‹ Procédures politiques du règne de Louis XII [i.e. douze]Chapitre 16 sur 348 · CX1X · texte numérisé non relu

CX1X

est absent, on ne peut voir que sa femme (1). Enfin la commission ne peut se constituer à Blois que le 26 octobre. Mais ce sont alors les représentants de la reine qui refusent d’agir. René de Beaune est parti sans dire où il allait. Giles Le Rouge décline tout mandat; il faut le faire guetter à la porte de l’église le jour de la Toussaint par un huissier

Finalement on entend, paraît-il, les trois témoins requis; mais leur intei'rogatoire n’a pas été conservé.

Le 16 et le 22 décembre, le parlement de Toulouse reprit ses travaux (3). Le roi, impatienté, voulait en finir; le 12 novembre déjà, il avait envoyé à Toulouse l’ordre de rouvrir les audiences <4), et le lendemain il avait adressé des exprès à Paris, à Bordeaux pour porter aux conseillers absents l’ordre de rejoindre leur poste (5). Le 1 1 décembre, il expédia au parlement un nouveau courrier spécial pour se plaindre des lenteurs; le 2 4 décembre, nouveau rappel encore (6).

Les conclusions <7> déposées à Toulouse par le procureur général établissaient toute la doctrine prétendue du crime de lèse-majesté et concluaient aux peines les plus rigoureuses (8).

Le 9 février i5o6<9), le parlement rendit enfin sou arrêt : il privait Pierre de Rohan de la garde du comte d’Angoulême et de ses commandements militaires, le suspendait pendant cinq ans de son office de maréchal et l’exilait de la cour pendant le même temps.

Il le condamnait à rembourser les gages de quinze mortes-payes

(I> Le prénom (le Madame de Loynes est laissé en blanc dans le texte. Elle s’appelait Marguerite Leboulanger.

(,) P. 456 etsuiv.

(3> Malgré l’imminence de la peste. Cepays passait alors pour insalubre. En i5oi, dixsept à dix-huit mille personnes avaient péri de la peste à Bordeaux (p. 4ai, note). Le 5 août 1 5o5 , le parlement hésita à se transporter à Gaillac (la Faille). En ! 5o6 , il dut se transporter à Montauban. (Ms. fr. 4 4 0 a. ) La

peste avait des retours presque périodiques.

(s) P. 585; cf. p. 56i , 563, 597. — Ces ordres étaient expédiés en réalité au nom de la reine et c’est à elle que répond le conseiller Maisonnas (p. 582).

(6> P. 586. — Nouveaux envois en janvier (p. 587).

m IIIe partie, ch. ni, p. 472 et suiv.

m Dictum, p. 527, et grosse, p. 5oa.

employées pour son service personnel à Fronsac depuis la mort de Charles VIII W..

11 le déclarait absous du crime de lèse-majesté.

Le jour même du jugement, le maréchal signa un appel au roi contre ce verdict d’éloignement <2h

Le roi, hésitant, ne répondit pas. D’un autre côté, la reine réclamait l’exécution. 11 fallut que le commissaire chargé d’y procéder W se transportât à Romorantin pour provoquer une décision définitive, le a 6 mars. Enfin Louis XII, dont le maréchal de Gié plusieurs fois, et notamment en î 4 9 t M, avait contresigné la grâce, laissa le cardinal d’Amboise signer l’ordre pour la justice de suivre son cours (5), et le commissaire, toujours pressé par la reine W, se hâta de notifier l’arrêt avec un grand luxe de publicité et de mise en scène, à Paris, à Angers, à Tours, au château du Verger, à Granville, à Saumur, à Amboise(7).

S’il fallait en croire Brantôme M, qui raconte l’histoire du maréchal de Gié avec toute sorte d’inexactitudes, Anne de Bretagne aurait affecté une satisfaction qu’en réalité elle n’éprouva pas. La reine s’en prit aux accusateurs (9h Le sire d’Albret put s’en apercevoir par le poids d’une

(11 Liquidés à 5,83o livres que le maréchal paya le 1 8 juin i5o6. (Dom Morice dit avoir vu la quittance, Cf. Inventaire des titres de Rohan, ms. de Nantes 1809, p. 126.) On a dit, par erreur, que le montant s’en élevait à 10,800 livres. Il est vrai que le procureur général réclama cette somme dans ses conclusions ; mais le commissaire délégué à l’exécution ne l’admit pas.

(,) IV' partie, ch. 1, p. 5a5.

: La reine lui écrivait pour le presser d’agir malgré le silence du roi (p. 58g).

<4) P. 673 et 674.

,6) De Romorantin, la reine fit courir après ses agents , Quènequeviliy et Le Rouge, qui s en allaient , pour leur donner l’ordre d’assister à l’exécution. Elle tint elle-même à

surveiller tous les détails de cette exécution.. De Mehun-sur-Yèvre elle leur écrivit à Angers, et de Bourges à Paris, à ce sujet (p. 589).

(,) IV' partie, ch. 11, p. 527 et suiv. — . Quand l’arrêt fut lu au comte d’Angoulême, on remarquait la présence autour de lui de Saint-Gelais , de Pierre de Pontbriant, d’Artus Gouffier, son nouveau gouverneur.

