^, et cc bailla n par écrit rt quelques petitz articles signez de sa main et d’un sien secrétaire ii sur la conduite de son ancien ami W.

Le procès s’engagea ainsi (5>. Le roi assurément ne voulait pas faire poursuivre son favori; niais le maréchal eut le tort de se retirer à Paris et au Verger W; il ne prit pas l’accusation au sérieux W; il était dégoûté, il disait tout haut qu’il voulait quitter la France. Les instances de la reine, l’ordre d’arrestation de Goetmen, les pratiques du cardinal firent le reste.

Le 1 2 juillet W s’ouvrit à Maillé une information secrète sur les excès reprochés aux gens du maréchal dans l’affaire de la tutelle de mademoiselle de Maillé M. Le même jour, un ordre du roihê) commit deux magistrats pour ouvrir une information à Amboise et à Loches près des

(1) P. 756-758. — Le sire d’Orval confirma que le maréchal avait fait nommer le sire de la Marck commandant des Suisses.

<s) Contrairement aux règles , il paraît que la procédure s’engagea directement sur la dénonciation de Pontbriant et sans articles signés par le roi. Dans sa requête du 4 décembre, le maréchal proies te contre l’absence d’articles, et il résulterait d'une note manuscrite (ms.fr. 2717,1. 9 19) que les articles rie furent en effet apportés de la cour que le 2 1 novembre. Quoi qu’il en soit de cette irrégularité , nous avons , pour faciliter l’intelligence du texte, placé entête de la procédure (p. 3) les articles sur lesquels roule toute l’accusation et qui ont du être, sinon signés par le roi , du moins arrêtés dès le début de l’affaire.

(t) Dégoûté de tout, il disait qu’il voulait quitter le royaume (p. 189). Il était parti sans dire adieu à personne (p. 286, 317). On exploita perfidement son départ (p. 286, 317) comme un aveu.

A Paris.et au Verger il parlait encore du mariage de M"’ Claude avec François d’Angoulême (p. 83 et 84).

(8) Briçonnet .évêque de Lodève , fut appelé de Paris à Blois, le 1 2 juillet, pour les affères dudit procès et il resta près de la reine jusqu’au 4 novembre (p. 565). Nous verrons aussi René de Beaune se faire l’agent particulier de la reine.

m P. 1 0 et suiv. — Cette enquête n’avait qu’un rapport fort indirect avec le procès de ièse-majesté. Néanmoins on crut devoir la joindre au dossier.

!l°' Expédié trau logis du chancelier» , le i3 juillet.

INTRODUCTION

xcm

frères de Pontbriant et de Madame d’Angoulême. Les deux magistrats désignés représentaient deux principes bien différents : l’un, Jean Nicolay('), ancien professeur ès lois, puis conseiller à Toulouse, conseiller au grand conseil, chancelier du royaume de Naples et enfin installé les jours précédents (le 3 juin) maître des requêtes de l’hôtel W, était nécessairement fort connu du roi; l’autre, Maur (ou Amaury) de Quènequevilly (en breton Quenech’quivillyW), était un Breton pur M qui avait fait toute sa carrière en Bretagne^, qui comptait y rester W; ce n’était pas un juge, mais bien un agent personnel de la reine M.

Leur enquête fut menée avec célérité et discrétion du i4 au in juillet (8); ils en rapportèrent un maigre butin. On aurait bien

!■*) Jean Nicolay a eu pour historien M. de Boislisle, l’auteur de Y Histoire des premiers présidents et l’historiographe d 'Etienne de Vesc. — Il ne faut pas le confondre avec un autre Jean Nicolaï, poète et historien tournaisien , qui vivait à la même époque et à qui l’on doit un récit de l’entrée à Paris de la reine Anne. ( Bulletin de la Société de l’Histoire de France, année 1 845-1 846.)

<!> Bib). nat. , ms.fr. 2iio4.

(3> Ce nom donne lieu à d’innombrables variantes dans les textes contemporains : Quenechquivillic, Kenkevillic, Quenecliguily, Kenivilic, Quenechbily, Quenepily, Quinqueville, Quinkevilic, etc. Le savant auteur du t. XXI des Ordonnances l’a même lu : ttTerytrevilîÿ».

