I. premières écritures du procès
Les greffiers du procès de réhabilitation furent Denis Comitis ou Lecomte et François Ferrebouc, tous deux notaires en l’Université de Paris. Présents à la première journée de la cause, institués légalement à la seconde, ils minutèrent et instrumentèrent sans interruption depuis le commencement jusqu’à la fin. Mais l’instance établie sur divers points /lu royaume à la fois, les obligea de commettre plusieurs substituts en leur lieu et place. Les dépositions des témoins, qui sont la partie capitale du procès, se trouvent par là avoir été généralement recueillies et traduites en latin par des clercs étrangers. Sans parler des informations de 1452 dont les écritures avaient pour auteurs Socius ou Compaing’ Votes et Jean Daùvergne , tous deux de Rouen , celles de Lorraine faites en janvier 1456 à Domrémy, à Vaucouleurs et à Toul, furent rédigées par Dominique Dominici, notaire d’Elglise à Toul ; celle d’Orléans , faite en février et mars de la meme année , eut pour greffier Guillaume ou Gérard de la Salle (2), que les juges appelèrent encore à recueillir,
(2) Od le trouve dans l'instrument sous ces deux prénoms. Voj. t. 111 , p. 2 et 118.
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au mois de mai, les dépositions des cinq derniers témoins de Paris. Hugues et Henry Bellièvre , attachés à la cour ecclésiastique de Lyon , reçurent à la fin de mai , le témoignage de Jean d'Aulon, maître d'hôtel de Jeanne d’Arc, et l'envoyèrent aux juges sans l'avoir traduit de français en latin ^ ce qui est peut-être cause qu'il fut inséré tel quel au procès. Il est le seul qui soit dans ce cas. Quant à Comitis et Ferrebouc , ils rédigèrent seulement les informations de Rouen et de Paris commencées en décembre et janl^ier, complétées en mai 1456. Il ne paraît pas du resle qu'ils aient eu besoin de substituts pour la rédaction des procès-verbaux ni pour l'instrumentation des actes du tribunal.
On n'a jamais signalé l'existence dans aucun dépôt d'archives des originaux ou minutes qui formèrent le dossier de la réhabilitation. Il est vraisemblable que tout cela a péri depuis longtemps. Je crois en avoir trouvé trace dans un document postérieur de peu d’années au procès. C'est un inventaire dressé vers 1460 des a Sacs et lectres du Roy estans à Tours (l). » L’article 15 en est ainsi conçu : a Item cc ung autre sac de besongnes communes, ouquel est « l’appoinctement de Xaincoins , le seellé de monseigneur « Prégent de Coictivy , le fait de la PuceUe et plusieurs « autres besoingnes. » S'il faut entendre par c( le fait de la PuceUe les papiers de la réhabilitation, on concevra que ces papiers aient été de bonne heure perdus ou détruits , ayant été portés dans on château de province au lieu d'avoir leur place dans l'un des grands dépôts de la couronne.
(1) L’original de cet inventaire est dans le manuscrit SUS de la Biblio> thèque nationale , fol. 8 f .
NOTICE
11. De deux modes de rédactioii appliqués é Fiostraaieiit de praeéa.
Il s'en faut que le mérite des hommes à qui nous devons la rédaction de ce procès ait égalé celui des auteurs de l'instrument de la condamnation. Aussi n'existe-t-il aucune proportion entre le mérite littéraire des deux ouvrages. Autant Tun est rapide, dégagé, clair, autant l'autre est di£Fus et confus. Cela dépend de ce que le tribunal ne s'immisça pas dans la rédaction. Les deux greffiers en eurent toute la charge , et quoique Ferrebouc ait joui dans son temps d’une certaine réputation de lettré (1) , il est certain qu'il n'était qu'un écolier en comparaison de Thomas de Conrcelles.
