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ardeur juvénile, courbé sur ses papiers jour et nuit*1), soutenu par sa ferme foi de rendre à la France un grand service, de retenir désormais dans le royaume tout l’argent dévoré par les Suisses *2) et « que, par ce moien, les nobles et autres du royaume se adresseroient et exerceroient aux armes pour servir le roy quand besoing seroit, et en seroit le royaume plus fort et en grant seureté *3> *,
Au bout de trois mois d’incessant labeur, la levée de 20,000 hommes commença à s’opérer*4) : la plupart des capitaines étaient désignés*5) et le maréchal leur expédia à tous des lettres missives qu’il cacheta lui-même du cachet du roi, dont il était dépositaire depuis le départ du cardinal. Plusieurs troupes déjà s’ébranlaient *6).
Quant à l’organisation définitive, la vérification fief par fiel des monstres ou revues successives démontra au maréchal qu’il était impossible d’établir un travail sérieux sur des données aussi contradictoires et aussi variables*1). Il imagina de forcer les détenteurs des fiefs à bailler eux-mêmes leur déclaration*8), et, avec l’approbation du roi, il expédia aussitôt de toutes parts des instructions précises dans ce sens *9>.
Sur ces entrefaites, le cardinal d’Amboise revint de Rome, navré de la conduite des Suisses de l’armée française*10). Le maréchal exposa au Conseil la grande œuvre qu’il venait d’accomplir. Le cardinal s en émut : froissé dans ses ambitions à Rome, il s’étonna de la large place que le duc de Nemours prenait en France; il le vit à la tête dune foule
(ï) P. 88, 94. — Il exprimait avec force celle idée aux membres du Conseil qui venaient le voir, les sires d’Orval, de Piennes, de Thevray, de Boissy et autres; mais il eut le tort de ne pas soumettre la question au Conseil avant de procéder à l’exécution.
<s> Voir le détail de ce travail, p. 88 , 89.
("> En Picardie, en Anjou, dans te Maine, en Poitou. Les commissaires rr procédèrent a choisir et elire plusieurs gens de pié et
firent crier par les parroisses que tous ceulx qui vouldroient estre du nombre desdits gens de pié se rendissent devers lesdits capitaines» (p. go).
(8) P. 92 , 96. - — Il signa aussi ces envois du cachet du roi.
(10) «Tous nos ennemis les virent passer! n écrivait le cardinal avec indignation. Lettre du cardinal (sans doute à son neveu), citée dans VHisloire du xrf siècle, t. III, p. 35o.
de capitaines nommés par lui et conséquemment dévoués à sa personne W : il opina nettement contre les projets du maréchal, et le Conseil avec lui. En vain le maréchal, bouleversé de l’anéantissement de ses travaux, du désaveu public qu’on lui infligeait durement dans une entreprise entrée déjà en pleine période d’exécution supplia le cardinal, après la séance, de revenir sur sa décision^, lui prouvant qu’aucune dépense nouvelle n’incombait à l’État M : le cardinal se retrancha vaguement derrière une question d’économie <5h
Le maréchal reçut pourtant un nouveau et bien sensible gage de l’amitié du roi <6) : il obtint l’intervention personnelle de Louis XII pour décider le mariage de son fils aîné avec Charlotte d’Armagnac, sa bellesœur M. Au cours des pourparlers, il apprit brusquement la mort de sa jeune femme (i5 novembre 1 5 o 3 ) : le mariage de son fils n’en
(4) Déjà, disait -il, le roi, pour y faire face, «a voit ordonné casser aucunes compaignies comme celles de Foiz, Monseigneur de Bourbon, Ligny et autres « (p. 96).
(s) Le 20 octobre, Je roi donne au maréchal une année de Ja gabelle de Lunel. (Ms. 1809, p. 3i7.)
