DOCUMENTS POSTERIEURS AU PROCES
avril îôog.
(Extrait d’un vidimus de i5i3, d’après dom Morice, Preuves de l’histoire de Bretagne, t» III, col. 889 et suiv. (1))
In nomine Domini, amen.
Je, Pierre de Rohan, chevalier de l’ordre du Roy nostre sire, seigneur de Gié et du Verger, vicomte de Fronsac, maréchal de France, sain de pensée et de corps, grâce a Dieu, mon benoist rédempteur Jésus Christ, sans l’aide duquel nulle chose n’a esté ne faite , considerans que toute humaine créature est née ou monde pour une fois mourir, qu’il n’est chose plus certaine que la mort ne moins certaine que le terme et l’eure d’icelle, et que la terre, mere de toutes choses, reprend enfin tout ce que d’elle a pris naissance: que aussi l’estât de ce monde transitoire est tant seulement un brief pèlerinage ou chacun vient et passe pour parvenir a l’eternelle mention, qui est ou ciel assignée a tous ceux qui vertueusement et justement auront ce voyage accompli; réduisant aussi en mémoire que n’ay point de demain, et que en cestuy mondain estât je ne suis que viande appareillée aux vers, moindre chose que vent et ombre : desirans tellement en cetuy monde finir le surplus de mes jours que d’iceluy ne decede intestat, mais comme vray chrestien et catholique fidele de nostre mere 1 Eglise, et affin mesmement que des biens temporels, dont en ce monde mon créateur m a donné ministration, je ne sois vers luy du tout ingrat, aujourd’huy en la meilleure forme et maniéré que j’ay sceu, ay fait, ordonné et establi mon testament et ma derniere volonté en la maniéré qui s’ensuit, en
(1> Cf. copie moderne aux Archives nationales, reg. MM 759, p. 871, Bibliothèque nationale, fonds français, ms. 3a34i, fol. 1 46.
révoquant tous autres testamens, que ou precedent de ce jour je pourrais avoir fait, voulant, ordonnant et priant a mes exécuteurs cy apres nommez qu’il soit tenu, accompli et vaille de tout point en point selon sa propre forme et teneur par droit de testament et codicile, ainsi que mieux pourra valoir.
Et premièrement, de cueur contrit, en si grande humilité que je puis, recommande dévotement mon ame a la benoiste et glorieuse Trinité, Dieu le Pere, Dieu le Fils, Dieu le Saint Esprit, ung seul Dieu que crois fermement régnant ou ciel en trois personnes, a la glorieuse vierge Marie, mon avocate, M. saint Michel, M. saint Pierre, M. saint Jacques, mes patrons et avocats, auxquels ay toujours eu recours et esperance singulière, en leur suppliant que toujours, et en especial a heure que mon ame partira de mon corps, ils la prennent en leur garde et sainte conduite, la preserve de tous assaux de l’ennemy d’enfer, et lors me vueillent garder l’usage de bonne raison, constante dévotion, et saine cognoissance de ce que mon benoist Sauveur a pour moy souffert, sans ce que, pour mal que je sent, je pense en dire chose non convenable a ung vray catholique : et en icelle cognoissance veuillent recevoir mon esprit, le garder de damnation et conduire en repos, dont voye face a face mon benoist rédempteur, qui Ta créé a sa semblance; aussi recommande mon ame generalement, en semblable humilité, foy et contrition, a tous les benoists anges et archanges, apostres, evangelistes , martyrs, confesseurs, vierges, tous saints et saintes de Paradis, et generalement a toute la court et compagnie celeste.
Item , et apres ordonne mon corps estre inhumé ou cueur de Teglise que ay fondée près mon chaste! du Verger en l’honneur de la glorieuse vierge Marie et de sainte Croix, ou lieu sur lequel j’ay fait mettre en albastre ma ressemblance de sépulture.
Item, et, au jour que mon corps sera enterré, je ordonne que, en remission de mes péchés, et pour le salut de mon ame, soient dites et célébrées les messes et services qui s’ensuivent.
Premièrement, que le jour de mon trépas, ou lieu ou je trepasseray, et la ou sera mis mon corps a reposer, avant qu’il soit mis en terre , soit par h ou 6 religieux dit le pseautier, et si la ou il trespassera [ne] se trouvent de religieux, soit dit par A ou 6 prestres séculiers de bonne dévotion.
Item, que le jour de mon obiit et enterrement soient dites vigiles et vespres des Morts avec une grande messe de requiem et des petites messes autant que
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de prestres il se y trouvera , auquel mon enterrement et a la conduite de mon corps a la terre j’entends et vieux pour luminaire avoir seulement le nombre de 28 torches en l’honneur et reverence, c’est a scavoir du Rédempteur et des douze apostres treize torches du poids de quatre livres chacune, et des quinze joie Notre Dame quinze torches de semblable poid, lesquelles 28 torches j’entend et vieulx estre portées par 28 pouvres qui seront revestus de robes valants dix sept sols six deniers tournois l’aulne de drap noir, a mes despens, et que a chacun d’iceux soit donné pour l’honneur de Dieu, c’est a scavoir a treize (1) a chacun treize grands blancs en l’honneur et reverence que dessus.
