DÉCLARATION
Châtilloa-sur-Seine , iG mars i8i4*
Lm puiéàances alliées se doivent à eUes-mômes, à leurs peuples et à la France , d^annoncer publiquement^ dans le moioent de la rupture des couféijences de Ghâtillon, les motifs qui les ont portées à entamer une négociation avec le gouvernement français» et les causes de la rupture de cette négociation.
Des événemens militaires 9 tels que l'histoire aura peine à en recueillir dans d'autres temps ^ renversèrent 9 au mois d'octobre dernier , l'édifice monstrueux conipris sous la dénomination d'empire français >. édifice politique fondé sur les ruines d'états jadis indépendans et heureux » agrandi par des provinces arrachées à d'antiques monarchies , soutenu au prix du sang, de la fortune et du bienêtre d'une génération entière. Conduits^sur le Rhin par la victoire, les souverains alliés crurent devoir exposer de nouveau à l'Europe les principes qui forment la base de leur alliance» leurs vœux et leur
( te )
déterminalion. Éloigaés de toute vue d^ambition ^ de conquête» animés du'seul désîr de voir TEurope reconâtruite bwç une juste écheUe de proportion entre les puissances, décidés à ne pas poser les armes avant d*avoir atteint le noble but de leurs efforts, ils manifestèrent la constance de leurs intentions par un acte public, et ils n'hésitèrent pas à s'expliquer visà-vis du gouvernement ennemi j^ danJs un sens con** forme à leur immi>aUe résotulion. Le gouvernement
français se prévalut des explications franches des eonii alKées pour témoigner dès dispositions paoifique»» Il avait^ besoin , sans doute, d'en emprunter les apparences pour justifier aux yeux.de ses peuples les nouveaux eSbrts qu'il ne Cessait de leur dem^m-* der. Tout, cependant, prouvait aux cabinets alliés quHÏ ne voulait que tirer parti d'une négodatioB apparente, daûs Tintention de disposer r^plnion pu* blSquè en «a faveur , et que la paix de TEurepe était loin ehcore de sa pensée. Lespuissattces, pénétrant setf vues secrètes, se déeidèrentàallereonquiëiâr ett Firanee même cette paix tant désirée. Deê armées ttombieuses passèrent le Rhin ; à peine euvent-^es fnuiefa| les premières barrières, que le ministre 4es relations extérieures delà France se pfésenlaauKa?asi*po8tcs;» Toutes les démarches' du gouvernement- français n'eurent dès^lors plus d'a«itro but que de 4onner le change à l'opinion ^ de fasciner les yeux du peuple
français, el; de chercher à rejeter sur les alliés To* dieux des malheurs de cette guerre d'invasion.
La marche des événemens avait donné à cette époque aux cours alliées le sentiment de toute la force de la ligue européenne. Les principes qui présidaient aux conseils des souverains, dès leur première réunion pour le salut commun , avs^iept reçu tout leur développement ; rien n'empêchait plus qu'ils n'exprimassent les conditions nécessaires à la reconstruction de l'édifice social : ces conditions ne devaient plus, à la suite de tant de victoires, former un obstacle à la paix. La seule puissance appelée à placer dans la balance des compensations pour la France, l'Angleterre, pouvait énoncer avec' détaU les sacrifices qu'elle était prête à porter à la pacification générale. Les souverains alliés pouvaient espérer enfin que l'expérience des derniers temps aurait inÛué sur un conquérant en butte aux reproches d'une grande nation , et témoin pour la première .fois, dana sa capitale naême, des maux qu'il a , attirés sur. la. France. Cette expérience pouvait l'avoir conduit au sentiment que la conservatipnij des trônes .:se lie essentiellement à la modération et à la justice. Toutefois, les souverains alliés^ convaincus que l'essai qu'ils feraient ne devait pas compromeltre la marche d^s opérations militaires, conviorent que CCS opérationscontinuiTaient pendant lË^uégociation:
i*hbMre do pnsé et de funeste» soutenift leur mtéÊmi^ démoQiré ki néce^ilé de cette démarche. Leurs plé* ttipotentiaires se réunireat atec celui du gouTcme* meot français.
