INTRODUCTION XXXIX
grant pasteur ' ». La bulle de Martin V parle de « l'honnêteté des mœurs, de la prudence dans les matières spirituelles, de l'habileté dans les temporelles, et des autres dons de multiples vertus clairement montrés par des témoins dignes de foi dans la personne de son très cher fils, Pierre Cauchon ».
Et l'évêque avait fait son entrée à Beauvais, le 12 janvier 142 1, assisté du duc de Bourgogne, de l'évêque de Tournai, son chancelier, de celui de Thérouanne, d'une foule nombreuse de gens d'armes. Ainsi il passa de la cathédrale à son château. La puissance bourguignonne s'y installa avec lui, dans cette forte demeure dont les pierres subsistent encore. Jouvenel des Ursins, son successeur, ne pourra que rappeler au roi la loyauté et fidélité des habitants de Beauvais. « Et, supposé qu'ils tinssent votre adversaire à seigneur, c'estoit pour ce que le sieur évesque dernier estoit en cette folle erreur; mais tousjours le cueur estoit à vous... » (Epître aux États d'Orléans, 1440.)
Cauchon résida peu à Beauvais où il ne fut pas strict réformateur des mœurs ^ Rien ne justifie l'opinion avantageuse que la papauté nourrissait à son égard. Il intervint surtout pour la défense de ses intérêts et de ses prérogatives.
Le chapitre renouvela ses monitions contre les concubinaires, « tous ceux qui, portant habit d'Église, tenaient des femmes suspectes en leurs maisons ou ailleurs » ; mesure qui ne dut pas produire tout son efi^et, car les concubines, expulsées des maisons des religieux, allaient résider non loin et, peu à peu, reprenaient lavie commune.
M^ Nicolas de Pacy, qui avait été le procureur dePierre Cau-
1 . Extraits des registres du chapitre de l'église cathédrale de Beauvais, copie de M. le Maréchal de Fricourt (Bibliothèque de M. le docteur Leblond, à Beauvais).
2. Tout ce qui suit est tiré des extraits du chapitre de la cathédrale de Beauvais, copie de Godefroy Hermant, t. XXVII de la collection Bucquet (Copie du Dr Leblond à la Bibliothèque de la Société Académique de l'Oise).
chon, fut nommé à la cure de Longvillers. Singulier procureur que ceM^ Nicolas, qui s'était disputé avec l'archidiacre de Beauvais et entrait en rixe avec lui au sujet d'une femme de mauvaise vie; il sera emprisonné par la suite « pour plusieurs dissolutions ». Gilles de La Fosse, domestique et secrétaire de Pierre Cauchon, fut mis en possession delà prébende vacante par la mort de M^ Jean Cauchon, son frère.
La ville de Beauvais demeurait en fait soumise à la faction bourguignonne, et le capitaine faisait arrêter un chanoine, M^ Guillaume de La Beausse, « à l'occasion de certaines paroles, touchant le fait de la venue de très illustre monseigneur le duc de Bourgogne, et certaines lettres que ledit prince avait adressées aux habitants de la ville ». On dut prendre aussi des mesures contre les chanoines qui n'habitaient pas les maisons canoniales et refusaient de les entretenir. Avait-il donné le bon exemple, l'évêque dont on n'a pas retrouvé la maison canoniale ?
Parmi les personnages qui jouèrent un rôle dans le procès de Jeanne, nous retrouvons encore plusieurs religieux de Beauvais. Au mois de septembre 1426, on voit que la prébende de Jean Bruillot fut résignée à Thomas Brébanchon, prêtre ; Jean Beaupère contesta à Eliot Martin la possession d'une prébende, suivant un arrêt du Parlement de Paris; Nicolas Lami, maître es arts et bachelier en théologie, fut mis en possession d'une prébende que possédait Jean Chuffard (24 février 1427, n. st.).
Tous ces personnages, tous les clercs parisiens introduits au chapitre par lettres du roi d'Angleterre ou par .Pierre Cauchon, étaient des bourguignons notoires ; et même il y avait parmi eux des partisans de la domination anglaise. C'est ce que nous montre l'affaire du chanoineBrébanchon, au temps même où la ville s'était donnée au roi légitime de France. Ce maître Thomas Brébanchon, chanoine de Beauvais, était un homme violent qui, au mois de janvier 1429, avait dû payer l'amende pour avoir dit, lors de la lecture de certaine cédule : « Par la char Dieu, quiconque ait fait ceste cédule, elle est faulse et déloyale! » Au mois d'août 1451, il avait