L. de Bellay
G. de Coulhardy, Ger. Chartelier,
MM
J. Duret,
J. Famiche,
G. Briçonnet, Macé Toustain.
rSur les lectres missives escriptes par le Roy a la court, dont la teneur s’ensuit :
cr A noz amez et feaulx les gens tenans nostre court de parlement. De par le Roy.
«Noz amez et feaulx, pour aucunes choses qui touchent grandement le bien, honneur et utilité de nous et de notre royaume, nous envoyons quérir plusieurs gens de bien, tant de noz cours souvraines que d’ailleurs , et entre aultres mandons noz amez et feaulx conseillers en nostre court, maistres Christofle de Carmoime, president, Tristan de Fontaines, Guillaume de Besançon et Françoys de Luynes, incontinant noz lettres veues et toutes choses laissées, venyr quelque part que soyons. A ceste cause, voulons et vous mandons très expressément que vous les faictes partir en toute diligence et , la ou ilz seroient reffusans ou dissimnllans de ce faire , ordonnez leur et commandez de par nous n’y faire faulte, sur tant qu’ilz desyrent a nous faire service et qu’ilz craignent encourre nostre indignacion. Donné a Chaumont, le xxiiii0 jour de juillet. Sic signatum : Loys, et Robertet .»
ffLa matière mise en deliberacion , toutes chambres assemblées, a esté délibéré que la court baillera lettres de creance a maistres Christofle de Carmonne, president, Tristan de Fontaines, Guillaume de Besançon et Françoys de Luynes, conseillers en ladite court, a présent mandez par ledit seigneur
INTRODUCTION
Aïeul de Lamoignon, Besançon appartenait à une famille de robe héréditaire : c’était un magistrat dont la longue carrière portait le caractère du labeur et de l’honorabilité. Conseiller depuis le 2 3 août 1 Û82 W, il s’est fait connaître surtout par sa collaboration à la rédaction des coutumes®. Les deux® autres magistrats appelés par le roi offraient moins de garanties à un accusé. Fils d’un modeste prévôt de Beaugency, nouveau venu au Parlement, où il était entré en i5oi W, François de Loynes avait toute sa carrière à faire, et plus tard nous le retrouvons encore chargé de poursuivre le connétable de Bourbon pour le compte de Louise de Savoie. Quant à Christophe de Camionne, ancien serviteur du duc de Bourbonnais®, ancien lieutenant civil du châtelet de Paris ®, puis conseiller du roi ®, président criminel de l’échiquier de Normandie ®, procureur général du roi conseiller ordinaire de l’hôtel (l0>, maître des requêtes, second président du parlement de Paris en i5oû(u)j c’était un représentant de la reine, dont il avait même géré pendant un temps les affaires personnelles t®.
Ces magistrats devaient concourir à former le grand conseil, juri-
aller devers lui, et instructions contenant que la court a délibéré remonstrer audit seigneur en ceste matière. »
(1) L’Hermitte et Blanchard.
(2) L’Hermitte et Blanchard, Eloges de tous les premiers présidents , p. 28, 45, 80, 83. — Coutumier général. — Ordonnances , t. XX, p. 488, t. XXI, p. 7 et 18. — Godefroy, p. 727, etc.
(3) Quant à Tristan de Fontaines, il ne figure nulle part dans l’affaire, mais il fit au moins le voyage d’Orléans pour s’en dégager, car il reçut 108 livres i5 sous pour ses journées et vacations (p. 558). Or un autre conseiller, Robert Turquan, qui n’assista qu’à une seule audience à Orléans le 3o décembre, se fait allouer 43 livres pour un déplacement de huit jours (p. 558).
(4) Le 22 janvier i5oo-i5oi, Il était au¬
paravant docteur-régent à l’université d’Orléans. Cf. L’Hermitte et Blanchard, p. 4o; La Mure , Histoire des ducs de Bourbon, t. III . p. 252et255. Le 3 mars i5o5, Loynes va prendre les ordres de la reine (p. 56i).
l‘> Bibl. nat. , ms. fr. 3924, lettres de René , roi de Sicile , au duc de Bourbonnais , en date de Tarascon, i3 mai.
(t) V. Pélicier, Essai sur. . . Ame de Beaujeu, p. 62 , note 5.
Arch. nat., JJ 216, n° 100.
(8! D’après M. Valois, Bibl. de l’École des chartes, 1882, p. 61 4.
<s) Lecoy de la Marche , Inventaire des titres de la maison de Bourbon, t. II, n” 7267.
(1,) Godefroy, Hist. de Louis XII, p. 181.
(u) J. Nicolay le remplaça comme maître des requêtes.
<12> Arch. nat., KK 85, f. 108 v".
IMPRIMERIE NATIONALE
diction spéciale qui, depuis la mort de Louis XI, avait été détachée de l’ancien conseil du roi et constituée à part , afin d’éviter désormais une confusion de pouvoirs dont le despotisme du feu roi n’avait que trop montré les abus. L’accusation portée contre le maréchal relevait naturellement de ce tribunal.
Ainsi la cour n’attendait même pas le résultat de 1 information poursuivie auprès du sire d’Albret. . . Le seul indice quon rencontiàt de la soi-disant publicité criminelle donnée par le maréchal aux maladies du roi , c’était un envoi du sire de Segré de Lyon à Amboise. Le 5 août, on fit interroger le sire de Segré à son château de Rocbecorbon , en Touraine, par M. de Quènequevilly et un président de Rouen, Richard Neveu<‘>. Jacques d’Espinay, sire de Segré, breton W, ancien chambellan de Louis XI, puis disgracié, actuellement tenu à l’écart et mécontent, s’était rattaché naturellement au parti du maréchal, son parent et son vieil ami. 11 nia tous les chefs d’accusation (3> : il reconnut bien avoir été faire sa révérence à Madame d’Angoulême, mais il prétendit ne lui avoir pas donné de mauvaises nouvelles du roi, au contraire, et, en tout cas, n’avoir vu quelle W.
(1> Ce président n’était pas le seul magistrat envoyé de la ville de G. d' Amboise auprès du roi : un conseiller du même siège , Jean Postel, était venu passer à la cour une huitaine de jours (p. 559); ^ean de Seiva était aussi à Rouen , et c’est là que la reine l’envoyait chercher (p. 5y8).
Nous avons déjà eu l’occasion de nommer Jacques d’Espinay (ou de l’Espinay), seigneur de Segré et d’Ussé, capitaine de Saint-Macaire, fils de Richard d’Espinay, chambellan du duc de Bretagne François II et de Béatrix de Montauban , fille de Guillaume de Montauban. (Bibl. nat., Cabinet des titres.) Il avait épousé Anne ou Jeanne de Conserandon, héritière du château de Moncontour. Chambellan de Louis XI, ambassadeur du roi (Bibl. nat., ms. suppl.
fr. 6981, f. 44a), fort en laveur en 1478 (ms. suppl. fr. 6985, f. i53), destitué en i48o (Commines, t. II, p. ai4), il était redevenu chambellan de Charles VIII et maître d’hôtel de la reine Anne de Bretagne. (Le Roux de Lincy, t. IV, p. 3; Godefroy, p. 706.) La reine ne l’aimait pas et avait obstinément tenu à repousser Jean d’Espinay, élu évêque de Nantes, pour installer sur ce siège Guillaume Guéghen , son chancelier. On verra plus loin qu’il était en disgrâce, de mauvaise humeur contre la cour, et pourquoi.
(s> Nous avons joint cet interrogatoire supplémentaire à l’instruction de Monlrichard, chap. 11, § 2 , p. 44.
