‹ Procès de condamnation de Jeanne d'ArcChapitre 124 sur 182 · Jacques Guesdon, frère Mineur · texte numérisé non relu

Jacques Guesdon, frère Mineur

Frère gardien du couvent de Rouen en 1427, il exposait au pape qu'après avoir été excommunié par Jean Guesdon, provincial de la province de France, il avait étudié la théologie à Paris pendant huit ans et que le chapitre provincial l'avait désigné pour « lire la Bible ». 11 est donc peu vraisemblable qu'il ait été maître en théologie dès 1451, du moins à Paris (Denifle ec Châtelain, Le Procès de Jeanne d'Arc, p. 19).

Ce Cordelier assista assidûment au procès de condamnation. Je ne sais quel lien il avait avec Laurent Guesdon, lieutenant général de Raoul Bouteiller, le baillj de Rouen en ce temps-là (Bibl. nat., fr. 26046, p. 165; fr. 26053, no 1422), puis lieutenant général du bailli de Gisors (Bibl. nat., fr. 26054, n° 1512).

75. Jean Le Fèvre, Fahri, Ermite de Saint- Augustin. Le 23 janvier 14 14, il est commis par le chapitre de Beauvais, avec Jean Fouquerel, pour corriger les Psautiers (Reg. des délibérations du chapitre). Il assiste à la réception de Pierre Cauchon, nommé évêque de Beauvais (ihid.). Licencié en théologie le 13 mars 1426, maître le 15 octobre, il enseigna à Paris en même temps qu'Erard Emengart, Jean Beaupère, Nicolas Midi, Jacques de Touraine; il fut pénitencier de l'église de Rouen sous Monseigneur de Luxembourg et il était autorisé, comme personne notable, à avoir une clef de la librairie du chapitre et à y travailler (Arch. de la Seine-Inférieure, G. 2129). Nommé évêque de Démétriade, le 13 janvier 145 1, Jean Le Fèvre mourut à Rouen, en 1463 (Denifle et Châtelain, Le Procès de Jeanne d'Arc, p. IQ ; Ch. de Beaurepaire, Notes, p. 109-110; Inventaire des archives départementales delà Seine-Inférieure, série G, t. I, p. 38).

Il paraît avoir joui d'une assez grande réputation comme prédicateur, et il prêcha notamment contre les Français à l'occasion des sièges de Meaux et de Pontoise. C'est lui qui dira la messe au chœur de Notre-Dame lors du décès du cardinal de Luxembourg (Arch. de la Seine-Inférieure, G.. 2130).

Le Fèvre fut un des juges les plus assidus au procès de condamnation ; il déposa d'abord de façon un peu embarrassée lors de l'enquête faite à Rouen en vue de la réhabilitation ; mais dans la suite on peut constater que Le Fèvre montra du zèle en faveur de Jeanne et qu'il siégea très régulièrement comme juge subdélégué au procès de réhabilitation.

On trouve un Guillaume Le Fèvre, procureur du receveur de la terre d'Asnière au bailliage de Cotentin en 1429 (Bibl. nat., fr. 26049, P- 7^6); un Robert Le Fèvre, en 1433, curé de Saint-Marc, paroisse Saint-Ouen (Bibl. nat., fr. 26057, no 2221). Un Guillaume Le Fèvre, chanoine de Rouen, fut inhumé dans la cathédrale en 1446 (A. Deville, Tombeaux de Rouen, p. 221).

76. DuQuESNAY, deOuesneio, nommé Maurice Duchesne, de Ouercu, dans la minute française.

On trouve un Jean de Quesiieio, cursor en théologie en 1426, en même temps que Guillaume Evrard, licencié en théologie en 1429. Il est dit maître en théologie, le 30 mars 1430, et suivit le procès fait à Paris au frère Mineur Jean Sarrasin

auK côtés de Jean Beaupère, Martin Billorin, Guillaume Evrard, tous juges de la Pucelle, et il est souvent cité dans les suppliques du Vatican. Au mois de septembre 1430,11 figure parmi les maîtres régents de 'la Faculté à Paris. On le retrouvera abbé du Bec-Hellouin, chanoine de La Saussaye au diocèse d'Évreux, puis en 1434, parmi les membres du concile de Bâle (Denifle et Châtelain, Cbariularium Univ. Paris., IV, p. 522; Le Procès de Jeanne iVArc, p. 19). En 1437, Jean du Quesnay est dit bailli du doven et du chapitre de Rouen (.A.rch. de la Seine-Inférieure, G. 6857).

Mais alors on ne s'explique pas le prénom de Maurice que lui donne la minute française, ainsi que la forme de son nom de Oitercu.

77. Guillaume Le Boucher, Boucherii, Carme, licencié en théologie à la Faculté de Paris, en décembre 141 3; il est dit docteur au temps du procès (De nifle et Châtelain, Le Procès de Jeanne d' Arc, p. 19). Il résidait déjà dans sa maison de Rouen en 1422 (Ch. de Beaurepaire, Notes, p. 112).

Guillaume Le Boucher fut très assidu au procès de condamnation et il estima sèchement Jeanne relapse et condamnable comme hérétique. Il allégua l'autorité de Gilles de Duremort, l'abbé de Fécamp.

78. Pierre Houdenc, et mieux de Houdenc, Carme, licencié en théologie de l'Université de Paris en mars 1424, maître le 21 novembre. Il fut donc le camarade de Jean de Nibat et de Nicolas Midi, qui obtinrent la licence en même temps que lui (Denifle et Châtelain, Le Procésde Jeanne d'Arc, p. 19 ; Chart. Univ. Paris., t. IV, p. 428). En 1431, il était prieur de l'ordre des Carmes de Rouen et très lié avec le régent Bedford qui passait pour le fondateur de la maison, son bienfaiteur, certes. Pierre de Houdenc n'avait rien à refuser à celui dont il accepta la donation, le 14 août 1431 (Arch. delà Seine-Inférieure, G. 5573).