Leur tache, il faut le reconnaître, fut rendue très-laborieuse par ta quantité et la longueur des pièces produites au tribunal , pièces qui d'après l'usage de ce temps-la , devaient être transcrites intégralement dans l'acte définitif. Or, le procès de condamnation tout entier, minute , rédaction latine et instrument de la sentence , avait été remis entre les mains des juges, qui agréèrent en outre les informations de 1452, et huit mémoires consultatifs choisis dans le nombre de ceux que la solennité du débat et les exhortations du roi avaient fait pleuvoir de toutes parts. Tout cela faisait bien en volume deux fois autant que la cause déjà fort longue par elle-même. En présence de cette masse de documents, Comitis et Ferrebouc ne songèrent pas d'abord s'éloigner des pratiques ordinaires. Ils rédigèrent l'instrument de la réhabilitation en forme de lettres patentes où les juges, qui y parlaient d'un bout à l’autre à la première personne, énonçaient toute la suite de la procédure, insertion faite en leur
(1) Voj. t. 11 , p. 95, note 1.
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lieu des actes décernés et des pièces produites. Dana cette forme fut exécutée une copie du procès dont il nous reste des fragments considérables dans le fameux manuscrit de d'Urfé de la bibliothèque nationale. Mais cette copie une fois faite ne reçut point de caractère authçntique, soit que les juges ne Paient point approuvée, soit que de leur chef les greffiers aient trouvé leur travail trop peu satisfaisant pour Texpédier dans cet état.
Ils recommencèrent donc à frais nouveaux, et cherchèrent cette fois à convertir en un recueil méthodique ce qu'ils n'avaient pas pu rédiger convenablement dans la forme accoutumée des documents judiciaires. Les copies authentiques que nous avons du procès , sont le résultat de ce deuxième travail.
Voici en quoi la seconde rédaction diffère de celle qui l’a précédée :
1® Le protocole est précédé d’une préface où les greffiers exposent le mode de division qu'ils ont cru devoir appliquer à leurs matières.
2® Les faits de la cause ne sont plus présentés sous la garantie des juges, mais sous celle des greffiers qui nomment les juges à la troisième personne et eux-mémes à la première toutes les fois qu'ils interviennent dans le récit.
3® La déduction du procès est scindée en sept périodes qui forment sept chapitres , entre lesquels ont été intercalés deux chapitres complémentaires pour contenir , l'un les informations, l'autre les avis doctrinaux Admis par le tribunal.
4® Les greffiers, selon ce qu'ils disent dans leur préface (1) , ayant délivré sous leurs seings trois expéditions du procès, ne crurent devoir insérer que dans une seule
KOTICE
les ëcritares de la condamnation. Or, comme de ces trois expéditions, noos en possédons seulement deux qoi ne contiennent pas lesdites écritores , il résulte de cette absence meme , que les manuscrits qui sont pour nous Tinstrument légal de la réhabilitation , présentent une différence de plus avec la rédaction première.
La description des manuscrits achèvera de mettre en relief le fait, dont personne ne s'est aperçu jusqu’ici, de deux rédactions consécutives données à la procédure de 1456.
Hl. De U rédaction fideiiM dn rinatraiiMnt définitif.
Pour avoir subi les divisions et réductions qui viennent d'étre énumérées, Tinstrument définitif de la réhabilitation n’en est pas d'une lecture plus facile. On se perd dans la prolixité des procès-verbaux et dans celle, non moins grande, des pièces justificatives dont ils sont surchargés, comme citations, rapports, requêtes, mémoires de parties, elc.
En outre, les manuscrits témoignent d'une extrême négligence de la part des greffiers, non-seulement par l'incorrection des textes , mais encore par des fautes de rédaction qu'on est surpris de rencontrer dans un acte revêtu d'un caractère légal.
Ainsi . par exemple, les nombres , qu'ils soient exprimés en chiffres ou écrits en toutes lettres, sont presque toujours fautifs. Dès le début de la cause, cela produit une confusion inextricable. On y a daté du 17 novembre 1455 une première comparution , à la fin de laquelle les parties sont ajournées pour le 7 du même mois (1). Cette date impossible du 7 novembre revient dans le procès-verbal sui-
(1) T. Il, p. dS, 90h 91.