« Les Quènequevilly, seigneurs de Kerscoadec, Quèringant, Kerborgne et Keraudren, dans le ressort de Saint-Brieuc et de Carhaix , tenaient de près à la famille du maréchal. Originaires de Quènequevilly, dans le duché de Rohan ( actuellement Quinipily, Morbihan), ils descendaient de Guillaume de Quènequevilly, écuyer de la .compagnie de Du Guesclin. L’un d’eux, Yves de Quènechquivillic, était en 1 A7 B sénéchal de

Guéménée. ( De Coulfon de Kerdellech , Recherches sur la chevalerie du duché de Bretagne, t. I, p. Aoo; dom Morice, p. 65g; Bibl. nat., ms. fr. 2110A.)

(5) Il était, en i4g3, conseiller-lai des Grands Jours de Bretagne, puis, en i4g5, du parlement; il fut alors créé président et un des quatre conseillers de la chancellerie du duché. A ce titre, en i4g6, il fut un des intimes collaborateurs du maréchal. En 1497, il était entré au grand conseil; en i4gg, il fit partie de la mission diplomatique chargée d’aller, sous la direction du chancelier, recevoir l’hommage de l’archiduc d’Autriche. (Ordonnances, t. XX, p. 488, 52 3, 52 4, t. XXI, p. 5, 57, i5o; Godefroy, Hist. de Charles VIII, p. 72 7 ; Hist. de Louis XII, p. 181.)

<#) 11 était conseiller de la reine et second président du parlement de Bretagne (p. 1 06 , 54i, 56o).

O) 11 le devint ensuite officiellement, et du reste il montra peu d’enthousiasme pour ce rôle, car la reine dut le faire relancer plusieurs fois. (V. not. p. 58g.)

<8) Ch. 11, § 1, p. 20 et suiv. Ils siégèrent à Loches le i5, à Amboise le 16 et le 17.

voulu à la cour grossir les torts du maréchal : on ne craignait pas d’affirmer qu il voulait usurper la Bretagne W, qu’il conspirait, qu’il publiait les maladies du roi<2>, qu’il souhaitait sa mort, qu’il avait donné ordre d’arrêter la reine et sa fille <3), d’enlever et de séquestrer le comte d’Angoulême; qu’il menaçait la reine, qu’il voulait intimider la comtesse d’Angoulême, etc. M

Malheureusement presque tous les historiens se sont emparés de ces accusations, en les grossissant encore ^ : ainsi Brantôme raconte que le maréchal, s’étant transporté à Saumur, arrêta trois ou quatre bateaux chargés des biens les plus précieux de la reine M .

Or, que rapportaient les commissaires? Quelques menues confidences sans grande portée répétées par François de Pontbriant; une rétractation de Pierre de Pontbriant, qui déclara n’avoir jamais voulu articuler que le maréchal eût donné l’ordre d’arrêter la reine comme on le lui faisait dire à tort, selonlui, dans sa première déposition; il avait entendu raconter seulement une simple conversation <7M des insinuations malveillantes de Louise de Savoie sur l’hostilité du maréchal envers la reine.

Le sire d’AlbretW, informé par une lettre du roi lui-même W de la visite des commissaires, fit difficulté pour leur répondre; il fallut courir après lui de Montrichard à Loches ho), de Loches à Montri-

(ï* Notamment en Rretagne et auprès des cours étrangères (p. i3a, i38).

<s) Le nom du capitaine de Saumur était très nettement articulé (p. 4).

(,) P. 3 à 7, 1 3 1 ; Jean d’Auton, t. III, p. 76 et 77.

(s) Jean d’Auton dit qu’il avait fait prévenir le sire d’Albret, qu’il avait donné l’ordre d’arrêter la reine, qu’il avait été à Amboise avertir Louise de Savoie de l’état du roi et tout préparer (t. III , p. 7 6 et 77 ). Cependant il convient qu’en somme, ce qui lui porta dommage , ce fut plusieurs autres paroles. Quant aux historiens modernes, ils ont tous accepté la version de Brantôme. M. Dupuy

( Histoire de la réunion de la Bretagne) est le premier qui ait formulé des réserves.