Bientôt les années victorieuses s^arancèrent jusqu'aux portes de la capitale. Le gouTernemeut ne songea, dans ce moment, qu*à la sauter d^one occupation ennemie. Le plénipotentiaire de France reçut Tordre de proposer un armistice fondé sur des bases conformes à celles que les cours alliées fugeaient elles-mêmes nécessaires au rétablissement de la paix générale. Il offrit la remise immédiate des places fortes dans les pays que la France céderait 5 le tout à la condition d'une suspension militaire. Les cours alliées, convaincues par vingt années d'expérience que , dans les négociations avec te cabinet français, les apparences doivent être soigneusement distinguées des intentions, substituèrent à cette proposition celle de signer snr-le-cbamp les préliminaires de la paix. Cette signature avait pour la France tous les avantages d'un armistice , sans entraîner pour les alliés les dangers d'uoe suspen-^ ^ion d'armes. Quelques succès partiels venaient cependant de marquer les premiers pas d'une armée formée sous les murs de Paris ^ de Télite de la gé«^ nératioD actuel le > dernière espérance de la nation ^ et des débri» d*un million de braves qui avaient péri
iur les champs de bataille, ou qt|i avaient été àbàû* donnés sur les grandes routes, depuis Lisbonne [usqu'à Moskow, sacrifiés à des intérêts étrangers à la France. Aussitôt les conférences de Châtillod cKaa-* gèrent de caractère : le plénipotentiaire français demeura 8an$ instructions, et fut hors d*état de répondre aux propositions des cours alliées. Elles chargèrent leurs plénipotentiaires de remcittre un projet de traité prélijninaire, renferiilant toutes les bases qu'elles jugeaient nécessaires pour le rétablissement de récjuilibre politic[ue, et qui, peu de jours avant $ avaient été offertes par le gouvernement français luî-m^me , dans un moment où il croyait sans doute son existence cpmprpm^se. Les principes de la reconstruction de r£i;rûpe se trouvaient établis dans ce projet.
La France, rendue aux dimensions que des siècles de gjoire et de prospérité, sous la doibiqation dei se$ rois, lui ayaiçnt assqrées, devait partager avec r£urope les bienfaits de sa liberté, de Tindépendadce nationale et de la paijt. Il ne dépen4ait que de son gouvef nen^ent de mettre , par un seul mot ^ tin terme aux souffratices de la nation . de lui ren^ drè, avec la paix, ses colonies, son commerce et le libre exercice de son industrie. Voulait-il plus? Le* puissances s'étaieni offertes à discuter , dans un es-
prit de coactUation , açt vœux sut dey objets de pos-
session d'une mutuelle convenance^ qui dépasseraient les limites de la France avant les guerres de la révolution. Quinze jours se passèrent sans réponse de la part du gouvernement français. Les plénipotenliaires alliés insistèrent sur un terme péremptoire pour Tacceptation ou le refus des conditions de la paix. On laissa au plénipotentiaire français la latitude de présenter un contre-projet, pourvu que ce contre-projet répondît à Tesprit et à la substance des conditions «proposées par les cours alliées. Le terme du lo mars fut fixé d'un commun accord. Le plénipotentiaire français ne produisit , à l'échéance du terme, que des pièces dont la discussion , loin de rapprocher du but, n'ont fait que prolonger de stériles négociations. Un nouveau terme de peu de jours fut accordé à' la demande du plénipotentiaire de France. Le i5 mars, enfm, ce plénipotentiaire remit un contre-projet qui ne laissa plus de doute que les malheurs de la France n'a« vaient pas encore changé les vues de son gouvernement. Revenant sur ce qu'il avait proposé lui-même, le gouvernement français demanda , dans un nouveau projet, que des peuples étrangers à l'esprit français, des peuples que des siècles à6 dominaition ne fondraient pas dans la nation française, devaient continuer à en faire partie. La France devait conserver des dimensions incompatibles avec l'établis^
sèment d'ua système d^équilîbre, et hors de pro* portion avec les autres grands corps politiques en Europe; elle devait garder les positions et les points offensifs au moyen desquels son gouvernement avait, pour le malheur de TElurope et de la France, amené la chute de tant de trônes, et opéré tant de bouleversemens; des membres de la famille régnante en France devaient être replacés sur des trônes étrimgers; le. gouvernement français, enfin, ce gouvernement qui depuis tant d'années n'a pas moins cherché à régner sur TEurope par la discorde que par la force des armes, devait rester l'arbitre des rapports intérieurs et du sort des puissances de l'Europe.