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Tant (1). En recourant à la rédaction primitive (2) , on trouve rajonrnement prononcé pour le 17, tandis que la démarche préliminaire n^est datée que par à peu près a paucis dira temporibus. D'après cela , si l’on est dans le vrai en attribuant à l’ajourhcment la date de la comparution , Test-on également en opérant la transposition inverse?
Les prénoms, tant des témoins que des officiers du tribunal, sont une source d’erreurs non moins fréquentes. L’un des premiers fonctionnaires du royaume , Raoul de Gaucourt, est appelé Jean de Gaucourt (3)*, Nicolas Taquel| greffier au premier procès et témoin au second , est devenu Pierre Taquel (4) ; un certain De la Salle , notaire d’église employé plusieurs fois par le tribunal pour recueillir les informations, est appelé tantôt Guillaume tantôt Gérard, comme je l’ai déjà fait remarquer (5) ; etc., etc.
Pour ce qui est du style même des procès-verbaux , il arrive qu’en plusieurs endroits le discours est resté dans la boucbe des juges, comme il était primitivement, faute d’avoir changé de personne les verbes et les pronoms. On trouvera de nombreux exemples de cela dans l’édition (6).
Ailleurs , c’est la rédaction du procès-verbal d’une même audience qui diffère de l’un à l’autre des deux manuscrits (7). Une irrégularité encore plus grave se présente sur le procèsverbal de l’audience du 9 juin 1456, où les intimés furent forclos par contumace du droit de parler contre lesproduc^ tions. Les deux manuscrits commencent par être d’accord
(2) T. III, p. 372.
(3) T. lU.p. 16.
(6] Ci-deuu8, p. 43?.
{«) T. Il,p. I&l, >S!,2«>S, 266; III, p. 118, 216.
(7) T. III, p. 266, 268,297.
NOTICE
fur une certaine rédaction , d'après laquelle le tribunal aurait, le même jour, entendu la requête des demandeurs et prononcé la forclusion des intimés (1). Puis après cela se présente dans Tun des mêmes textes un récit tout différent d'après lequel les juges, ouïe la demande, auraient remis au lendemain à se prononcer, tam ex ojfido quant alias : ce qui amène une audience de plus , laquelle a son procès-verbal à part (2).
Tout cela démontre que les expéditions authentiques sont sorties du greffe sans avoir été collationnées; que Comids et Ferrebouc les ont signées les yeux fermés, s'en remettant des fautes commises par leurs clercs à l'excellence de la cause.
IV. Description du Manuscrit unique de la rédaction première.
Bibliothèque nationale y manuscrit de d*Urfé. — C'est un volume in-folio maximo, en vélin de choix de 51 sur 30 centimètres; doré sur tranche, avec reliure en veau vert, le dos maroquiné rouge, au chifire de Napoléon. Sur les plats ont été rapportés des cuivres ciselés qui appartenaient à une reliure plus ancienne , savoir, deux écussons vairés et timbrés , qui sont les armes de la maison d'Urfé , plus huit encognures composées d'emblèmes où s'entrelacent, avec la devise vifi , les chiffres I et C.
294 feuillets cotés d'abord en chiffres romains de j à xxxj y puis de 1 à 261 en chiffres arabes.
Deux écritures bien distinctes alternent l'une avec l'autre à diverses places du manuscrit. L'une est la cursive coulée du temps de Louis XII , l'autre est la plus belle gothique de la chancellerie de Charlés Vil. Ces alternatives produisent une telle confusion que personne jusqu'ici n'a pu s'y
DES PIÈGES DE LA RÉHABILITATION
reconnaître. La 4^scription du volume doit donc être en même temps une discussion, d’où ressortira avec plus d’évidence le fait précédemment allégué, qu’il y a eu deux rédactions difiEirentes de procès de réhabilitation.
La clef du manuscrit de d'Urfé consiste à bien séparer ce qui est d’une écriture et ce qui est de l’autre. C’est pourquoi je vais opérer d’abord la distinction en dénombrant les matières du manuscrit par groupes qui indiqueront de laquelle des deux mains elles sont tracées.