<1! Le maréchal et Segré se défendent pourtant assez mal de ce chef; poussé à bout, Segré va jusqu’à prétendre qu’il n’a pas du tout
INTRODUCTION
Le maréchal, malade h), s’était retiré au Verger. Assigné devant le grand conseil pour le 9 septembre, il fit défaut^, et, réassigné, il sollicita un répit basé sur l’état de sa santé (3h
Le grand conseil , de son côté , semblait moins pressé que la reine M : le 3 o septembre seulement, il ouvrit une instruction régulière dont il confia la direction à Jean Nicolay et à Pierre de Saint-André, un magistrat distingué, conseiller au grand conseil et juge-mage de Carcassonne , qui devait arriver rapidement aux plus hauts postes de la magistrature (il fut second président à Toulouse en 1507, puis chef de la justice à Gênes, puis premier président à Toulouse en i5o8 Saint- André prenait la place de M. de Quènequevilly, qui dès lors ne devait plus suivre l’affaire que comme mandataire personnel de la reine (6>.
L’information comprit la vie entière du maréchal (7' : on passa au crible ses quarante-deux années de service pour y trouver matière à une accusation quelconque. Combien de vies, à cette époque, auraient pu sortir pures d’une pareille épreuve ? Qu’aurait pu alléguer le roi si un juge prévenu lui eut demandé compte de ses rébellions, de ses inconséquences, de ses folies passées? le sire d’Albret, de ses trahisons successives, de son hostilité perpétuelle contre le royaume? la reine, de sa haine pour la France? le cardinal d’Amboise, de son avidité? les Pontbriant, de leur vie d’aventures ? Louise de Savoie, de son hypo-
parlé k ta comtesse de la santé du roi, ce qui est difficile à admettre (p. 24, 25, 33, 45, 85, i4g, i5i, 190, 208, 2i4). Mais Louise de Savoi.e avait eu le tort de s’empresser de divulguer le danger du roi. C’est elle qui l’apprit à Ploret et à François de Pontbriant.
(1) P. 44 et suiv.
<a) Des articles furent dès lors produits pour son interrogatoire. Ceux que nous avons publiés , p. 5 1 , paraissent d’une rédaction un peu postérieure (d’après l’article II), mais évidemment ils reproduisent les premiers.
(3) Chap. nr, p. 5i et suiv.
<4) La reine n’épargnait aucune diligence.
Des courriers exprès partent en Limousin, en Quercy, en Berry, pour les affaires du procès (p. 568).
(5) V.not.Bibl. nat., ms.fr. 44o2,f. 242 : Lettre de Louis XII, du 6 mars i5o8. — Il était entré au grand conseil en 1497; il avait été chargé, avec l’évêque d’Albi, de conduire en Espagne la nièce du roi , Germaine de Foix, lors de son mariage avec le roi don Ferdinand. (Ms. fr. 2980, n° 6.)
Chap. iv, p. 61 et suiv. A. de Boislisle, Hist. de la maison de Nicolay, Preuves , t. I , n° 97-
crisie, de sa fourberie. . .? Certes, ies accusations formulées contre le maréchal se retournaient contre ses accusateurs, et lorsqu on en vint à la procédure des reproches, le maréchal, à son tour, dénonça, pour sa défense, le parti pris des accusateurs et les côtés faibles de leur vie; il remonta notamment avec indignation dans le passé du sire d Albret et prononça des paroles qui devaient résonner aux oreilles du roi.
On questionna donc les témoins sur la vie de l’accusé, sur les faveurs reçues par lui, sur sa puissance, et même quelquefois sur ses services. Dès le début, le procureur du roi avait fait ses réserves quant à la possession du duché de Nemours. On reprocha au maréchal des fautes qui n’étaient pas les siennes : un meurtre commis par des archers de sa compagnie à Amboise ô) , l’indiscrétion de Du Restai à 1 égard de madame d’Angoulême; on évoqua les querelles du maréchal avec madame de Maillé, une autre difficulté qu’il avait eue à propos de la lieutenance de Baugé <2b Des témoins vinrent déposer que, comme seigneur de Fronsac , il avait employé à son service dans cette forteresse de mortespayes de la solde du roi. On lui reprocha d’avoir établi des k pêcheries et nasses » dans les rivières de l’ille et de la Dronne, près de Fronsac, et d’avoir ainsi gêné la navigation pour toucher un loyer de 200 livres par an (question résolue, du reste, par un arrêt du parlement de Bordeaux <3)). Voilà tout ce qu’on put tirer des dépositions des témoins, en ouvrant la porte la plus large à toutes les rancunes , à toutes les jalousies.
On inculpait aussi de visées personnelles les travaux militaires de Pierre de Rohan et on se livra sur ce point à une enquête approfondie, mais vaine M.
<!) P. 74o, 74i. — La reine envoya spécialement chercher Emery Louvel à Angers pour le faire entendre (p. 5 81).
111 On interrogea Étienne Petit, secrétaire du roi, sur les articles suivants; Étienne Petit y répondit le 28 octobre (et non le 2 5 ,
comme l’indique dans le titre une faute matérielle d’impression , page 87) ;
’■ Soit interogé par messeigneurs les commissaires M* Estienne Petit sur les faits qui ensuivent :
tt Primo, sy, le Roy estant a Lion, fust es environs de Lion (à Mâcon), griesvement malade , messire Pierre de Rohan , mareschal de France, entreprint mettre sus en ce royaume
INTRODUCTION
On engloba dans son accusation ses serviteurs, le capitaine Ploret et le sire de la Roque.
vingt mil hommes de pied , garais chacuns de sallades et brigandines , affin d’avoir la force.
ccltem , sy ledit de Rohan , pour y parvenir, fist commettre capitaines desdits vingt mil hommes de pied trois gens a sa poste, les aucuns ses serviteurs, les autres ses amys et familliers, comme messire Brandelis de Champaigne et autres.
cdtem, sy ledit de Rohan tint pas ladite entreprise secrette sans jamais en parler ne communiquer aux seigneurs du sang, chambellans ne autres ayans authorité a l’entour du Roy, mais luy seul conduisoit ladite entreprise et luy en fist escrire Testât secrètement et de nuict et sans y appeller les secrétaires des finances ne autres.
e Item, s’il se trouva jamais au conseil du Roy ne ailleurs ou la matière fust délibérée , qui estaient présents a ladite deliberation et la cause et le lieu d’icelle.
cdtem, sy ledit de Rohan, pour mettre ladite entreprinse a execution, feist fere grand nombre de lettres missives pour envoyer par le royaume de par le Roy, lesquelles il cacheta luy mesme, parce qu’il avoit lors le cachet en l’absence de monseigneur le cardinal, et les feist contresigner audit Petit et les envoya ausdits capitaines pour les choisir, sur lesquels il estait capitaine general.
r Item, en vertu desdites lettres missives, ledit "Brandelis et plusieurs autres desdits capitaines procedderent a choisir et eslire plusieurs gens de pied et firent crier par les parroisses que tous ceulx qui voudraient estre du nombre desdits gens de pied, qu’ils se rendissent devers lesdits cappitaines.
ccltem, ce tellement y fust proceddé et besoigné , tant en Touraine, Anjou, Poictou,
le Mayne et autres lieux, que lesdits gens de guerre alloient par toubles de il a i hommes et plus parmy le peuple, pillans et mangeant la poulaille.
ccltem, sy ladite entreprise fust parfaitte et mise a executer auparavant l’inconvénient du Galien et de Saulces.