Ce personnage semble avoir été un orateur apprégé à Rouen car on le voit plusieursfois, entre 1430 et 1439, pi'écher à la cathédrale pour le compte de l'archevêque (Ch. de Beaurepaire, Notes, p. 111-112).

Ce qui est certain, c'est que Pierre de Houdenc fut un des juges les plus assidus au procès de condamnation, et que ce théologien se montra fort zélé à poursuivre la Pucelle.

79. Richard Praty, Anglais, mentionné parmi les religieux qui instruisirent à Rouen, entre le mois de juillet et celui de novembre 1430, le procès de Jean Seguent en matière de foi (Chart. Univ. Paris., t. IV, p. 504). Doyen de la chapelle royale et chancelier de l'église de Salisbury, il fut nommé par Eugène IV, le 21 avril 1438, évêque de Chichester en Sussex (Denifle et Châtelain, Le Procès de Jeanne d'Arc, p. 19). Il mourut avant le 12 septembre 1445 (Calendar of patent rails. . . Henry VI, IW, p. 374).

80. Guillaume de Conti, Bénédictin, prévôt de Cérisy, abbé de Saint-Pierre de Lagny en 1423, abbé de Sainte-Catherine-du-Mont de Rouen en 1429. Licencié en décret en 1422, délégué universitaire pour se rendre au Concile en 1423, maître en 1424,11 enseigna à Paris depuis lors. Il fut doyen de la Faculté de Décret depuis novembre 1431 jusqu'en mai 1432, date de son départ pour leconcile de Bâle (Denifle et Châtelain, Le Procès de Jeanne d'Arc, p. 20 ; Chartularium Univ. Paris., IV, p. 423, 435, 581 ; Fournier et Dorez, La Faculté de Décret, I, p. 377). En 1434,

l'Université de Paris le délégua avec Thomas de Courcellcs, à Arras, pour traiter de la paix. Eu 1436, au mois d'avril, il est désigné comme ambassadeur de l'Université pour féliciter Charles VII à l'occasion de la prise de Paris. Guillaume de Conti mourut en 1452 et prêta serment à Charles VII (Gallia Christiana, t. XI, col. 128-129; Ch. de Beaurepaire, Notes, p. 114).

L'abbaye de Sainte-Catherine de Rouen était tenue par Jean Clay, capitaine de l'abbaye, à charge du duc de Bedford, le 5 novembre 1429 (Bibl. nat., fr. 26052, no 1168, 1171).

81. Guillaume BoKNEL, du diocésede Lisieux, Bénédictin, abbé de Cormeilles depuis 1408. Il étudia le décret à Paris sous Jean, abbé de Saint-Taurin,, de 1426 à 1428, date où il fut reçu docteur. A partir du 6 novembre 1452, il fut doyen de la Faculté de Décret. Il avait prêté serment à Henri V en 1418 et mourut en 1437 (Gallia Christiaua, t. XI, col. 848; Denifle et Châtelain, Le Procès de Jeanne tV Arc, p. 20 ; Chartularium Univ. Paris., IV, p. 128,476; Ch. de Beaurepaire, Xotes, p. 106 ; Fournier et Dorez, La Faculté de Décret, 1, p. 395).

82. Jean Garin, Guarin, alias Guérin, en latin Garini, Guerini, né à Rouen, descendait d'une ancienne famille du barreau. Docteur en décret en 141 5, doyen de la Faculté de Décret de janvier 1419a novembre 1422, nommé en 1422 par Henri V àuneprébende canoniale en l'églisede Rouen, il fut, en 1423 et en 1430, député aux Etats de Normandie, s'occupa de l'installation de la librairie du chapitre. Jean Garin exerça les fonctions de trésorier de l'archevêché, depuis 1429, et il est dit également archidiacre de Veulguessin-le-François (Arch. dép. de la Seine-Inférieure, G. 31). Il mourut à Bâle en 1433, après avoir légué par testament au chapitre de Rouen son livre du Décret (Ch. de Beaurepaire, Notes, p. 71-73 ; Denifle et Châtelain, Le Procès de Jeanne d'Arc, p. 20 ; Fournier et Dorez, La Faculté de Décret, I, p. 209, 225.)

La détermination de ce décrétiste fut naturellement conforme aux avis de la Faculté de Décret. Dans la sentence définitive, Jean Garin opina suivant l'opinion de l'abbé de Fécamp, Gilles de Duremort.

83. Richard de Grouchet, maître es arts, cité dans un rôle de l'Université de 1403 (Denifle et Châtelain, Le Procès de Jeanne d'Arc, p. 20) : il enseigna la grammaire h Rouen. Bachelier en théologie, il prêchait dans la cathédrale en 1439 et obtenait par faveur du chapitre une des clés de la librairie. En 144 1, il donna sa démission comme maître de grammaire. Il fut l'un de ceux que le chapitre désigna pour s'occuper de l'ambassade au concile de Bâle (Ch. de Beaurepaire, Notes, p. 118).

Très assidu au procès de condamnation, Richard de Grouchet fut cité comme témoin lors de la réhabilitation. Il rétracta sa détermination, insista beaucoup sur la contrainte que fit peser Pierre Cauchon sur les juges. Il pouvait avoir alors 70 ans.