Les cours alliées, en continuant la négociation sous de tels auspices , eussent manqué à tout ce qu'elles se doivent à elles-mêmes j elles eussent dès
ce moment renoncé au but glorieux qu'elles se proposent; leurs efforts n'eussent plus tourné que contre
leurs peuples. En signant un traité sur les bases du
contre-projet français, les puissances eussent déposé les armes entre les mains de l'ennemi commun :
elles eussent trompé l'attente des nations et la confiance de Jeurs alliés.
G^est dans un moment aussi décisif pour le salu.t du monde , que les souverains alliés renouvellent l'engagement solennel qu'ils ne poseront pas les
urines avant d^avoir atteint le grand objet de leu?
alliance. La France ne peut 8*en prendre qu*à son
gouvernement ^es maux qu'elle souffre. L^a paix
seule pourra fermer le» plaies qu'un esprit de domi-
pation universelle àt sans exemple dans les annales du monde, lui a portées. Cette paix sera celle de
l'Europe ; toute autre est inadmissible. Il est tems enfin que les princes puissent , sans influence étrangère , veiller au bien-être de leurs peuples ; qiie les nations respectent leur indé^ifendance réciproque; que les institutions sociales soient à Fabri de boule* Vcrsemens jounia]fer« , le^ propriétés assurée» et le commerce libre. L'Europe entière ne forme qu'un VŒU y celui 'de faire participer à ces bienfaits de la paix, la France, dont les puissances alliées ellesmémes ne déskent, ne véulefit et^nb souffriront pas le démembrement. Là foi de leurs promesses est dans les pridcipes pôUr lesquels elles combattent. Mais par où lés souverains pourront-ils juger que la France veut lés partager, ces principes qui doivent fonder le bonheur du monde , aussi long-temps qu'ils verraient que la même ambition qv)i a répandu tant de maux sur l'Europe, est e^cpre le seul mobile du gouvernement; que, prodigue du sang français et le versant à Oots , l'intérêt public est toujours immolé ik l'intérêt personnel ? sous de te{^ rapports, oh seffiit la |;arantîe d» Vayenir^ si un sj^stëmi aiisM
desIrttttMiar ne trouvait pas un terme 4aiif la Totonté géoérale de la nation ? Dès-lors la paix de T&irope est assurée» et rien ne saurait la troubler k l'avenir.
(Journal des Débats, samedi a ayril iSiiJ.)
PROCLAMATIOIf.
••«h«i«*aataaaa«iMMiiMw*a«Hi
fllSlTÀHS DE Plus 9
Les années alliées se trouvent devant Paris. h%but de leur marche vers la capitale est fondé sur reapoir d*une réconcilia tion sincère et durable aveo elle. Depuis vingt ans , TKurope est inondée de san^ et de larmes. Les tentatives pour mettre un terme ^à tant de malheurs ont été inutiles » parce qu'il existe^ dans le pouvoir même du gouvernement qui vous opprime , un obstacle insurmontable à la paix* Quel Français qui ne soit pas convaincu de cette vérité ?
c Les souverains alliés cherchent de bonne foi une autorité salutaire en France y qui puisse cimenter ^ l'union de toutes les nations et de tous les gouverne^ mens* C'est à la ville de Paris qu'il appartient^ davâ
( 88 ) les circonstances actuelles, d'accélérer la paix. Son vœu est attendu avec l'intérêt que doit inspirer un si Immense résultat; qu'elle se prononce 9 et dès ce moment , l'armée qui est devant ses^murs devient le soutien de ses décisions.
« Parisiens 9 vous connaissez la situation de votre patrie, la conduite de Bordeaux, Toccupation amicale de Lyon , les maux attirés sur la France , et les dispositions véritables de vos concitoyens :^ vous trouvez dans ces exemples le terme de la guerre étrangère et de la discorde civile ; vous ne sauriez plus le chercher ailleurs.
