LETTRE DE REMISSION A JEANNE DE MARTIN
pour sa participation au complot de Fronsac (-K (Archives nationales, reg. JJ 219, n° 12 , fol. 6 verso.)
Charles etc. Savoir faisons a tous presens et a venir nous avoir receue humble supplication des parens et amys cbarnelz de Jebanne de Martin, damoiselle, veufve de feu Pierre de Berisson, aagée de xl ans ou environ, chargez de trois petiz enfans, contenant que elle a esté tousjours demourant ou bourg de Fronssac, ou le sire de Comminge et ses gens, du temps qu’ilz ont tenu la place dudit Fronsac, ont eu grant familiarité avec elle, en boire et manger, et
1 1 A la cour ecclésiastique, à ia juridiction canonique. Voir page 7^9. — (2) Voir pages 63, 168, sii, ag0, 5o4,5i3.
ordinairement conversoit en la maison dudit de Cominge, et lui faisoient sesdits gens de grans biens. Et est advenu que depuis nagueres, environ le mois de may derin passé, que ung lacquais nommé le Basque vint audit Fronsac et pria a son clerc nommé Jehan de la Touche qu’il le fist parler a elle; et luy demanda qu’il venoit quérir, et ledit Basque lui dist qu’il venoit quérir le harnois de son maistre et l’argent du guet, et s’en alla, et depuis retourna et lui dist que le cadet d’Aydie vouloit recouvrer Fronssac; et elle luy dist qu’il n’estoit pas possible, car ilz estoient beaucoup de gens et le cappitaine qui estoit dedans estoit bien homme de guerre, et aussi, si elle cuidoit que ce feust contre nous, n’y tiendroit nullement la main. Et lors ledit Basque lui affirma par serement que ledit sire de Comminge avoit fait son appointement envers nous, mais, pour ce que eeulx dedans ne vouloient rendre ladite place sans procès, vouloient trouver moyen de l’avoir et qu’on la pourroit prendre par eschelles, qu’on fist moiennant le prestre qui disoit la messe audit cbasteau, mais qu’il la vint dire en bas, que le cappitaine y viendrait et qu’il rendrait ladite place, et en parlent a Ponthus de Moinyn, audit prestre et autres. Et envoya ledit suppliant ung nommé Castre, pour ce que ceulx qui estoient dedans ladite place lui faisoient des grans oultrages et lui disoient plusieurs villanies et venoient batre ses serviteurs a sa porte en sa presence et prendre ses beufs par force et autres ses biens oultre son gré et volunté, et en faisoient ce que bon leur sembloit. Et par ce moien , et aussi que on lui donnoit a entendre que ce n’estoit outre nous et n’estoit que débat entre parties, fut icelle suppliante deceue, et, combien que la chose n’ait aucunement sorti effect, ce neantmoins, icelle suppliante est a l’occasion dessusdite detenue prisonnière en nostre ville de Bourdeaulx, ou elle a demouré l’espace de huit a neuf mois en grant povreté et misere, et en dangier de finer misérablement ses jours se noz grâce et miséricorde ne lui estoient sur ce impartiz. En nous humblement requérant que, attendu quelle estpovre damoiselle, vieille, qui a esté deceue, et que jamais ne y eust donné consentement quant elle eust sceu la vérité, il nous plaise lui impartir nosdites grâce et miséricorde. Pourquoy nous etc. Voulans etc. a ladite suppliante avons quitté etc. en mettant anneant etc. et l’avons restituée etc. Satisflacion etc. et imposons etc.
Si donnons en mandement a noz amez et feaulx conseillers les gens de nostre parlement a Bourdeaulx, a nostre sénéchal de Guienne et a tous etc. Et afin etc. sauf etc.
IMI'IUMEIUE NATIONALE.
Donné a Paris ou mois de janvier, l’an de grâce mil cccc quatre vings et sept, et de nostre régné le cinquiesme.
Ainsi signé : Par le Roy, monseigneur le duc d’Alençon, les contes de Clermont et de Vendosme, vous, l’arcevesque de Bourdeaulx, l’admirai de France, les sires de la Trimoille et de Piennes, Jehan de la Vaquerie, chevalier, premier president de la court de parlement, maistres Charles de la Vernade, Jehan Chamhon et Pierre de Sacierges, maistres des requestes, et autres presens. J. Damoxt. Visa. Contentor. F. Raçüejveau.
Tours, avril 1/188.