(71 Dans une première lettre adressée le a 7 novembre à la ducliesse de Nemours, le roi s’informe avec intérêt de l’état de sa santé et excuse l’absence de son mari. Le duc de Nemours voulait aller voir sa femme; mais le roi, -n voyant l’etat et la disposition en quoi sont de présent ses affaires, desquelles ledit sieur duc de Nemours a la totale et principale charge et conduite, aussi 1 absence de M. le légat, ne lui a voulu accorder, consentir ne permettre sadite allée... » Il lui accordera peut-être un congé quand l'ambassadeur d’Espagne , qu’on attend , sera dépesché. 11 annonce qu’il mande
à l’armée de Roussillon le vicomte de Fronsac (Charles de Rohan, le fiancé). Charlotte d’Armagnac se fait prier; elle finit cependant par accepter et par écrire au roi pour lui demander de ne pas lui recommander d’autre candidat que le vicomte de Fronsac (il est probable que la reine inclinait vers les d’Albret) : mais elle réclame le collier de l’ordre pour son futur mari. Nous avons publié le texte de cette curieuse correspondance (p. 7oi et suiv.). Le sire d’Albret voulait marier Charlotte à son fils le cardinal (p. 228). Cette préférence blessa le sire d’Albret. Il y avait déjà un vieux levain de difficultés entre le maréchal et lui. Autrefois Alain d’Albret , comme exécuteur testamentaire d’Odet d’Aydie, avait revendiqué contre le maréchal la vicomté de Fronsac, sans succès d’ailleurs (p. 229, 290, 291).
(s) P. 227. — Ms. de dom Morice. — Elle était morte en couches. Elle fut enterrée au Verger. (Archives de la mairie d’Angers, BB 1 3 , f. 89.)
<s) Charles de Rohan prit dès lors le titre
INTRODUCTION
fut pas moins célébré au mois de janvier suivant M. Charlotte d’ Armagnac mourut elle-même le 1 2 août i5o h !ÿK
Ces deux mariages entourèrent le maréchal d’un réseau de jalousies : leur fin si brusque donna ouverture à une succession opulente, mais pleine de difficultés (3), qui mit aux prises (4) soit le maréchal, soit
de comte de Guise. Il abandonna à son père la vicomté de Châtelierault, dont sa femme venait d'hériter, pour 4o,ooo livres (Lalànne, Hist. de Châtelierault, 1. 1", p. 3üo); il lui vendit en même temps un droit de réméré sur la seigneurie (voisine) de Gironde (p. 71 1). L’abbé Georgel (p. 57) dit que le maréchal signa à Lyon, le 3i janvier i5o3-i5o4, l’acte d’émancipation de son fils Charles. (Cf. ms. de Nantes 1809, p. 3i5.) Cela ne se comprend pas très bien, car Charles, Taine des fils du maréchal, était nécessairement né avant 1^79. — Aussitôt après son mariage, le maréchal tenta une nouvelle démarche auprès de Louise de Savoie pour lui faire accepter la présence du nouveau comte de Guise près du comte d’Angoulême (p. 997).
(1) Lettres de félicitations du roi, qui accorde au nouveau comte de Guise le collier de Tordre, p. 707, 708. (Bibl. nat., fonds Colbert 82 , p. i38.) Le 26 décembre, le maréchal donna mandat au sire de la Roque de consentir en son nom au njariage. (Ms. 180g , p. 1 34. )
(!) Charlotted'Armagnae légua à sonmari la majeure partie de ses biens et demanda à être enterrée dans l’église du Verger, près de sa sœur. ( Arch. nat. , P 1 38o', coté 3 189. Cf. Lalanne, Histoire de Châtelierault, t. I, p. 320.)
<5> Voir le règlement (de i5o4 ou i5o5), Lecov de la Marche, Titres de la maison de Bourbon, n° 70/18.