1® Écriture duXFl* siècle. Du fol. coté j. au fol. xxxj. se trouve le journal du siège d’Orléans commençant, sur la première page, par son titre ordinaire : Petit traicté par manière de cronique^ etc. (l). Ensuite, à partir du premier feuillet marqué en chifiBres arabes, vient l’instrument du procès de condamnation : In nomine do^ mini amen. Incipit processus , etc., jusqu’aux mots ego non deponerem sine Uceniia dei de l’interrogatoire du 3 mars, lesquels terminent le verso du fol. 16, et sont suivis d’une réclame Item dit qui annonce la suite au. recto fol. 17.
V 2® Écriture du XF* siècle. En haut du recto fol. 17, Item dit que la demoiselle de Luxambourgy etc., et toute la suite de ce que 'j’ai dit être la minute française (2). Cela se termine au verso fol. 34 où commence une nouvelle transcription de l’instrament latin. In nomine domini amen. Incipit processus y etc., lequel instrument est cette fois complet. Il est suivi de l’instrument de la sentence, Deinde sequitur ténor sentencie seu sentenciarum contra eamdem Johannam late seu latarum , qui va du verso fol. 96 au verso fol. 100. Après vient la déposition de Jean d’Aulon, Sequitur consequenter deposicio nobilis
(1) Voj. la aaite à notre t. IV, p. 95.
(2) Gi'dessua, p. 385 et 397.
NOTICE
iiiVi , etc. (1) , qui nous transporte en plein procès de réhabilitation, c'est-à-dire aux procès*verbaux des audiences du 9 et du 10 juin 1456, interrompus au bas du xerso fol. 103 par les mots per deffunctum magistrum Petrum Cauchon, et la réclame loquentes, d'une écriture plus moderne, qui annonce le fol. 104.
3® Écriture du XFP siècle. Recto fol. 104 : Loquentes qui veriuiicni non enunciarunt, etc. C'est le dernier paragraphedeje ncsaisquel mémoire qui nous ramèneau premier procès parla copie des annexes de la condamnation ; et à la fin de ces annexes , au verso fol. 1 10 : Finis processus condemnacionis Uhri Sancli Vicioris. Puis, au fol. 111 : Hic est initium libri absolucionis , titre qui est suivi de la préface des greffiers mise en tête de la seconde rédaction : Exigit radonis ordoy etc.
4® Écriture du XF^ siècle. Recto fol. 1 13. L'intitulé du procès de réhabilitation tel que nous le rapportons p. 367 de notre troisième volume : Continet istud opus processum judicidlem^ etc., avec toute la suite de la procédure mise en forme de récit dans la bouche des juges. Le document continue dans cette forme jusqu'au bas du verso fol. 240/ où il s'interrompt par la phrase , brevissimo temporis spa-cio Cenomanniay Normannuiy Acquitania que multis annis per Anglicos occuppata juerat absque pene sanguinis
Gallorum effusione phrase qui est d'un mémoire
justificatif écrit par Martin Berruyer , évéque du Mans.
6® Écriture du XFP siècle. Recto fol. 241. Copie de la rédaction définitive du procès de réhabilitation tel qu'il existe dans le manuscrit de Saint-Victor, à partir de l'audience du 4 juin 1456. Ou lit au fol. 261 et dernier, après
(1) 11 est inutile de compter un feuillet moderne (fol. 101], intercalé dans la déposition de d'AuIon et qui la complète. Ce document n^’étant pas de forme est partout le même.
