‹ Procès de condamnation de Jeanne d'ArcChapitre 23 sur 182 · INTRODUCTION XLI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XLI

été emprisonné dans le beffroi de l'église pour avoir voulu passer en terre de l'obéissance du roi d'Angleterre, malgré le serment qu'il avait prêté au roi de France.

Il faut le dire parce que c'est la vérité; il faut le dire parce que Jeanne avait horreur des filles qu'elle ne tolérait même pas aux soldats ; parce que nous entendrons mieux les tendances spiritualistes d'un Gerson,d'un Clamanges, la sainteté de tout ce milieu chrétien et populaire qui enfanta la Pucelle : il n'est guère de lecture plus décourageante que celle des actes capitulaires qui nous font connaître, jusque dans leurs secrets, les cœurs des religieux, les désordres des prébendes de ce temps qui nous expliquent si bien la faveur qui s'attacha aux mystiques et aux inspirés. Injures, coups, port d'armes, histoires de filles ravies et de concubines, vols, détournements de distributions, voilà ce que l'on trouve un peu partout, à Beauvais, à Paris, à Rouen.

Mœurs mauvaises, esprits secs, âmes avides de richesses, tels sont les religieux et surtout les chanoines de cette époque. Et la commune misère semblait avoir donné plus de pouvoir encore à l'argent, à ces pièces bourguignonnes surtout qui étaient presque les seules à circuler en France.

Comment lire les vigoureuses pages où Jean Jouvenel des Ursins a fait un tableau du clergé de son temps, dans l'épître adressée aux États de Blois, en 1433, alors qu'il venait de succéder, depuis moins d'un an, à Cauchon, au siège de Beauvais, sans penser que cet homme de bien y a marqué son prédécesseur ?

« Où sont les archevesques, évesques, abbez et prélats et autres gens d'Église qui se soient gouvernez en manière de vivre ainsi que les saints conciles et canons l'ont ordonné ? Où sont les prières apparentes qu'ils font à Dieu pour le pouvre peuplé, affin que Dieu veuille cesser les afflictions du peuple et y pratiquer avec ceux qui ont le cours? S'il y a bandes, ils se banderont et trouveront plus fortes divisions et se mesleront des finances et voudront avoir grandes pensions du roy, combien que, par son moyen, ils ayent de grands et notables bénéfices dont ils devroient despendre

les revenus pour le bien de la chose publique... Sont-ils point entechiez des sept péchez mortels? Et assez publiquement on en dit plusieurs paroles : Dieu veuille qu'elles ne soient pas vrayes ! » Et Jouvenel rapportait la parole de Jérémie : « Toy qui es homme d'Eglise, qu'as-tu à faire à femmes qui parles à Dieu à Tautel... Les payens ne prenaient nuls prêtres en leur loy, sinon qu'ilz fussent chastes... Pareillement devez fuir avarice... Les gens d'Eglise doivent faire aumosnes pour Dieu et pourveoir aux pouvres, et non mye étudier à s'enrichir. Mais je me doubte que poy y en ait aujourd'hui...' »

Un ample et majestueux pilier du chœur primitif de la cathédrale de Beauvais s'élève derrière la stalle où siégea Cauchon- et porte vers la lumière ses lourdes couronnes d'acanthes fleuries. Une figure grotesque à la ressemblance d'un crapaud, une sorte de gouge avec grande bouche et nez camus, s'y accroche de ses petits bras; et, sur son dos, elle porte la longue colonnette qui monte si haut.

Cette laide figure, où un vieil imagier semble avoir voulu représenter les péchés et les laideurs de ce monde, notre triste humanité enfin, me paraît un symbole. On est saisi de la voir s'élever au-dessus de la place où siégea cet homme de chair, M*^ Pierre Cauchon.

Et mon imagination, suivant la mince colonnette qui monte vers la lumière, erre sous les arceaux, dans la flamme des vitraux, sur le chemin du ciel et des anges.

Rencontre merveilleuse! Car M*^ Pierre Cauchon ne fut rien moins qu'homme d'église ; c'est l'homme matériel, l'ambitieux, l'homme temporel, l'homme des réalités, des calculs trompeurs, des lourdes finesses. On ne le voit guère, vraiment soucieux d'obtenir la couronne de gloire éternelle

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