<*> Tout d’abord avec le sire d’Albret,
furieux d’ailleurs de ses échecs, quoique faisant bonne mine (voir pages 228, 289, 3o6 et 3i7). Les d’ Armagnac revendiquaient avec raison le comté de Castres (p. 228), confisqué sur eux et successivement passé de Bofiile de Juge à Alain d’Albret. (Luchaire, Alain-le-grand , sire d’Albret, p. 207 et suiv.). Le comté de Castres ne valait pas moins de 10,000 livres de rente (p. 228). Bofiile de Juge [Buffalo del Giudice) l’avait reçu lors de la confiscation des biens des d’ Armagnac. Louis XI avait marié violemment , le 2 3 août i48o, cet aventurier à Marie d’Albret, sœur d’Alain (p. io4i). Après la mort de son protecteur, Bofiile eut une vie extrêmement difficile. Le parlement de Toulouse protestait contre la cession du comté de Castres, qu’il déclarait incessible comme ancien domaine apanagiste de la couronne. Jean d’ Armagnac, évêque de Castres, voulait de son côté chasser l’usurpateur et engagea avec lui une lutte violente en i486. Bofiile parvint à garder le comté ; mais , en 1 493 , sa femme l’abandonna et passa à ses ennemis ; sa fille se maria contre son gré. Bofiile, réduit à l’extrémité en 1 4 9 4 , appela son beau-frère à l’aide : tout le comté fut en feu. Bofiile, vaincu , déshérita sa tille et abandonna , le 2 2 septembre 1 4 9 4 , Castres à Alain d’Albret; il meurt en 1497. De là un procès entre le sire d’Albret et sa sœur. Ce procès sommeilla jusqu’en i5o4; l’intervention du maréchal de Gié le ranima ; car les époux de M,u” d’Armagnac affirmaient
IMPIUMI
B N.VTtQ.TA t
son fils, avec le sire d’Albret, la maison de Luxembourg W, le duc de Lorraine®, avec le bâtard d’Arrnagnac même avec la maison de Foix(4)
leurs droits sur le comté (p. 928 et passim). Alain d’Albret aurait donc eu le plus grand intérêt à faire entrer M“" d’Armagnac dans sa famille. La famille d’Armagnac avait aussi acquis, par échange avec le duc de Rourbonnais, des domaines en Limousin ( Aixe, Ayen et autres) contigus des siens et qu’il ne pouvait que convoiter. — M. Luchaire nie le ressentiment d'Alain contre le maréchal de Gié : ce ressentiment, si conforme d’ailleurs au caractère d’Alain, nous parait pourtant prouvé par mille indices. (V. not. Jean d’Auton , éd°° du bibliophile Jacob, Paris, 1 835 , t. III, p. 94.) Rappelons enfin que le sire d’Albret avait de nombreux motifs de rancune, car il avait échoué toute sa vie dans toutes ses entreprises. Il était par sa mère (Catherine de Rohan, sœur de Marguerite de Rohan) cousin germain de Louise de Savoie et, par conséquent , plus en ligne que le maréchal de Gié pour s’occuper de diriger la maison d’Angouléme. En 1 499 , on lui avait arraché son consentement au mariage de sa fille Charlotte avec César Borgia. ( V. Jeanne de France, p. 36i. — Archives historiques de la Gironde, t. VIII, p. loi, citées par M. Luchaire.) Sa politique, toujours différente de celle du maréchal de Gié, n’avait été ni bien honorable ni bien fructueuse. Il rêva d’épouser Anne de Bretagne, et se fit moquer de lui. Battu à Saint- Aubin du-Cormier, il se sauve, et le roi confisque ses domaines. Evincé définitivement par Anne de Bretagne, il se retourne vers la France et lui livre la ville de Nantes. Pour prix de cette trahison, il rentre dans ses biens. Il se fait promettre 100,000 écus, qu’il ne reçut jamais. Puis il entre en lutte,
sans succès, contre le maréchal de Gié pour la vicomté de Fronsac. Il fait valoir vainement ses prétendus droits sur le duché de Bretagne et obtient seulement en i4g4, en échange de ces droits, une pension de 6,000 livres et le comté de Gaure. . . .
(1) A propos de la vicomté de Martigues. (Bibl. nat., Cabinet des titres, Luxenvbourg. — Dom Plaine, Relation du voyage de dom Taillandier en Bretagne, en ij5ù, p. e5.) Une sentence des requêtes intervint au profit du maréchal le 10 décembre i5o4.
(2) Pour le comté de Guise. Une transaction n’intervint qu’en 1S27. Le fils du maréchal échangea Guise pour le comté d’Orbec, en Normandie.
