INTRODUCTION LXXXV
et donner bonne vie au duc d'Alençon, et nous donner bonne paix! » (142.^); tel l'infortuné tailleur d'habits de Notre-Dame-de-Cenilly qui, à Coutances, un jour de marché, ayant bu plus que de raison, déclara aux soldats anglais de faction à l'une des portes de la ville, qu'il préférait le roi Charles au roi Henri.
Ce pauvre habitant de Rugles, qui s'était pris de querelle avec un sergent de la forêt de Breteuil, le dira bien haut : « Je me doute que tantôt le temps changera, par quoi vous, messieurs les officiers du roi d'Angleterre, n'aurez pas si grande audience! » (1425) '.Et, pour Robin Le Peletier, de Valognes, Bedford « n'était qu'un buveur de vin, d'autant et à plein verre, et n'était bon que pour faire et lever tailles et manger le peuple; et ne mettait pas peine à mettre hors de son royaume nos ennemis et adversaires » ; quant à Suffolk, il le tenait pour a un meurtrier de gens » \
Il n'est pas toujours aisé de savoir ce que pense un paysan, un paysan normand surtout.
Dans ces lettres de rémission qui nous les font connaître, documents que leur délivre la chancellerie du roi Henri, les paysans de Normandie sont naturellement en très implorante et humble posture. Mais peut-on croire qu'ils agissaient toujours, comme on le dit officiellement, par terreur des « brigands », c'est-tà-dire des gens insoumis au pouvoir anglais ? N'étaient-ils pas souvent en sympathie avec eux ?
Est-ce toujours par contrainte que ces paysans faisaient passer les rivières aux brigands, qu'ils les accompagnaient dans leurs chevauchées, qu'ils leur procuraient des vivres, qu'ils achetaient pour eux des chevaux bridés et sellés, qu'ils en volaient pour leur compte? Ici, un barbier va soigner des
1 . Actes de la chancellerie de Henri FI concernant la Normandie sous la domination anglaise (1422- 143 5), publiés par Paul Le Cacheux. Rouen, 1907-1908, 2 vol. in-8(5oc. de VHistoirede Normandie, I, p. 108, 194; II, p. 370).