(s) T. VII, p. 3n. — D’après Brantôme , le maréchal fut convaincu de concussions , de pilleries ... ; il récusa plusieurs cours de parlement ... ; le bannissement de cour ne fut pas tout. . ., la reine le fit chasser de la cour.

l!>) Antoine Du Prat paraît être le seul auquel Anne de Bretagne ait su gré de son rôle dans le procès. Il reçut des honoraires exceptionnels et fut envoyé en i5o6 en ambassade près du roi des Romains. (J. d’Auton,

INTRODUCTION

défaveur toujours croissante, qui lui coûta la jouissance du comté de Castres W. La comtesse d’Angoulême dut écrire à la reine une lettre de soumission et d’excuses; elle protestait de son dévouement et de son amour; les paroles imprudentes de Pierre de Pontbriant paraissent lui avoir aliéné les bonnes grâces de la reine; elle ne peut, dit-elle, s’en consoler (2).

L’arrêt de Toulouse n’avait pas parlé des frais du procès (3>. Sauf les dépenses personnelles du maréchal, dont nous n’avons point le compte, mais qui durent se monter assez haut M, la reine eut donc à supporter tous les frais de la poursuite et à payer la mise en scène organisée par ses ordres. On ne la ménagea point et l’on arrêta ces dépenses à un chiffre formidable (35,go5 livres, soit près de 900,000 francs) W, que le roi lui laissa le soin de solder sur sa cassette personnelle. Mais la reine reçut un extrait de l’arrêt, qu’elle serra précieusement dans son coffre-fort (6b

On se partagea les dépouilles du maréchal W.

édit. Godefroy, p. 7 et suiv. ; Jacob, Histoire du xvi' siècle, t. III, p. i5o.)

(1) Luchaire, A lain-le-Grand, p. 38, 2 15, 218. — Le comté de Castres fut remis à Marie d’Albret à titre possessoire en i5og et définitivement en 1 5 1 3.

<s) Lettre probablement de i5o5, Catalogue de la collection Lajarriette , n° 1868.

(3) IV* partie, ch. îv, p. 55y et suiv.

Il dut payer ses frais personnels, ceux de ses mandataires et, de plus, les frais de toutes les parties de la procédure poursuivies par lui, procédures de reproches et autres. Il ne paya que la moitié des frais de l’enquête contradictoire du 19 mars au h mai (p. 56i).

(5) P. 557 et suiv. A de Boislisle, ouvrage cité, n° g8 («-(Règlement des frais devoyage payés par la reine Anne à Jean Nicolay). — Le compte ne comprend pas moins de 1 2 6 articles. Il est réglé par une commission spé¬

ciale (Cf. p. 590). C’est un véritable tarif des frais de justice à cette époque ; toutefois ces frais sont largement comptés. Il est à remarquer que Jean de Selva et Carmonne subirent des réductions d’appointements (p. 56i), tandis que d’autres, comme Du Prat, obtinrent des appointements supérieurs. Quènequevilly reçut 1, 700 livres pour toutes ses peines (p. 5 60); le procureur général Bonnin, qui avait dirigé l’affaire au grand conseil, 1,243 livres (p. 55g). Nous ne voyons figurer dans le compte de la reine que les frais d’une vingtaine de témoins.

(S) rc Lettres qui estaient aux coffres de la feue Roy ne, Anne de Bretagne, que Dieu absoille.v Il n’y avait que sept documents dans cette catégorie. (L. de Lincy, t. III, p. 199.)

Artus Gouffier hérita du gouvernement du comte d’Angoulême (Saint-Gelais), le baron de Conty, et après lui le sire de Bonneval, de la direction de la compagnie du

IMPRIMERIE NATIONALE

Ses enfants ne souffrirent pas de sa disgrâce et conservèrent toutes leurs charges, même leurs charges de cour(l).

maréchal ( Lettres du cardinal d’Amboise, t. I, p. 6i. — Ms. fr. 2928, f. 24), l’amiral de Graville, de son rang au conseil (J. d’Auton, t. III, p. 98), Anne de Bourbon, de Châtellerault (La Mure, t. III, p. 23o), Gaston de Foix, de Nemours, par acte d’échange et de transaction passé avec le roi le 19 novembre 1507 (p. 765). Anne de Bourbon cessa aussi, à partir de cette époque, de rembourser la rançon du duc de Gueldre (p. 664). Le maréchal conserva la jouissance de l’hôtel des Tournelles, à Paris, de la seigneurie de Baugé et le titre de maréchal. — Acquitté purement et simplement, le maréchal aurait-il obtenu davantage?. . . Il ne porta plus le titre de duc de Nemours , et dans son testament il s’intitule simplement : rr Pierre de Rohan , chevalier de l’ordre du roy nostre sire, seigneur de Gié et du Verger, vicomte de Fronsac et maréchal de France. »

(1) P. 783etsuiv. — L’aîné succéda même à son père comme capitaine d’Angers. Le cadet lit son entrée solennelle à Angers comme évêque le 7 septembre i5o5 et à Lyon comme archevêque le i4 août i5o6, avec la permission de la reine (Péricaud, p. 8 et 9 ). Le cérémonial en fut très bizarre et très somptueux , d’après dom Morice , qui dit en avoir vu le récit soigneusement conservé dans les archives de Guéménée. Il paraît que, malgré sa réputation de générosité, les Lyonnais hésitaient à le recevoir solennellement : un conseiller de la ville de Lyon , nommé Thomassin, leva les obstacles en affirmant savoir de bonne source que les hommages rendus au nouvel archevêque ne blesseraient pas la reine. (M. Péricaud , omr. cité , attribue à tort la date de i5o4 à l’entrée de