(3> L’abbé Georgel, p. 58. — Dans ce procès, il prenait le titre de prince et donnait à sa femme celui de princesse. Dom Plaine cite aussi un mémoire de cette époque conçu sur le même ton. Il paraîtrait que le maréchal transigea avec le bâtard d’Armagnac dès le a8 juin i5o3. (Ms. de Nantes 1809', p. 55 1 bis.) En tout cas, il transigea le i4 juillet, moyennant 4, 000 livres. (Bibl. nat., fonds Doat, t, 298, f. 52.)
(l) Le roi de Navarre prétendait au duché de Nemours. (Biblioth. nat., fonds Doat, t. 228, f. 238). Le duché de Nemours valait 1 2.000 livres de rente (dom Morin , Histoire du Gastinois, p. 3û5 , dit 6,000, mais il est mal informé) et le titre de pair de France. Charles VI l’avait constitué le 19 juin i4o4 et l’avait cédé à Charles de Navarre, à titre, non d’apanage, mais d’échange avec le comté d'Évreux, domaine patrimonial de Charles. Charles eut deux filles : 1 0 Blanche , qui épousa Jean de Castille et dont la troi-
INTRODUCTION
lxxxui
et l’administration royale W. Car l’administration royale prétendait W donner au duché de Nemours le caractère d’un apanage transmissible de mâle en mâle, et, par suite, elle repoussait la transmission opérée dans le contrat de mariage rie Marguerite d’Armagnac. D’un autre côté, la maison de Foix prétendait au duché comme dévolutaire directe: c’est en effet par suite de saisie judiciaire que Nemours avait jadis passé dans la maison d’Armagnac, après des enchères et une subhastation M.
Le duc de Nemours, dont l’esprit hautain n’aimait point les obstacles, éprouvait aussi des difficultés au parlement de Paris. 11 venait de se faire instituer par son fils, bailli de Touraine, tuteur de ses petitesnièces, Mllcs de Maillé, orphelines de père et petites-filles de Louis de GuéménéeW. Le 19 mai i 5o2, il maria la plus jeune de ces enfants au
sième fille, Aliénor, épousa Gaston de Foix et fut mère de Jean de Foix, beau-frère de Louis XII; 2° Béatrix, qui e'pousa Jacques de Bourbon en 1 4o5 , et dont la fille Aliénor épousa Bernard d’Armagnac, aïeul de la femme du maréchal de Gié. Béatrix, n’ayant pas reçu sa dot, fit condamner sa sœur et ses neveux à la lui payer : elle fit mettre aux enchères le duché de Nemours et se fit attribuer les seigneuries de Beaufort, Cliâteau-Landon et autres. L’administration royale avait fait opposition à la saisie : Louis XI se désista de cette opposition lors du mariage de sa cousine Louise d’Anjou avec Jacques d’Armagnac, fils de Bernard. Les biens de Jacques confisqués furent rendus à ses enfants, et les lettres patentes du 2 août 1 484 remirent le duché de Nemours à tous ces enfants, en stipulant que l’aîné s’appellerait duc de Nemours et le second comte de Guise. (Arcli. nat. , P i363‘, coté 1 1 87 ; vidimus de j A92.) Les d’Armagnac ne furent rétablis définitivement dans leurs domaines qu’en 1491 (Bréquigny, t. XX, p. 228); mais dès i484 ils jouirent
de leur duché, et M“" d’Armagnac portaient à la cour le nom de nMu“ de Nemours ». (Arch. nat., KK 83, f. 76 : compte de la trésorerie de la reine du i4 juillet 1 4g3. ) Le duché de Nemours avait appartenu pendant la confiscation à Louis de Graville ( Compil “ de Blanchard, Ord. de septembre 1477), et non au comte de laMarche, comme l’indique dom Morin, p. 326. Mais Graville ne prit pas le titre de duc.
