INTRODUCTION XXXV
Dans le choc des nations, ces déterminés amis de la paix, les uns tournés, comme les clercs parisiens, vers le passé, vers la forme scolastique, les autres, les Rhénans et les Italiens, vers l'humanisme, les nobles pensées de la République de Cicéron, prélats lettrés qui pleuraient la mort d'Homère et de Platon, n'imaginaient qu'idylles, réconciliations générales, conférences où se retrouveraient toutes les races et les nationalités; à une époque où la guerre avait lassé tout le monde, où l'Europe centrale cherchait les limites, qu'elle n'a pas encore trouvées, de ses nationalités, où les Turcs allaient envahir Constantinople et Salonique, ces religieux voyaient déjà réalisés leurs projets de paix perpétuelle entre fils du même Père céleste. Dans des circonstances, bientôt aussi tragiques, ils font à nouveau le rêve d'Augustin, transposant dans le réel cette Cité de Dieu, le plus grand livre du moyen âge avec Vlmitation, tandis que les Barbares forçaient les portes de l'Empire '.
Que Jeanne d'Arc en ait appelé au pape de Rome, ou au sacro-saint concile, il semble que la chose soit de petite conséquence.
Les juges du procès daignèrent seulement informer le pape de la sentence finale. Mais il est peu croyable qu'on pût avoir à Rome une pensée différente de l'avis exprimé par les universitaires, qui parlent, eux, en quelque sorte au nom du saint-siège. 11 est certain qu'à Rome on avait alors bien d'autres soucis que de s'occuper d'une prophétesse ; et il est peu probable que l'appel de Jeanne y ait trouvé
Bourges, alors que Paris est depuis longtemps dans l'obéissance du roi. L'Université se présente alors comme l'éducatrice non seulement de la France, mais de la chrétienté, fille adoptive du roi, qui lui doit son renom de prince très chrétien : « quar non mie seulement le roy et son royaulme paricelle Université de Paris sont informés en vérité de la foy, mais toute religion chrestienne ». — Charles VII écoutera pendant deux heures le loquace Thomas de Courcelles qui développera la doctrine française. Jean Gelu et Gérard Machet, favorables à la Pucelle, étaient d'accord avec les juges de Jeanne sur ce point-là (Noël Valois, Le Pape et le concile, t. II, p. 238).
I. Nicolas de Cues, de Face fidei, ap. E. Vansteenberghe, op. cit., p. 228-229.
quelque écho, s'il avait été transmis. Peut-on le supposer même quand on voit Eugène IV louer, à propos de Pierre Cauchon, les doctrines sacrées des maîtres de Paris ?