‹ Procès de condamnation de Jeanne d'ArcChapitre 67 sur 182 · ICI COMMENCE LE PROCES EN MATIERE DE FOI CONTRE UNE DÉFUNTE · texte numérisé non relu

ICI COMMENCE LE PROCES EN MATIERE DE FOI CONTRE UNE DÉFUNTE

FEMME, JEANNE, VULGAIREMENT DITE la Pucellc.

A tous ceux qui verront ces présentes lettres ou instrument public, Pierre', par la miséricorde divine évêque de Beauvais, et frère Jean Le Maistre % de l'ordre des frères Prêcheurs, député et commis dans le diocèse de Rouen, et spécialement chargé de suppléer dans ce procès religieuse et circonspecte personne maître Jean Gravèrent 5, du même ordre, éminent docteur en théologie, inquisiteur de la foi et de la perversité hérétique, député, par l'autorité apostolique, dans tout le royaume de France ; salut en l'auteur et consommateur de la foi, Notre Seigneur Jésus-Christ !

Il a plu à la céleste providence qu'une femme du nom de Jeanne, vulgairement appelée la Pucelle, ait été prise et appréhendée par de célèbres hommes d'armes dans les bornes et limites de nos diocèse et juridiction ^. Le bruit 5 s'était déjà répandu dans beaucoup d'endroits que cette femme, absolument oublieuse de l'honnêteté qui convient à son sexe, ayant brisé le frein de vergogne, au mépris de toute pudeur féminine, portait, avec une étonnante et monstrueuse audace, des habits indécents appartenant au sexe masculin. On rapportait en outre que sa présomption s'était avancée à ce point qu'elle n'avait pas craint de faire, de dire, de répandre beaucoup de choses contraires à la foi catholique et lésant les articles de

Procès de Jeanne d'Arc. — II. i

la croyance orthodoxe. En ce faisant, tant dans notre propre diocèse qu'en plusieurs autres lieux de ce royaume, elle était réputée coupable de graves délits .

Ces faits étant parvenus à la connaissance de notre mère l'Université de Paris et de frère Martin Billorin ^, vicaire vénérai de monseigneur l'inquisiteur de la perversité hérétique, ceux-ci s'adressèrent aussitôt à très illustre prince monseigneur le duc de Bourgogne 7 et à noble seigneur Jean de Luxembourg^, chevalier, qui, en ce temps, tenaient ladite femme en leur puissance et autorité; et ils les requirent instamment, ajoutant sommation sous peines juridiques, au nom dudit vicaire, de nous rendre et envoyer ladite femme, ainsi diffamée et suspecte d'hérésie, comme à son juge ordinaire.

Nous évêque susdit, comme il appartient à notre office pastoral, désirant travailler de toutes nos forces à Texaltation et promotion de la foi chrétienne, avons donc résolu de poursuivre une légitime enquête sur ces faits, d'ailleurs si parfaitement divulgués, et comme le droit et la raison le conseillaient, de procéder avec mûre délibération aux actes ultérieurs qui sembleraient nous incomber.

C'est pourquoi nous avons requis lesdits prince et seigneur, sous les peines de droit, de remettre à notre juridiction spirituelle ladite femme pour être jugée; de son côté, le très sérénissime et très chrétien prince, notre sire le roi de France et d'Angleterre ^ les a requis dans ce même but. Enfin très illustre seigneur, le duc de Bourgogne, et le seigneur Jean de Luxembourg prêtant un acquiescement bénin auxdites requêtes '°, et désirant, dans leurs âmes catholiques, l'accomplissement d'actes qui leur paraissaient propres à l'accroissement de la foi, ont rendu et expédié la dite femme au roi notre sire et à ses commissaires. Ensuite sa royale providence, enflammée du désir de favoriser la foi orthodoxe, à nous, évêque, a livré cette femme, afin que nous fissions une enquête complète sur ses faits et dits avant de procéder plus avant, conformément aux lois ecclésiastiques. Cela fait, nous avons demandé à l'insigne et célèbre chapitre de l'église de Rouen, détenteur de

l'administration de toute juridiction spirituelle durant la vacance du siège archiépiscopal, de nous accorder territoire dans la ville de Rouen afin d'y conduire ce procès; ce que libéralement et gracieusement il nous a concédé". Mais avant d'intenter aucune autre procédure contre cette femme, nous avons jugé bon de prendre, dans une grande et mûre délibération, l'avis des personnes lettrées et expérimentées'^ en droit canon et civil dont le nombre, par la grâce de Dieu, était considérable dans cette ville de Rouen.

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