‹ Procès de condamnation de Jeanne d'ArcChapitre 91 sur 182 · LUNDI 12 MARS. AUTRE SEANCE · texte numérisé non relu

LUNDI 12 MARS. AUTRE SEANCE

Item, le lundi suivant, douzième jour du mois de mars, comparut dans notre maison d'habitation à Rouen, religieuse et discrète personne frère Jean Le Maistre, de l'ordre des frères Prêcheurs, cidessus nommé, vicaire dudit seigneur inquisiteur de la perversité hérétique au royaume de France ; présents vénérables et discrètes personnes seigneurs et maîtres Thomas Fiesvet '°°, Pasquier de Vaulx^o', docteurs en décret, Nicolas de Hubent 5°^^ secrétaire apostolique, et frère Ysambard de La Pierre '°\ de l'ordre des frères Prêcheurs. Et nous, évêque susdit, avons exposé à notre vicaire que jadis, au début du procès par nous commencé en matière de foi contre cette femme vulgairement nommée la Pucelle, nous avions sommé et requis ledit vicaire de s'adjoindre au présent procès, offrant de lui communiquer les actes, les preuves et autres choses quelconques que nous possédions concernant cette matière et le procès. Mais ledit vicaire avait fait quelques difficultés de s'adjoindre au procès, étant seulement délégué pour la ville et le diocèse de Rouen ; et le procès était conduit devant nous à raison de notre juridiction de Beauvais, en territoire concédé. C'est pourquoi, pour plus grande sûreté en cette besogne, pour plus de précaution, sur le conseil de gens experts, nous avons conclu d'écrire au seigneur inquisiteur lui-même, lui requérant de se rendre en cette cité de Rouen, ou au moins de députer spécialement son vicaire en cette affaire, qui aurait toute puissance de par le seigneur inquisiteur pour conduire et terminer ce procès, ainsi que ces choses sont rapportées plus haut et plus longuement. Or, après que ledit seignetir inquisiteur eut nos lettres, déférant bénignement à notre

réquisition, pour l'honneur et l'exaltation de la foi orthodoxe, il commit et députa spécialement ledit frère Jean Le Maistre, pour conduire et mener à fin cette cause, par ses lettres patentes, munies et fortifiées de son sceau, dont la teneur suit. C'est pourquoi nous sommions et requérions ledit frère Jean Le Maistre, suivant la teneur de sa commission, de s'adjoindre à nous dans ce dit procès.

A quoi ledit frère nous répondit qu'il verrait volontiers ladite commission à lui adressée, le procès signé des seings des notaires, et tout ce que nous voudrions lui communiquer; ces documents vus et considérés, il nous donnerait réponse, et ferait son devoir pour l'office de la sainte inquisition. Mais nous lui dîmes alors qu'il avait été présent à une grande partie du procès, où il avait pu ouïr bien des réponses de ladite Jeanne ; et que d'ailleurs nous étions consentant et tout disposé à lui communiquer le procès, et tout ce qui s'était fait en cette matière, afin qu'il les vît et en prît connaissance.

SUIT LA TENEUR DE LA LETTRE DE COMMISSION ADRESSÉE PAR LE SEIGNEUR INQUISITEUR ET MENTIONNÉE PLUS HAUT

A son cher fils en Christ frère Jean Le Maistre, de l'ordre des frères Prêcheurs, frère Jean Gravèrent, du même ordre, humble professeur en théologie sacrée et inquisiteur de la perversité hérétique, député au royaume de France par l'autorité apostolique, salut en l'auteur et consommateur de la foi, notre Seigneur Jésus-Christ. Comme révérend père en Christ et seigneur, monseigneur l'évêque de Beauvais, nous avait écrit surle fait d'une certaine femme du nom de Jeanne, vulgairement nommée la Pucelle, par ses lettres patentes dans les termes qui suivent : « Pierre, par la miséricorde divine évêque de Beauvais, à vénérable frère, maître Jean Gravèrent, etc.. » Et comme, légitimement empêché, nous ne pouvons présentement nous rendre commodément à Rouen, confiant dans votre zèle et discrétion en tout ce qui concerne notre office, ainsi que dans le fait et aftaire de ladite femme jusqu'à sentence définitive inclusivement, nous vous avons commis spécialement et nous vous commettons par la teneur des présentes, espérant qu'à la louange de Dieu, à l'exaltation de la foi et édification du peuple, vous y procéderez justement et saintement. En témoignage de quoi le sceau dont nous usons en cet office

est apposé à ces présentes. Donné à Coutances, l'an du Seigneur 143 1, le quatrième jour du mois de mars. Ainsi signé : N. Ogier 5°4.

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