DUC DE BOURGOGNE
Très haut et très puissant prince et notre très redoute et honoré seigneur, nous nous recommandons très humblement à votre noble hautesse. Bien que naguère, notre très redouté et honoré seigneur, nous ayons écrit à votre hautesse, en la suppliant très humblement, afin que
cette femme dite la Pucelle étant, par la grâce de Dieu, en votre sujétion fût remise aux mains de la justice de l'Église pour lui faire dûment son procès sur les idolâtries et autres matières touchant notre sainte foi, et pour réparer les scandales survenus en notre royaume à son occasion, ainsi que les dommages et inconvénients innombrables qui en sont résultés : toutefois nous n'avons eu aucune réponse sur cela et nous n'avons point su que, pour faire sur le cas de cette femme discussion convenable, aucune provision ait été donnée. Mais nous craignons fort que par la fausseté et séduction de l'Ennemi d'enfer, et par la malice et subtilité de mauvaises personnes, vos ennemis et adversaires, qui mettent tout leur soin, comme on le dit, à vouloir délivrer cette femme 3° par moyens subtils, elle ne soit mise hors de votre sujétion par quelque manière (ce que Dieu ne veuille permettre !). Car, en vérité, au jugement de tous les bons catholiques conscients, si grande lésion en la sainte foi, si énorme péril, inconvénient et domrnage pour toute la chose publique de ce royaume, n'arriveraient de mémoire d'homme, comme ce serait, si cette femme partait, par telles voies damnées, sans réparation convenable. Mais ce serait, en vérité, grandement au préjudice de votre honneur et du très chrétien nom delà maison de France 31, dont vous et vos très nobles progéniteurs avez été et êtes toujours les loyaux protecteurs et les très nobles membres principaux. Pour ces causes, notre très redouté et souverain seigneur, nous vous supplions de nouveau, très humblement, en faveur de la foi de Notre Sauveur, pour la conservation de la Sainte Église et protection de l'honneur divin, et aussi pour la grande utilité de ce royaume très chrétien, qu'il plaise à votre hautesse remettre cette femme entre les mains de l'inquisiteur de la foi, et l'envoyer sûrement par deçà, ainsi que nous l'en avons suppliée autrefois, ou bailler ou faire bailler cette femme à révérend père en Dieu monseigneur l'évéque de Beauvais, en la juridiction spirituelle duquel elle a été appréhendée, pour lui faire son procès en la foi, comme il appartiendra par raison, à la gloire de Dieu, à l'exaltation de notre dite sainte foi, et au profit des bons et loyaux catholiques, et de toute la chose publique de ce royaume, et aussi à l'honneur et louange de votre dite hautesse, laquelle Notre Seigneur veuille maintenir en bonne prospérité et finalement lui donner sa gloire. Écrit 32,,.
ITEM s'ensuit la TENEUR DE LA LETTRE DE NOTRE DITE MÈRE l'uNIVERSITÉ