84. Pierre Minier, ou Le Minier, Minerii, maître es arts, dans sa cinquième année d'études théologiques en 1403 (Denifle et Châtelain, Le Procès de Jeanne d'Arc, p. 20-21), qui ne doit pas être confondu avec le Carme, Pierre Meinier, bachelier en théologie à Paris en 1432. Il dut mourir entre 14320U 1433 (Ch. de Beaurepaire, Notes, p. 120). En 1432, on rencontre une approbation du testament de Pierre Minier, curé de Boos (Arch. de la Seine-Inférieure, G. 280).

Témoin assez assidu au procès de condamnation, au dire de Houppeville,

sa détermination sur Jeanne n'aurait pas plu à Pierre Cauchon qui ne l'aurait pas admise dans la rédaction du procès. Son opinion y est cependant insérée.

86. Raoul Le Sauv âge, Silvestris, Dominicain, licencié en théologie en 1429, maître en novembre 14^1 (Denifle et Châtelain, Le Procès de Jeanne d'Arc, p. 21).

11 paraît avoir joui d'une grande réputation comme prédicateur à Rouen où il fit de nombreux sermons, entre 1427 et 1447 (Ch. de Beaurepaire, Notes, p. II 3-1 14). En 1440, notamment, avec Jean Le Fèvre, il prononça des sermons « pour la seconde allée à Pontoise pour Mgr d'York ; — pour ce que les ennemis s'en estoient fuis devant Pontoise ; — pour une autre alée à Pontoise par Mgr de Talbot » (Arch. de la Seine-Inférieure, G. 45).

Jean Marcel, au procès de réhabilitation, le cite sous le nom de Jean ; dans le procès de condamnation, il est nommé partout Raoul (sauf dans la délibération du

12 avril) avec le titre de bachelier en théologie, une fois celui de maître. Un « Radulphiis Silvestris », prêtre du diocèse de Rouen, est dit en 1403 maître es arts depi'is quinze ans, bachelier en décret, étudiant en théologie, suivant les cours en même temps qu'Erard Emengart, Guillaume de Baudribosc, André Marguerie, Jean Garin, Guillaume Desjardins (Denifle et Châtelain, Chart. Univ. Taris., IV, p. 98).

87. Denis Gastinel, licencié en droit canon à Paris en 1418, avait étudié à Paris sous un autre des juges de Jeanne, Nicolas Le Roux, abbé de La Croix-Saint- Leufroy (Chart. Univ. Paris., t. IV, p. 334; Denifle et Châtelain, Le Procès de Jeanne d'Arc, p. 21). Il assistait, en 1419, au serment de fidélité prêté par l'abbé de Jumièges au roi Henri V. Il fut pourvu, par le conquérant, de nombreux bénéfices, obtint la cure de Troismonts en 1420, un canonicat à Notre-Dame-de-la- Ronde en i42i,un canonicat en la cathédrale de Rouen en I422. Doyen d'Andely en 1423, curé de Néville par la faveur d'un chevalier anglais, Walter Hungerford, en 1427, il était vicaire général pendant la vacance du siège archiépiscopal. Il prit part aux états convoqués par Bedford à Lisieux, en 1436. Il mourut le 13 décembre 1440, laissant entre autres exécuteurs testamentaires son ami Jean Caval (Ch. de Beaurepaire, Notes, p. 73-75). — La pierre tombale de Denis Gastinel, à la cathédrale de Rouen (A. Deville, Tombeaux, p. 180), a été reproduite par A. Sarrazin, P. Cauchon juge de Jeanne d'Arc, p. 138 et H. Wallon, Jeanne d'Arc, 1876, p. 303.

C'était un homme absolument dévoué aux Anglais dans le chapitre de Rouen qu'il dotera par son testament (Arch. de la Seine-Inférieure, G. 2090); et Bedford l'avait récompensé de son zèle en le nommant, en 1424, membre du conseil royal aux appointements de 100 1. par an.(Bibl. nat., P. Orig. 1291, ad. a. 1430, 1432, 1438, 1440.)

Sa détermination au sujet de la Pucelle est fort rigoureuse ; lors de la sentence définitive, il en reproduisit l'esprit et s'abrita derrière l'opinion de l'abbé de Fécamp Gilles de Duremort.

88. Jean Le DoxjLX, Dulcis, cité comme maître es arts à Paris en 1412, chanoine de Rouen. Dans une supplique de 1427, il est qualifié de licencié en l'un et l'autre droit, recteur de l'église paroissiale de Saint-Martin-du-Pont de Rouen et familier du cardinal Jean de la Rochetaillée (Denifle et Châtelain, Le Procès de Jeanne d'Arc, pi 21). Promoteur depuis 1422. officiai de Saint-Cande-le-Vieux en

1425, il tut nommé, en 1452, avocat pensionné du cliapitrc (Ch. de Beaurepairc, Notes, p. 99 ; Inventaire des archives dcpartemcnlales de la Seine-Inférieure, série G, t. II, p. vin).