François de Rohan à Angers, et M. Gonon, Séjours de Charles VIII et Loys XII à Lyon sur le Rosne, cette même date à son entrée à Lyon.) D’un autre côté, François de Rohan assista solennellement en i5i4 au service célébré pour la reine Anne de Bretagne à Notre-Dame de Paris et le lendemain à ses obsèques (Dom Morice). Charles de Rohan, fils aîné du maréchal, se remaria, du vivant de son père, par contrat du 2 juin i5ia, avec Jeanne de Saint-Séverin , fille du prince de Bezignano et de Salerne, et François I", dès son avènement, le confirma dans sa charge de grand échanson ( Pr . de l’IIist. de Bret., t. III, col. 926) ; après la bataille de Marignan, il lui continua la jouissance des vastes domaines de son père en Italie (p. 783). En 1527, le parlement de Paris fut sur le point d’intenter à Charles de Rohan, pour ^paroles offensantes» contre lui, une poursuite qui rappelle singulièrement le procès de son père : cette fois, ce fut le roi qui s'y opposa et arrêta le parlement (p. 786). François de Rohan n’eut pas une vie aussi pure que celle de son père : en 1 532 , il dut se défaire de l’évêché d’Angers; en i535, une enquête fut ouverte contre lui et il mourut en 1 536 , à la Roche- Guyon. La Bibliothèque nationale possède la traduction d’un livre de piété italien, Fleur de vertu, qui lui a appartenu. La miniature du titre représente un prélat cueillant des fleurs; au-dessous se trouvent les armes de Rohan, avec cette légende : cMentem sanam in corpore sano.r Pierre de Rohan, troisième fils du maréchal, épousa, en i5i5, sa cousine Anne de Rohan, célèbre par ses aventures romanesques, qui se trouva hériter de toute la fortune de la

INTRODUCTION

Quant à lui, retiré au château du Verger W, il vécut désormais loin du monde (2), tout préoccupé de pensées religieuses, qui seules trouvent

branche aînée des Rohan. Enfin le sire de Rohan, qui avait été compromis dans l’affaire, conserva sa capitainerie de Saumur, ses pensions (Rôle des pensions de i5o5, Arch. nat. , K 78, n° 2) et épousa Françoise de Guéménée, nièce du maréchal de Gié.

(1) P. 547, 55a, note. — «Une des plus belles maisons de France,! disent les Mémoires de Fleuranges. On a pu voir par les détails que nous avons donnés plus haut qu’il avait cherché à en faire la copie du château de Blois. Comme la statue de Louis XII , sa statue équestre ornait le portail et les vers placés au-dessous rappellent singulièrement les vers de F auste Andrelin , sur le portail de Blois. Quelque temps avant son procès, il avait vendu à la reine Anne de Bretagne quatre grandes tapisseries représentant Ylstoire du nommant de la rose, et huit grandes pièces, formant une garniture de lit, fr bien riches, a or et soyes et représentant l’histoire d’Alexandre. (Ms. fr. 2 2 335, f. i52 verso.) Le maréchal se retira donc dans un palais, et dans un palais qui vraisemblablement avait rendu jalouse Anne de Bretagne, quand elle le comparait au château de Nantes.

(2) Mém. de Fleuranges. — Dom Morice dit, nous ne savons sur quel fondement, qu’il revint à la cour. Il continua toutefois, selon son habitude, à acheter des terres. Le 27 août 1 507, il achète à Olivier Baraton et à Françoise de Surgères, sa femme, les terres de Cherperine, Marcillé, Saint-Germain et la Flocelière, dans le Perche, pour io,5oo liv. (Ms. 1809, p. 319.) H achète à François Baraton pour 6,000 livres les terres de Cbalonges et de la Rivière-Coiron.

(Id. , p. 325.) Il accepta aussi la charge de garde de la personne et des biens de Charles de Courran, seigneur de Sacey et de la Morandaie. (Id., p. i46.) Nous le voyons adresser un de ses gentilshommes au cardinal d’Amboise pour solliciter la continuation de sa jouissance décennale de Mortain, parvenue à expiration (la dernière prorogation de cette jouissance datant du 2 8 août i4g8, cette démarche doit être de i5o8). Mortain valait 2,000 livres par an. (Msrfr. 2o6o3,f. 1 58. ) Il demandait en même temps au cardinal une dispense générale pour lui, en sa qualité de maréchal , et pour douze ou quatorze gentilshommes de sa suite , de se rendre aux convocations de ban et d’arrière-ban. Il expose que le bailli de Sens avait fait saisir sa terre de Gié pour défaut de comparution à cette convocation. (Id., p. 3 1 4. ) La disgrâce du maréchal lui attira quelques désagréments. Comme le bailli de Sens, les juges de Morlaix et de Guingamp firent saisir la terre de Guerlesquen pour défaut d’hommage. Le conseil du roi évoqua ces affaires au nom du maréchal et de son fils Charles et ordonna la mainlevée des saisies. (Id., p. 189, 3ai, 323.) Quant aux éternelles difficultés relatives à Fronsac, elles reparaissent encore, paraît-il (V. ciaprès la lettre du maréchal au sire du Bouchage), quoiqu’on eût pu les croire apaisées. En avril ]4g3, Jean de Foix, seigneur de Lautrec, mari de Jeanne de Lescun, avait fait escalader le château, s’en était emparé par force , en avait chassé les gens du maréchal et y avait mis garnison. 11 était soutenu par le sire d’Albret , qui se prétendait suzerain de Fronsac. Le roi envoya le sire de Rochechouart s’emparer de Fronsac,

C5JiIv PROCÈS DU MARÉCHAL DE GIE.

