‹ Procédures politiques du règne de Louis XII [i.e. douze]Chapitre 41 sur 348 · INTERROGATOIRE DU MARÉCHAL SUR LA DEPOSITION D’ÉTIENNE PETIT · texte numérisé non relu

INTERROGATOIRE DU MARÉCHAL SUR LA DEPOSITION D’ÉTIENNE PETIT

Réorganisation des forces militaires.

(Trésor des chartes de Bretagne, E 191, n° 1.)

Du xxvnc octobre cinq cens et quatre, a Orléans, a la Commanderie iSainct Marc.

Par devant nous . etc.

Sur les icr, 11e, 111e, ive, ve, vie, vne et vme des articles sur lesquelz a esté interrogué maistre Estienne Petit.

Dit que, ung an a et plus, le Roy estant a Mascon et a Lyon, lui qui parle dist au Roy qu il lui sembloit estre bon , pour faire une bonne force en son royaume, si a faire lui venoit, choisir vingt mil hommes de pié de ses subjeetz, arbalestriers , archiers, piquiers et autres, qui seraient prins et eleuz es meilleurs contrées de son royaume, et que le payement desdits vingt mille hommes ne monterait plus que le payement de deux cens hommes d’armes; et pareillement dist, lui qui parle, au Roy que, par cy devant, il ne c’estoit servy de ses ban et arriéré ban, et que il en pourrait fere une bonne force, et pour ce laire seroit bon d avoir deliberacion des fiefz et arriéré fiefz des nobles de son royaume et autres subjeetz ausdits ban et arriéré ban et avoit paiticulierement la deciaraciQn desdits fiefz et arriéré fiefz, pour savoir ce que ung chacun pourrait faire hommes d’ armes portans canons blanc ou bngandines, et chacun selon sa puissance; quoy faisant, le Roy se mectroit hors de la subjection des Souysses qui les ranssonnoient et emportoient 1 argent dudit royaume sans aucune foiz achever leur service. Lt, pour ce que maistre Estienne Petit estoit des plus anciens secretere, et qui avoit en charge, du temps dez feuz Roys Loys et Charles, derreniers decedez, de faire escripre mémoires et instructions touchant le fait dudit arriéré ban et gens de pié, il qui parle dist

au Roy qu’il seroit bon ordonner audit Petit qu’il apportast ses papiers qu’il avoit touchant ceste matière, ce que ledit Petit feit, et est records lui qui parle qu’on envoya Bazeges Frarrier quérir quelques papiers de ceste matière devers monseigneur du Plaissiz Bourré W, qui pareillement y envoya ce qu’il avoit.

Dit oultre, lui qui parle, avoir veu lesdits papiers, qui furent apportez par ledit Petit et envoyez par ledit Bourré, et autres papiers envoyez touchant ceste matière; lui qui parle feist veoir par ledit Petit les advis du temps passé et escripre par ledit Petit ce que il sembloit a il qui parle de ce qui estoit a faire en ceste matière; dit, lui qui parle, sur ce interrogué, qu’il n’a mémoire [avoir traité] ceste matière seul et en secret et ne s’en cella jamais : et en est records que, es advis que lui qui parle en feit et qu’il feit escripre par ledit Petit et que lui qui parle devisoit de ceste matière, ont esté présents aucunes foiz messeigneurs d’Orval et de Boissy, de Piennes, de Thevray et autres qui alloient et venoient a son logis, et se tro voient avecques lui; feit monstrer a eulx ou aucun d’eulx qui le trouvèrent bons, lui qui parle, lesdits mémoires et advis faiz par ledit Petit, leur demandant qu’il leur sembloit desdits advis et instructions faictes desdites matières.

Dit plus, lui qui parle, que, pour monstrer qu’il ne menoit ceste matière seul et en secret, et il est records que, dix ans a et plus®, et comme lui semble, de l’advenement du Roy a la couronne, il a dit au Roy, en la presence de ceulx qui estoient autour de la personne dudit seigneur, n’est souvenant particulièrement des presens, que ledit seigneur feroit bien de se servir de gens de son royaume, tant de gens de

0) Bourré, seigneur du Plessis, ancien secrétaire et collaborateur intime de Louis XI. Voir à son égard les travaux de M. Marchegay, et une notice de M. Vaesen dans la Bibliothèque de l’École des chartes (année 1882).

