DÉPOSITION DE FRANÇOIS DE PONTBRIANT
Dudit jour, lundi xvc dudit moys, audit logis de Nostre Dame :
Noble homme, François de Pontbriant, escuier, seigneur delà Villate, conseiller du Roy nostre seigneur, et son capitaine du castel et place de Loches, aagé de cinquante trois ans ou environ, ouy et examiné par nousdits commissaires sur les articlez a nous baillez, apres
le serment par iuy faict sur les sainctes Euvangillez de Dieu, a dit et deppouzé comme il s’ensuit W.
Et premièrement, sur le contenu es troys premiers articles, apres qu’il les a bien ouys et entenduz, respond le contenu en iceulx estre vrays, et le scet pour ce qu’il a trente ans ou plus qu’il a eu congnoissance dudit de Rohan, lequel il a anté, frequente bien souvant durant ledit temps, tant en la maison du Roy que ailleurs, et que ledit de Rohan est natif et originaire du pays de Bretaigne, comme il est contenu esdits articles, dont pareillement ledit depousant est natif, et ou il a bien souvent frequente, et scet bien la situacion d’iceluy pays i2b
Sur le quatriesme article , dit n’en riens savoir, et que , quant ledit de Rohan eust eu parolles avecques ledit deppousant du contenu en icelui article, ledit qui parle incontinent en eust adverty le Roy et la Royne, comme ses souverains et naturelz seigneur et dame, tant dudit de Rohan comme d’il qui parle.
Sur le vc et vie desdits articles , dit qu’il peult avoir six ou sept mois ou environ, du temps et jour autrement n’est recors, et îuy semble que cestoit du temps que le Roy estait derrierement a Lyon, il qui parle se trouva ung jour, durant ledit temps, a Amboyse, ou il estoit allé devers madame la comtesse d’Angoulesme, qui dit a il qui parle que le seigneur de Segré avoit esté, ung jour ou deux devant, audit Amboyse et avoit dit a icelle dame que le Roy estoit bien mallade et qui! avoit une malladie qui l’enmeneroit comme sa mere; et lors, ledit depposant respondit a ladite dame que ledit de Segré n’estoit pas saige d’aporter semblables parolles, et quelles ne valoient riens;
11 F. de Pontbriant fut ajourné le 7 no- Pierre de Rohan, mareschal de France, vembre en récolement de sa déposition, et le récolement eut lieu le 12 du même mois; il persista dans ses dires en y ajoutant les détails que nous notons.
( ] ffSur les 1", ne et 111e des articles dudit procureur, ledit de Pontbriant, a persisté, excepté qu il a dit ne scavoir si messire
a le gouvernement de monseigneur d’Angolesme; bien luy en a veu user comme gouverneur et luy a veu mectre capitaine et archiers audit Amboyse; et aussi dit luy qui parle qu’il a plusieurs fovs ouy dire audit de Rohan qu’il! avoit le gouvernement de mondit seigneur d’Angolesme ( Récolement). »
et dit, sur ce interrogé, qu’il n’est bien recors a présent de par qui ledit de Segré portoit lesdites parolles, bien croit, il qui parle, que icelluy de Segré avoit eu lesdites parolles dudit de Rohan, car, lorsqu’il dit et déclara lesdites parolles a ladite dame, il venoit de Lyon, ou estoit ledit de Rohan avecques le Roy, et croyt bien, il qui parle, que ledit de Segré peult scavoir du contenu esdits articles plus avant que nul autre , car il est parent dudit de Rohan et antoit et frequentoit bien souvant avecques luy ; et durant ledit temps dont dessus a parle, ung jour, dont a présent n’est recors, il se trouva audit Amboyse, ou estoit ledit de Segré, qui dit, a il qui parle, que le Roy estoit bien mallade , sans luy en faire autre declaracion ne semblant.
Sur les vne et vmc desdits articles, dit n’en scavoir autre chose, excepté que, puis deux ans ou environ, il qui parle, devisant avecques ledit de Rohan, dit et remonstra, par deux ou troys foys, a icelui de Rohan, qu’il faisoit mal de ce qu’il ne hantoit la Royne; auquel ledit de Rohan respondit qu’il scavoit bien que la Royne ne laimoit pas et que, a ceste cause, il ne la hantoit, sans déclarer audit depposant autrement les causes et raisons, s’il n’est que icelluy de Rohan disoit qu il scavoit bien que le Roy ne luy feroit point ung maulvais tour et quil ne craignoit riens, sans parler autrement de la Royne qu’il saiche; et, a l’une desdites foiz qu’il qui parle et ledit de Rohan devisoient desdites choses, le grant maistre de Bretaigne y fust présent, qui semblablement blesmoit ledit de Rohan de ce qu’il ne hantoit la Royne; lequel de Rohan respondit, comme dessus, que ladite dame ne laymoit pas et qu’il le scavoit bien, mais il se fyoit que le Roy ne luy feroit point de maulvaiz tour.
Sur les ixe et xe desdits articles, dit qu’il n’est point recors avoir ouy parler et dire audit de Rohan, ne autre, que icelui de Rohan, en cas que Dieu eust disposé du Roy, se fust saysi ou fait arrester la Royne et la garder d’aller en Bretaigne, comme il est contenu esdits articles. Bien dit estre recors avoir ouy dire, puis deux ans en ça ou environ, du jour et lieu a présent n’est souvenant, audit de Rohan que, s’il mesadvenoit au Roy, que ledit de Rohan garderait bien que
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madame Claude n’yroit point en Bretaigne et qu’il la marierait a monseigneur d’Angoulesme, s’il pouvoit et avoit auctorité; et qu’il ferait bien garderies ponsde Tours et passaigez pour la garder passer : disant, oultre, de sov, qu’il croyt bien et presumoit, ausdites parolles que ledit de Rohan portoit, qu’il entendoit autant de la Royne comme de madite dame Claude; et aussi ne luy souvient, sur ce enquis, que ledit de Rohan ait dit ou fait dire audit depposant qu’il qui parle gardast bien madite dame Claude a Loches pour luy en respondre ne autrement, se n’est comme dessus a dit; bien croit que ledit de Rohan luy peut avoir dit qu’il estoit bien aise quelle estoit à Loches W.