ce Item , sy, pareillement audit temps , ledit de Rohan fust inventeur et entrepreneur de contraindre les nobles et autres tenans fiefs en ce royaume et de bailler par déclaration lesditz fiefs, affin de les charger de faire gens de guerre.
ccltem, si ledit de Rohan fist despescher lettres missives adressant aux baillifs et seneschaux et autres juges commissaires de ce royaume, pour contraindre les nobles a ce faire chacun en sa jurisdiction.
cdtem, sy ledit de Rohan cacheta lesdites lettres missives , les fist signer comme devant par ledit Petit, et sy elles ont esté mises a execution.
ccltem, sy depuis et apres lesdits inconvénients du Garillian et de Saulces advenues et choses dessusdites venues a la cognoissance du Roy en son grand conseil bien assemblé en fhostel de M‘ François Bourcier, ou lors estoient messeigneurs le légat, admirai et plusieurs autres , fut trouvé , conclud et délibéré que ladite entreprise par luy faitte et executtée estait mauvaise et grandement prejudiciable au Roy, au royaume et a la chose publique, et comme telle fut reprouvée, luy présent et soustenant le contraire , en disant que ce serait fere honte a ceulx qui l’avoyent entreprins et qui s’en estoient meslez.
cdtem, sy, apres ladite deliberation et le jour mesme , ledit de Rohan fist pas plusieurs remonstrances a monseigneur le legast a ce
cil PROCÈS Dü MARÉCHAL DE GIÉ.
On serra de près le sire de Segré, son ami. On accusa Segré d’avoir concerté avec le maréchal ses réponses aux commissaires et on l’interrogea de nouveau W ; on alla rechercher dans le passé de
que l’entreprinse desdits vingt mil hommes et déclaration des fiefs ne fust rompue en iuy priant qu’il y vousist tenir la main et qu’il ne contrariast a son enlreprinse et ne luy fist telle honte.
"Item, soit outre interrogé ledit Petit sy jamais ledit de Rohan luy parlast de la maladie du Roy, quels propos et devis il en a eu avec luy et si iuy a pas dit que le Roy ne pouvoit longuement durer, quand ce fust , en quel lieu , quante fois , et en quels termes, et s’il s’en veut raporter audit de Rohan.
"Item, et sy ledit de Rohan leur a parlé de gouvernement et de l’estât de ce royaume , et s’il mesavenoit au Roy, et en quel temps et lieu il luy a parlé, ne a quelle fin.
"Item, s’il scayt pas que ledit de Rohan ayt escript ou faict scavoir la maladie du Roy a Paris ne ailleurs , dedans le royaume ou dehors.
"Item, s’il a jamais ouy dire a Paris ne ailleurs que ledit de Rohan ou ses gens ayent publié la mort du Roy, quand et comment. — Bonmn.
o Et au dessous est escript . Donné pour coppie extraicte de son original estant devers la cour : Michaelis.» (Ms. fi-. 2717, f. 554.)
(1) Sur les articles suivants; Segré y répondit le 16 novembre (page 48) :
"Plaise a nos seigneurs les commissaires interoger messire Jacques d’Espinay, seigneur de Segré , avant que procedder a son recollement, sy luy mesme escrivistou fist escrire sa depposition en sa maison de Montcontour et retint un double devers luy et
porta ladite depposision toute escrite au lieu de Rochecorbon et la bailla aux commissaires du Roy, scavoir le president de Normandie et le president de Bretaigne, a certain jour de lundy, dont le jour precedent, qu’estoit dimanche , lesdits commissaires avoient esté devers ledit de l’Espinay audit lieu de Montcontour pour le devoir interoger, et s’il différa a estre interogé pour celuy jour, disant qu’il y vouloit penser et aussy qu’il estait feste, et demanda le double du mandement de la commission que lesditz commissaires luy refusèrent bailler ; et , ledit jour ensuivant qu’il eust baillé sa depposision ausdits commissaires et, quequesoit, dedans briefs jours apres, Régnault Bochetel, clerc et serviteur du mareschal de Gyé, se rendit audit lieu de Montcontour devers ledit de Segré, auquel Bouchetel ledit de Segré communiqua et déclara la forme de sa depposision qu il avoit baillé ausdits commissaires , et s’il luy en bailla le double ou , quel que soit, luy fist escrire la forme de sa depposicion pour la porter a mondit seigneur le mareschal affin de l’adverlir a estre conformes en leurs depposicions. Et sy ledit mareschal , depuis qu’il est a Amboise , luy a faict scavoir ses nouvelles ou envoya messagers touchant ceste matière. Et, depuis sadite depposision , il a dit ou faict scavoir a Mons. l’admirai ou Mons. de Saint Pierre , par escript ou autrement, qu’il n’avoit pas voulu dire ausdits commissaires tout ce qu’il scavoit en cette matière, les priant de les fere remettre en l’estât qu’il estait durant le feu Roy, et qu’il dirait au Roy et a la Royne de la matière ce qu’il n’avoit pas voulut dire
INTRODUCTION
cm
Segré lui-même une vieille accusation fort peu sérieuse. Madame de Segré , autrefois dame d’honneur de Marguerite d’Autriche , la fiancée de Charles VIII, avait été chargée de reconduire cette princesse à la frontière, lorsque Charles VIII épousa Anne de Bretagne. D’une parole de consolation, adressée par madame de Segré à une jeune princesse qui regrettait amèrement la cour de France, on avait voulu conclure à un complot. Cette ancienne histoire, depuis longtemps tombée dans l’oubli, fut relevée et élucidée à pi’opos du procès du maréchal de Gié, pour lequel elle 11e présentait guère d’intérêt M.
Pendant que commençaient ces bizarres enquêtes (2), le maréchal comparut devant le grand conseil, à Orléans Il protesta d abord contre la nouvelle information secrète ou inquisitoriale prescrite par le grand conseil *4).
susdits commissaires, mais le déclarerait et en diroit plus amplement au Roy et a la Royne, sy leur plaisir estoit de le mender.
.. Et au dessous est escript : Donné [jour coppie extraicte de son original estant devers la cour : Michaelis.» (Ms. fr. 2717, f. 555 v“.)
« P. 106 , 1 î 1 et suiv. — On y apporta une passion extraordinaire. La reine envoya chercher un certain Louis Herpin qui pouvait servir de témoin et mit une insistance extrême à le faire venir, quoiqu’il fût malade (p. 56g, 570). Un courrier spécial l’attendit à Saumur.
<3> M. de Segré fut interrogé sur les articles suivants; il y répondit le 22 novembre (page 111):
cr Soit interrogué monseigneur de Segré sur ce qui suit :
«S’il et sa femme ont esté au service de madame Margueritte et en quel estât.
ttSi luy et sadite femme furent avec elle en Picardie ou ailleurs avant son retour 'et jusques a icelluy qui fut audit cas.
cr Si ladite dame se plaignoit et de quoy,
et si ledit de Seigrë et sadite femme la confortaient, et en quelles parolles.
cr S’il scait que madite dame Margueritte aye depuis escript de par deçà , et a qui.
cr Si dit que ouy, que contenoient lesdites lettres.
cc Et , si de luy mesrne ne le dit, soit interrogué in specie s’il scait que ladite dame
escripvit les parolles et . (sic) dont
Herpin parle en sa déposition.
et Si a cause desdites lettres ont voulu mectre ledit seigneur de Seigré en cause et quelles plaintes y eut.
cr QueUes poursuittes ledit de Segré a faict envers ladite dame et le Roy des Roumains pour se descharger desdites lettres.
trQui a faict les diligences, cr Quelle descharge il en a eu.
et Si monsieur le mareschal y tenoit la main ou autres.
et Et , touchant ledit Herpin , les articles du Roy ils sont, sur lesquels pourra estre interrogué.» (Ms. fr. 2717, f- 187 v” et 553.) l3> Chap. v, p. 127 et suiv.
on- PROCÈS DU MARÉCHAL DE GIÉ.