place dans son testament, écrit le 19 avril i5ogW. Entoure d un

l’en nomma gouverneur provisoire, et évoqua l’affaire au conseil. Le maréchal produisit au conseil trois témoins : François de Rochechouart, fils du gouverneur provisoire , âgé de dix-neuf ans; Octavien de Saint- Gelais, évêque d’Angoulême, âgé de vingtcinq ans; François de Pontbriant, seigneur de la Vilatte, qui constatèrent ses droits. (Ms. 1809, p. 118.) Le maréchal y fut réintégré. (Cf. sur cette question Bibl. nat. , ms.lat. 17733.) Néanmoins il eut àsubir un nouveau procès en revendication de la part des héritiers de Raymond d'Albret , sire de Fronsac: Odet d’Aydie acheta une des parts litigieuses, celle dTsabeau de Montferrand. Là-dessus, le sire d’Albret, et après lui le roi de Navarre, le 3 août 1498 et le 1 1 février 1499, firent saisir Fronsac sous prétexte de défaut de payement des droits de lods et ventes et autorisèrent François de Maillé à retraire Fronsac. Le même jour, 3 août i4g8, Alain d’Albret déclara remettre au maréchal de Gié le domaine saisi. Pour en finir, le 1" avril 1499, le maréchal avait transigé avec plusieurs des héritiers de Raymond d’Albret et leur avait abandonné, en payement de leurs prétendus droits, moitié des terres de Podensac et de Sentinhan en Guyenne. ( Id p. 3o8, 309, 3 1 1 .) Mais les Lautrec continuèrent à revendiquer et à porter le titre de vicomte de Fronsac. (Bibl. nat., ms. fr. 2894, f. 65.)

(1) P. 776. — Son frère aîné, Louis de Guéménée , venait de mourir en i5o8, après avoir fait son testament le 1 7 mai. (Ms. 1809, p. 139, 3 21.) Il est remarquable que, dans son testament (p. 779), Pierre de Rohan ne parle que de sa première femme, Françoise de Penhoët (dont il rappelle les dernières volontés, qu’il n’avait pu encore

entièrement accomplir). Le maréchal avait éprouvé à sa mort un grand vide et s’était fort préoccupé d’assurer le sort de leurs enfants. Aussitût après sa mort, le 20 juin 1497, il avait passé un contrat formel avec Louis de Guéménée, contrat par lequel celui-ci s’engageait, au cas où le maréchal mourrait avant la majorité de ses enfants, à en exercer gratuitement (contrairement à la coutume d’Anjou) la tutelle ou la curatelle. (Ms. 1809, p. 307.) Le maréchal s’était empressé aussi d’exécuter les dernières volontés de Françoise de Penhoët, comme en témoigne l’acte suivant (ms. 1809, p. 433):

ftNous, prieur et convent de l’ordre de Saint-Dominique de Morlaix, au diocese de Treguier, reconnoissons et confessons avoir eu et receu de haut et puissant seigneur, monseigneur Pierre de Rohan, seigneur de Gié et de Penhoët, vicomte de Fronsac et maréchal de France, par les mains de Jehan de Graine, sieur de Billagly (il faut lire : de Grave, seigneur de Villegly ), procureur dudit seigneur, un tableau de reliquaire d’or, au dedans duquel y a plusieurs reliques, ainsi que ensuit: De pelle sancti Bartliolomæi; item B. Pétri apostoli, sancti Vincentii; du drap saint François, et de dix milles martyrs. Lequel tableau est garni a l’entour de huit perles et huit rubys, et au derrière dudit tableau est engravé l’image de Notre Dame. Item, une verge d’or, emaillée dessus a marguerite et dedans a fleur de souvenir. Lesquelles reliques et reliquaires et verge d’or furent madame Françoise de Penhoet, compagne dudit seigneur, que avoit par son testament et derraine volonté donné a notreditte eglise et convent pour y etre et demeurer a perpétuité au

INTRODUCTION

groupe de fidèles serviteurs W, il attendit en paix la fin de sa vie; il régla à l’avance les détails de ses funérailles; il fit ériger d avance son tombeau M dans l’église de Sainte-Croix du Verger. Sachant par expérience la situation pénible des cadets, il légua expressément le tiers de sa fortune à Pierre de Rohan, son troisième fils (3). C’est

moien que nous ne nos successeurs oudit convent ne puissions en aucunne maniéré les aliéner ni transporter ailleurs. Et ce pour eslre elle et ses prédécesseurs es bonnes prières et suffrages qui se font et font faire en notreditte eglise et convent. Et promettons lesdits reliquaires et reliques, rubys et perles et verge d’or ladite jamais ne transporter ne aliéner en aucunne maniéré et aussi avons lesdits sieur et dames et sesdits prédécesseurs en noxdittes prières et suffrages. Tesmoing cette certification signée de nos mains et sceellées des sceaux desdits prieurs et convent sudit, le 22 aoust 1497. Fr. Cyprianus Gobian, prior. Fr.

Sebastianus Briant etc. Les sceaux sont perdus. Arch. de Guéméné. »

(1> P. 55a , note.

(ï> Ce tombeau était dans le chœur de l'église et magnifique, au dire de dom Maurice; le maréchal y avait fait sculpter sa ressemblance en albastre.

