INTRODUCTION XXXI
l'armée levée par son ordre pour combattre les hérétiques être occupée à faire campagne en France, tout cela par la faute de la Pucelle.
Le 3 mars 1431, d'un conclave formé dans le couvent de la Minerve, sort élu pape le vénitien Gabriel Condolmario, autrement dit le cardinal de Sienne, ermite, qui prit le nom d'Eugène IV. Homme isolé, la créature des cardinaux, par ailleurs affable, adonné à l'étude, bon copiste, désintéressé et bienfaisant, entêté, tel était le nouveau pape. Rome est alors soulevée parles Colonna ; Eugène IV tombe malade ; la réunion conciliaire est proche, tels sont les événements du jour quand Jean Beaupère arriva, le 2 novembre 143 1, à Rome où il toucha 100 florins d'or. Le vieil universitaire venait protester auprès du pape de son dévouement, affirmer la nécessité du concile dans l'intérêt de la foi. Il insistait sur le péril hussite, l'immoralité des clercs allemands, l'insécurité qui régnait aux environs de Bâle. C'est peu probable que Beaupère parla de Jeanne d'Arc avec Eugène, pas plus que Thomas de Courcelles, qui porta à Rome les rôles universitaires à la fin de cette même année, lui qui se montra toujours très discret sur le procès.
Puis on voit Regnaultde Chartres, l'archevêque de Reims qui s'accommoda si bien de la fin de la Pucelle, annoncer qu'il prendrait part au concile de Bâle et conseiller à ses chanoines de Reims d'en faire autant. Et c'est Philippe le Bon qui faisait demander le retrait de la bulle de dissolution.
Enfin, dans la ville triste au bord du fleuve vert, s'ouvre le tant souhaité concile, qui entendra tant d'éclats de voix, qui laissera de joyeux souvenirs aux secrétaires du saintsiège, les humanistes italiens très lettrés et très impies que protégera Gloucester, l'Arétin, le Pogge ; et les membres du concile se pressent parfois en armes dans la ville, se rendant à la chasse ou à quelque plantureux repas égayé de plaisanteries par où l'on cherche à dissiper l'ennui qui pèse en ce séjour triste et monotone. Le président de l'assemblée sera Philibert de Montjeu, le noble évêque de Coutances,
Procès de Jeanne d'Arc. — II. c
celui-là qui opina avec tant de rigueur au sujet de Jeanne, le prélat tout à la dévotion de Bedford, et que nous savons avoir entrepris un voyage vers le conseil du roi « pour le proufit et utilité dudit pays [de Cotentin] à l'expulsion des brigands et ennemis dudit seigneur [le Régent] estant en icellui » ' On y trouve encore Nicolas Lami, qui a déterminé le Parlement à intervenir auprès de Bedford, « se par sugestion dyabolique émanée du pape Eugène... ledit saint concile estoit dissipé »; Thomas de Courcelles. On le voit, l'Angleterre, l'Université sont ici comme chez elles. Et Bedford faisait encore excuser Louis de Luxembourg, prélat mi-anglais mi-picard ; l'évêque de Noyon, Jean de Mailly, autre juge du procès ; et le plus anglais de tous, Pierre Cauchon, retenu par les fonctions de conseiller du roi anglais. Et le pape se croyait tenu de s'expliquer à son tour auprès de Bedford ^ !
Où sommes-nous vraiment, à Rouen ou à Bâle ?
La victoire des universitaires devait être complète. En 1433, Eugène IV sera appelé sur le seuil de la cathédrale « contumace », et l'on envisage sa déposition. Victoire totale du concile ; victoire apparente, car Eugène l'écrira au doge de Venise : « Nous aurions quitté la tiare et renoncé à la vie, plutôt que d'être cause que la dignité pontificale fût subordonnée au concile, contrairement à toutes les lois canoniques. » Déposé définitivement en 1438, on peut croire qu'il pensait à ces mauvais jours, quand Eugène IV écrivait : « O Gabriel, comme il aurait mieux valu pour le salut de ton âme que tu ne fusses jamais devenu ni pape, ni cardinal, mais que tu fusses mort sous l'habit de ton couvent ! »
Un pape, c'est ce peu de chose. L'Eglise universelle est le concile qui vient de restaurer l'unité. La primauté de l'Église de Rome dérive des décrets des apôtres et de leurs