Par une méthode empruntée à l’ancienne procédure inquisitoriale canonique, l’ordonnance de i4g8 avait soigneusement distingué la procédure ordinaire et la procédure extraordinaire. Après une première information secrète (semblable à l’inquisitio famœ canonique), suivie de l’interrogatoire de l’accusé, si l’on se trouvait en présence d’un homme diffamé, de crimes ténébreux, l’ordonnance attribuait aux juges la faculté d’agir à l’extraordinaire, c’est-à-dire rapidement, secrètement, avec l’emploi de la torture; sinon, on conservait les anciennes formes, c’est-à-dire les enquêtes contradictoires et les plaidoiries.
Les relations sociales s’étendaient tellement alors, le champ d’action de l’activité humaine subissait une telle transformation, que l’on considérait comme un grand progrès et comme une nécessité même de la civilisation l’emploi, au moins facultatif, de ces formes expéditives à l’égard des criminels. Les jurisconsultes surtout, les magistrats y voyaient l’arme nécessaire d’une société perfectionnée. Bientôt, en 1 5 3g , ils donnèrent à ce procédé nouveau une ampleur, une puissance qui en rendirent l’emploi habituel. Le procès criminel du maréchal de Gié allait donc se dérouler sous l’empire d’une législation de transition, mixte, intermédiaire. Il constitue une des rares applications de l’ordonnance de i4g8.
Le maréchal avait donc le droit de repousser la voie extraordinaire où les juges entraient, sans doute à leur insu 4), en excipant d’une bonne renommée proclamée parle royaume et par l’Europe, et en évoquant une suite de longues années « grandement, louablement et vertueusement « passées au service de la couronne. Il déniait d’ailleurs avec force la valeur et la portée de l’information préliminaire.
Le meme jour, i5 octobre i5o4, et jusqu’au 23 octobre (2), il lut interrogé par le grand conseil (3> et répondit à plus de cent ar-
!l' Le défaut donné contre te maréchal était du reste un motif d’y entrer : de là leur dire qu il serait statué après que le maréchal aurait répondu à son interrogatoire.
p) P. iSo et suiv.
w Le grand conseil tint huit audiences; quatre magistrats seulement, en outre du chancelier, assistèrent à toutes: les conseil-
INTRODUCTION. Cv
ticles W. Il dut se présenter sans conseil, avec l’injonction de ne pas quitter son logis jusqu’à nouvel ordre et de ne communiquer avec personne.
Dans son énergique défense, le maréchal accusa hautement Louise
lers Nicolay, Du Prat (le célèbre Antoine Du Prat), de Loynes et Baudot. Ce dernier était un vieux magistrat, ancien e'cbevin de Dijon, entré au Parlement en 1 4 7 9 , chargé d’une mission en Allemagne en 1 484 , membre du grand conseil depuis l’origine ( 1 4 97 ). Ilélait fils lui-même d’un conseiller. Il mourut en i5o6. Le président Carmonne , les conseillers de Potos, Buynard ,, Saint- André, Cohardi, Pavye, de Selva, de Maleville, de la Salle, manquèrent une ou deux audiences; Besançon n’assista qu’à quatre et Maynier à cinq. Cinq autres membres du grand conseil prirent seulement séance une fois ou deux. Nous avons parlé déjà de plusieurs des conseillers présents à l’audience du i5 octobre; les autres étaient tous d’anciens magistrats. Le plus célèbre, Antoine Du Prat, suspect d’avoir acheté sa charge, n’était pas encore installé comme maître des requêtes; il ne le fut que le 2 4 janvier i5o5 (p. 709 et suiv.). Charles de Potos était maître des requêtes depuis plus de vingt ans. (Hist. de Charles VIII, p. 43 1 , 54o, 5g4 . ) Etienne Buynard venait d’entrer au grand conseil (en i5oo d’après L’Hermitte et Blanchard, en i5o2 d’après Gaignières). Accurse Maynier, baron d’Oppède, fds d’un grand jurisconsulte d’Avignon, juge mage en Provence en 1492 , fut envoyé en ambassade à Venise en i5oi.
Entré au grand conseil dès le début (Bréquigny, t. XXI, p. 57), il devint président du parlement d’Aix en 1607 (Gaignières) et de Toulouse en i5o8. (Arch. de la Haute-Garonne, B i4.) Pierre Couthardy,
juge du Maine, puis conseiller du roi et avocat au Parlement (i488-i4g2. Ordonnances, t. XX, p. 419, 679; Godefroy, p. 578), premier président du parlement de Paris en 1497 (Bréquigny, t. XX, p. 627), avait été un des témoins du mariage du maréchal avec Marguerite d’ Armagnac. M. de Pavye était un conseiller du parlement de Toulouse, M. de Maleville un conseiller du parlement de Bordeaux. Jean de Selva, ou de Selve, originaire du bas Limousin, fils d’un capitaine des gens d’armes du comte de la Marck, gouverneur d’Auvergne, était conseiller à Toulouse; c’était lin jurisconsulte éminent; il devint, à partir de 1507, successivement premier président à Rouen, à Bordeaux, à Milan, à Paris ; plusieurs fois ambassadeur ; comme premier président de Paris , il dirigea le procès criminel du connétable de Bourbon : premier éditeur des Mémoires de Commines. Tous ces conseillers furent mandés à Blois par la reine et plusieurs allèrent la trouver avant de prendre audience. (Maynier, p. 562 ; Maleville, p. 563; Buynard, p. 5 61.) Du Prat déclara te agir par le commandement de ladite dame» du 4 août i5o4 au 16 avril suivant, et ses gages sont de 4 écus par jour, au lieu du tarif ordinaire de 3 écus (p. 564).
<1; A partir de ce moment, le roi et la reine se font incessamment rendre compte par des courriers exprès de la situation du procès. Le général du Languedoc (Jacques de Beaune), resté à Orléans, expédie des courriers en poste à Tours, à Amboise, à
IMPRIMERIE NATION Al
otj PROCÈS DU MARÉCHAL DE GIÉ.
de Savoie de brasser l’affaire par rancune; il rappela avec fierté son propre dévouement à l’État et nia tout, meme des choses évidemment véritables M. Il n’avait rien fait que sur la demande de Louise de Savoie (2). Il avoua seulement la disgrâce où le tenait la reine (3) et son ambition de voir marier le comte d’Angoulême avec madame Claude (4b
Le conseil, faisant droit à la demande de l’accusé, rapporta sa première décision et nomma une nouvelle commission, composée de Christophe de Carmonne, du fameux Du Prat, de Nicolay et de Saint- André, pour continuer les enquêtes contradictoirement <5b
Le 2 A octobre , un arrêt leva le secret du maréchal et déclara quittes de toute poursuite Ploret et le sire de la Roque.
Le chancelier fit connaître au roi ces préliminaires défavorables par une lettre adoucie, et Tout le monde avait été d’avis qu’on ne pouvait se dispenser d’interroger les gens du maréchal. » - — C’était l’aveu atténué de ce qui précède. — tt Le roi ne saurait employer trop de gens dévoués en cette affaire. i> — C’était la crainte d’un insuccès (6).