<3> P. 7 8 1 . — Gié choisit pour exécuteurs testamentaires deux amis intimes dont pourtant il n’avait pas eu fort à se louer : Gravide, qui l’avait abandonné, et Segré, qui dans son procès avait laissé entendre qu’il l’abandonnerait s’il recevait du roi une marque de faveur. Nous avons dit quelle peine extrême Pierre et Hélène de Rohan avaient éprouvée , pendant près de vingt ans , à obtenir de leur frère aîné une portion convenable d’héritage. Le maréchal s’était fort préoccupé d’éviter entre ses trois fils le retour de difficultés semblables. Dèsi5o5,

se sentant malade , vers la fin de son procès , le maréchal avait présidé à un partage de biens entre ses trois fils, dont le dernier, Pierre, était encore mineur. (Ms. 1809, p. 137.) Le lendemain même de la mort du maréchal , son jeune fils Pierre , seul présent alors (Charles, l’aîné, faisait campagne en Picardie , Id., p. 1 45 ), fit dresser d’urgence, le 26 avril 1 5 1 3 , un inventaire des meubles du palais des Tournelles, qui revenait au roi , en présence de Jean Fleury, écuyer, gouverneur du comte de Guise (même ms., p. 1 4o) , et sauf à en référer aux exécuteurs testamentaires. La même année, on procéda au travail d’un inventaire général de toutes les terres que possédait le maréchal. (Id., p. 322.) Le maréchal n’avait rien stipulé pour son fils François, très abondamment pourvu de biens d’église. François intenta, en i5i3, à son frère un procès que le roi évoqua la même année. (Id. , p. 147.) Le partage entre Charles et François de Rohan n’intervint que le i5 mars i5i4 (anc. st.) sous forme de transaction ; François reçut rr la Gacilly, la Boissière et Challing et l’usufruit de Gillebourg, Montangilbert, Saint-Germain, Chalonge et la prevosté de Meslai». (U., p. 324.) Le 16 mai i525, après la mort de son frère aîné, François se fit encore remettre par Jeanne de Saint-Séverin, sa veuve, un lot de vaisselle d’argent. (Id., p. 329.) Le maréchal avait laissé au contraire des dispositions très précises pour régler le sort de Pierre de Rohan, son troisième fils. 11 paraît

ckvi PROCÈS DU MARÉCHAL DE GIÉ.

ainsi qu après avoir tout préparé avec une résignation parfaite, car il sentait prématurément les approches de la vieillesse et aimait à répéter quVà la bonne heure la pluie l’avait priser, le maréchal de

que son fils aine Charles poursuivit d’abord devant la cour de Baugé la nullité du testament de son père, mais une transaction intervint dès le i3 mai i5i3, aux termes de laquelle Charles assurait à son frère un modeste apanage, savoir une somme de 10,000 1. t. payée comptant et A,ooo livres de rente. Ces 4, 000 livres de rente étaient représentées par un certain nombre de domaines, parmi lesquels Frontenay-la-Batu et la forêt d’Étampes; en Normandie, Carentan, c’est-à-dire la parité de Gié en Carentan; une créance hypothécaire de go5 livres de rente due par le sire de Belleville, par suite d’un long procès dont nous avons parlé; une autre créance de 100 livres de rente sur la terre de Chemillé, qu’avait un instant possédée le maréchal ; la petite seigneurie de Chastelais, dans le Craonnois, acquise du comte du Perche le 20 janvier i48o-i48i (ms. 1809, p. 102), et un certain nombre de domaines en Bretagne. Il est fort difficile d’évaluer même approximativement l’immense fortune laissée par le maréchal. II dit dans son procès qu’il ne possède plus en Bretagne que la seigneurie de la Gacilly (p. 147). S’il fallait la prendre dans un sens absolu, cette assertion serait difficile à accepter. 11 est vrai que , par un projet d’échange du 26 février i4go (anc. style), projet accepté par Louis de Guéménée (ms. 1809, p. 3oi), le maréchal avait cédé à son frère ses domaines de Bretagne (soit Penhoët, Ploescat, Guerlesquen, la Marche, la Boissière, Clialins, la Gacilly, la Chapelle-Glain), contre les domaines de celui-ci situés en Normandie et

en Anjou. Les événements expliquent ce projet d’échange; ils expliquent aussi pourquoi il ne fut pas suivi d’effet : la réunion de la Bretagne à la France le rendit inutile. Et, en effet, il est certain que le maréchal demeura en possession de ses domaines de Bretagne. L’acte de i5i3 en cite encore plusieurs autres qui lui appartenaient au moment de sa mort (p. 782 et 783). Tous ces Liens, à l’exception de la Gacilly, seule propriété qu’il eût en Bretagne du chef de sa famille, lui appartenaient, soit comme acquêts matrimoniaux, soit comme propriétés de sa femme; car, en i4g4, peu de temps avant la mort de Françoise de Penhoët, le maréchal avait passé avec elle une donation réciproque de tous leui’s biens. (Ms. 1809, p. 3o5.) Nous avons vu aussi les avantages qu’il avait retirés de ses arrangements avec Marguerite d’Armagnac.

Ajoutons enfin que le maréchal laissait à ses enfants de fidèles serviteurs, notamment Renaud Bouchetel, qui fut tuteur de ses petits-fils en i53o. (Id. , p. 333.) — Parmi les nombreux actes du maréchal de Gié relatifs 'a son service militaire ( actes que nous n’avons pas cru devoir relever, monstres et revues, commissions pour passer des monstres. . . not. ms. fr. 26106, n° 61, 26783, n°‘ 3a et 38 , etc.), il en est deux qui nous ont conservé son sceau (ms. Clairambault, 824, f. 17) : Le maréchal portait, comme nous l’avons dit, Rohan, écartelé Navarre et Milan.

