‹ Procès de condamnation de Jeanne d'ArcChapitre 17 sur 182 · Noël Valois, Le Pape et le Concile, t. I, p. 201 n · texte numérisé non relu

Noël Valois, Le Pape et le Concile, t. I, p. 201 n

INTRODUCTION XXXIU

successeurs. Voilà pourquoi les papes sont peccables ou faillibles, « maintenant surtout que le monde tend vers sa fin et que sa malice va croissant. Représentant l'Église universelle, le concile tient son pouvoir de Dieu, immédiatement ; il est supérieur tant à la personne du pape qu'au siège apostolique ' ».

Ainsi ce sont les hommes du concile, les universitaires juges de Jeanne d'Arc, les Français représentant l'Eglise nationale, qui ont tout pouvoir de lier ou de délier. L'Université, le clergé de France, est ce synode perpétuel, toujours sur les chemins, en dépit des dangers (Jean Beaupére en sait quelque chose, lui qui fut blessé et détroussé par les brigands); ces prélats, toujours prêts à produire notes sur notes, à prononcer des harangues, ils forment le parti conciliaire et démocratique ; ils sont l'Église universelle ; ils sont le corps du Christ, l'Église éternelle. Car la véritable Église n'est pas liée nécessairement à la chaire de Pierre et au siège de Rome. La ville importe peu. Et si l'Église se trompait, il vaudrait mieux encore se conformer malgré tout à ses vues, parce qu'obéissance vaut mieux que présomption ^

Adversaires ou partisans de la Pucelle, tous étaient d'accord sur ce point. Et l'on sait surtout que pourun Gerson \ l'un des protecteurs de Jeanne, il n'y avait point de pape, s'il se montrait, comme c'était le cas, simoniaque : « C'est pourquoi je dis qu'il faut déposer le pape s'il vit mal. à cause du scandale public, de l'hérésie ou de tel autre péché dont l'Église universelle est scandalisée, comme de la fornication et de la simonie. Car beaucoup de pontifes, contre Dieu et sa justice, ont usurpé une puissance, en privant les

1 . Nicolas de Cuts, de Concordant ia catholica, ap. Ed. Vansteaberghe, Le Cardinal Nicolas de Cites {i 401- 1464), p. 37-38 (ce traité est daté de 1433)-

2. Nicolas de Cues, à propos des Hussites.Cf. E. VansteenberghCjO/'.aV., p. 216-

3. Gerson, II, col. 163 et suiv. (Écrit adressé à Pierre d'Ailly, peu avant le concile de Constance.)

évêques de leurs droits et pouvoirs qu'ils tenaient de Dieu... Car le pape de Rome s'est réservé tous les bénéfices ecclésiastiques, toutes les causes... Il y a une Église catholique universelle, comprenant Grecs, Latins et Barbares, tous ceux qui croient en Christ, hommes et femmes, nobles et vilains, pauvres et riches, et dont le pape, les cardinaux, les prélats, les clercs, les rois, les princes et les gens du peuple sont les membres inégaux. Le pape ne peut être dit chef de cette Eglise, mais seulement vicaire du Christ, son gérant sur la terre, si toutefois la clef n'erre pas. Dans cette Église et dans cette foi, tout homme peut être sauvé, même si on ne pouvait découvrir un pape dans le monde. Elle est la foi du Christ, les sept sacrements; en elle est tout notre salut. L'autre Église, on la nomme romaine, privée. Elle peut errer, avoir schisme, faire défaut... )•>

Pour des hommes comme Beaupère et Pierre Cauchon, qui, jeunes clercs, ont assisté et travaillé à la déposition de tant de papes, depuis Benoît XIII ', on arrive à se demander si le titre de pape a encore quelque valeur. C'est Beaupère qui appliquera, en 1438, à Eugène IV, la parole de Zacharie, XI, 17 : « O pasteur, ô idole, qui abandonnes le troupeau! L'épée tombera sur ton bras et sur ton œil droit; ton bras deviendra tout sec et ton œil droit s'obscurcira et sera couvert de ténèbres. » Or on avait cru voir ces signes chez Eugène malade, durant la première année de son pontificat; et bien qu'il se fût un peu remis, au dire d'un témoin, il conservait quelques-unes de ces traces. En 1438, le primat de Cantorbéry devait interrompre l'abbé de Bonmont, compagnon de voyage en Angleterre de Nicolas Loiseleur, qui appelait le pape Eugène tout court. Ces universitaires étaient enivrés de logique révolutionnaire et d'orgueil. C'est à l'empereur que, cette année-là, Beaupère fera la leçon \

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