89. Jean Basset, Basseti, né en 1 381 au diocèse de Coutances, maître es arts en 1403, licencié en décret à Paris en 1418 (Denifle et Châtelain, Le Procès de Jeanne ^ d'Arc, p. 21; Chartularium Univ. Paris., p. 102, 108, 304, 373, 380, 385), rallié de bonne heure au gouvernement anglais. Présenté par Henri V à la cure de Tircpié au diocèse d'Avranches en 1420, chanoine de l'église de Mantes en 1421, il obtint cette année-là, après serment de fidélité, la restitution des revenus de son bénéfice de Cambernon. C'était un homme déjà considérable puisqu'il était cà cette époque conservateur des privilèges de l'Université de Paris (il porta le rôle des examens en cour de Rome en 1419) et qu'il obtint, en 1423, du régent, la confirmation des privilèges de cet illustre corps (en 1420, il avait été envoyé à ce sujet vers le roi d'Angleterre et le duc de Bourgogne). Le 8 mars 1420, Jean Basset avait obtenu une prébende canoniale dans l'église de Rouen ; il fut officiai à la vacance du siège archiépiscopal, puis trésorier de l'archevêché (1436), chantre de la cathédrale en 1445 (Arch. de la Seine-Inférieure, G. 1910), vicaire général en 145 1, pourvu de très nombreux bénéfices, entre autres d'un canonicat à Avranches en 1429. Jean Basset mourut à Rouen le 3 mars 1454 (Ch. de Beaurepaire, Noto, p. 52-55) ; il avait demandé à être enterré à l'entrée du chœur de Notre-Dame (Arch. de la Seine- Inférieure, G. 3124).

On voit que, par testament, il donnait à chacun des paroissiens de Saint-Martin de Lorey 2 s. à titre de souvenir; une rente de 60 s. à l'église et 60 1. qui devaient être employées à faire une verrière au pignon de la nef; une image de saint Martin où était une relique des vêtements du saint ; 100 fr. aux frères Prêcheurs de Coutances pour fondation d'un obit à l'intention de Guillaume Basset, son frère. Au cours d'une maladie qu'il eut, en 1449, il fit don au chapitre de Rouen d'un <( notable bâton », d'une chape de velours noir, très belle et orfévrée, où l'on voyait Dieu le Père, la Vierge et la figure d'un chanoine tenant un rôle avec l'inscription : Hosanna in excelsis ! Le 26 juin, les chanoines lui délivraient une pierre tombale.

Délégué par ses confrères pour représenter le chapitre de Rouen au concile de Bâle, Jean Basset ne s'y rendit pas (Arch. de la Seine-Inférieure, G. 2126).

La détermination de Jean Basset au sujet de Jeanne est à la fois prudente et soumise. Mais il ne fut pas, comme l'a dit Quicherat, emprisonné à cause d'elle. C'est beau à lui, cependant, d'avoir tiré des prisons de Rouen, comme officiai, des clercs prisonniers que le gouvernement anglais faisait poursuivre pour crime do haute trahison.

Un Nicolas Basset est dit connétable du château de Rouen en 1^31 (Bibl. nat., fr. 26055, n° 1683). Je ne sais quel rapport il peut avoir avec notre Jean.

90. Jean Brouillot, Bruillot, Brulloli, prêtre du diocèse de Bayeux, maître es arts et licencié en décret en 1403, est dit, en 1408, procureur de l'Université de Paris. En 1410, J. Bruillot est envoyé avec Pierre Cauchon, en ambassade vers le duc de Berry pour qu'il traite de la paix; au mois de mai 141 1, vers le duc de Bourgogne, afin qu'il soutienne Jean Richard, l'abbé de Saint-Ouen désappointé par Jean XXIII ; en 1418, J. Bruillot est dit conseiller du Parlement dans la Chambre des Enquêtes et curé de Saint-Nicolas-de-Taillis au diocèse de Rouen. Reçu eu

1422 à la chantrerie de Rouen, vacante par l'absence de Jean de Noris, demeuré fidèle au parti français, député à plusieurs reprises aux États de Normandie, vicaire général de l'archevêché, la personne de J. Bruillot était certainement agréable au duc de Bedford puisqu'on le voit nommé parmi ceux que le chapitre désigna pour exposer au régent les raisons de ne pas sacrifier les intérêts de l'église de Rouen à ceux des Carmes. J. Bruillot mourut vers le 20 décembre 1435, laissant pour 'exécuteur testamentaire Nicolas de Venderès. Il avait légué ses livres au chapitre de Rouen qui décida qu'ils seraient enchaînés dans la librairie (Ch. de Beaurepaire, Notes, p. 57-58 ; Denifle et Châtelain, Le Procès de Jeanne d'Arc, p- 21 ; Chartnlarium Univers. Paris., IV, p. 97, 108, 154, 188, 206).

La détermination de Jean Bruillot sur Jeanne est qu'il faut suivre en tout l'opinion des maîtres en théologie.

91. AuBERT MoREL, Morelîi, licencié en décret à Paris en 1428, où il avait étudié sous Guillaume" de Conti, un autre des juges de Jeanne {Chart. Univ. Paris., t. IV, p. 475 ; Denifle et Châtelain, Le Procès de Jeanine d'Arc, p. 22). Il jouissait, dès 1419, de plusieurs chapçllenies de la cathédrale de Rouen, et s'était de bonne heure rallié au gouvernement anglais puisqu'il obtint de Henri V, en 1420, la cure de Theuville-aux-Maillots, contrairement aux prétentions de Richard de Saulx (Arch. de la Seine-Inférieure, G. 284), la vicairie de Pontoise de 1423 à 1425 (Ch. de Beaurepaire, Notes, p. 100).

C'était un homme dur qui opina pour que Jeanne fût mise à la torture.

92. Jean Colombel, CohimheUi, clerc de Lisieux, bachelier es arts en 1403, en décret en 1415, figure en 1420 parmi les licenciés de Paris où il avait eu pour maître un autre juge de Jeanne, Jean Garin, le doyen de la Faculté de Décret (Denifle et Châtelain, Le Procès de Jeanne d'Arc, p. 22; ChartuJarinm Univ. Paris., IV, p. 125, 306, 378).