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la sentence : /Hic est finis libri absolutionis Johanne Darc dicte vulgariter la Pucelle,
Tel est le contenu , on peut dire le chaos, du manuscrit de d'Urfé. M. de TAverdy y a le premier discerné une chose : c'est que toutes les écritures du xvi* siècle étaient autant de compléments destinés k combler des lacunes qui existaient dans un texte plus anciennement écrit. M. de TAverdy a encore très-bien jugé, quoique par conjecture, que la partie de cet ancien texte où sont les interrogatoires en français, était la copie de la minute française. Hors de la, il n'y a vu que du feu, et il le prouve en disant que, sans la présence de la minute, « le manuscrit de d'Urfé ne serait d'aucune utilité (1). »
Sans doute on serait admis à prononcer un tel arrêt si , à part la minute française , le manuscrit de d'Urfé était la copie exacte du texte authentique de la réhabilitation^ mais en est-il ainsi? nullement, puisque la quatrième section de ce manuscrit nous montre la procédure de réhabilitation se déroulant d'une tout autre manière ; puisqu'on y voit cette procédure commencer par un long intitulé qui n'est que là (2) ; puisqu'on y entend parler, non plus les greffiers, m&is les juges. Voilà certes une difiPérence assez capitale pour que le manuscrit de d'Urfé ne soit remplacé par aucun autre, tous ceux qu'on connaît n’offrant que la copie de l'instrument définitif, où l'exposition est faite par les greffiers.
Ce n'est pas tout : les pièces insérées au procès ne sont pas disposées dans la quatrième partie du manuscrit de d'Urfé comme elles le sont dans les originaux ou dans les copies de la rédaction authentique. Là on les a réunies dans un ordre méthodique, toutes les informulions ensemble, toutes les consultations ensemble. Ici, au contraire, elles
( I) Notices et extraits des manuscrits , t. III , p. 201 . (2) T. ni, p. 367.
NOTICE
Tiennent à Tendroit où elles ont été produites. C'est ainsi qu'à la suite de la première audience on trouve Tinformation de 1452 et le mémoire de Guillaume Bouillé, parce que ces pièces furent déposées par les demandeurs le jour même où les juges se saisirent de la poursuite.
La quatrième section du manuscrit de d'Urfé prenant ainsi l'aspect d'un monument original, il s'agit d'en faire l'objet d'un examen attentif, et de s’assurer si la procédure y est déduite d'une manière complète. En se livrant à une étude suivie du texte, on découvre une solution de continuité que n'a pas aperçue M. de l'Averdy.
Au bas du fol. 204, verso , on lit cet intitulé :
Deiiide sequitur minuta scu uotula notariorum processus agitatî contra eandem Johannam la Puccllc, tradita seu tradîte in vim compulsorie per magistrum Guillelnium Manchon , alterum nota* rionim , et pro raajori parte ejus manu scripta : in qua minuta inter alia inscribitur quoddam foliolum faciens mentionem de correctione certorum articulorum de quo in acto precedent! fit mentio.
Et le recto du fol. 205 commence par un autre titre :
Opinio reverendi in Christo patris domini Helie Petragoricensis.
Rien ne correspond au premier de ces titres \ le mémoire de l’évêque de Périgueux arrive ainsi que le second l'annonce : il y a donc une lacune entre les deux.
Maintenant , ce titre auquel rien ne correspond annonce bien clairement la copie de la minute du premier procès. Existe-t-il quelque raison pour que cette copie ait été insérée là ? Oui , car ce qui précède est le procès-verbal de la journée du 5 juin 1456, où il est dit que les demandeurs produisirent, avec plusieurs autres pièces, le procès de Jeanne , texte français et texte latin.
Comme le dépôt de ces pièces est consigné d'une manière plus expresse dans le procès-verbal en question que dans
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celui de la rédaction définitive (1) 9 je crois utile d'en Rapporter les termes meme :
Ad satîsfaciendaiQ assigoationi diei ; ipsi procuratores exhlbuerunt et produxerunt quaDdam lilteram regis Anglie signatain per magistrum Laurentium Calot , secretarium suum , cujus signum fuit probatura per testes înfrascriptos \ nec non quoddam papirum in quo dicebatur contineri quoddam opus per magistrum Johannem de Jarson, factum ; nec non processum olim factum et deductum contra eamdem Johannara la Pucelle , tam in gallico quam in latino per magistros Guillermum Manchon , Guillermum Colles, alias Bojsguillaume , et Nicolanm Tasquel, notariés dicti processus, recognitura et confessa tum ; et signanter quoddam foliolum papireum manu ipsius Manchon scriptum et signatum et per eumdem rccognitum, in quo cavebatur fuisse appunctuatum articules in processu et sententia contentos , debere corrigi et mitti sic correctos apud délibérantes ; et tamen constat eosdem minime fuisse correctos, etc. (2).