<l) Brantôme, t. VII, p. 3n. — Une lettre de cette époque, adressée par Pierre de Rohan au sire du Bouchage , nous montre

INTRODUCTION

cxxvu

Gié mourut à Paris le 22 avril 1 5 1 3 , à l’âge de soixante-deux ans,

sa résignation dans sa disgrâce et la tournure de ses idées. Elle nous montre aussi que le roi lui tint rigueur (orig. papier, Bibl. nat. , ms. fr. 2 9 a 8 , f. 2 5 ) :

-■Mon compere , je me recommande a vous tant de bon cueur comme je puis.

eA ce soir ay receu les lettres que m’avez escriptes, me faisant response a unes que pieça vous avoys envoyées. Et, au regard de ce qui a esté nyé a M” Jeban Picart, qui m’avoit esté fait savoir par monsieur du Lyege , je m’en rapporte a ce qui en est , et n’eusse point fait porter les parrolles au Roy si elles ne m’eussent esté fait savoir telles.

b Au surplus , mon compere , passé a dix [jours], vous avoys envoyé mon prestre a Bloys pour vous porter la response que j’avoys eue de Monsieur de Guemené et de Madame, afin que congneussiez que je n’avoye failly a y faire bonne diligence. Je luy avoys donné charge, s’il ne vous trouvoit, de les baillera mon nepveu, voslre fils ; mais il ne vous a trouvez ne l’ung ne l’autre : a ceste cause, au jour d’huy, troys heures avant que vostre homme arrivast céans, mondit prestre est retourné, qui m’a rapporté ledit pacquet que je vous envoyé par ce porteur. Vour pourrez veoir par lesdites lettres le consentement desdits seigneur et dame de Guemené et le désir qu’ilz ont que la chose s’acomplisse de leur part comme j’ay de la myenne. Et me deplaist que je ne m’y puis trouver, mais vous estes trop près du lieu qui m’est deffendu comme savez, car je prandroys plus grant poine pour vous que ceste la, et de bon cueur.

cAu regard de mesenfans, le conte de Guyse est a Paris et au jour d’huy est party

l’arcbevesque de Lyon pour y retourner, car je croy qu’estes assez adverty de nostre procès de Fronsac qui a présent est fort poursuivy pour le faire vuyder, et, quant ilz eussent esté icy et l’ung et l’autre, n’eusse failly a les vous envoyer.

trMon compere, je suis bien joyeux dont avez semont messieurs et dame d’Aumont et de la Tour, afin qu’ilz ne puissent dire que ne ayez gardé les soleniptez en telz cas ; mais tant y a que , quant aurez veu la voulanté du grant pere et de la grant mere , aveques ce que ja en avez fait envers les autres , il n’y aura plus matière de dissimulacion ; et, de ma part , vous prye , tant que je puis , que le faictes le plus toust que pourrez , car je tiens ma nyepce bien eureuse d’estre logée en si bon lieu et gens de bien que je repute la compaignye la ou elle est. Et suis en ceste creance queteulx qui ont eu envye de rompre ledit mariaige eussent bien failly a la rnectre si bien a beaucoup près.

ttMon compere, je ne vous saroys plus qu’escrire , sinon que , a cause d’ung veu que je feis en mes tribulacions d’aller a Nostre Dame de Lyence, je ne seray jamais a mon aise que je ne Paye fait; et d’avoir pacience comme m’escrivez, je vous certiffye que je suis tout résolu de prandre en gré tout ce qu’il a pieu a Dieu m’envoyer, estant bien seur que n’avoys deservy d’en user en mon endroit ainsi que l’on a fait, car, si j’avoye aussi loyaulment servy Dieu pour le salut de mon ame comme j’ay fait les troys [Roys] que j’ay servy comme bien savez, je m’attandroys bien d’avoir quelque bonne part en Paradis , dont j’ay bon besoing d’admender les faultes pour y parvenir. Et sur ce point feray fin a ma longue lettre, priant a ce papier fere mes recomman-

c xxviii PROCÈS DU MARÉCHAL DE GIE.

dans l’hôtel royal des Tournelles, dont il avait conservé la jouissance W.

De son vivant même il put voir l’opinion publique lui rendre pleine justice; on accueillit avec enthousiasme le mariage du comte d’Angoulême, et on considéra la chute extraordinaire du maréchal comme un effet de la jalousie du cardinal d’Amboise, désireux, non point de frapper un criminel, mais décarter un rival, de s’assurer la régence en cas de mort du roi. Les Mémoires de Fleuranges, sympathiques au maréchal, le déclarent; Baudier, l’historien du cardinal d’Amboise, l’avoue W; les clercs de la basoche résumèrent toute l’affaire en un

mauvais jeu de mots qui fit le avoit voulu ferrer Rohan (Rouen,

dations a Madame ma commere et a ma nyepce, aussi sans oublier mon nepveu, son mary. Priant a Dieu mon compere qu’il vous doint ce que plus desirez.