Promoteur de l'archevêché à Rouen en 1423 et 1424, il dénonça ceux qui s'étaient emparés des revenus de l'archevêque pendant la vacance du siège, proférant à haute voix des paroles blessantes pour plusieurs chanoines ; et il fut emprisonné de ce fait. Jean Colombel fut promoteur de l'officialité de Rouen de 1423 à 1 42^ (Inventaire des Archives départementales de la Seine-lnfèrieure, série G, t. II, p. vu). Curé de Valliquierville, en 1429, il échangea ce bénéfice contre la cure de Saint-Vivien de Rouen qu'occupait alors Jean Secart, licencié en décret, un des assistants au procès (Arch. de la Seine-Inférieure, G. 1632). J. Colombel dut mourir intestat, le 12 novembre 1437. ^^ ^^t dit alors chanoine et scolastique de Lisieux, titre qu'il obtint vraisemblablement de Pierre Cauchon (Ch. de Beaurepaire, Notes, p. 97-98).

Dans la délibération finale concernant Jeanne, Jean Colombel opina comme l'abbé de Fécamp, Gilles de Duremort.

93. Laurent du Buse, de Busco, clerc de Rouen, bachelier en décret en 1403 à Paris, licencié en 1420 (Denifle et Châtelain, Le Procès de Jeanne d'Arc, p. 22 ; Chartnlarium Univers. Paris., IV, p. 68, 378). Il est cité à Rouen comme avocat en cour d'église en 1423, en 1439, ^" M4o (Ch. de Beaurepaire, Notes, p. 98).

On trouve, en 1423, un Pierre Dubust, garde du scel de la vicomte de Rouen (Bibl. nat. , fr. 26044, P- 57^1) ; un Jean de Busco, étudiant à la Faculté de Théologie à Paris en 1432 (Bibl. nat., fr. 26056, no 1936) ; en 1447, un Guillaume

NOTÉS) 3 ) î

du Husc, exécuteur de la liaute justice de Lisieux (Bibl. nat., fr. 26076, p. 37)6;. Je ne sais quels sont les liens, et s'il y en a, entre ces personnages.

94. Raoul Anguy, avocat en cour d'église, maître es arts, licencié en décret le 14 mars 1430 seulement, fut reçu, en 1435, chanoine de Rouen. Il mourut avant le 4 juillet 1442 (Denifle et Châtelain, Le Procès de Jeanne d'Arc, p. 22; Charlulariiitn Univ. Paris., p. 492; Ch. de Beaurepaire, Noies, p. 96).

Le 15 mai 1453, licencié en décret, Raoul Anguy est nommé par Hdniund Beaufort, comte de Mortain, comme auditeur de ses comptes (Bibl. nat.,fr. 26057, no 2066). Le 26 octobre 1436,11 est dit maître es arts, ayant pouvoir de pourvoir aux offices du comté de Mortain (Bibl. nat., fr. 26061, p. 2971).

Un compte de la fabrique de Saint-Nicolas de Rouen mentionne un Guillautiie Anguy et sa femme, décédés en 1437 et enterrés dans cette paroisse.

95. André Marguerie, maître es arts en 1405 à Paris, bachelier en décret, vicaire général et conseiller de Farchevêque Louis d'Harcourt en 1409, confirmé archidiacre de Petit-Caux par Henri V en 1421. Il revenait alors du concile de Constance et affirmait n'avoir jamais adhéré au parti Armagnac ou du dauphin. Membre du conseil du roi, pendant la domination anglaise, en 1422, il est dit conseiller du roi et recevait 30 1. t. « pour faire certain voyage de Rouen à Vernon devers m. d. seigneur [le régent] » (Bibl. nat., fr. 26046, pièce 18). Député aux

.Etats de Normandie en 1423, au concile provincial de Rouen en 1445, bénéficiaire de la cure de Drosay, momentanément trésorier du chapitre de Rouen, il entreprit le pèlerinage de Jérusalem entre 1442-1443 et demanda dans'ce dessein au chapitre des lettres testimoniales de vita et moribus (Arch. de la Seine-Inférieure, G. 2130). André Marguerie mourut à Rouen, le 12 février 1465, laissant pour héritier Jean Le Roux, vicomte de Rouen, qui avait épousé sa nièce (Denifle et Châtelain, Le Procès de Jeanne d'Arc, p. 22 ; Ch. de Beaurepaire, Notes, p. 82-84).

Son testament montre qu'il était riche et bienfaisant : André Marguerie n'oublia pas les églises de Drosay, de Grainville, de Mesnil-Duredent et de Canteleu, ruinées par les guerres, le Collège du Trésorier à Paris, à qui il laissa une maison. Il légua à la librairie capitulaire 17 volumes de droit canon et sa Fita Christi; d'autres volumes de droit civil, qui lui venaient de son père, à son neveu, Guillaume Marguerie : le reste de ses volumes fut mis en vente, Dccretaiu, Decrctales, Rosariuni (Arch. de la Seine-Inférieure, G. 3437).

La conduite d'André Marguerie au procès fut prudente, et même parfois il laissa paraître quelque bienveillance. Il déposa au procès de réhabilitation de façon assez vague.

96. Jean Alespée, AdEnsem, né en 1357, fîls de Pierre Alespée, licencié en droit civil, bachelier en droit canon à Paris, chanoine de Rouen dès 1412. Trésorier de l'archevêché sous Louis d'Harcourt (1412-1413), vicaire général de ce prélat avec son intime ami Nicolas de Venderés (1415-1422), il se^ rallia au parti anglais. Par lettre de nomination de Henri V il fut concuremment chanoine d'Évreux, de Bayeux, de la collégiale d'Andely et curé de Hautot-le-Vatois. Il mourut à Rouen, chez Jean Marcel, le 16 août 1434, dans sa soixante-septième année, après avoir été quelque temps malade chez Pierre Miget, prieur de Longueville (Ch. de Beaurepaire, Notes, p. 48-52; Denifle et Châtelain, Chartuhrium Univ. Paris., p. 522).

