INTRODUCTION LXIX
pas à sa particulière prudence, si elle n'était prête à croire à son sens et à son propre arbitre plutôt qu'au jugement de son supérieur.
II. — Le second signe qui distingue la bonne renommée spirituelle est la discrétion, c'est-à-dire la promptitude à croire à un conseil : telle est cette vertu, fille d'humilité.
Car il y a des gens auxquels il plaît d'être conduits par leurs propres sentiments et qui marchent suivant leurs propres inventions.
C'est le très périlleux Directeur qui les mène, ou vraiment c'est leur propre opinion qui les pousse. Ils se macèrent de façon exagérée par les jeûnes, ils prolongent les veilles, ils troublent leur cervelle par des larmes plus abondantes qu'il ne convient et ils s'exténuent. Ils ne croient aux avertissements de personne, n'acquiescent à nul conseil, pour vivre de façon plus modérée ; en outre, ils n'ont cure d'écouter les gens savants dans la loi divine : ils méprisent les conseils.
De telles gens, l'auteur prononce qu'ils sont en proie aux illusions des démons ; et l'on doit tenir pour suspect tout ce qu'ils diront en révélations insolites. Et Gerson de rappeler l'aventure de cette femme mariée qu'il venait de rencontrer à Arras.
Cette femme demeurait parfois deux à quatre jours sans prendre de nourriture ; et naturellement elle faisait l'émerveillement de beaucoup de gens.
Le curieux théologien avait parlé avec elle, et il eut tôt fait de découvrir que cette abstinence n'était pas sobriété, mais seulement le fait d'une obstination vaine et superbe ; car, après un tel jeûne, suppliciée par la faim, cette femme mangeait avec une incroyable voracité.
Sur quoi Gerson lui avait demandé comment, dans ces conditions, sans prendre le conseil d'autrui, elle avait suivi une abstinence telle qu'on n'en observe point chez les plus saints et les plus forts.
Elle répondit par des détours où manquait toute humilité; sur quoi, le théologien l'avait admonestée, lui expli-
quant que cette manie du jeûne n'était qu'une folie singulière, qu'elle était déplaisante à son mari, et que la faim qui suivait le jeûne était la pire des choses.
Or Gerson attaquait tous les excès des abstinents de son temps, qui amenaient des maladies incurables, par lésions du cerveau et troubles de la raison ; et il mettait beaucoup de visions au compte des maladies de l'intelligence : les livres de médecine en sont remplis, déclare-t-il. Il notait les manies et remarquait qu'il avait rencontré beaucoup de gens qui paraissaient avoir un bon jugement sur la plupart des choses, et qui devenaient déments en certains cas seulement : tels ceux qui scrutent les arts magiques.
III. — Le troisième signe ^que l'on trouve dans la monnaie spirituelle, c'est la patience : caractère qu'il est parfois, difficile de déterminer, car souvent l'obstination la simule
IV. — Le quatrième signe est la vérité qui donne la configuration et l'inscription légitimes de cette monnaie.
C'est l'Écriture sainte qui est le lieu, l'officine où repose le coin royal de la monnaie spirituelle. Si le denierdiffère, en forme et suscription, de ce coin du roi, sans aucun doute il est faux. Toutefois il peut arriver que la ressemblance du faux denier à un vrai soit telle que la contrefaçon puisse être seulement saisie par les hommes les plus doctes.
Il convient donc de chercher quelles sont les conditions de la vraie révélation.
Première condition : qu'aucun ange, saint ou prophète ne prédise quelque événement futur qui ne soit, en vérité, à venir au sens où lui-même et l'Esprit-Saint l'entendaient; sinon, il s'agit d'une réponse des démons : car ils trompent et sont trompés. Si tu répliques en esprit : « Comment puis-je comprendre que c'est Dieu qui parla? » : voici la réponse : « Tu auras ce signe : si un prophète a annoncé une chose au nom de Dieu, et qu'elle ne se soit pas réalisée, ce n'est pas Dieu qui a parlé ; il s'agit d'une invention du prophète et de son esprit d'arrogance. » — Deuxième condition : si ce qu'un ange ou un prophète a prédit n'arrive pas mot pour mot, l'inspiré recevra révélation de l'Esprit-Saint pour