vEscript a Baugé, le xxviii” jour de décembre ,

«(Signé) par votre bon compere et alyé,

« Pierre de Rohan, a

Nous avons indiqué plus haut les questions auxquelles se rapporte la première partie de cette lettre : le projet de mariage d’une nièce du maréchal avec le fils du sire du Bouchage. Le mariage de 'Françoise de Maillé avec le sire du Bouchage avait été célébré en i5o9, les époux n’ayant point l’âge nubile, selon une pratique très fréquente : ce mariage, paraît-il, avait été tenu secret ; il fut définitivement célébré pour la seconde fois en i5o7. La lettre qui précède ne peut donc être que de i5o6, car elle fait allusion à l’exil du maréchal ( trop près du lieu qui m’est défendu). On trouvera page 75o les lettres de M. et Mm* de Guéménée dont parle le maréchal. — Jean Picart ou Le Picart, chargé par le maréchal d’une mission près du roi, nous

tour de fa France : et Le mareschal un cheval rouan), mais Rohan fui

est connu : c’était un notaire et secrétaire du roi, entré depuis longtemps au service du maréchal de Gié,qui, en mars t A 8 7 , lui prête 19 livres. (Bibl. liât., Cabinetdes titres, Rohan, quittance orig. déchirée.) Il habitait au Verger (p. 343) avec le maréchal; il le représenta dans son procès criminel (p. 457) et' fut chargé par lui de s’opposer à un retrait exercé par un des hoirs d’PIardouin de Maillé (p. 390) contre le maréchal peu après son acquisition de la forêt d’Étampes (p. 73o). Il est donc probable que Picart avait du entretenir le roi de ces mêmes affaires de Maillé. Il fut un des exécuteurs testamentaires du maréchal (p. 78o). — Remarquons à ce propos que le sire de Maillé était capitaine des archers de la garde de la reine Anne de Bretagne.

(1) P. 78o. — Un certain trésorier Du Bois fut chargé de composer son épitaphe. (Ms. 1809, p. 399.) .

w P. 1 38. — nL’amour des Français, dit-il, qui! (le cardinal d’Amboise) s’étoit acquis en les rendant heureux , luy fît recueillir de la gloire d’où il pouvoit recevoir du blâme, a

INTRODUCTION

avoit donné un si grand coup de pied qu’il l’avoit jette en son Verger W. n

Les amis de la cour font les mêmes aveux. Jean d’Auton , avocat naturel de la reine, reconnaît quelle n’eut pas gain de cause. Saint- Gelais, dont nous avons indique le singulier rôle, se borne à un éloge de la sagesse de Louise de Savoie et juge plus prudent de passer 1 histoire du maréchal de Gié sous silence <(I) 2h

Louise de Savoie seule ne pardonna pas à Pierre de Piohan ni à sa mémoire. Devenue plus tard duchesse d’Anjou, son premier acte fut de destituer le fils aîné du maréchal, Charles de Rohan, de son gouvernement d’Angers t3>, pour donner son poste à un ancien adversaire déclaré du maréchal <4).

Quant au parlement de Paris, invité en 1 536 aux obsèques du fils cadet du maréchal, François, archevêque de Lyon, contre lequel s’étaient élevés certains reproches, il décida pourtant par délibération solennelle d’y assister en corps, afin d’honorer, dans la personne du fils, la mémoire du père: ctquod curia, pro meritis marescalli Giensis, hune ultro honorem ei deferret quem principibus viris et proceribus solebat reddere. »

Ainsi termina sa longue carrière le maréchal de Gié, plus grand pour nous sous le coup d’une injuste disgrâce, supportée avec dignité, que dans les éclats d’une vie retentissante (6). Comme beaucoup de ses

(I) Brantôme (Cf. ms. fr. 10966, f. 16). Louis XII , qui aimait entendre incognito tes farces populaires (Jean de la Taille, le Prince nécessaire, vers 390), put entendre celle-là.

(!) P. 179 et 180.

(3) Et de rentrer en possession de Bauge'. Nous avons dit que le maréchal possédait Baugé, i° à titre viager, 2° à titre d’engagiste. Plusieurs auteurs , Chopin , M. de Miromesnil ( Mémoire , publié par M. Marchegay, Archives d’Anjou, t. I, p. 22), disent que, par lettres du 26 mai i5i3, le maréchal de Gié acheta Baugé à réméré pour une

somme de 20,000 écus d’or. C’est une erreur, puisque le maréchal était mort; il est probable qu’il s’agit d’un acte de réengagement passé entre le roi et Charles de Rohan , pour20,ooo écus d’or. (Ms. 1809, p. i44.) La recette de Baugé, Monnoys et dépendances était évaluée 1,800 livres par an (acte de 1 4 84 , fonds Bourré, n° io34du Catalogue).

m P. 785. — Le château d’Angers fut remis à René de Cossé le û février i525- 1526. (Ms. 1809, p. 324.)

(5) Gallia Christiana, t. IV, p. 181.

(6> Les lettres personnelles du maréchal

IMriUSIElUÇ NATtOSILE.

cxsx PROCÈS Dü MARÉCHAL DE GIÉ.

contemporains, et même comme beaucoup d’autres, il avait subi 1 entraînement du pouvoir; et, tout en reconnaissant ses rares mérites, l’histoire aurait eu à lui demander compte des faveurs trop accumulées sur sa tête. Son procès a purifié sa mémoire. Dépouillé d’une

de Gié qui nous sont reste'es nous ie montrent, dans la vie privée, plein d’humour, d’esprit, d’entrain et d’amabilité. Nous avons donné déjà le nom de plusieurs de ses amis. 11 nous reste aussi des lettres de lui à Bourré , l’ancien secrétaire de Louis XI ( fonds Bourré , n“ i2ao, is46, 1267 du Catalogue de M. Vœsen), et à Louis de la Trémoille. Le i3 avril i5oo, il écrit à Louis de la Trémoille qu’il tient madame de la Trémoille au courant de toutes les nouvelles triomphantes qu’apportent les courriers d’Italie : hier encore , il l'assurait de la prise de Ludovic le More et de beaucoup d'autres choses agréables (lettres publiées par M. Marckegay, Lettres missives du chartrier de Thouars , n° g5). Mais rien ne peint mieux l’esprit caustique et allègre du maréchal de Gié que la lettre suivante adressée par lui au même Louis de la Trémoille, le 4 mai de la même année. Nous empruntons cette lettre à la publication de M. Marchegay. Le maréchal plaisante les incidents qui venaient de marquer une mutinerie des Suisses. Les Suisses, dit Jean d’Auton, ^faillirent à tuer» le bailli de Dijon, le cprindrent par les cheveulx et luy donnèrent tant de coups de poing par le nefz et sur le visage que il le misrent par terre. . . » La fin de la lettre paraît avoir trait à un projet singulièrement audacieux et qui ne lut pas suivi d’effet : celui de donner au comte de Montpensier le marquisat de Manloue.