En effet, les serviteurs du maréchal, interrogés, se transformaient
Puiseaux, à Montrichard et ailleurs pour traucunes afferes secretzn (p. 569). De Châteauneuf-sur-Loire le roi adresse deux lettres au grand conseil et il en reçoit deux réponses (p. 568). Deux courriers sont expédiés d’Orléans à Châteauneuf (p. 568). La cour se transporte à Melun. Le courrier Mordrée fait un service incessant entre Melun , Orléans et Amboise (p. 569). Cela ne suffit pas. Nous relevons sept envois d’exprès d’Orléans à Melun (p. 568), le voyage en double poste d’un secrétaire de la reine d’Orléans à Melun et vice versa (p. 56g), un échange de correspondances entre la reine et Orléans (p. 573).
1,1 Notamment p. i57,àproposdesonfds.
(!) L’offre de transporter le comte à Angers, l’adjonction de nouveaux serviteurs,
son désir de mettre le comte de Guise près du comte d’Angoulême (p. i5o,i5a,i56, 1 57 ). Il nia tous les propos qui constituaient son crime (p. i5g, 161, 162, i63).
(3) P. 162 et r63.
(4) P. 1 66 , 1 67, 1 7 1 . — Il prétendit seulement n’en avoir plus parlé depuis la conclusion du mariage avec l’archiduc, ce qui n’était pas exact. — Quant à l’affaire des mortes-payes entretenues à Fronsac, il parut peu au courant. Il déclara que Charles VIII l’avait autorisé à garnir Fronsac de quinze mortes-payes de Guyenne. H se rappela ensuite y avoir adressé momentanément six ou sept mortes-payes de sa compagnie (p. 168, 171 et 172).
INTRODUCTION
en accusateurs : la déposition de Ploret du 22 octobre®, suivie de l’ordonnance de non-lieu rendue en sa faveur, n’est pas une défense , c’est, un véritable réquisitoire contre Louise de Savoie.
Et les enquêtes ne révélaient rien de nouveau! Sur un dired’Eliede Polignac, sire de Fléac, on interrogea encore Pierre de Pontbriant. On découvrit que le maréchal aimerait mieux que le comte d’Angoulême épousât la moindre bergère du royaume plutôt que madame Claude. On recourut à Louise de Savoie et l’on sut ainsi que le maréchal avait ajouté : «Si madame Claude était aussi disgrâciée physiquement et aussi impropre au mariage que le prétendait la comtesse, n
L’échafaudage de l’accusation s’écroulait.
La reine, irritée, voulut opérer une démonstration; jamais elle ' n’avait consenti à faire à Paris d’entrée solennelle®; elle s’y résolut en cette circonstance.
Le 18 novembre, elle alla se faire couronner à Saint-Denis par le cardinal d’Amboise et elle entra à Paris en grand apparat. Ce ne furent, pendant plus d’un mois, que fêtes, tournois, festins. Les clercs de la basoche, prenant le change de ce faux triomphe, dirigèrent leurs railleries contre le maréchal, en lui appliquant le proverbe: et Trop parler nuit, trop chauffer cuit t>
Le 28 octobre, le conseil décida, suivant les formes de la procédure ordinaire®, le récolement et la confrontation des témoins, sous la direction de Carmonne, Nicolay, Du Prat, Besançon, Saint-André et du conseiller de Selva , jurisconsulte fort distingué, plus tard premier président du parlement de Paris, avec pouvoir d’agir seulement au nombre de quatre pour ne pas retarder l’affaire
Les confrontations ® de l’accusé avec ses accusateurs donnèrent lieu ,
<1! D’après une autre expédition (arcli. de la Loire-Inférieure , E 1 9 1 n° 2 ), ta déposition de Ploret serait du 21 octobre. Cette date paraît erronée.
<!) Quoique son entrée eût été plusieurs fois préparée. Le roi , par mie lettre datée de Fontainebleau, invita les échevins à rece¬
voir la reine joyeusement et honorablement.
(î) J. d’ Auton , t. III , p. 11 2 ; Godefroy, Cérémonial français , t. 1, p. 6go.
« N’entend ledit conseil. . . entrer en voye de procès extraordinaire. »
(s) P. 177 et suiv. et ig3.
(6) Chap. vi, p. 175 et suiv.
cvm PROCÈS DU MARÉCHAL DE GIÉ.
comme on pouvait ie penser, aux scènes les plus vives. Le maréchal traita durement Louise de Savoie h) : en face de Pierre de Pontbriant, il ne put se maîtriser, et malgré les efforts des magistrats, il s emporta en termes que le procès-verbal indique suffisamment <2). Sa confrontation avec le sire d’Albret fut très difficile à obtenir; elle eut lieu enfin, au château de Dreux, où les commissaires avaient vérifié que le sire d’Albret se trouvait retenu par la fièvre. On fit grand bruit de cette confrontation à la cou r l'i-1 et l’on chercha à mettre les rieurs du côté de l’accusation, car le chroniqueur Jean d’Auton, tout dévoué à la reine, et qui nous raconte le procès du maréchal, non point d’après les pièces authentiques de l’affaire, mais d’après les récits de la cour, nous a laissé de cette confrontation un récit détaillé et piquant W, que nous
(I1 V. not. p. 181.
(î) Ces confrontations étaient suivies à ia cour avec une attention passionnée. Le roi et la reine avaient écrit à Louise de Savoie une lettre spéciale pour la soutenir (p. 571). Séance tenante, les commissaires expédièrent le texte des confrontations par exprès d’Amboise au chancelier (p. 572). A chaque incident, un courrier spécial partait d’Amboise vers la reine; il en partit cinq (p. B70, 575). A trois reprises, la reine dépêcha à Dreux auprès du sire d’Albret pour le décider à venir à Amboise pour sa confrontation (p. 56g, 570, 575); elle lui écrivait en termes insistants. De Dreux , la reine se fit expédier deux courriers (p. 570), et, sitôt la confrontation finie, un autre courrier partit encore pour porter au roi et au Conseil tous les papiers de l’affaire (p. 572). La reine avait aussi dépêché à Loches, près de François de Pontbriant, son maître d’hôtel Courcou, pour surveiller ce qui se passait de ce côté (p. 571). On ne laissa pas à un greffier le soin de rédiger les procèsverbaux. Nicolay les écrivit lui-même. (Mi¬
nutes autographes publiées par M. de Boislisle, ouvrage cité, n“ 96 et 98, pages 7/1- 78 et 78-84.)
ll) Voici ce récit, d’après l’édition du bibliophile Jacob , t. HJ, p. g4 ;
. .. . e Après ce, fut celui de Rohan, mené à Chartres, où lui fut baillée la ville pour prison , et lesdits conseillers s’en allèrent à Paris pour faire de ce leur rapport au chancelier et à ses autresdits collègues, par lesquels fut appointé que par lesdits rapporteurs seroit mené à Dreux devers le sire d’Albret pour être à lui affronté. Or fut ainsi pourmené ledit messire Pierre de Rohan, ce qui moult lui ennuyoit, vu les grands honneurs et autorité hautaine en quoi s’étoit par ci-devant trouvé en France; ce néanmoins, fut mené à Dreux et lui étant à ce voyage dit auxdits seigneurs qui le conduisoient que le sire d’Albret étoit son ennemi mortel, et que s’il alloit à Dreux mal accompagné, qu’il se douloitde sa personne, parquoi requit avoir de ses gens pour le tenir en sûreté; auquel dirent lesdits seigneurs que de ce n’avoit garde, car il étoit en la main du roi et en sa sauve-
INTRODUCTION
ne pouvons cependant admettre sans réserve, pour deux raisons : la première est que les détails donnés par lui sur le reste du procès, surtout sur les confrontations d’Amboise, sont partiaux et peu exacts et que le récit de la confrontation de Dreux est le seul que nous ne puissions contrôler; la seconde, c’est que ce récit affecte une tournure fort peu en rapport avec la gravité, l’impartialité parfaite, la conscience minutieuse des magistrats chargés de diriger ces opérations délicates.
