TROISIÈME DÉPOSITION DE PIERRE DE PONTBRIANT
Désir du maréchal de faire coucher son fils avec le comte (F Angoulême.
(Trésor des chartes de Bretagne, E 191, n° 2.)
Du xvme jour de novembre mil cinq cens et quatre, a Amboyse, ou logis de monseigneur de Carmonne, ou pend pour enseigne la Pierre percée.
Par devant nous, Cbristofle de Carmonne, conseiller du Roy, nostre seigneur, et president en sa court de Parlement a Paris, Anthoine Du Prat, maistre des rëquestes ordinaires de Poste! dudit seigneur, et Pierre de Sainct André , aussi conseiller ordinaire en son grant conseil , commissaires en ceste partie, Pierre de Pontbriant, escuier, seigneur de Mont-Real, aagé de quarante deux ans ou environ, tesmoing produit de la part du procureur general du Roy, apres le serement par lui fait, sur les sainctes euvangiles de Dieu, de dire et déposer vérité, sur ce qu’il sera par nous interrogué, a dit ce que s’ensuit.
Et premièrement, sur ce que madame d’Angoulesme, en la recolant sur sadeposicion par elle autresfoiz faicte, avoit dit et déposé que messire Pierre de Rohan, seigneur de Gyé et mareschal de France, avoit prié, fait prier et requérir icelle dame, de bouche et par escript, de consentir que le lilz aisné d’icelui de Rohan couchast avecques monseigneur : a esté icelle dame interroguée si elle pourroit trouver les lettres que ledit de Rohan lui avoit envoiées a ceste fin ; icelle dame a dit et respondu que le seigneur de Fleas avoit veu lesdites lettres.
Interrogué s’il a veu lesdites lettres cy dessus mencionnées : dit que, peu avant le caresme prenant dernièrement passé, ung gentilhomme, nommé Arfeulle, apporta lettres dudit mareschal a madite dame et a lui qui parle, lesquelles lettres, adressans a ladite dame, luy furent monstrées par ladite dame, qui lui dit que l’intencion d’icelui mareschal esloit faire couscher avecques monseigneur d’Angoulesme, son
filz , le filz aisné dudit mareschal; et, des lors, ladite dame leust audit déposant lesdites lettres, de la teneur et contenu desquelles ne lui recorde; toutesfoys, par la veue et inspection d’icelles, scet quelles estoient escriptes de la main dudit mareschal, car cognoist sa lettre d’autant que, plusieurs foiz, a veu d’icelle, par plusieurs lettres missives que ledit mareschal a escriptes de sa main.
Dit plus qu’il croit fermement que ledit mareschal escripvoit de ladite matière a madite dame, parceque, quinze jours apres ou environ, elle l’envoia par devers ledit mareschal , qui estoit sur le chemin d’Orleans a Laye; et avoit chargé lui dire que madite dame n’avoit osé obtempérer a sa requeste de faire coucher sondit fdz avec le fdz d’icelui mareschal sans le congié du Roy, attendu que ledit seigneur estoit sur son arrivée a Bloys, et que jamais elle n’avoit voulu toucher en chose qui touchast sondit filz , sans le vouloir dudit seigneur ; et qu il pourroit estre malcontent, si sans son congié elle le faisoit; et rencontra ledit déposant ledit mareschal sur le chemin près de Laye, de trois ou quatre lieues ou environ, auquel il exposa ce que madite dame lui avoit donne charge. Et lors ledit mareschal respondit que madite dame estoit plus sage, en ce cas, que lui, et que, une heure apres qu’il avoit escnpt lesdites lettres a madite dame, il s’en estoit repenty.
Et plus n’en dit, sur tout diligemment enquis. Et lui avons fait signer sadite deposicion. — De Pontbbunt.
Donné, etc.
Paris, 19 novembre i5o&.
ARTICLES (SIGNÉS L. ROBERTEï) POUR MADAME LA COMTESSE D’ANGOULEME ET AUTRES TEMOINS À CHARGE.
(Trésor des chartes de Bretagne, E ig3, n° 1.)
Articles sur lesquelz le Roy veult et entend que madame la contesse d’Angoulesme soit interrogée, et pareillement le seigneur de Segré et
autres tesinoings qui sur ce seront produiz par son procureur et .
tHPSIMERIE SATIOIULE-
Soit interrogée ladite contesse d’Angouiesme se messire Pierre de Rohan, seigneur de Gyé, lui a point dit qu’il aymeroit mieulx que monseigneur d’Angouiesme eut espousé la moindre bergiere de ce Royaume que madame.