<J> Louis XII, comme on sait, n’arriva à la couronne qu’en 1 4g8. En rappelant les

souvenirs de dix ans et plus, c’est-à-dire d’au delà 1 4g4, le maréchal de Gié, accusé de trahison, rappelle le temps où il servait loyalement Charles VIII alors que le roi actuel n’était qu’un insurgé. On peut ajouter qu’à cette époque le maréchal de Gié avait rendu à Louis d’Orléans d’inoubliables services.

pié que nobles et de son ban et arriéré ban , dont on ne s’estoit servy puis vingt ou vingt deux ans en ça.

Dit ouitre que ce qu’il qui parle en a fait et conseillé au Roy, il cuide avoir fait bien et loyaument, et cuidant faire grant service au Roy pour mettre ledit seigneur et le royaume hors de la subjection des Souysses et que l’argent qu’il leur bailloit demourast audit royaume. Et semble a lui qui parle que, par ce moien , les nobles et autres de son royaume se adresseroient et exerceroient aux armes pour sendr ledit seigneur quant besoing seroit, et en seroit le royaume plus fort et en grant seureté.

Dit que lesdit advis, faiz de cestedite matière, furent monstrez au Roy [par] lui qui parle, présent maistre Estienne Petit; lesquelz advis le Roy trouva bons et commanda audit Petit toutes lettres neccessaires a ladite matière, qui depuis furent cachetées du cachet du Roy par lui qui parle et contresignés par ledit Petit et envoyées au bailiz et seneschaulx de ce royaume.

Dit lui qui parle que, apres le retour de mondit seigneur le légat h) de Romme, il se trouva au logis de mondit seigneur le légat, Cheny® François, bourcier a Lyon; et lui dist, lui qui parle, ce qu’on auroit pourparle a ladite matière et ce qui y avoit esté fait, ce que mondit seigneur le légat trouva bon, réservé que mondit seigneur le légat trouvoit le payement difïicille, et ne croit pas que l’argent se peust trouver pour ce faire, pour la grant despence qui avoit esté faicte par avant. A quoy, lui qui parle, comme lui semble, respondit qu’il croyoit que la voulenté du Roy estoit employé le payement de deux cens lances et que ja, a ceste fin, le Roy avoit ordonné casser aucunes compaignies comme celles de Foiz, monseigneur de Rourbon et de Ligny et autres.

Intel îogue quelz cappitaines furent nommez par lesdits mémoires et instructions, pour conduire lesdits vingt mille hommes, et aussi pour iceulx choisir, et si lui qui parle y feist commettre aucuns de ses serviteurs et amys : dit qu’il ne nomma au Roy homme de ses serviteurs podr estre capitaine desdits gens de pié, ne pour iceulx choisir, mais Le cardinal d’Amboise. — « Henry (?}.

apporta lui qui parle, acompaigné dudit Petit, audit seigneur le papier de ses pensionnaires et autres estans au service dudit seigneur, et lui conseilla prendre et choisir de ses noveauz et de ceulx qui lui sembleraient estre les plus loyaulx et feables; ce que le Roy feist, et feist marquer ceulx que bon lui sembla, et de ce se rapporte, lui qui parle, au Roy : et du surplus de ce qu’estoient a faire en ceste matière , dist ledit seigneur audit Petit qu’il lui en feist le raport pour apres en ordonner comme il verrait a estre.

Interrogué si lui qui parle ait sceu que aucuns nombre desdits vingt mille hommes aient esté mis sus et qu’ils aient couru la poulie : dit qu’il n’a sceu que aucun nombre desdits vingt mille hommes ayent été mis sus. Rien dit que lettres furent escriptes aux gens, de Lyon, des païs pour les choisir seulement, pour apres, par le Roy, leur bailler Lelz capitaines qu’il lui plairait; et demoura la chose en cest estât sans ce que le nombre desdits cappitaines fust arresté, sinon ce que le Roy en avoit marqué quant, lesdits rolles desdits pensionnaires lui avoient esté apportez. — Pierre de Rohan.

Donné, etc.

Amboise, 7 :i', novembre i5oA.

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