INTRODUCTION XXIII
conseils du gouvernement anglais, naquit donc spontanément l'idée de perdre Jeanne devant un tribunal d'Église, Jeanne, ce monstre d'orgueil. C'était là une merveilleuse idée, l'opinion de l'Université, défavorable à la Pucelle, devant avoir un immense retentissement sur le clergé, même sur celui-là qui demeurait favorable à Charles VII. Les Anglais, d'autre part, avec le procès d'Église, pouvaient prendre des airs désintéressés'.
Les maîtres, qui ont déjà réclamé la Pucelle au duc de Bourgogne, la réclameront encore pour l'inquisiteur de la foi à Paris, ou pour leur suppôt, Pierre Cauchon '. Car, au sujet de Jeanne, l'opinion des Universitaires demeurait depuis longtemps unanime. Elle était en partie déterminée parles fabuleuses anecdotes qui circulèrent dès l'apparition de la Pucelle. D'autre part, l'esprit de corps voulait que les maîtres parisiens tinssent pour fort suspecte toute personne du parti armagnac, surtout accréditée par les docteurs de Chinon, ceux-là qu'ils avaient englobés dans la réprobation des Armagnacs, ceux-là qui avaient fait condamner les propositions bourguignonnes de Jean Petite
D'innocentes historiettes, débitées dans le pays lorrain sur r « arbre des fées », furent admises sans contrôle et dénaturées. Une femme conduisant des gens d'armes, habillée complètement en homme, ne pouvait être qu'une dépravée, une cruelle, une paillarde, comme les autres ribaudes d'alors qui suivaient les armées.
Frère Richard avait prêché à Troyes que Jeanne connaissait les secrets de Dieu et qu'elle pouvait faire entrer une armée dans quelque ville que ce soit, et n'importe par quel moyen. C'était un personnage suspect, déjà inquiété par l'Université de Paris comme fauteur d'erreurs et de mensongères prophéties. Il avait dû prendre la fuite de Paris,