352 t'ROCÈS DE CONDAMÎ^ATICiN DE JEANNE D ARC

Jean Alespée était un homme riche, ami des beaux livres (nous possédons un inventaire des livres trouvés après sa mort et l'on remarque parmi eux un Lancelot et le livre i^ Remédia amom (Arch. de la Seine-Inférieure, G. 1193). Ses confrères le chargèrent, en 1424, d'aviser à la construction de la librairie de la cathédrale. Jean Alespée était lié avec la famille d'Estouteville et les Mallet de Graville ; il avait aussi pour ami Nicolas de Venderès (Ibid., G. 1193) qui fit l'inventaire de ses biens (Ibid., G. 1194).

Jean Alespée paraît surtout avoir été un homme timide ; il se réfugia toujours derrière les opinions de ses maîtres et seigneurs les théologiens. Jean Riquier, témoin au procès de la réhabilitation, rapporte qu'Alespée pleura beaucoup au spectacle du supplice de Jeanne et qu'il dit publiquement : « Je voudrais que mon âme fût où je crois qu'est l'âme de cette femme. »

97. Geoffroy du Crotay ne se rencontre pas parmi les suppôts de l'Université de Paris. On le voit, en 141 9, présent à la réintégration d'un prisonnier enlevé aux prisons de la cathédrale de Rouen . Nommé avocat pensionnaire du chapitre, en 1435, il vivait encore en 1462 (Ch. de Beaurepaire, Noies, p. 98-99).

Geoffroy du Crotay et son collègue Le Doulx émirent, à la séance du 27 mars 143 1, l'opinion que Jeanne devait avoir au moins trois délais avant d'être excommuniée : mais quand ils déUbérèrent avec les autres avocats delà cour sur les assertions, ils s'en remirent au jugement des théologiens de Paris.

98. Gilles Deschamps, licencié en droit civil, d'une ancienne et riche famille de Rouen. Son oncle était Gilles Deschamps, docteur en théologie, évêque de Coutances et cardinal, décédé le 15 mars 141 3 (Arch. de la Seine- Inférieure, G. 2130), personnage qui est loué pour sa « science très éminente » par l'inscription de son tombeau (^A. Deville, Tombeaux de la cathédrale de Rouen, 18^3, p. 219 ; Gaignières, P^. i.c, fol. 7) et qui est cité comme aumônier du roi Charles VI par la Chronique du Religieux de Saint-Denys (t. III, p. Si3)-

Notre Gilles était né à Rouen, et avait étudié à Paris en 14 14 (Denifle et Châtelain, C/jar/»/ar/M;« Univ. Paris. ,1V); il fut très jeune pourvu d'un canonicat dans la cathédrale de Coutances, vraisemblablement grâce à la protection de son oncle, évêque de la ville. Aumônier du roi Charles VI en 141 5, il permuta le bénéfice de la chapelle de Saint-Thomas du Louvre pour la chancellerie de l'église de Rouen où il fut reçu en 1420 ; la même année, il changea la cure de Pirou, au diocèse de Coutances, pour un canonicat en la cathédrale de Rouen. Il fut tour à tour chancelier de Notre-Dame de Rouen, trésorier de l'archevêché, vicaire général, et député par le conseil royal aux États qui devaient se tenir à Paris. Nommé doyen en 1435, ori voit qu'en 1437, avec G. Erart, N. de Venderès et A. Marguerie, il était chargé par les pères du concile de faire publier les indulgences accordées à l'occasion de la réunion des Grecs à l'église catholique. Gilles Deschamps fut poursuivi, en 1438, sur la plainte du promoteur en matière de foi ; il mourut en prison avant la fin de son procès (Ch. de Beaurepaire, Notes, p. 63-67 ; Denifle et Châtelain, Le Procès de Jeanne d'Arc, p. 22; A. Deville, Tombeaux, p. 225).

On ignore le motif de cette poursuite, qui -fut rigoureuse, puisqu'on voit ses frères, Robert et Jean Deschamps, supplier l'archevêque de Rouen pour obtenir que la sépulture en terre sainte lui fût accordée. Il eut pour juges Pasquier de Vaux,' évêque de Meaux, avec lequel il avait eu de vifs démêlés lors de sa promotion au décanat, en 1435, et frère Martin Lavenu.

Dans la longue détermination qu'il rédigea au sujet de Jeanne, on voit que Gilles Deschamps insista surtout sur le fait de son insoumission ; il se retrancha, pour le reste, derrière les opinions des Facultés de Décret et de Théologie. Au demeurant, Gilles Deschamps était fort affectionné pour le chapitre de Notre-Dame de Rouen et il dota les enfants de choeur, dont il avait eu la direction pendant plusieurs années, d'un bonnet de drap de laine vermeille, « pour eschiver aux froidures du temps d'hiver » (Arch. de la Seine-Inférieure G. 2090). En 1423, il avait présidé au classement des archives du chapitre {Ihid., G. 2123) et, le 2 novembre 1438, encore qu'il fût accusé en matière de foi, le chapitre autorisa son inhumation dans la chapelle de Notre-Dame {Ibid., G. 2128). Dans le texte de l'inscription qui fut approuvée par le chapitre avant d'être mise sur son tombeau, le même que celui de son oncle le cardinal, il est dit noble homme, de grande prudence, circonspection et science, doyen et chanoine de Notre-Dame de Rouen : « qu'il repose en paix par la miséricorde de Dieu ! ». Mais il n'est pas dit « de bonne mémoire ».

