Corruption d'Isabelle, Zabillet, Sibille
108. Un document, cité plus loin, montre que les prisons étaient dans la grosse tour du château (Bibl. nat., ms. fr. 26055, n^ 1683). Les témoins du procès de réhabilitation qui visitèrent Jeanne dans sa prison parlent tous d'une tour, de la prison, située « vers les champs ». La chambre de Jeanne était « sous un degré », c'est-à-dire sous un escalier. — La topographie du château de Rouen, dont l'aspect général a été conservé par le « Livre des fontaines » datant de 1525 (voir la reproduction donnée par V. Sanson, 191 1), par un plan dressé en 163 5, a été sérieusement étudiée par F. Bouquet, Jeanne d'Arc an château de Rouen, Rouen, 1865, in-80.
109. La question de l'évasion des prisonniers a été examinée par Honoré Bonet au ch. 55 de son Arhre des Batailles. Si un homme a donné sa foi à son ennemi, il la doit garder. Cependant la liberté est un droit de nature imprescriptible. « Item, nous disons que permission ou obligacion faicte par force ne par violence, riens ne vault; mais il est notoire que quant [le chevalier] se rendyet donna sa foy, ce fist il par force et par violence ; dont je dy qu'il est advis qu'il s'en puisse aller et rompre l'arest. . . » De même si son maître lui fait étroite prison, « tant qu'il feust en péril de venir en maladie mortelle ou adesaissement de son corps, se il trouvoit voie de s'en aler, il ne se mesferoit en riens. Item, se son maistrene vouloit prendre deue finance, selon son povoir et selon ses biens, et selon ses richesses aussy, mais que il feust clere chose que oultre son povoir il lui demandast finance, il en rien ne se mesfait... Item, se son maistre estoit homme sy cruel que il eust acoustuméde tuer ses prisonniers en ses prisons... » La question était donc très controversée entre les nobles. Certains disaient encore: bien que le prisonnier ait juré de demeurer dans sa prison, son maître le tient dans une bonne tour. « Puizqu'il le tient enfermé et le tient en garde, ne son maistre ne s'y fie point en la foy ne ou serment du prisonnier, donc puisque en sa foy ne se fie point, quelle foy luy peut il rompre et brisier ? » (Ms. de la fondation Smith-Lesouëf à Nogent-sur- Marne.)
Dans tous les cas les corrections les plus rigoureuses étaient réservées au prisonnier suspect d'hérésie qui cherchait à s'évader, ou qui était repris par la justice (Nicolas Eymeric, Directoriuni i)iquisitornm. Rome, 1585, p. 502).
110. John Grey (?) nommé le plus souvent Jean Gris. Est-ce le même personnage que ce « John Grey, Knight, capitaine of Yomins » que l'on trouve en 1435 dans la retenue du duc de Bedford ? (J. Stevenson, Letters and papers... vol. II, part II, p. 436) ou sir John Gray? ■ — Un Jehan Gray est remis en possession de ses biens par le roi d'Angleterre en 1419, le 3 octobre (Bibl. nat., fr. 26043, p. 5450); on trouve encore un Jean de Grey, capitaine d'Argentan, pour le roi Henri en 1420 (Bibl. nat., fr. 26043, P- 5507)5 — un Regnault Gray, capitaine de Gournay en 1422 (Bibl. nat., fr. 26046, pièce 26), de Gisors en 1424 (Bibl. nat.,fr. 26047, p. 204), dit seigneur de Heugueville en 1426 (Bibl. nat., fr. 26048, p. 532); — Jean Gray, chevalier, capitaine d'Exmes [1430?] donne quittance de ses gages à P. Baille, receveur général de Normandie (Bibl. nat., fr. 26054,
no 1588); il était nommé capitaine d'Exmes en 1436 pendant un an, si d'ici là la place n'était pas démolie (Bibl. nat., fr. 26061, p. 2985).
111. John Berwoit, et mieux Barow, surveillant de Jeanne ; peut-être est-ce le même personnage que la rédaction définitive désigne plus loin sous le nom de Johaiiiics. Baroiist, commis avec John Grey à la garde de la geôle de Jeanne (séance du 1 3 mars).
112. William Talbot, surveillant de Jeanne. — Un Richard Talbot est dit lieutenant du château de Touques, en 1426 (Bibl. nat., fr. 26049, P- 570- ^'^oi'' "o^^ S^-
113. La chambre de parement du château de Rouen était la salle d'apparat, près de la chambre du roi, dans la partie sud-est de la cour intérieure (F. Bouquet, Jeaviie d'Arc au château de Rouen, p. 39).
114. Jean Pinchon, licencié en droit canon à Paris avant 1414, archidiacre de Josas, en 1418, et de Melun, prit possession, en 142 1, d'un canonicat en l'église de Rouen, qu'il avait obtenu dès 1414 : il fit à cette occasion sa soumission à Henri V. On voit qu'il prend le titre de scribe et d'abréviateur des lettres apostoliques. Le 9 novembre 1422, il réclamait des lettres d'appel au souverain Pontife à propos d'une contestation où il s'eslimait lésé, et il batailla pour la nomination de Jean de La Rochetaillée à l'archevêché de Rouen ; alors que la majorité avait été acquise à Nicolas de Venderès, il alla jusqu'à demander la nomination des nouveaux officiers à l'archevêché pendant la vacance du siège, ceux qui étaient nommés lui paraissant suspects. Député vers le concile en 1424, nommé, le 3 décembre 1429, vicaire général pendant la vacance de l'archevêché de Rouen, ce clerc batailleur, qui dut se réconcilier avec son confrère Jean de Besançon, contre lequel il s'était élevé en paroles injurieuses, jouissait de la pleine confiance du gouvernement anglais puisque Bedford le chargea de présenter au chapitre l'acte par lequel le duc anglais se rendait le second fondateur des Carmes à Rouen (9 janvier 1431). Jean Pinchon convoita aussi les canonicats de Tournai et d'Évreux ; il dut mourir à Paris, avant le 25 juin 1438 (Ch. de Beaurepaire, Notes, p. 88-90 ; Denifle et Châtelain, Le Procès de Jeanne d'Arc, p. 22).
Juge assidu aux séances du procès, Jean Pinchon opina en conformité avec les théologiens de Paris et allégua l'autorité de Guillaume Le Boucher.
115. Jean Moret, Bénédictin, licencié en l'un et l'autre droit, prieur de la petite abbaye de Préaux au diocèse de Lisieux, puis abbé le 27 novembre 1420. II était mort le 11 septembre 1432 (Denifle et Châtelain, Le Procès de Jeanne d'Arc, p. 22-23). Rallié de bonne heure à la cause anglaise, Jean Moret rendit aveu et dénombrement de son temporel au roi Henri V, dès 1420. Guillemin Halle, capitaine de « brigands », dirigea une expédition contre l'abbaye de Préaux en 1426 (P. Le Cacheux, Actes de la chancellerie d'Henri VL, l, p. 318 etn.).