‹ Procès de condamnation de Jeanne d'ArcChapitre 61 sur 182 · INTRODUCTION CIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION CIII

drame. Mais c'est au cours du procès qu'elle nous apparaît vivante.

Car Jeanne demeure surtout un trésor de la France, le beau fleuron chrétien jaillissant des ruines du pays. Figure idéale qui ne nous semble si rare chez les paysans que parce qu'ils sont éternellement calomniés. En fait, le père de Jeanne fut un bon cultivateur assez aisé, possédant des chevaux et du bétail, et même doyen de son village.

Or, on voit qu'en ce temps-là un religieux français ' résumait ses instructions pour ses sœurs, demeurées à la campagne, et dont l'aînée pouvait avoir vingt-six ans : « Vous, mes six sœurs, restez ensemble sans entrer en religion, sans demeurer dans les villes durant la vie de nos père et mère. Vous serez avec eux, et vivrez de votre labeur; et de l'héritage qui peut vous appartenir, vos frères, je pense, n'en prendront rien. Vous ne demanderez d'autre mari que Dieu. »

Et il leur adressait cet enseignement d'être sans pompe et sans orgueil dans leurs vêtements, en gardant toujours une honnêteté suffisante :

« Vous direz vos Heures et autres oraisons, à certaines heures, au matin, à tierce, à vêpres et au coucher. Vous entendrez la messe, le plus souvent qu'il vous sera possible ; le reste du temps, vous travaillerez diligemment pour éviter la paresse, mère de tous les maux, comme on peut le voir dans les villes où les filles ne travaillent pas. Vous vivrez le plus sobrement que vous pourrez; vous ne boirez pas de vin sans eau, ni beaucoup, et vous ne vous remplirez point de viande; et vous ne mangerez pas d'épices, d'oignons, ni d'autre nourriture qui engendre de périlleuses chaleurs. Vous vous confesserez souvent, chaque semaine, à chaque grande fête ; car la confession est une chose qui plaît fort à Dieu, et qui

1. Gerson, Discours sur TexccUence de la virginîlc, III, éd. Ellies Dupin, col. 840.

empêche de pécher. Vous recevrez avec dévotion le vrai pain divin qui nourrit l'âme, c'est à savoir le corps de Notre Seigneur. Ayez bonne paix ensemble, et encouragezvous à faire le bien, deux à deux. Vous ne médirez pas d'autrui; vous n'aurez aucune haine. Que la plus grande soit comme la plus petite; et vous servirez de bon cœur vos père et mère. Gardez-vous bien de parler à un homme étranger, excepté en public, et le moins souvent que vous pourrez. Et n'ayez pas cure d'aller aux danses et aux autres doux ébattements, où il y a plus de folie que de bien. J'aurais grand plaisir, et ce serait très profitable, à ce que vous puissiez apprendre à lire en français; car je vous enverrais des livres de dévotion; et je vous écrirais souvent, avec grand plaisir. Pourquoi demanderiez-vous la charge de mariage pour laisser la franchise de cette vie, plus sainte, plus sûre et dévote ? »

C'est dans les Exercices discrets des simples dévots qu'on trouve ces maximes transcendantes pour la femme : « Elle doit apprendre à penser à Dieu, sans rien de corporel, sans image, afin qu'elle n'imagine pas, à son sujet, une chose grande ou petite, longue ou courte, blanche ou noire, çà et là, existant en tel lieu ou ailleurs \ »

Mais les sœurs de Gerson n'avaient pas idée de se marier: ce ne fut jamais l'intention de Jeanne. Le père Charlier écrira d'elles à son fils : « La grâce Dieu, premièrement elles aiment Dieu et redoutent péché; elles jeûnent un jour ou deux la semaine, et disent tous les jours leurs Heures de Notre Dame; et Marion les a apprises depuis que son mari est mort. Et n'aperçois point qu'elles se veuillent marier, à nul état, jusqu'à tant qu'il plaira à nous et à vous. » « C'est ce que notre bon père m'a écrit à votre sujet, mes sœurs. Hé Dieu ! notre Sauveur, quelle joie, quelle consolation ai-je prises et prends chaque fois à entendre ces paroles, à écouter ces nouvelles ! Tu sais, vrai Dieu, que c'est ma prière

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