Item, et ledit jour de mon obiit soit donnée aumône pour l’honneur de Dieu, pour le profit et salut de mon ame, a tous les pouvres qui la demanderont, a chacun ung grand blanc.
Item, vieulx et ordonne que, tantost apres mon obiit et sépulture, soit employée semblable somme d’argent en nombre et quantité autant et a l’equipolent de l’aumone generale donnée aux pouvres ledit jour de mon obiit, ainsi qu est contenu en l’article precedent, c’est a scavoir cinquante livres tournois a mon couvent des Anges, que ay fondé a Morliercoulle, et cinquante livres tournois au couvent ou college auquel sera pour lors mon confesseur demeurant, afïin que en chacun d’iceux soit dit et célébré un annuel pour la déchargé démon ame, et le surplus de ladite somme distribué le jour de mon obiit soit employé en autres pitueux et spirituels usages.
Item, je veille et ordonne que le lendemain de mon obiit soit dit et célébré pour le profit de mon ame trois grandes messes, la première du Saint Esprit, la seconde de Notre Dame et la tierce des Trépassés, avec des petites messes, tant et a si grand nombre des religieux et autres prestres qui s’y trouveront, pour chacune desquelles petites messes j’entend qu’il soit donné trois sols tournois.
Item , je vieux et ordonne que , apres lesdites messes , soit commencé un trentain solemnel, c’est a scavoir chacun jour vespres et vigiles des Morts et une grande messe des Trépassés a diacre et soudiacre.
Item , je veil et ordonne que , apres ledit trentain , soit commencé un annuel , c est a scavoir chacun jour d’un an une grande messe des Trépassés a diacre et
Deux mots à exponctuer.
soudiacre, vigiles et vespres des morts et a la fin un respond avec trois oraisons, le tout dans l’eglise ou mon corps sera enterré.
Item, veil et ordonne que, en chacune des églises cy apres nommées, soient dictes et célébrées vespres et vigiles des Morts, avec une grande messe des Trépassés, c’est a scavoir en l’eglise du couvent de sainte Croix a Paris, en Veglise Notre Dame des Carmes a Angers, en l’eglise des Augustins d’Angers, en Teglise des Cordeliers de la Basinete, en Teglise des Cordeliers de la Fléché, en l’eglise des Cordeliers de mon couvent des Anges, en l’eglise des Cordeliers de Cholet, en Teglise de Notre Dame de Pitié d’Angers, en Teglise de ma paroisse de Seehe, en Teglise Notre Dame a Tours, a chacune desquelles je donne pour ce faire cinquante sols tournois, et pour aumône a chacune dix livres tournois.
Item, je donne a trente pouvres filles a marier pour aider a les pourvoir a chacune treize livres tournois.
Item, je veuil et ordonne a mes exécuteurs que toutes et chacune mes deptes soient poyées et acquitées a la plus grande diligence que faire se pourra.
Item, et ou cas que je decederois avant que le convent des Anges près Mortiercroule fut fait et accompli, je veuil et ordonne que ledit convent soit achevé et accompli a mes dépens, selon l’article du testament de feu ma femme, qui fait mention de la construction dudit convent, et que toutes les choses par elle données audit convent, comme il appert par ledit testament, soient semblablement livrées.
Item , affin que l’honneur divin soit augmenté et l’office de Dieu mieux célébré, je veuil et ordonne que, incontinent apres mon trépas, si par avant ne Tavois fait, soient mis au convent de Sainte Croix du Verger, outre le nombre de treize contenu par leur fondation, deux jeunes enfans novices ou religieux et pour iceux entretenir et nourrir leur soit baillé et assigné quarante livres tournois de rente par chacun an.
Item, je veil et ordonne que, apres mon trépas, en l’honneur de la benoiste Trinité, par toutes et chacune mes terres, quelques part que elles soient, soit en Tannée dans laquelle je mourray, soit distribué en aumône la dixième partie de tous les revenus de mes terres en pieux usages.
Item, pour les bons et agréables services que m’a fait Pierre de Rohan, mon fils puisné, et que espere qu’il me fera au temps a venir, je lui donne et
laisse par ce présent mon testament a toujours perpétuellement par héritage, c’est a scavoir la tierce partie de mes biens meubles et choses censées et réputées pour meubles avec la tierce partie de tous et chacuns mes héritages, rentes et revenus, tant de patrimoine que de acquêts, tant presens que a venir, en quelconques lieux qu’ils soient situez, pour en faire et disposer comme de son propre, et veux que d’icelles choses il jouisse apres ma mort, et en charge mes exécuteurs qui seront mes très chers et especiaux amis M. l’admirai, M. de Segré, M. de Brillac et maistre Jehan Picard, avec frere Pierre Guignard, mon confesseur, lesquels je prie et requerre qu’il leur plaise prendre la charge de l’execution de ce présent mon testament et derreine volonté.
Fait le 19 avril apres Pasques, l’an i5og. Signé de ma propre main et scellé du sceau de mes armes.
A l’hôtel des Tournelies, 22 avril i5i3. MORT DU MARÉCHAL DE GIE.
(Copie moderne à la Bibliothèque nationale, fonds français, ms. aa34i , fol. 260.)