(!) Quoique le roi eût reçu , le 1 9 juillet , l’hommage du maréchal et que même, le 11 juillet, il lui eût conféré le privilège exceptionnel de nommer à tous les offices royaux du duché de Nemours, du comté de Guise et des autres domaines. (L’abbé Georgel, p. 5g.) La Chambre des comptes ayant refusé d’enregistrer l’hommage du maréchal , le roi lui adressa même des lettres de jussion (Dom Morice),
(3> P. 75i,7&3«t suiv. Dom Plaine, p. 26.
<4) Arch. nat., MM 758, p. 367, et MM y5g, p, 816. Bibl. nat., ms. fr. aa34i, f. 17. — - Sa mère , Marguerite de Rohan , dame de
fils de son ami, le sire du Bouchage W : de là, de très vifs incidents. Les aïeuls de la jeune fille approuvèrent le mariage W, sa mère(3) le blâma et entreprit de le faire casser (4). Le parlement assigna une retraite à la jeune fille, encore non nubile. Le sire de la Roque, mandataire du maréchal W, essaye d’enlever l’enfant W. Le Parlement, d’un autre côté, défère la tutelle de Mile de Maillé à Giles de Laval l'1\ seigneur de Loué. Les gens du maréchal M, qui occupaient le château de Maillé, avaient refusé de le rendre, malgré l’ordre du Parlement W; il fallut faire un siège en règle. Enfin, c’est une suite de laits scandaleux et confus dans lesquels les gens du maréchal ne semblent pas avoir toujours gardé le beau rôle (10b
Le cardinal d’Amboise venait de partir pour l’Allemagne, lorsqu’à la
Bourgtheroulde , Criquebeuf , la Campagne et Houllebec, sixième enfant de Louis de Guéménée et de Louise de Rieux, avait épousé François de Maillé, seigneur -de Rochecorbon, vicomte de Tours, fils d'Hardouin de Maillé et d’Antoinette de Chauvigny, par contrat du 29 septembre i4go. (Ms. 1809, p. 299.) François de Maillé testa le 10 mai i5oi, et laissa deux filles , toutes deux appelées Françoise. Le maréchal se fit attribuer parle bailli de Touraine (son fils) la tutelle de ces jeunes filles : le parlement de Paris la conféra au contraire à leur mère et à Giles de Laval , mari de l’aînée.
(1) Son ami intime, comme on l’a vu. (Cf. Bibl. nat. , fonds Doat, t. 228, f. 54 v°.)
(3) Dans une lettre fort amicale au sire du Bouchage, le maréchal lui raconte qu’il croit avoir décidé la mère et M. de Chauvigny. Il lui recommande en même temps «la matière que savez qui me tousche » (l’affaire du duché de Nemours), Tours, 3i janvier. (Ms. fr. 2929, f. 39.)
w La Chesnaye des Bois, t. XII, c. 817.
P. 748 et 749.
Gendre et non mari (comme le dit le texte, p. 386) de M”' de Maillé. Les textes, pour cette affaire, sont remarquablement inexacts.
<8) Le maréchal , personnellement , venait de partir pour l’Italie , mais il avait laissé à Ploret des instructions précises. 11 était venu lui-même installer la garnison : il ne parait pas avoir blâmé ses gens ni non plus les avoir approuvés. Une instruction fut ouverte contre Ploret pour ces faits plus ridicules qu’odieux.
(10) V. à ce sujet p. 10-19,124,125,126, 385-388. — Cependant l’approbation de Louise de Savoie (p. 76) et la conduite des adversaires du maréchal en d'autres circonstances (Raynal, Histoire du Berry, t. III, p. 279 et 280; Bibl. nat., ms. fr. 3925, f. 176: ttLe revenu de mon 'bien ne peut fournir aux procès que j’ay.s) semblent indiquer que tous les torts n’étaient pas du côté du maréchal. M'”' de Maillé, par hostilité, provoqua dans sa famille l’exercice d’un droit de retrait lignager contre le maréchal (p. 3go).
