I. Œuvres, éd. Ellies Dupin, II, col
LIV PROCÈS DE CONDAMNATION DE JEANNE d'aRC
dans les camps, comme des princes séculiers !... Ouvrez maintenant les yeux, et voyez si aujourd'hui les cloîtres des nonnes ne sont pas comme des loges de courtisanes ; si les sacrés monastères des chanoines différent des marchés et des boutiques; si les églises cathédrales ne sont pas devenues des cavernes de voleurs et de larrons? Voyez, sous prétexte d'avoir des servantes, si certains prêtres n'ont pas adopté la coutume d'entretenir des concubines? Jugez s'il importe qu'il y ait tant d'images et une telle variété de peintures dans les églises, et si elles n'amènent pas à l'idolâtrie les simples gens? »
Mêmes plaintes chez Pierre d'Ailly, l'auteur de l'Etat corrompu ou ruine de T Eglise'. Le dernier philosophe du moyen âge, Nicolas de Cues, le dira dans un sermon daté du 15 août 143 2 : « Hélas ! l'Eglise d'aujourd'hui est tombée aussi bas que possible... Elle n'est plus revêtue du soleil de la justice, de la prudence, des bonnes mœurs; mais elle s'est recouverte, comme d'une peau de bête, du manteau de l'ignorance; elle se vautre dans la boue de la cupidité et de la débauche et son avarice la rive à terre... ^ »
l'hérésie et la sorcellerie au xv^ siècle
Mais il ne suffit pas d'avoir établi que le procès a été mené -régulièrement, d'avoir déterminé les responsabilités qui retombent sur les juges de Rouen. Nous devons entrer dans quelques considérations théoriques et présenter encore certaines idées nécessaires à qui veut entreprendre une lecture sérieuse du procès.
L'accusation de sorcellerie paraît peu fondée, ridicule certes. Du moins s'est-elle répandue de bonne heure.