Le sire d’Albret fut le seul qui maintint toutes ses accusations,
et comme s’il craignait de n’avoir
garde pour l’heure, et sur ce, fut mené au château de Dreux, où étoit ledit sire d’Albret au lit malade. Dedans la chambre où il étoit, entrèrent les conseillers et celui de Rohan, lequel entra tête couverte et sans faire aucune révérence audit sire d’Albret, mais s’assit sur un banc d’osier vis-à-vis du lit où étoit ledit malade couché. Les sieurs du conseil eurent chacun leur chaire près du lit, lesquels interrogèrent là celui d’Albret sur ce qu’il savoit des charges mises sus audit de Rohan et en sa présence : lequel d’Albret dit, oyant tous, que lesdites charges par lesquelles étoit illec messire Pierre de Rohan affronté étoient vraies, comme par message lui avoit mandé de bouche et écrit par lettre signée de sa main; lesquelles furent vues et lues devant tous. Ce fait, fut demandé audit de Rohan qu’il vouloit dire sur ce : lequel dit que c’étoient choses controuvées et que vérité ne conte noient, et que au sire d’Albret avoit été fait le bec pour en dire, comme l’oiseau fait en cage, et commença par paroles piquantes et mots injurieux à charger sur ledit sire d’Albret, le cuidant mettre aux champs, pour avoir l’occasion d’objecter contre lui; mais de rien ne s’émut ledit d’Albret, ains toujours persista en son dire et fut ferme en
pas assez fait contre l’ancien ami
son propos : ce qui fut, par lesdits seigneurs du conseil qui là étoient, bien ouï et entendu. En ce faisant, ledit de Rohan qui n’ avoit cause d’être joyeux, par manière de contenance, avec la main se peignoit la barbe laquelle avoit fort grande, et à la fois s’en couvroit une partie du visage , si que il n’en apparoissoit que le front et les yeux. Or avoit le sire d’Albret en main un petit marmot qui faisoit sur le lit un millier de singeries et entre autres en fît une telle que, en regardant celui de Rohan ainsi difforme pour la barbe qui lui couvroit tout le visage , tout à coup de dessus le lit où il étoit saillit d’un saut jusques contre lui et se vint attacher les mains à sa barbe, en tuant à toute force : dont celui de Rohan tout effrayé se prit à crier et courroucer, disant qu’on se truffoit de lui, et à force de tirer, arracha le marmot de sa barbe et le jeta contre terre , lequel se releva et se mit sur le lit en faisant la moue à son homme : de quoi là n’eut homme, réservé celui que savez, qui ne fit sa risée à pleine bouche. Que fut-ce? après toutes ces choses, ledit de Rohan tout mal content s’en issit de la chambre en disant : rr Adieu seigneurs, et gardez bien votre - marmot ’ s et ainsi chacun se retira. . . » Nous devons ajouter que le maréchal ne
ex PROCÈS DD MARÉCHAL DE GIÉ.
que lui avait préféré Mademoiselle d Armagnac W, le 1 3 décembre il manda de nouveau les commissaires et confirma encore sa déposition
L’instruction principale se continuait toujours (3), mais à bâtons rompus, sans conviction. En vain les serviteurs du sire d’Albret ^ cher-
portait pas habituellement sa barbe. Tous ses portraits le représentent entièrement rasé.
On continuait également l’instruction sur l’affaire de Maillé (p. ia4 et suiv., 385).
(1) Voici le texte des articles produits pour l’interrogatoire du sire de Serniet, un des serviteurs d’Alain d’Albret. Sermet y répondit le 1 6 décembre (page 121) :
rt Plaise a messeigneurs les commissaires interoger le sieur du Sermet sur les articles qui s’ensuivent.
c S’il est souvenant combien il y a de temps qu’il est au service de monseigneur d’Albret, et en quel estât et office.
ttltem, s’il scayt que le mareschal deGyé fust malade a Lion.
"Item, s’il scayt que ledit mareschal avoit grande amitié ou privauté lors avec ledit seigneur d’Albret , et sy ledit seigneur d’Albret luy presta ou envoya , comme son bon parent et amy, son médecin pour le servir et s’en ayder.
«Item, sy, durant ladite maladie, ledit seigneur d’Albret alla veoir et visiter ledit mareschal , et s’il souppa avec luy.
ttltem, sy, apres ledit soupper ou quelque autre hœuvre, les gens et serviteurs dudit seigneur d’Albret arrivèrent au logis dudit mareschal, ou trouvèrent ledit seigneur d’Albret et mareschal , et s’ils furent longtemps parlans eulx deulx seuls ensemble.
ttltem, sy ledit seigneur d’Albret fist
signe aucun de sesditz gens de ce retirer, et a qui.
ttltem, s’il scayt que ledit seigneur d’Albret, en issant du logis dudit mareschal, dit a aucun de ses gens ou serviteur les fere souvenir, quand il serait .en son logis, de dire la cause pourquoy il avoit faict signe a sesdits gens d’eulx retirer, et a quoy il fist ledit seigneur.
ttltem, sy, apres que ledit seigneur d’Albret fust retiré en son logis, il appela aucuns de sesdits gens, pour le ramentevoir de la cause il leur avoit faict ledit signe eulx retirer du logis ou il et ledit mareschal estaient.
ttS’ii est souvenant auquel de ses gens, soit luy ou autres, ledit seigneur d’Albret parla des devises et parolles que ledit seigneur d’Albret et mareschal avoient eu ensemble au logis dudit mareschal.
ttltem, s’il scayt par ouyr dire ou autrement les parolles et devis eurent lesdits seigneur d’Albret et mareschal ensemble au lieu dessus dit ou aillieurs.
ttltem, sy ledit seigneur d’Albrel ou autres luy ont porté parolles d’icelle devises, et quelles.
ttltem, s’il a jamais sceu ne oy que ledit mareschal eust dit ou faict dire a aucunes personnes que , quand il aloit pour quelques affaires devers le Roy, fusse au lict ou aillieurs, quand la Royne y estoit, il partait d’une sorte et, quand elle n’y estoit point, il partait d’une autre sorte.
ttltem, que ledit mareschal disoit et se
INTRODUCTION
chaient à la raviver en racontant des propos du maréchal qu’ils disaient tenir de leur maître et que leur maître avait niés W.
La lutte s’engagea sur ces données (2).
D’un côté , le procureur général réclamait le jugement du maréchal et concluait nettement aux peines de lèse-majesté, c’est-à-dire à la mort, à la confiscation, et provisoirement à la détention, à la séquestration des biens, à la suspension des offices, à la torture, etc. (3) 11 appuyait ces conclusions d’un long réquisitoire où il énumérait tous les crimes de l’accusé et établissait par des textes, peu solides d’ailleurs, exclusivement empruntés au droit romain et au droit canon, puis par des raisonnements très hasardeux W, que l’accusé avait commis, non pas un crime, mais cinq.
D’autre part, le maréchal entendait reprocher les principaux té-
ventoit qu’il scavoit bien que la Royne ne l’aymoit point et que aussy luy elle , et qu’il ne s’en soucioit guerre.