» Monsieur mon cousin, je me recommande à vous tant que je puis, j’ay receu les lettres que m avez escriptes , aussi ay veu celles que avez escriptes au Roy, par les¬

quelles j’ay veu comment le bailly de Dijon a esté fort pressé, et jusques aux cheveux de sa bonne compaignie; mais encore vault il mieulx qu’ilz aient fait mal au poil qu’estre allé jusques à la char. Et de l’effroy que m’escripvez qu’ilz vous ont fait en leur fureur, je ne m'en esbahys pas , car ce sont gentilz hommes tous de bonne maison, qui ne feroient jamais chose qui ne feust honneste. Toutesfoiz, puisque vous en estes despeschez , il me semble que ce vous sera grant soulaigement et meilleur repos que d’estre en leur compaignie : mais il n’y a que bien qu’ilz s’en soient alez bien contens (jour toujours les recouvrer en nostre affaire.

eMons" mon cousin , touchant l’ambaxade du marquis de Mantoue, il n’a encores point parlé au Roy ne présenté ses lettres; mais ledit seigneur m’a dit qu’il le m’adreceroit. Par quoy, apres avoir entendu ce que ledit seigneur y vouldra faire , vous en advertiray, vous advisant que Mons' de Montpensier et moy en tenons une l'oiz le jour quelque petit conseil, que pleust à Dieu, pour tous les maulx que je luy veulx, qu’il fust seigneur dudit marquisat. Le Roy vous fait response à ce que lui avez escript et aussi à mons' le cardinal , par quoy ne vous feray plus de longue escripture, fors que si chose voulez que je puisse, je vous dys que vous enfinerez de bon cueur. Priant Dieu, mons'’ mon cousin, qu’il vous doint ce que desirez.

A Lyon, le im' jour de may.

Le tout vostre cousin , Pierre de Rohan, s

exxxi

partie de sa grandeur, le maréchal de Gié nous laisse le souvenir d’une vie passée au crible, dont il ne reste que ce qui fut pur, grand, dévoué. C’est le réorganisateur de notre armée, le solide défenseur de nos frontières, l’adversaire des expéditions aventureuses et stériles et, par-dessus tout, le grand artisan de l’œuvre de l’unification nationale, œuvre à laquelle son nom demeurera toujours attaché W.

O) Les pièces originales du procès du maréchal de Gié, restées à Toulouse, passèrent, au siècle dernier, du cabinet de Secousse dans la bibliothèque du président Lefranc de Pompignan. Il n’est resté aux Archives de la Haute-Garonne que les cinq arrêts du parlement de Toulouse (du 16 juin i5o5 au 9 février i5o6). Ces pièces existent en double exemplaire dans le Trésor des chartes de Bretagne , aux Archives de la Loire-Inférieure. Un des exemplaires est authentiquement signé du notaire-greffier Michaëlis , l’autre est une copie faite au moment du procès. On y trouve aussi quelques minutes des actes de la poursuite. Les Archives nationales (K 722, n°‘ 2 et 3) possèdent l’expédition faite sur papier timbré, en 1753 et 175/1, de plusieurs des actes du procès. Quelques-uns de ces extraits ont été faits d’après un registre dont nous allons parler, les autres d’après les Archives de Nantes. La Bibliothèque nationale (Cabinet des manuscrits, fonds français, n° 2717) possède une copie, qui paraît être du xvn' siècle, du procès du maréchal de Gié. C’est un registre grand in-folio de 708 fol. Ce manuscrit est souvent incorrect et renferme de

nombreuses erreurs : il n’est pas complet. De plus, les pièces y sont transcrites sans ordre déterminé; plusieurs se trouvent reproduites deux ou trois fois. (Ce manuscrit est celui qu’indique le bibliophile Jacob, dans son Histoire du xn‘ siècle, comme coté alors sous le n° 8357-) Le Catalogue de la collection Fillon (vente du a3 juillet 1 883 ) mentionne sous le n" 2 642 une lettre du maréchal de Gié et trois pièces de son procès. Ces documents sont devenus la propriété d’un collectionneur particulier qui ne nous a pas autorisé à en prendre connaissance. — La Faille ( Annales de la, ville de Toulouse, 1. 1 , p. 1 1 1 et suiv. ) a publié les lettres patentes du i4 mars i5o5 et les cinq arrêts du parlement de Toulouse; dom Morice ( Pr . de l’Hist. de Bret., t. III, c. 878, 876) a donné le dictum de l’arrêt final du parlement, en date du 9 février, et l’appel du maréchal. Isambert (t.XI, p. 446) a publié aussi l’arrêt du 9 février, mais d’une manière bizarre. — Le procès du maréchal de Gié a fait l’objet d’un roman historique, sous ce titre ; Chroniques bretonnes, — Marguerite de Coetquen. Pierre de Bohan, par Ch. du Boishamon (1862).

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