Soit aussi interrogué messire Jacques de l’Espinay, seigneur de Segré, si lui mesmes a escript ou fait escripre sa depposicion en sa maison, en retint le double devers lui et porta sa depposicion toute escripte au lieu de Rochecorbon, et la bailla aux commissaires du Roy, savoir le president de Normandie et le president de Rretaigne, a certain jour de lundi, dont le jour precedent, qui estoit dymenche, lesdits commissaires avoient esté devers ledit de l’Espinay, audit lieu de Moncontour, pour le devoir interroguer; s’il différa celui jour d’estre interrogué, disant qu’il y vouloit penser et aussi qu’il estoit feste, et demanda le double du mandement de la commission, que lesdits commissaires lui resfuserent bailler.
Si, le jour ensuivant qu’il eut baillé sa depposition ausdit commissaires, et que que soit, dedans briefz jours apres, Ranaud Rouchetel, clerc et serviteur dudit de Rohan, se rendit audit lieu de Moncontour devers ledit de Segré, auquel de Segré ledit Rouchetel communicqua et declairala forme de sa depposition qu’il avoit baillée ausdit commissaires.
S’il lui en bailla le double ou que se soit luy feit escripre la forme de sa depposicion, pour la porter audit de Rohan, afin de l’advertir et estre conformes en leurs deppositions.
Si ledit mareschal depuis qu’il est a Amboise lui a fait savoir de ses nouvelles et envoyé messagiers touchant ceste matière.
Si, depuis sadicte depposicion, il a dit ou fait dire, ou fait savoir a monseigneur l’admirai ou a monseigneur de Saint Pierre, par escript ou autrement, qu’il n’avoit pas voulu dire ausdit commissaires tout ce qu’il savoit en ladite matière, les priant de le faire remettre en l’estât qu d estoit durant le feu Roy et qu’il diroit au Roy et a la Reyne de la matière ce que il n avoit pas voulu dire ausdits commissaires, mais le declaireroit et en dirait plus amplement au Roy et a la Rovne, si leur plaisir estoit de le mander.
Soit interrogué Loys Herpin , de deux voyages qu’ii feist en Flandres devers monseigneur l’archiduc et madame Marguerite , et quelle charge lui donna monseigneur de Gyé et autres, ses adherenz, et sa creance : et, si ledit Herpin nomme aucuns, qu’ilz soient aussi interrogez sur ce et sur les circunstances et deppendences de la matière desdits voyages. Fait a Paris le dix neufiesme jour de novembre, l’an mil cinq cens et quatre. Ainsi signé. — Loys. Robertet. — Donné, etc.
Amboise, 22 novembre i5o/t (I).
DEUXIÈME DÉPOSITION DE LA COMTÈSSE D’ANGOULEME.
Propos du maréchal sur le projet de mariage du comte d’Angoulême et de madame Claude . (Trésor des chartes de Bretagne, E 191, n° 2.)
Du xxne de novembre mil cinq cens et quatre, au chasteau d’Amboise.
Par devant nous, Christofle de Carmonne, haulte et puissant princesse , Loyse de Savoye , contesse d’Angoulesme , aagé de trente sept ans ou environ, apres le serment par elle fait sur les sainctz evangilles de Dieu, a esté interrogée sur le premier article des articles par le Roy a nous envoyez derrenierement, duquel article la teneur s’ensuit :
tr Soit interrogée la contesse d’Angoulesme si messire Pierre de Rohan, seigneur de Gyé, lui a point dit qu’il aymeroit mieulx que monseigneur d’Angoulesme eust espousé la moindre bergere de ce Royaume que madame n.
Dit ladite dame d’Angoulesme que, deux ans pourra avoir environ le caresme prenant prouchain venant, elle qui deppose, venant de Blois ou lors estoit le Roy, s’en retourna en ce lieu d’Amboise; et peu de jours apres, dont ne lui recorde, messire Pierre de Rohan, ma-
(1) Le manuscrit de la Bibliothèque nationale, fonds français, n“ 2717, fol. 219, porte, en tête des articles généraux sur lesquels roule l’instance et que nous avons
publiés (page 3), le texte suivant : e Articles et lettres missives aportées de Cour le jeudi 31' jour de novembre, en cette ville d’Amboise. v
1 ti .
reschal de France, venant de sa maison et alant devers le Roy, passa par ceste ville d’Amboise et, entre autres devises que ledit de Rohan eust avecques ladicte dame depposant, icelui de Rohan demanda, a elle qui parle , si elle avoit eu bonne chere du Roy et de la Reyne , a quoi elle qui deppose respondit que oy.
Et oultre lui demanda ledit de Rohan si, elle qui parle, avoit veu te la petite daine n, entendant ladicte depposant de madame Glaude. A quoy pareillement elle qui parle respondit que oy.
Et lors ledit de Rohan demanda a ladite dame depposant si madicte dame Glaude aloit bien. A quoy elle qui deppose respondit qu’elle lui sembloit bien amendée.