Reportons-nous maintenant à la seconde section du manuscrit de d’Urfé, celle où commencent les écritures du XV* siècle. Nous y trouvons d'abord la copie décapitée des interrogatoires en français avec intercalation de notes de procès-verbal en latin, c’est-à-dire la pièce que M. de l’Averdy a conjecturée , et qu’il eût afiBrmée être la minute du procès s’il eût connu l’intitulé sans suite rapporté précédemment. La rédaction latineetl’instrumentdes sentences qui viennent ensuite dans la même section, complètent le dépôt efiectué aux termes du procès-verbal du 5 juin. La déposition de d’Aulon, reçue à Lyon le 28 mai, et qui, par conséquent, ne put parvenir aux juges que dans les
(1) Voy.tlll.p. 232.
(2) Manuscrit de D’Urfé , fol. 202 , verso. Ce passage ne fait point partie des fragments du même manuscrit que j'ai imprimés à la tin de mon troisième volume.
NOTICE
premiers jours de juin, arrive «également dans son ordre chronologique , étant placée après les copies du procès ; enfin les audiences des 9 et 10 juin, par lesquelles se termine la seconde section du manuscrit , achèvent de prouver que cette section tout entière , pour être à sa place , devrait être intercalée dans la quatrième entre les feuillets 204 et 205.
A la vérité, il y aura encore une lacune entre le verso du feuillet 204 et le texte ainsi rapporté ; il y aura lacune de tout ce qui manque à la minute ; c'est un vide irréparable aujourd'hui, comme il l'était déjà au commencement de XVI* siècle , puisque lorsqu'on voulut le combler, il fallut recourir au manuscrit de Saint-Victor (l) , simple copie de l'instrument authentique. J'ajoute que la perte était déjà ancienne au moment de cette restauration , si l'on en juge par Tétât du folio 17, car il est visible que ce feuillet, taché d'humidité et sali, servit longtemps de couverture au manuscrit.
L'endroit où la seconde section se termine , ne se rattache pas non plus d'une manière immédiate au fol. 205 du manuscrit. Il existe là une autre solution de continuité qui provient de la perte des feuillets où étaient transcrits les procès-verbaux du 18 juin, du 1*' et du 2 juillet, les conclusions du promoteur et diverses autres choses encore.
Mais ces mutilations n'empêchent pas que la deuxième section du manuscrit ne doive être intercalée dans la quatrième à l'endroit indiqué, c'est-à-dire qu'il ne soit nécessaire de transposer les feuillets 17 à 103, entre les deux feuillets 204 et 205.
Les vieilles écritures qui finissent avec la quatrième section sur le feuillet 240, sont loin de nous conduire an terme du procès. Il y manque quatre des mémoires con-
(I) Ci-des8U8 . p. 440.
DES PIÈCES DE LA RÉHABILITATION
sultatifs agréés par le tribonal , la visite et la recollection de ces mémoires, la conclusion en la cause et la sentence. Ces lacunes, jointes à celles qui ont été déjà signalées, peuvent être évaluées à un tiers du procès environ , de sorte que le dommage survenu au manuscrit entre le moment de son exécution et celui de sa restauration , est de plus de cent feuillets, la somme des feuillets subsistants du XV* siècle étant de deux cent quinze.