<‘) Dom Morice lui-même, dans son ms.

p. 1 85 , dit que le maréchal, alors premier ministre, fit arrêter les équipages de la reine dans son gouvernement d’Anjou.

(,) P. a 8 et suiv.

(!) Ch. 11, § 2, p. 3g et suiv.

<s) P- Sg. — La lettre lui recommandait l’affaire comme rr touchant grandement le bien et honneur de nous et de notre royaume » (p. 21). Pareille lettre avait été adressée à Louise de Savoie et même à François de Pontbriant.

(10) 11 est probable qu’il avait été s’entendre a Loches avec François de Pontbriant.

INTRODUCTION

chardM. Ce défaut d’empressement ne tenait pas assurément à un retour de bienveillance pour l’accusé : aigri par une longue vie de déboires, le sire d’Albret en voulait à tout le monde, à la reine, au roi; il s’en serait pris plus volontiers au maréchal s’il n’avait craint de faire plaisir à la reine. En outre, il avait la fièvre: sa santé le préoccupait beaucoup. Quand on obtint enfin qu’il répondît, il tint sur le maréchal le langage le plus compromettant; il déclara que le maréchal lui avait fait des ouvertures^) et ne lui avait laissé aucun doute sur son intention d’arrêter la reine, si elle voulait passer en Bretagne (3).

Néanmoins c’était encore une base bien fragile pour un procès. Tout le monde se rappelait la conduite d’Anne de Bretagne en 1^98, après la mort de Charles VIII, son empressement à reprendre sa liberté et à partir pour Nantes malgré les efforts de Louis XII; on se souvenait que Louis XII n’avait pas rappelé les garnisons françaises qui occupaient les places fortes de Bretagne M; que, pour épouser Anne, il avait dû aller la chercher à Nantes. Comment dès lors faire un crime à un ministre, et à un ministre breton, de préparer les mêmes mesures que le roi avait déjà dû prendre?

tr Et quand M. le maréchal auroit dit tout cela, disait Ploret, est-ce si grand’chose ® ■? *

Le secrétaire Bobertet présenta à la signature du roi, à Chaumont, le aû juillet, un ordre de convocation immédiate de quatre conseillers du parlement de Paris, le président Christophe de Camionne et les conseillers Tristan de Fontaines, Guillaume Besançon et François de Loynes (ou de Luynes<6)). Le roi hésita à donner sa signature , car l’ordre

(1) A Monlrichard, l’enquête eut lieu «au logis du général de Beaune v , qui était un des représentants de la reine (ms. fr. 9 7 1 7, f. 5 9 0).

(S) Il était singulier de voir le sire d’Albret accuser de trahison le maréchal de Gié.

<“> Le 10 avril 1 4g8 , il avait fait écrire par Du Bouchage au commandant du Mont- Saint-Michel : rtNe mettez dedans la place

personne vivant qui soit plus fort que vous. » C’est exactement Tordre qu’on reprochait au maréchal d’avoir donné avec beaucoup plus de raison à son lieutenant d’Amboise.

(t) P. 9 (p. 85, 86, Ploret nie ce propos).

(6> Il est appelé de Luynes dans un grand nombre de textes et notamment dans ceux que nous publions ; aussi avons-nous gardé celte orthographe dans les titres du pro-

icn PROCÈS DU MARÉCHAL DE GIÉ.

ne fut expédié qu’à Blois M. Le 3 1 juillet, le Parlement se réunit en audience solennelle pour en prendre connaissance. Il décida de se rendre aux ordres du souverain, mais de lui adresser des remontrances (2).

cès. Il signait Deloynes et son père Delomes. ( Bibl. nat. , Cabinet des titres , Loynes , f . 3. )

(1) Art. 33 , p. 566. — Le roi était encore à Chaumont le 27 juillet (p. 3n).

(2) Voici le procès-verbal de l’audience

(Arcli. nat., X'3, reg f. a3i) :

rr Mercredi dernier au Conseil.

MM. P. de Cothardy, Iei T. Baillet,

J. de Ganay,

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