INTRODUCTION. i-xxsv
fin de janvier i5o4, le roi, qui s’était bien porté tout l’été W, tomba brusquement malade à Lyon , sous le coup des affreuses nouvelles f ' qu il recevait d’Italie, et fut condamné par les médecins. Le royaume fut en deuil de toutes parts on célébra des processions solennelles poui obtenir son rétablissement W. Le duc de Nemours se trouvait seul à diriger les affaires Le roi cependant ecbappa a cette crise t - , et des cpi il parut transportable, les médecins ordonnèrent de le mener à Blois W, dans l’espérance que l’air natal hâterait la convalescence (8). En effet, sur les bords de la Loire il reprit ses forces à vue d’œil bientôt il put remonter à cheval et faire quelques promenades dans la campagne.
Pierre de Rohan avait précédé la cour à Blois; il était venu annoncer lui-même à Louise de Savoie le rétablissement du prince h»), et il en prenait texte pour presser de nouveau le mariage du comte d’Angoulême(u). Louise lui faisait bon visage, comme d’habitude; mais le cardinal d’Amboise avait résolu la chute de son rival <12>, et pour y arriver il
. « Le i*r janvier, les restes de l’armée française capitulèrent à Gaëte ; bien peu de ses débris revirent la France. Plusieurs capitaines et le marquis de Saluces lui-même moururent, au retour, de chagrin autant que de fatigue. En France , les choses n’allaient pas mieux : il y avait une famine cruelle. Le corps de ville de Lyon, sous prétexte d’un bruit de retour de la cour, défendit la sortie des blés de la ville, le 28 avril i5o4. Le 3i octobre, il en arriva à ordonner aux boulangers de cuire du pain pour les bonnes gens, sous peine d’être spenduz et estranglezi. (Actes consulaires de la ville de Lyon, BB 24, f. 456 et 472.)
<3> P. 55 et 72.
(*) P. 38o, 38i . — Louise de Savoie voulut suivre à pied trbien honorablement >1 la procession d’Amboise.
<•> La maladie du roi était un flux de sang qui lui faisait perdre instantanément toutes ses forces et le réduisait à ïéthisie. Sa mère était morte d’une crise analogue.
(r> On le transporta d’abord à Mâcon. Il partit pour Blois un mois après la crise la plus grave (p. 208, 21 4), en compagnie de la reine (Jean d’Auton).
i8) En février (p. 208, 2i4. — Jean d’Auton).
<’> A la fin d’avril, on faisait courir le bruit de son retour à Lyon (arch. de la ville de Lyon, Actes consulaires, BB 24, f. 456): rr II est bruyt que le roy doit bresvement retourner en la ville. »
(ll) V. la dénégation du maréchal, p. 1 66. — C’est à ce moment que quelques historiens estiment qu’il aurait eu l’idée d’un troisième mariage avec Louise de Savoie.
<12> dis estaient deux qui gouvernoient s , disent les Mémoires de Fleuranges.
LXXYVI
ouvrit la porte aux rancunes de deux femmes jusque-là impuissantes. Quinze jours avant Pâques i5oi, c’est-à-dire vers le 22 mars W, un certain Pierre de Pontbriant, homme de troisième ou de quatrième ordre, attaché au service de la comtesse d’Angoulême, poursuivit le roi pour lui dire qu’il avait à lui révéler des choses qui importaient à sa personne.
Pontbriant a prétendu depuis que le roi l’avait mandé, mais cela est tout à fait invraisemblable ; quoi qu’il en soit, il obtint une audience du roi dans sa chambre; Louis XII, bien qu’évidemment préparé, refusa toute explication et le renvoya , après lui avoir demandé seulement si, le cas échéant, il dirait la vérité.
Deux jours après, Pontbriant se trouva, comme par hasard, dans le jardin du château , sur le passage du roi : il aborda de nouveau Louis ^11 et, après une conversation indifférente, reprit le même sujet : le roi répondit comme la' première fois , mais il dit de plus à Pontbriant d’en parler au cardinal d’Amboise. Défaite banale assurément dans sa bouche ; mais c’en était assez de cette étincelle pour allumer un incendie.