Sur le xic desdits articles, dit n’en riens savoir, s’il n’est ainsi qu’il a dit et depposé sur les vi° et vme desdits articles.
Sur les xne et xm' desdits articles, dit qu’il n’en scet riens, par ouy dire ne autrement.
Sur le xmie, dit avoir ouy dire, par plusieurs foys, audit de Rohan, tant Amboyse que ailleurs, que si Dieu avoit fait son plaisir du Roy, que, s’il y avoit quelcun qui eust voulu entreprendre contre le petit seigneur, voulant dire de monseigneur d’Angoulesme, que ladite place d’ Amboyse estoit si bien garnye d’artilherie que c’estoit assez pour le garder; et quant ladite artilherie, ou partie d’icelle, fust amenée a Bloys, il semble audit depposant que ledit de Rohan, en devisant de ladite artilherie, dit qu’il presumoit que c’estoit pour le moyen de la Royne que le Roy avoit fait oster d’Amboyse ladite artilherie.
Sur le xvc desdits articles, dit qu’il a ouy dire, par plusieurs fois et a pluzieurs Amboyse, dont n’est recors, excepté de son frere, que ledit de Rohan avoit fait faire le serment entre ses mains aux archiers que estaient en ladite place d’Amboyse, mais ne scet autrement comment ne en quelle forme.
ll) ttSur les ix' et x* a persisté: et sur ce qui lui a esté remonstré que le meut de le croyre , dit que c'est pour ce que Pierre de Pontbriant, ,son frere, luy a dit que ledit de Rohan avoit dit a icelluy Pierre de Pont¬
briant lesdites parolles; toutes foys n’est souvenant luy qui parle que ledit de Rohan luy aye dit autre chose que ce qu’il en a dit en sadite depposition (Récolement).»
Sur les xvic et xviic desdits articles, dit n’en savoir autre chose, excepté qu’il peult avoir deux ans ou environ, du jour et lieu n’est a présent souvenant, que ledit depposant oyt dire audit de Rohan que, s’il rnesadvenoit au Roy, qu’il ne savoit lieu au Royaume, pour tenir en seurté monseigneur d’Angoulesme , que la place d’ Angiers, et que, si ledit de Rohan avoit la puissance audit cas advenant, que Dieu ne veulle, il y eust amené ledit petit seigneur, et n’esl souvenant si ledit de Rohan disoit amener ledit seigneur d’Angouîesme audit Angiers de nuyt ou de jour, ne a quelz fins, ne s’il avoit autres pensées esdites parolles.
Sur le xvmo(|) desdits articles, dit que, lorsque ledit de Rohan parloit d’amener mondit seigneur d’Angoulesme audit Angiers , comme dessus a dit au precedent article, icelui de Rohan disoit que, ledit cas advenant, il seroit bon que l’on fust toutjours guerny et saysi a Amboyse de bateaulx. Toutesfoys il qui parle ne scet si, des lors ou depuis, ledit de Rohan en fist ou a fait fere autre provision , et n’oyst jamais parler audit de Rohan, tant que touche desdits bateaulx, de la Reyne ne de madame
Sur les xixe et xxe desdits articles, dit que, par plusieurs foys, il qui parle a ouy dire et deviser audit de Roban de madame d’Angoulesme, se plaignant d’elle, et que ledit de Rohan ne trouvoit seureté aucune en elle, et qu’il la trouvoit toutjours en ung estât, sans en faire audit depposant autre declaracion; et autre chose ne scet, sur ce enquis, du contenu esdits articles.
Sur le xxie desdits articles, dit qu’il n’en scet riens, par ouy dire ne autrement.
Sur le xxne desdits articles, dit qu’il a ouy dire, par plusieurs foys et en divers lieux, desquelz a présent n’est recors, audit de Rohan, parlant et devisant de mondit seigneur d’Angoulesme, que, s’il mesadvenoit au Roy, que ledit de Rohan avoit des parens ët beaucop
(1) En réalité le xiv'.
(3> Sur le xiv" article , Pontbriant dit, dans le récolement, que trois pièces d’artillerie seulement furent amenées de Tours à Am-
boise par ordre du roi et à la requête du maréchal, pour compléter Tarmement. Le reste de l’artillerie datait’ du roi Charles VIII.
d’amys pour servir ledit seigneur d’Angoulesme , si besoing est’oit, et presumoit et entendoit, il qui parle, au dire dudit de Rohan, que icelui de Rohan entendoit estre le maistre et principal gouverneur de mondit seigneur d’Angoulesme. Et dit, sur ce enquis, qu’il n’oyst autrement déclarés audit de Rohan, en parlant de ses parens et amiz, quelz parens ou amys en espece c’estoient, ne a quelz autres lins ledit de Rohan disoit lesdites parolies.
Sur le xxnf desdits articles, dit n’en savoir autre chose que ce qu’il a dit et depposé dessus.
Sur le xxivc, dit que ce qu’il a dit et depposé sur les precedens articles est vray, comme il a affermé. Et plus n’en dit; et a signée sa depposition. — F. de Pontbriand.
Amboise, 17 juillet i5o4.