INTRODUCTION IX
maintenant. Nous pénétrerons dans cette cathédrale de logique et de théologie, si sombre, comme on pousse, un soir, la porte d'une vaste église où est célébré, à la lueur des cierges, quelque office solennel et funèbre. Nous assisterons au plus dramatique des drames, dans son formalisme de justice implacable; nous entendrons la voix claire de Jeanne au milieu de tant de périodes où la haine de ses juges éclate sous la feinte douceur et les apparences du droit; où la rhétorique prêterait à rire si déjà le bras séculier, le feu, la douleur morale pire que la torture, le cachot et les fers, n'étaient présents à notre esprit. Dans ce grand drame, une ^^ ,, foule de comparses s'agitent. Deux peuples attendent une sen- \\ tence. Un évêque ambitieux, qui aspire à l'archevêché, siège à ce haut tribunal. Il a pour acolytes, pour complices, les chanoines d'une antique cathédrale, les suppôts de la plus célèbre Université du monde, celle de Paris, la plus haute valeur scientifique de ce temps, qui a vu s'écrouler toute puissance spirituelle, qui est elle-même toute la puissance spirituelle. L'évêque met le saint-siège devant le fait accompli, agit sur cet autre pouvoir redoutable, la sainte inquisition. Rome, Rouen, Paris sont les scènes principales de ce drame. Deux nations y ont leur rôle. Situer ces scènes, descendre, autant que nous le pouvons, dans les cœurs des comparses du procès, tel sera l'objet de cette introduction, . des nombreuses notices que l'on trouvera à la fin de ce volume et qui permettront d'aborder la lecture de ce document avec quelque fruit.
Car, depuis que nous sommes mieux informés, le Procès de Condamnation a changé tout à fait d'aspect. Ce procès/ j n'est plus absolument celui de. Jeanne; il est devenu celui)! des juges. Juste retour des choses d'ici-bas; condamnation/ 1 de l'erreur de gens qui ont entrepris de vouloir trop prouver.
A l'origine qu'était donc ce grand procès, rédigé quelques années' après la mort de Jeanne? 11 était surtout l'apologie