‹ Procès de condamnation de Jeanne d'ArcChapitre 56 sur 182 · INTRODUCTION XCV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XCV

quoi votre conscience vous sert-elle, si, suivant la conscience d'un autre, vous vous exposez à la mort? Si vous êtes un chevalier chrétien, est-ce que les actions du Christ ne sont pas votre instruction, lui qui nous enseigna et ordonna, par la parole et l'exemple, l'humilité et la pauvreté? Vous qui reniez le Christ, pourquoi usurpez-vous le nom de chrétien?... Comment, là où vous devriez donner, osez-vous ravir ce qui n'est pas vôtre ? Pourquoi, dans votre désir de dominer, commettez-vous des rapines, des meurtres, et tous les crimes des gladiateurs, contre la loi et la doctrine de Christ? A qui convient-il d'obéir : à un homme ou au Dieu juste et éternel; au roi mortel ou au Roi créateur et maître des dominations? »

Et le Français exhorte l'Anglais à observer les commandements de la loi de Dieu, à guerroyer ceux qui ne les suivaient pas, et les infidèles; à combattre pour la foi du Christ et son Eglise ; à s'abstenir de sacrilèges et de rapines ; à protéger les orphelins, les veuves; à n'opprimer personne. c( Voilà un conseil salutaire, réplique l'Anglais : mais il m'est suspect, venant d'un Français; car, sans doute, on dit cela pour affaiblir notre armée; et vous craignez qu'elle ne vous nuise davantage. — F. Je crains Dieu, à qui rien ne peut être caché, et non pas vous, les Anglais, iniques persécuteurs de France! — A. Dites plus, vos bourreaux, à cause de vos iniquités ! — F. Ajoutez nos persécuteurs. Car nous souffrons pour la justice, à l'instar des bienheureux, et grande sera notre récompense ; et, à grand martyr, nous recouvrerons notre royaume sur les infidèles. Et cela, nous l'avons su de Dieu ; car nous fûmes toujours miséricordieux, et non de violents tyrans. Vous, les Anglais, vous combattez des chrétiens, et les occisez, en sorte que vous augmentez la force des infidèles; mais Dieu et le monde savent votre injustice et votre iniquité. Et votre roi, qui a méprisé les commandements de Dieu, de même qu'il a été le premier sur le trône, ainsi, dans les peines d'enfer, il obtiendra la première place, — A. Pour quelle faute, je vous prie? — F. Pour son désir de dominer; pour sa

Procès de Jeanne d'Arc. — II. g

volupté de tyrannie ; pour son apostasie de Dieu et de ses commandements. — A. Maisqui peutarrêter notre roi, l'amender et le reprendre? Ce n'est pas nous, ses sujets. — F. Tous, unis ensemble, vous pouvez vous séparer de sa cause ; mais, comme vous êtes tous consentants, vous êtes tous coupables! — A. Qjui peut nous reprendre alors, notre roi et nous ? — F. Nul excepté le Souverain, l'Unique et Indubitable Pontife... — A. Certes, nous sommes pour vous un fléau, afin que vous soyez corrigés, comme par une verge de correction. Et, si cela ne plaisait pas à Dieu, on ne l'aurait pas vu durer si longtemps. »

Mais le bon Anglais voudrait bien être du parti de Dieu et acquérir tout de même la cité future du ciel, que le Français déclare perdue, ou fort lointaine, pour lui.

« A. Pourquoi ? — F. Parce que vous avez suivi les traces de l'Antéchrist et méprisé la vie et doctrine du Christ. — A. En quoi? — F. Presque en toutes choses. — A. Spécifiez-le. — F. Le Christ, par sa vie et sa doctrine, nous enjoignit humblement d'observer la charité et la pauvreté volontaire ; mais vous, dans votre grand orgueil, vous ne vous êtes pas contentés d'un très riche royaume; dans votre désir de dominer, vous n'avez pas craint de prêter la main à l'occision du Christ ; et, dans un esprit sacrilège, délaissant Dieu, offensant ses préceptes et commandements, vous avez perpétré tous les crimes les plus horribles, en vrais ministres de l'Antéchrist. — A. En quoi avons-nous démérité en voulant augmenter notre pays? — F. Ingrats, Dieu vous a donné une terre suffisante : pourquoi, puisque Dieu vous a réparti tant de dons, avez-vous répondu par tant de maux? — A. Quels maux ? — F. Tous les homicides et les autres. — A. Sans homicides il n'y a pas de guerres. — F. C'est pourquoi elles doivent être détestées entre frères. — A. Nous avons aussi été massacrés à notre tour. — F. A bon droit, et bien par votre faute. Car injustement vous avez provoqué la guerre; et nous, suivant la justice, nous avons repoussé F injuste. Or, puisque vous n'avez pas craint de lever la main pour occire le Christ, son sang est sur votre tête; et les chefs d'Israël

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