«Item, s’il a oy dire audit seigneur d’Albret ou autres que ledit mareschal disoit que le Roy estoit fort maladif et qu’il n’y avoit pas grande sûreté en sa personne. Mais , s’il luy mesadvenoit et qu’il allast de vie a trespas , qu’il scavoit bien que la Royne voudrait aller en Bretaigne, mais que la garderait bien et la ferait détenir par deçà, et aussy madame fdle du Roy.
«Item, s’il a sceu ne oy que ledit mareschal eust dit que, combien que la Royne, apres le deceds dudit seigneur, pensoit bien de s’ayder de ses subjetz de Bretaigne , barons et autres, mais qu’il les garderoit bien et qu’il en scavoit bien les moyens de la garder de [joyr] desdits pays , et qu’il y avoit bien pourveu.
itltem, s’il scayt, par oy dire ou autrement, que ledit mareschal ayt porté lesdites parolles ou semblables audit seigneur d’Albret ou autres, et sy ledit seigneur d’Albret
en fist jamais déclaration audit depposant et icelles parolles et devises ils eurent ensemble touchant ce.
et Ainsy signé: Bonin. Et au dessous est escript: Donné pour coppie extraicte de son original estant devers la cour : Michaëlis. » (Bibl. nat., ms. fr. 2717, f. 556.)
« P. ia3.
(!) Chap. vu, p. 222 et suiv.
(*> P. 2A1 à 266. — Le procureur général dit (p. 2 45) que le roi avait baillé la garde du comte d’Angoulême au maréchal; il avait dit le contraire (p. 190, 192). Charles VIII a fait avoir au maréchal la possession de Fronsac (p. 244); c’est le Parlement qui avait statué sur la question. — Charles VIII donna l’évêché d’Angers au fils du maréchal ( id. ) ; c’est Louis XII. — Les entreprises du maréchal remontent à quatre ou cinq ans (soit 1498 ou 1499; p. 2 48); cela paraît exagéré. — On voit que les affirmations du procureur général doivent être accueillies avec réserve.
, tant comme suspects d’animosité et de rancune personnelles qu’en raison de leur passé. Louise de Savoie n échappait pas à la première partie de ces contre-accusations, dont le maréchal ollrait de faire la preuve W. Le procureur général repoussait la preuve offerte, comme inutile, alléguant des motifs tels quels de droit et les aveux de l’accusé, qu’il jugeait suffisants pour établir le forfait, quoique le maréchal se fût renfermé dans un système de dénégation universelle (2).
Le grand conseil, le 3o décembre, par une décision mémorable, admit les conclusions du maréchal, prononça sa mise en liberté provisoire, et renvoya l’affaire au 1er avril (3L
C’était renverser les espérances delà reine, placer l’idée de la justice à une hauteur inaccessible à toutes les rancunes et aux influences les plus élevées, infliger aux accusateurs la juste peine du talion.
D’ailleurs, rien dans la doctrine française ne permettait d’atteindre les propos relevés à la charge de l’accusé. En France, la parole était libre. Et, quant à appliquer, pour défendre l’omnipotence sacrée du prince, tout un arsenal de lois romaines, faites à l’image de populations dégénérées qui ne connaissaient d’autre droit que l’égalité dans la servitude, d’autre foi patriotique que l’adoration de Césars misérables et passagers, telle pouvait être la prétention de quelques conseillers du prince, c’était peut-être la tendance de l’avenir : mais on ne trouvait point, même au grand conseil du roi, un magistrat pour remplir un tel rôle.
L’affaire devenait ainsi des plus obscures. Le maréchal se retira au Verger W, confiant à ses représentants le soin de la mener à bonne fin. Le 2 h janvier, Du Prat, installé au Parlement, non sans difficulté, car
calumpnieusement, et pour délayer la matière , il allègue à présent lesdits objects. »
(1) Une note du manuscrit 43o de la bibliothèque d’Orléans signale la présence du maréchal de Gié à Orléans en i5o5.
Cela nous paraît peu probable.
INTRODUCTION
cxm
on l’accusait d’avoir acheté sa charge, dut alléguer pour se justifier le patriotique exemple du maréchal de Gié et prétendit avoir, comme lui , prêté simplement de l’argent au roi W.
Le 8 février, on fit signer à Louis XII une mesure de représailles : des lettres patentes déclarèrent le duché, de Nemours réuni à la couronne^.
Quant à la procédure des reproches 0), ouverte le ai janvier i5o5, sous la direction de Camionne, Du Prat et Loynes W, elle était si délicate qu’il fallut se livrer à une véritable chasse aux témoins. Pour défendre les personnes attaquées, le procureur général cita quelques serviteurs de la comtesse d’Angoulême, Saint-Gelais notamment. Le maréchal invoqua un très grand nombre de témoignages, et quelquesuns de la plus haute importance. Mais c’était à qui fuirait une lutte aussi périlleuse. Le récit des subterfuges employés par l’un des témoins du maréchal, l’historien de Bretagne Alain Bouchard W, pour ne pas refuser sa déposition, et cependant pour ne pas la donner, est épique; Alain Bouchard réussit à ne rien dire, et bien d’autres comme lui. Le cardinal d’Amboise, fort adouci, n’osa pas refuser au maréchal son témoignage contre le sire d’Alhret : toutefois il apprécia la conduite passée du sire d’Albretavec beaucoup d’indulgence, quoiqu’il l’eût autrefois blâmée. . . Mais comment ne pas ménager d’Albret, dont lepassé, en somme, était celui de Louis XII (6)? Encouragé par ce succès relatif, le maréchal voulut également faire déposer le cardinal contre Louise de Savoie : Georges d’Amboise partit pour l’Allemagne. Anne de Bourbon étant venue à la cour, le maréchal fit appel à sa parole (7b Anne , toujours prudente, égoïste, et qui avait de très graves intérêts à ménager <8),
(1) P. 709 et suiv. — Conseiller au grand conseil depuis i4g5, Du Prat fut nommé conseiller et maître des requêtes ordinaires de l’hôtel le i3 octobre i5o3; il ne fut admis à prêter serment que le 2 5 janvier i5o5. (Ms. fr. 4658, n“ 1 et 2.)
<3) Chap. vin, p. 273 et suiv., et II' partie, chap. 11, p. 347 et suiv.
(t) P. 297-299 , note.
(8) Elle négociait le mariage de sa fille Suzanne et l’abandon des droits réclamés par la couronne sur le duché de Bourbonnais, comme ancien domaine d’apanage.
NATIONALE
cx[y PROCÈS DU MARÉCHAL DE GIÉ.
se tut : Louise de Savoie lie devait pas lui en savoir beaucoup de
gré.
Tout d’un coup des lettres patentes du roi, le i h mars, dessaisirent le grand conseil, lui retirèrent la connaissance de 1 affaire et la transportèrent au parlement de Toulouse, auquel le roi adjoignait pour cette circonstance une chambre spéciale ( .
Le parlement de Toulouse passait pour fort strict ®, et il jugeait selon le droit écrit®. De plus, il était éloigné de la cour, circonstance qui commençait à n’être pas à dédaigner.
La reine profita de l’intermède®, si l’on peut ainsi dire, pour ordonner en Bretagne une enquête ® sur les crimes imputés jadis à la famille de Montauban®; le grand conseil avait refusé ® de prescrire cette enquête, dont les résultats ne pouvaient rien prouver dans la circonstance : mais Anne y tenait. Elle voulait reconquérir le cœur de ses Bretons : mortellement froissée du propos attribué au maréchal te quelle trouverait en Bretagne moins de dévouements quelle ne croyait d, elle tenait à attaquer son adversaire jusque dans les siens et à raviver le souvenir des tristes circonstances qui avaient obligé l’aïeul du maréchal à émigrer.