« La conservation et la tranquillité de votre ville seront l'objet des soins et des mesures que les alliés s^offrent de prendre avec les autorités et les notables (|ui jouissent le plus de Testime publique : aucun logement militaire ne pèsera sur la capitale.
c C'est dans ces senlimens que TEurope en armes devant vos murs s'adresse à vous. Hàtez-vous de ré* pondre à la confiance qu'elle met dans votre amour pour la patrie et dans votre sagesse. »
Signé, Le commandant en chef
des arpiées alliées, Maréchal priuce de Scav^AATZcifBBftG.
(Moniteur du 1 avril 181 4)
WVVM<^«VVWWVW««V
L'armée alliée s^esi" approchée de Paris par la route de Meaux dans la soirée du 29 mars. Les hauteurs de Belleville^ Saidt-Chaumont et Montmartre» avaient été garnies d'artillerie; ces hauteurs ont été attaquées mercredi 5o, à six heures et demie du matin : le feu a continué avec vivacité jusqu'à trois et demie ; les positions ayant alors été tournées et enlevées, le corps d'armée qui avait été engagé a effectué sa retraite , et les barrières ont été exclusivement occupées par la garde pationale; une suspension d'armes fut conclue à cinq heures et demie; les alliés gardèrent leurs positions, et aucun militaire étranger ne pénétra dans la ville. Dans la matinée du 5i. les armées alliées ont fait leur entrée dans la capitale par la rue du faubourg St.-Martinj elles ont suivi les boulevards intérieurs du nord, la rue Royale, la place de Louis XV et Tavenue des Champs --Elysées. Ces troupes, composées d'infanterie, d'une nombreuse cavalerie et de trains d'artillerie, étaient d'une très belle tenue. L'infanterie marchait sur trente hommes de front et la cavalerie sur quinze.
S. M. l'empereur de Russie^ S. M. le roi de Prusse, S. A.' I. le grand-duc Constantin et S. A. le prince de Schwarlzenberg, étaient en tète de la coloune, pré^
cédés Molement de quelques escadrons de IX. MM. étaient suivies d'un, nombreux état-maîor« S. M. Tempereur Alexandre , S. M. le roi de Prusse et S. A. I. le grand duc Constantiii, s^étant placés sur le côté droit et vers le milieu de Tavenue des Champs* Elysées, les troupes ont défilé sans interruption pen^ dant quatre heures devant LL. MM. Une autre colonne considérable de troupes défilait en même tem4 par les boulevards extérieurs le long des murs de la capitale , pour aller prendre des cantonnemens dan& les environs de Paris.
Pendant ce mouvement, et sur toute la distani^e que ces armées ont franchie, les acclamations se sont fait entendre de foute part ; mais renthousiasme était porté au comble , aussitôt que les regards pou-* Valent se fixer sur LL. MM. TempelreuiP Alexandre et le roi de Prusse. Des cris d^allégtessie s'élevaient dans les airs ; on se précipitait aux pieds âe la personne auguste de S. M. l'empereur de Kussie; on pressait ses mains, ses genoux, ses habits; on arrétait'soa cheval, et la bonté toute particulière avec laquelle ce monarque accueillait ces témoignages de reconnaissance et de respect, a laissé dans'tous les cœurs une impression que rien ne pourra effacer. On peut le 4ire, les fastes de lliisloire ne présentent pas. l'exemple d'un edthousiasme ausi éclatant et aussi sincère, et le^ fastes de rbistoirç ea conserveront Vk
mniTenir.En on mot, dan^^ette journée mémorablef
ta tranquillité publique n*a pas été troublée un seul instant; aucun excès n^a été eommîs, et les habitans de Paris ont déployé un caractère et une confiance qui 1^9 l^onorent >à jjiaïaîs aux yeu^ de VEvl^ tope.
( Ipu^al des Débats, i avril. }
LS'm"T
.•^««BakMM
i%/^^/%/m/%%/^mf^*t*^%/^%>^^%/*^^^^'%^^^^^*^'^^^^^^^^*^'*^^^^^^^^'