99. La chrétienté de Rouen, division du diocèse, voir note 27.

100. La composition du tribunal est beaucoup plus étroitement limitée suivant les théoriciens du droit inquisitorial (Nicolas Eymeric, Directorium inquisitorum, Rome, 1585, p. 456). Le procès de Jeanne d'Arc fait tout à fait exception à la règle.

loi. Au témoignage de certains des commentateurs de Nicolas Eymeric, les personnes incarcérées sous l'inculpation d'hérésie ne sauraient être absolument de droit exclues de participer à la messe, aux prières, à l'usage des sacrements dans leur prison (Directorium inquisitorum, Rome, 1585, p. 637).

102. Charles VII, âgé de vingt-six ans, à l'époque de la venue de Jeanne. Autant que nous pouvons le savoir, c'était alors un prince de triste physionomie, extrêmement pieux et dévot, rendu fort timide par les excès de ses partisans qui avaient déshonoré sa cause par l'assassinat de Jean sans Peur au pont de Montereau. Charles, qui avait quitté Paris après la révolution de 1418, devait vivre surtout en Berry et en Touraine « muché et caché en chasteaux, meschantes places et manières de petites chambrettes » dira Jouvenel des Ursins, qui lui en fait grief, se tenant « delà la rivière de Loire », loin de la guerre et des pays frontières (Epître aux États d'Orléans, Bibl. nat., fr. 16259, P- 74' H^)- Fort prudent, assez indolent et secret, surtout dépourvu de tout argent, le roi était gouverné par ceux qui savaient lui procurer des ressources pour son trésor : il se montrait d'ailleurs homme ordonné, mais il manquait de volonté. C'est seulement dans son âge mûr, et surtout dans sa vieillesse, qu'il s'adonna au plaisir et aux femmes.

Mais au temps de Jeanne d'Arc, il est certain que le roi était comme endormi. L'interrogation : « Ouare ohdormis, domine ? » est le refrain de la forte et belle épitre de Jouvenel, qui a une autorité toute particulière pour cette époque, puisqu'il faisait partie du conseil en 1430 « où il estoit souvent mandé » (Bibl. nat., ms. fr. 16259, p. 75).

On a accusé Charles VII de beaucoup d'ingratitude envers celle qui. le fit couronner à Reims : il eut surtout le tort de croire à la sincérité des avances bourguignonnes, de ne rien tenter sur Paris au mois de septembre 1429. En un mot. Procès de Jeanne d'Arc. — II. 23

Charles VII ne vit pas un intérêt immédiat à poursuivre énergiquement la cort quête de son royaume ; il n'estimipas devoir profiter de toutes les conséquences du mouvement national qu'avait suscité la venue de Jeanne. Ainsi abandonnée, la Pucelle ne pouvait que courir les risques de tout capitaine de ce temps-là, sans avoir le bénéfice de pouvoir être rachetée à des ennemis implacables.

Mais il n'est peut-être pas juste de prétendre que Charles VII n'ait rien fait pour la tirer des mains de ses ennemis. Parmi les correspondances de Morosini, on trouve, à la date du 15 décembre 1430, que le bruit s'était répandu, aussitôt que la Pucelle fut tombée entre les mains du duc de Bourgogne, que le dauphin, informé, avait envoyé une ambassade vers Philippe le Bon pour lui dire qu'il ne devait la livrer pour rien au monde, sans quoi il en tirerait vengeance sur ceux des hommes qu'il avait entre ses mains. A la date du 22 juin 143 1, des correspondants du même banquier affirment que « les Anglais avaient voulu la faire brûler [Jeanne] comme hérétique, n'eût été le dauphin de France qui fit parvenir force menaces aux Anglais ». Le roi aurait ressenti une '< très amère douleur » de la mort de Jeanne, « se promettant d'en tirer une terrible vengeance sur les Anglais et les femmes d'Angleterre » (III, p. 352-355).

Ces derniers mots montrent assez qu'il ne s'agit là que de bruits courant parmi le bon peuple de France. On sait d'autre part que, durant l'hiver de 1430 et 1431, L^i Hire, maître de Louviers, fit de fréquentes incursions dans le voisinage de Rouen, et qu'il inquiéta fort le gouvernement anglais. Au mois de mars 143 1, une expédition de Dunois sur Rouen fut payée par le roi ; une autre tentative fut dirigée contre le château d'Eu.

■ Mais il ne paraît pas qu'avant l'entrée de Charles VII à Rouen quelque chose ait pu être tenté pour la réhabilitation de Jeanne. On pourrait s'en étonner si l'on oubliait le rôle néfaste et décisif que dut prendre sur l'esprit du roi Regnault de Chartres, son conseiller, l'archevêque de Reims qui n'avait pas craint de désavouer publiquement la Pucelle. Il y a lieu aussi de retenir que dans la harangue que prononça Jean Jouffroy devant le pape Pie II, en 1459, ^^ déclara que c'était pour ménager Charles, admirateur de Jeanne,' qu'il n'insistait pas davantage sur l'usage qu'il fit de la Pucelle. Pie II, qui a eu pour informateurs les Universitaires de Bâle et Jean Jouftroy, déclare, lui, qu'il n'y a rien de répréhensible en elle, sauf le port des habits d'homme, et que Charles « supporta très acerbement la mort delà Pucelle )^ (Commentant, 1. VI, éd. de Francfort, 1614, p. 158). C'est un fait que Charles s'estima atteint dans son honneur par la condamnation de Jeanne et qu'il ordonna les premières démarches pour la révision de son procès.