En même temps les enquêtes de l’affaire continuaient leur pénible marche ®. Comme on découvrait de toutes parts des dilapi-
. (1) II' pai’tie, chap. i, p. 33g et suiv.
(!) M. de Vidaillan, Histoire des conseils du roi, t. I, p. 3g6; Baudier, Histoire de l’administration du cardinal d’Amboise.
(>) Déclaration du i4 juillet i4g8. Bréquigny, t. XXI, p. 63; La Faille, Preuves, p. 117.
(i) Le parlement de Paris était dessaisi et le parlement de Toulouse n’avait pas encore entériné les lettres de renvoi.
|5) II” partie, chap. in, p. 3g2 et suiv.
(a> Cette enquête s’ouvrit à Nantes le 2 8 mai , au défaut du maréchal , sous la direction de Roland de Seliczon ( alias Selizon, Selisson, Selizon), conseiller de la reine.
Seliczon (prononcez Slison ), depuis longtemps conseiller du parlement et de la chancellerie de Bretagne, s’était trouvé en 1696 le collaborateur du maréchal. (Bréquigny, t XX, p. 488, 524; Godefroy, p. 797.) L’enquête porta même sur la conduite de Louis de Guéménée, frère aîné du maréchal.
<7> P. i43 et i44.
(,) L’information initiale ayant presque cessé de fonctionner, on la réunit , le 3 mars, à la procédure des reproches. Nicolay et Saint-André donnèrent encore signe de vie le 9 8 janvier, en recevant quelques dépositions sans importance.
INTRODUCTION
dations commises daus l'armée l’Italie (1), on interrogea des témoins sur le rôle du maréchal en Italie® : on ne trouva rien à lui reprocher
Tout à coup, au commencement d’avril i5o5, Louis XII tomba très gravement malade : on le vit à l’extrémité. La reine éplorée jura d’accomplir un pèlerinage en Bretagne si son mari se rétablissait. Le roi fit son testament le 1 o mai. Désavouant dans cet acte solennel les engagements pris « contre l’utilité du royaume et les promesses du sacre w avec l’archiduc d’Autriche, il ordonna de marier sa fdle au comte d’Angoulême et défendit de lui laisser quitter le sol du royaume avant son mariage. La reine et les principaux capitaines durent prêter serment d’observer ces ordres M.
Quelle justification éclatante du maréchal de Gié!
Le toi guérit , et la reine aussitôt partit pour la Bretagne Elle s’y installa en duchesse souveraine. Elle se plut à passer avec faste à Mor-
(I) V. Jeand’Auton, t. III, p. 112. — Un des premiers témoins produits contre le maréchal, Emery Lopin (p. 66), y était même fort compromis et fut poursuivi (Jean d’Auton. — P. i5o4). Un autre témoin, qui comparaît souvent jusqu’au bout du procès (p. 365, 35g, 54i, 548, 54g) et que sa qualité de fonctionnaire aurait dû rendre reprochable, Raymond de Bezest (ou de Desest), ancien trésorier de Guyenne, ancien maître d’hôtel du dauphin Charles- Orland (Hist. de Charles VIII, p. 7o3), fut aussi l’objet d’une information au parlement de Paris. (Arch. nat. Xu q322, f. 26 et 3i.)
(!) On envoya à Milan un courrier spécial chercher des renseignements (p. 576). Ces accusations ressortaient des salvations présentées contre le maréchal au nom du roi. La reine envoya aussi à Angers un courrier spécial pour obtenir quelques renseigne¬
ments (p. 573). Elle mit en campagne dans le même but un de ses écuyers (p. 5 78). Tout en faisant ces enquêtes pour son compte, la reine se faisait remettre un double des enquêtes judiciaires (p. 58i).
f4) La régence était confiée à la reine et à Louise de Savoie, sous la direction du cardinal d’Amboise (aux trois adversaires du maréchal). C’est ici la clef de tout le procès. Le cardinal d’Amboise reprenait la politique du maréchal, mais à son compte personnel. On comprenait la sagesse des plans du mâchai , mais on ne voulait pas lui laisser la régence. La reine et Louise de Savoie durent se réconcilier et jurer ensemble l’accomplissement du mariage stipulé. — V. Portefeuilles deFontanieu, i54, 1 55 ; Vidaillan, 1. 1, p. 3g8 , etc.
(s) Jean d’.Auton; Desjardins, Négociations. . ., t. II, p. 97 ; Alain Bouchard.
laixU), à Laimion, dans les domaines de la maison de Rohan; elle enrichit de ses dons tous les pèlerinages de cette contrée (2) et voulut y laisser partout l’empreinte ineffaçable de sa puissance. Elle reprit en main les affaires du duché. Elle fit célébrer des fêtes pompeuses R
Le roi se consola du départ de la reine en annonçant officiellement au mois de juillet h), au milieu de la joie universelle, le mariage de sa fille : il prit avec lui le jeune comte et le traitait comme un fils.
Cependant la reine parut s’oublier en Bretagne: lorsque le roi apprit qu elle comptait passer encore à Rennes tout le mois de septembre au milieu des joutes et des tournois, il ne put retenir sa colère: te Je ne le vis jamais si corrosén, écrivait à la reine le cardinal dAmboise, en lui dépêchant en toute hâte un valet de chambre. Le cardinal eut beaucoup de peine à calmer le roi<5).
Du fond de son pays, la reine mettait tout en œuvre pour écraser son adversaire à Toulouse®. Quiconque pouvait la servir, devait mar¬
ri, Où elle se fît solennellement recevoir par le vicomte de Rohan. Le vicomte de Rohan malgré son caractère versatile et pins que médiocre, avait refusé de figurer au procès ainsi que le maréchal de Rieux. Ce dernier, proche parent du maréchal de Gié par son mariage, et d’abord fort lié avec lui, au point d’accepter l’hospitalité du Verger avec Louis de Guéménée (lettre du i 3 juillet..., à la Ribliothèque nationale, fonds Rourré, n° 1 1 90 du catalogue de M. Wœser), s’était séparé de lui et avait fait campagne contre la France en 1^87, pendant que le maréchal de Gié demeurait au Verger. Il in formait alors de ses faits et gestes le maréchal de Gié , qui lui-même en informait la cour. ( Ibid. n° 1057.) Le maréchal de Rieux garda-t-il rancune à Gié de sa conduite en cette circonstance? nous ne saurions l’affirmer, mais cela nous paraît problable; car il demeura très breton de cœur (ms. fr. 19602 , f. 20), et nous avons dit plus haut qu’en ièg5 il
eut à l’armée d’Italie une altercation si violente avec Gié qu’il fallut les séparer pour qu’il n’en vinssent pas aux mains. Néanmoins il ne voulut pas figurer au procès (p. 335).
(!) Elle donna les fonds nécessaires pojjr la construction du charmant jubé de Notre- Dame du Folgoët; à Saint-Jean-du-Doigt, près de Lannion, on voit encore les présents qu’elle fit à ce sanctuaire.
(5) Alain Bouchard les décrit avec complaisance.
(4) Desjardins, Négociations...,!. II, p.i 10.
<S) Quatre jours après, le cardinal adresse à la reine une nouvelle lettre très pressante. Il lui écrit encore en i5o5 : ePour Dieu, ne tombés , le roy et vous , en ces petites défiances de l’ung a l’aultre!» (Le Roux de Liney, t. II, p. ig5.)
(6) Dès le 1 2 juin , elle écrivit à ce sujet au roi, alors à Meudon (p. 582). I] fallut louer une bête de somme pour porter à Tou-