LETTRE DE REMISSION AU SIRE DE M.ONTAGU , pour le même objet.
(Archives nationales, reg. JJ 219, n° 81, fol. /19 verso.)
Charles etc. A tous ceulx qui ces présentes lettres verront, salut. Savoir faisons nous avoir receue l’umble supplication des parens et amis charnelz de Ponthus de Moniz, escuier, seigneur en partie de Montagu près Fronssac, aagé de lx ans ou environ, a présent detenu prisonnier es prisons de la conciergerie de nostre court de parlement a Bourdeaulx, contenant que, ce vendredi que fut le lendemain de l’Ascension derreniere passée (1), ledit prisonnier suppliant alla a la messe au bourg de Fronssac, et, apres la messe dicte, une nommée Jehanne de Martin, veufve de feu Pierre de Bressin, demourant oudit bourg de Fronssac, dist audit suppliant qu elle alloit veoir une tour assise en la seigneurie dudit de Fronssac, laquelle de Martin vouloit acbetter, comme elle disoit. Et pour ce qu’elle avoit perdue la clef de la haulte chambre de sa maison, assise ou bourg dudit lieu de Fronssac, requist et pria ledit prisonnier suppliant de la pourveoir d’une grant eschelle pour entrer en ladite haulte chambre de sa maison : et que ledit prisonnier suppliant, en s’en allant, s’en enquist.de quil retournast au matin a elle, et en s’en allant en sa maison passa au mayne de Ihomas de Capel et de Buisson, esquelz maines il trouva deux
esclielles, c’est assavoir audit de Cappel une petite et en cellui de Buisson une plus grande. Et le lendemain, qui fut le samedi apres ladite Assension, ledit prisonnier suppliant, quy ne pensoit a nul mal, retourna a ladite de Martin et iuy dist commant il avoit trouvé lesdites eschelles, desquelles l’une estoit beaucoup plus grande que l’autre. A quoy ladite de Martin respondit que, si elle ne trouvoit la clef de ladite chambre, elle y pourvoiroit. Et ce fait ladite de Martin et ung nommé Jehan Joyeau, alias de la Tousche, se retirèrent a part de ladite maison et parlèrent de secret ensemble, et quant ilz eurent parlé appelèrent ledit prisonnier suppliant et lui dirent qu’ilz vouloint . P) secret et
qu’il ne les découvrit point, et que ledit prisonnier suppliant qui ygnoroit. . . leur accorda. Et apres ladite de Martin leur dit telles parolles ou semblables
en effet :.k . de Lescun a fait son appointement avec le Roy et qu’il lui a
rendu toutes ses terres . choses et que le Roy vouloit bien que ledit seigneur de Lescun recouvrast Fronssac, mais qu’il . de luy mesmes et qu’il
n’y eust point de bruit et que le Roy l’aymeroit autant audit de Lescun .
de Gié». A quoy ledit prisonnier suppliant respondit que ce seroit chose bien
difficile et seroit mal d’avis . sur nous. Et alors ladite de Martin et de la
Tousche dirent qu’il devoit venir des gens pour ce faire et que ladite place se auroit bien aisément ainsi qu’il avoit esté entreprins, et qu’il devoit venir bien trois cens hommes, a tout le moins cent, et le lendemain qui seroit le dimenche le prestre nommé Pierre Martoris, prestre qui avoit acoustumé chanter tous les dimenches en la chappelle du chasteau, feroit le malade, par quoy le cappitaine, qui pour lors avoit la garde dudit chasteau de Fronssac, seroit contraint venir ouyr la messe au bourg de Fronssac et la il seroit prins par les gens dudit seigneur qui le meneroient devant la porte , et par ainsi le cappitaine seroit contraint leur faire ouvrir la porte sans faire aucune escande; et dirent d’abord audit prisonnier suppliant qu’il se y emploiast et qu’il donnast conseil et confort aux gens dudit seigneur de Lescun , qui luy en sauroit bon gré. A quoy ledit prisonnier suppliant respondit qu’il venoit de la guerre de Marmande et qu’il nous avoit tousjours bien servy et qu’il ne se mesleroit de cela, ne se y vouloit trouver ne en bien ne en mal, et s’ilz avoient mandé aucunes gens pour venir, qu’ilz les contremandassent, qu’ilz ne vensissent point; car, s’ilz venoient, ledit prisonnier supliant se ralieroit des gentilzhommes et
(1) Usure et lacération du manuscrit, ainsi que dans les lacunes suivantes.