Presque aussitôt après, le cardinal manda. Pontbriant <2> et celui-ci s’empressa de dresser contre le duc de Nemours un véritable acte d’accusation. Il déclara que le maréchal était résolu à empêcher, au besoin par la force, la reine ainsi que madame Claude <3> de se rendre en Bretagne, en cas de mort du roi; le maréchal n’aimait point la reine; il avait dit, il y a trois ans, que le roi se trouvait en danger de mort; il avait lait approcher de 1 artillerie à Amboise et exigé des archers qui gardaient le château un serment particulier pour s’assurer de la personne du comte dAngoulême, et devenir, le cas échéant, le seul principal personnage du royaume (c’est là le point qui louchait le cardinal d Amboise); M. de Nemours lui avait plusieurs fois dit, à lui, Pont-
(,) Dès le 11 mars, Louise de Savoie s était fait amener à Blois et avait obtenu un ordre du roi qui mettait fin au service de Ploret, et au pouvoir du maréchal, par conséquent (p. 732). Le sire de Surgères, chassé par te maréchal , s’empressa de revenir
auprès d’elle (p. 2 36, 3i4) aussitôt après. (a> P. i95, 286.
<3) Claude se trouvait alors à Blois et la reine à Lyon, près du roi. (Jean d’Aulon, t. III, p. 77.) Il accusait le maréchal d’avoir voulu garder Mm* Claude.
INTRODUCTION
briant, que le roi déclarait toujours que ccmadite dame (de Savoie) le tromperait n et que, cc si n’estoit lui, qu’ou lui osteroit monseigneur sonfilzWi).
Que valaient ces accusations? Que valait l’accusateur lui-même? Assurément peu de chose. L’accusation ne portait sur rien de précis : Pontbriant alléguait des intentions, des tendances; il prétendait trahir quelques confidences^; mais d’ordre donné, défait matériel, tangible, propre à établir une véritable culpabilité de la part du maréchal, il n’en indiquait aucun P); on connaissait déjà l’odyssée de l’artillerie amenée à Amboise; on connaissait aussi le serment exigé par le maréchal de ses archers W; ce secret n’apprenait rien à personne <5). La seule nouveauté, c’était qu’un aventurier comme Pontbriant osât si hardiment accuser le duc de Nemours. On devine que cet homme, accueilli et écouté par le cardinal, jouait son rôle dans une intrigue répétée d’avancé W.
Pontbriant appartenait à une famille de trois frères, venus de Bretagne W, comme tant d’autres, pour chercher fortune en France sous le règne de Louis XI, tous trois se tenant par la mainW, fort âpres à
P. 734 et 735.
(!) V. p. 4, 5 1 , i38, 253, s 56, etc. — C’étaient des u paroles» (p. 22). Du reste, Pontbriant accusait tout le monde de s’entendre avec le maréchal , même Jeanne de Polignac (p. 734), même Louis Maraffin, un écuyer qui passait sa vie sous les drapeaux , qui avait été chargé en 1 488 de la garde du château de Saluces (ms. fr. 2919, f. 58; 2928, f. 26; 2923, n°‘ 58, 59), qui avait pris part au siège de Saulces (Jean d’Auton, t. II, p. 377) et qui était bien étranger à toutes ces intrigues.
(6) T outes les tendances reprochées au maréchal par la cour (V. le récit de Jean d’Auton) n’étaienj point nouvelles; les faits allé¬
gués n’étaient pas nouveaux. Le maréchal n’avait eu aucun ordre à expédier et n’en avait expédié aucun; c’est comme gouverneur d’Angers qu’il comptait agir au besoin.
m P. 28, 288. — Cf. Arch. de la Loire- Inférieure, E 186; Biblioth. nation., ms. fr. 2234o, f. 200 ; Raynal, Uist. du Berry, t. III, p. 129 et i3o ; M. de Girardot, Histoire du trésor de la cathédrale de Bourges, p. 3 1 , etc. — Louis XI avait voulu faire nommer Giles de Pontbriant chanoine de Bourges. Sur le refus du chapitre , il fit arrêter et exiler plusieurs chanoines et il fallut que le chapitre acceptât son protégé. Giles essaya de se faire bien venir en offrant à la cathédrale une belle chape de velours rouge.