Et, ce dit, icelui de Rohan lui va dire par telles ou semblables parolles : et Si la fortune estoit tele que madame Glaude fust malaisé de sa personne et n’estoit pour porter enfans, il vauldroit mieulx que monseigneur vostre filz eust espousé la plus pouvre petite ou moindre bergiere de ce royaume.it Et dit qu’il lui semble mieulx que autrement que icelui de Rohan usoit en disant lesdites parolles de ces motz : «petite bergeren. Et dit ladite dame, sur ce interrogée, n’estre souvenante que ledit de Rohan lui ait tenu autre propos, ne porté autres parolles sur ladite matière, ne aussi a quelz autres fins ou intencion icelui de Rohan lui dit lesdites parolles W.
Dit aussi, sur ce interrogée, que, lorsque ledit de Rohan lui dit lesdites parolles , il n’y avoit aucuns autres presens en la chambre qui les eussent peu oyr.
Et plus n’en dit savoir sur ce enquise, et a signé sa depposicion, — Loyse.
m Ce qu'il y a de plus bizarre dans cette accusation, repoussée avec énergie par Pierre de Rohan, c’est que c’était précisément l’argument invoqué par Louis XII , peu d’années auparavant, pour faire casser son mariage avec Jeanne de France et épouser Anne de Bretagne. Plusieurs témoins étaient venus successivement déposer que, par suite
de l’impuissance présumée de Jeanne de France à avoir des enfants, Louis XII disait perpétuellement qu’il aurait préféré épouser une pauvre bergiére, qui fût belle. ( Procès de divorce j dépositions de Le Mercier, Rabaudanges, Cotereau, Doulcet, etc.) Or, Madame Claude était presque aussi disgraciée de la nature que Jeanne de France.
Même jour.
INTERROGATOIRE DU MARECHAL
sur les propos relevés à sa charge par la comtesse d’ Angoulême.
(Même cote que ci-dessus.)
Dudit xxiie de novembre, mil cinq cens et quatre, audit chasteau d’Amboyse.
Par devant nous, Christofle de Camionne, messire Pierre de Rohan, chevalier de l’ordre, seigneur de Gyé et mareschal de France, aagé de cinquante trois ans ou environ, apres le serment par lui fait sur les sainctz evangilles de Dieu, a esté interrogé.
Et premièrement, s’il a dit a madame d’Angoulesme qu’il vouldroit mieux que monseigneur son filz eust espousé la moindre plus pauvre ou plus petite bergiere de France que madame Glaude, puis quel temps, en quel lieu et qui y estoient presens : respond ledit de Rohan que jamais n’en parla et qu’il n’est pas vray, et que ce n’est que une mensonge controuvée.
Interrogé s’il est souvenant, deux ans aura a ce caresme prenant proucbainement venant ou environ, ledit de Rohan, venant de sa maison et passant par ceste ville d’Amboise pour s en aller a Rlois devers le Roy, il demanda a ladite dame d’Angoulesme qui , lors naguares avant aussi, estoit venue dudit Blois de veoir le Roy et la Reyne, si lesdits seigneur et dame lui avoient fait bonne cliere : dit, lui qui parle, qu’il peust avoir demandé a ladite dame d’Angoulesme, lors venant dudit Blois, si le Roy et la Reyne ne lui avoient pas fait bonne chere, comme ne faisant nul doubte qu’ilz ne la lui eussent faicte tele.
Interrogué s’il demanda a ladite dame d’Angoulesme si madite dame Glaude aloit bien, et a quelz fins, et des presens .
Respond qu’il ne s’en enquist jamais a ladicte [dame] d Angoulesme,
ne autre.
Interrogé s’il dit lors , devant ou apres, a ladicte dame d’Angoulesme
HO
que, si la fortune estoit telle que madicte dame Glaude fust malaisée de sa personne et n’estoit pour porter enfans, il vouldroit mieulx que monseigneur son fdz eust espousé la plus pouvre petite ou moindre bergiere de ce royaume, ou autres parolles semblables :
Respond qu’il n’en parla jamais et qu’il n’est vraysemblable que ledit de Rohan eust dit lesdites parolles, parceque, avant le pourparlé de mariage de madite dame Glaude avecques le filz de monseigneur l’archiduc , lui qui parle porta parolles entre le Roy et ladite dame d’Angoulesme, touchant le mariage de madite dame Glaude et monseigneur d’Angoulesme, teles que le Roy scet bien; et aussi lui qui parle a tousjours [tenu] pour ledit mariage de madite dame Glaude et de monseigneur d’Angoulesme avant le pourparlé dudit mariage de Flandres. — Ainsi signé. Pierre de Rohan.
Même jour.