arbalestiers du pais pour nous garder el secourir la place de Fronssac au cas quelle en auroit besoing. Et incontinent apres icellui suppliant prisonnier s’en alla en sa maison distant dudit bourg de Fronssac demy quart de lieue ou environ. Et ledit mesme jour, devers le soir, et estant ja nuyt, ledit suppliant prisonnier retourna audit bourg de Fronssac pour cuider parler ausdits de Martin et de la Tousche, auquel lieu trouva ladite de Martin a laquelle il demanda que c’estoit des gens dont elle lui avoit parlé. Laquelle de Martin luy respondit qu’ilz n’estoient point venuz et qu’elle ne savoit s’ilz viendroient et quelle avoit délibéré leur mander qu’ilz ne vensissent point. A quoy ledit prisonnier suppliant respondit quelle le fist , car il avoit délibéré de fere ainsi qu’il luy avoit dit, assavoir est faire ladite assemblée de gentilzhommes et autres pour nous deffendre ladite place. Et de rechief le lendemain, qui fut le dimanche, de bon matin, au point du jour, ledit suppliant prisonnier, doublant que ladite entreprise sortist a effect, pour icelle vouloir éviter de tout son povoir, par menasses ou autrement, revint audit bourg de Fronssac pour parler a ladite de Martin, laquelle il trouva en sa maison, près du feu, parlant a ung homme de labour, nommé Berthomyeu , et ledit prisonnier suppliant la retira a part et luy dist : « Les gens dont vous m’avez parlé sont ilz venus ou s’ilz doivent venir?» Et icelle de Martin luy respondit qu’ilz estoient venuz jusques a une lande bien près de la, et quelle les en avoit fait renvoyer et qu’il ne s’en meslast plus. Et lors ledit prisonnier suppliant, considérant que la chose estoit rompue, délibéra et fut tout aise et joyeulx de ce ne faire autre bruit et commocion. Et incontinent apres trouva ung homme de la terre de Fronssac, duquel il n’est recors, qui luy dist qu’il avoit trouvé beaucoup de gens qui s’en tiroient vers Pillebource , qui est par deçà la riviere de la Saye , auprès et vers Fronssac et jusques très près du lieu de Baizne. Et ce fait icellui suppliant prisonnier s’en alla a la messe qu’il ouyt et d’ilecques s’en alla en sa maison. Et depuis peu de temps apres ledit Ponthus suppliant, a cause de ce qu’il ne révéla ladite entreprise a noz officiers, il à esté constitué prisonnier, a la requeste de nostre procureur, en la conciergerie de nostre parlement de Bourdeaulx, ou il a demeuré en grant povreté et misere l’espace de dix mois ou environ. Et combien que icelluy prisonnier suppliant, a la requeste et priere de ladite de Martin, qui disoit avoir perdu la clef de sa chambre, sans penser autrement a ladite entreprinse et assemblée dessusdite, ait esté meu de sercher lesdites eschelles esdits lieux, villaiges, et que depuis apres ce qu’il a esté
adverti du cas de tout son povoir se soit efforcé empescher ladite entreprinse par menasses ou autrement, tellement que par son moyen elle n’a sorti aucun effect, neanlmoins doubté que, au moyen de ce qu’il a esté et est encores pour raison de ce détenu esdite conciergerie de noslre parlement de Bourdeaulx, en grant deslresse et dangier de misérablement finer ses jours, que l’on vueille procéder a l’encontre de lui par aucune torture ou geyne de sadite personne et autrement le vexer, travailler et molester, en nous humblement requérant que, attendu ce que dit est et qu’il est noble et ancien et nous a tousjours par cy devant et noz prédécesseurs servy au fait des guerres et mesmement a la derreniere assemblée faicte de noz gens d’armes au lieu de Marmande , par quoy il n’est vraysemblable que de son cousté il nous ait faulsé sa foy et nous estre desobeyssant, que par son moien ledit inconvénient et assemblée ait este faicte a son desceu , et que en toutes ses autres choses il ait esté de bonne vie et renommée sans avoir esté actaint d aucun autre cas , il nous playse sur ce luy impartir noz grâce, pardon et miséricorde. Pour ce est il que nous etc. (1)
Donné a Tours au mois d’avril Tan de grâce mil cccc quatre vings et huit, et de nostre régné le cinquiesme.
Signé : Par le Roy, a la relacion du conseil. J. Gotet. Visa. Contentor. Dura y.
Àmboise, 21 janvier.