Charles Vil était représenté à genoux, face à Jeanne d'Arc, au pied du crucifix et de la Vierge douloureuse, dans le premier monument élevé en mémoire de la Pucelle sur le pont d'Orléans à la fin du xve siècle P. Lanéry d'Arc, Le Livre cFor, p. 482 ; H. Wallon, Jeanne lV Arc, 1876, p. 374).

103 . Greux, aujourd'hui un petit hameau limitrophe de Domremy. Le nom de Domremy-sur-Meuse apparaît pour la première fois dans un diplôme de Hadevis, duchesse de Lorraine, veuve du duc Gérard. Greux et quelques maisons de Domremy ne furent incorporés au royaume que sous les premiers Valois ; auparavant c'était une terre de l'évêché de Toul. Jusqu'au xvp siècle inclusivement, cette récente acquisition du royaume fut rattachée, non pas à Vaucouleurs, mais à Andelot. (Comte Maurice de Pange, Les Lorrains et la France au Moyen Age, p. 12, n. I.)

MotËs 3 5 5

104. Jacques d'Arc, et mieux Jacquot d'Arc, père de la Pucelle, serait né vers 1375 à Ceftbnds, au diocèse de Troyes, suivant le Traité iowwflm' de Charles du Lys, édition de 1628. C'est donc vers le temps de son mariage qu'il vint s'établir à Domremy, puisque Isabelle Romée était de Vouthon, village distant de sept kilomètres. Il semble avoir joui d'une situation honorable dans ce pavs, sans qu'on puisse le dire riche, comme on l'a insinué. On voit qu'en 141 9 il fut adjudicataire du château de l'Ile, avec ses appartenances, mis aux enchères pour cette année. Dans un acte de 1423 il est qualifié de doyen ou sergent du village; il prenait donc rang après le maire et Fécheviu, et il était chargé de recueillir les tailles, exerçant des fonctions analogues à celles de garde champêtre. La même année, on le trouve parmi les sept notables qui répondent pour le village du tribut imposé par le damoiseau de Coramercy. En 1427, dans un procès important soutenu par devant Robert de Baudricourt, capitaine de Vaucouleurs, on trouve encore qu'il agit comme délégué de ses concitoyens. On sait qu'il s'opposa de toutes ses forces à la mission de sa fille, qu'il désirait sans doute marier. Quoi qu'il en soit, il se rendit à Reims à l'époque du sacre, où le roi et la municipalité le défrayèrent et lui donnèrent un cheval pour s'en retourner chez lui. Anobli au mois de décembre 1429, Jacques d'Arc mourut, dit-on, du chagrin que lui causa la fin de sa fille (Boucher de Molandon, Jacques d'Arc, père de la P//Cé//c, Orléans, 1886; S. Luce, Jeanne d'Arc à Domremy, p. xxviii, 360).

105. Isabelle et mieux Isabeau d'Arc, mère de la Pucelle, alias Romée, Zabilelen son patois, née à Vouthon, près de Domremy. On voit par la déposition de frère Pasquerel au procès de réhabilitation qu'elle sç rendit au grand pèlerinage du Puyen-Velay, au temps où sa fille avait été conduite vers le roi, tandis que se préparait l'expédition d'Orléans. Anoblie au mois de décembre 1429, après le décès de son mari sans doute, Isabelle quitta Domremy et vint s'établir à Orléans où on la trouve fixée dès 1440. On se rappelle que Jeanne avait désiré de s'établir dans cette ville, puisqu'avant d'entreprendre le voyage de Reims elle avait passé un long bail pour un hôtel sis rue des Petits-Souliers, paroisse Saint-Maclou, proche le chevet de Sainte-Catherine.

« Très fort malade », à son arrivée, Isabelle, qui avait alors soixante ans environ, fut soignée aux frais de la ville d'Orléans et gardée par la chambrière de feu messire Bertrand, physicien. Elle résida dans la maison de Henriet Anquetil et la municipalité lui alloua 48 s. parisis par mois « pour lui aider à vivre et acquérir ses nécessités en ladite ville ■■>.

Elle agit comme demanderesse lors du procès de réhabilitation, et résida dans l'hôtel que son fils Pierre occupait rue des Africains. On la dit alors « décrépite par Fâge », et elle sollicitait de ne point assister à toutes les audiences. Elle comparut devant l'archevêque de Reims, non comme témoin, mais toujours comme demanderesse. Elle mourut le 28 novembre 1458, après avoir testé. En 1428 elle avait fondé à Domremv un obit de deux gros barrois, ainsi que Jacques d'Arc. (Cf. chanoine Cochard, La mère de Jeanne d'Arc à Orléans, 1906, in-8; E. de Bouteiller et G. de Braux, Nouvelles recherches sur la famille de Jeanne d'Arc, p. x-xiii ; G. W^inoXiiuy^, Jeanne d' Arc, p. 46 et s.)

106. La petite église de Domremv existe encore. Mais elle a été très remaniée. Le chœur, entre autres, a été retourné. On y voit une très antique cuve baptismale.

35 é PROCES DE CONDAMNATION DE. JEANNE d'arC

(Voir l'âbbé ]cangeol, Jeanne d'Arc et ses souvenirs à Domremy et à Vaucouleiirs, Nancy, 1898, p. 80-85.) — Sur la topographie de Domremy cf. la carte rectifiée publiée par Henri Lepage, Jeanne d'Arc est-elle Lorraine ? Nancy, 1855, p. 91.

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