‹ Procès de condamnation de Jeanne d'ArcChapitre 57 sur 182 · INTRODUCTION XCVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XCVII

seront massacrés sur les montagnes; et le bouclier de votre Antéchrist sera jeté à terre ! — A. Pourquoi détestez-vous tant les homicides? — F. Parce que rien n'est plus terrible que la mort. A vos gens d'affaires, laïcs ou profanes, les autres ruses eussent dû suffire, dans leur désir de rechercher les pompes, sans répandre pour cela le sang chrétien. Est-ce que toute créature ne tend pas à la conservation de son espèce? Pourquoi, alors, vous montrer plus cruels que tout.

« Les végétaux, les animaux féroces, même les plus forts, les plus rusés, épargnent leur espèce ; lorsqu'ils sont attaqués par une autre espèce, ils se portent secours; et, quand ils ne le peuvent, ils montrent signes de douleur, pleurent et aboyent. Mais vous, comme des loups enragés, affamés, vous n'avez pas eu honte de dévorer, de mettre à mort une espèce humaine, autant qu'elle peut l'être, belle, pieuse, catholique. Voyez les bœufs, les sangliers, et les autres bêtes brutes, est-ce que, de toutes leurs forces, elles ne conservent pas leur espèce ? — A. Nous faisons ce que firent nos pères, et nous marchons dans leurs voies. Il importe de suivre leurs traces. — F. Sans doute. — A. J'ai donc ce que je désire. — F. Oui, parce que vous avez équivoque sur le nom de père, et parlé du père mortel. iMoi je déclare qu'il s'agit des traces du Père Éternel, notre Créateur et Rédempteur qui est dans les cieux, dont la volonté soit faite au ciel et sur votre terre et la nôtre! — A. Certainement..., certainement... — F. Vous paraissez quelque peu réduit et convaincu. »

Et le chevalier français de développer des idées mystiques sur la misère et l'ordure humaines, sur l'efficacité de la prière, de la confession et de la pénitence, sur l'amour de Dieu et du prochain. L'Anglais répond que, s'il le croit, le renom de son courage passé disparaîtra; qu'il sera la fable des gens et la honte de ses parents.

« F. Plus malheureux encore est celui qui perd son âme, et qui rejette les biens éternels pour des biens passagers. — A. due pensez-vous donc que l'on doive préfé-

rer à la gloire et à la bonne renommée? Tous les chevaliers ne combattent-ils pas pour cela? — F. Le diable aussi recherche la gloire des œuvres divines. Ne vous glorifiez pas dans le vent et par les fables ! — A. Qu'arrivera-t-il de nos amis, de nos compagnons, de nos milices, de nos provisions, de notre trésor? Et le pays, et nos princes, dont j'ai recherché la grâce, que feront-ils? — F. Ils périront, et vous avec eux ; ainsi le grain semé parmi les pierres ne produira point de fruits ! — A. Je ne veux point périr, et voudrais bien que la paix fût faite entre nous, pour que, mon honneur sauf, je puisse acquiescer à vos conseils. — F. A nous, comme aux hommes de bonne volonté, la paix est due, par droit du nouveau Testament : mais vous, qui Tavez déchirée, comme ministres d'Antéchrist, vous êtes incapables de l'obtenir. »

Une addition fut faite à ce traité, deux ans plus tard. L'Anglais revenait de son pèlerinage et reprenait son'colloque avec le Français. L'entretien ne porta plus cette fois sur des idées morales, mais sur la justice de leur cause envisagée suivant l'histoire.

« F. N'avez-vous pas honte de tant d'impiétés par vous commises au très chrétien royaume de France? — A. Non. — F. Pourquoi? — A. Parce que j'ai fait justement une juste guerre. Nous recherchons votre terre suivant un commandefnent juste du roi de France et d'Angleterre; et j'en suis bien informé par des personnes puissantes, savantes et pontificales. »

Et l'Anglais d'expliquer la succession du roi Edouard et l'héritage féminin d'Isabelle ; arguments que rétorque le Français.

Ce dernier lui donne cette raison qu'une femme ne peut régir le royaume de France, parce que cet office est un sacrement. Et il énumère les prérogatives du saint royaume : le lis apporté par un ange à Clovis, l'ampoule sacrée donnée à Reims, les miracles que fait le roi par l'imposition des mains.

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