Quant aux soixante-dix neuf feuillets qui forment les première, troisième et cinquième sections du manuscrit, ils sont la copie d'un autre texte que Ton reconnaîtrait facilement à la chronique du siège d'Orléans qui en forme le début, quand bien même sa provenance ne serait pas indiquée au fol. 110 où on lit : Finis processus condemnacionis Ubri Sancti Fictoiis. Ainsi c'est avec le manuscrit de S. Victor, copie très- défectueuse et très-postérieure de la rédaction authentique des deux procès, que l'on crut pouvoir recomposer la rédaction sans analogue dont le manuscrit de d'Urfé contient les débris. L’inintelligence de cette conception n'est surpassée que par celle de l'exécution, puisque l'état actuel du manuscrit prouve qu'on ne sut ni reconnaître les lacunes, ni remettre à leur place les cahiers transposés.
Je me résume :
1* Le manuscrit de d'Urfé est l'exemplaire unique d'une rédaction d*'essai appliquée au procès de réhabilitation de la Pucelle, mais non pas adoptée pour l'expédition des grosses dudit procès.
2* Dès le XV* siècle , lorsque les cahiers de cet exemplaire furent attachés, une transposition malencontreuse fit coudre en tête du volume la copie des écritures de la condamnation, qui aurait dû prendre place dans Tintérieur, à la suite du procès-verbal du 5 juin.
3* Au XVI* siècle, probablement sous le règne de
NOTICE
Louis Xn, le manuscrit très-délabré et réduit enriron aux deux tiers de son volume par la destruction de plusieurs cahiers^ fut réparé en y ajoutant de nouveaux cahiers dont on prit la matière dans le manuscrit de S. Victor et que Ton rapporta avec aussi peu de discernement que le relieur en avait mis à attacher ensemble les anciens*
4** Tout ce qui est de Técriture la plus ancienne dans le manuscrit de d'Urfé a le prix d’un original ; tout ce qui est d’une main postérieure est sans valeur aucune.
Il ne reste plus qu’à résumer les notions historiques que nous possédons sur ce singulier ouvrage.
Les lettres C et I qui font partie des ornements de la couverture, sont les initiales de Claude d’Urfé (1502'1558) et de sa femme Jeanne de Balzac. Cette dame étant morte en 1542, son mari, pour exprimer le regret que loi causait sa perte , adopta la devise uni qui se trouve aussi sur la ciselure du manuscrit. Claude d’Urfé était grand amateur de livres. Les anciens auteurs du Forez parlent avec admiration d’une bibliothèque magnifique qu’il avait formée dans son château de La Bâtie. Il possédait surtout des manuscrits d’un prix inestimable , et ces manuscrits, il les devait pour la plupart à sa femme qui en avait hérité de sa mère Anne de Graville, fille de l’amiral de Louis XII, personne non moins illustre par ses goûts littéraires que par sa naissance (1). D’après tout cela Je suis amené à induire que le manuscrit de d’Urfé nous vient de l’amiral Louis Mallet de Graville : conjecture qui se confirme encore par cette autre que j’ai faite précédemment (2), savoir que le meme manuscrit dot se trouver entre les mains du compilateur employé par Louis XII à l’instigation dudit amiral.
(1) Les D’Urfé, Souvenirs historiques et littéraires du Fores, par Aug. Bernard, in-8*. Paris , 1839.
(2) Notice littéraire du procès de condamnation, ci-dessus, p. 413 et 416.
DES PIÈCES DE LA RÉHABILITATION
En outre, il devient très-probable, d'après l'âge de récriture, que c'est encore Louis de Graville qui fit compléter avec le texte du manuscrit de Saint-Victor, celui de la rédaction primitive de la réhabilitation qui était arrivé tout mutilé entre ses mains.
Outre les armes et emblèmes de Claude d’Urfé, le manuscrit porte pour marque le nom de Baluze écrit sur le premier feuillet. Ce qu'on sait des transmissions dont il fut Tobjet, n'explique pas la présence du nom de cet érudit. Fevret de Fontette qui le possédait en 1769 et qui lui a consacré un important article dans la Bibliothèque historique de la France (1), dit qu'il le tenait d'un M. Thomas d'Islan , qui l'avait eu de M. de Chavannes , qui l'avait eu d'Honoré d'Urfé, l'auteur de l'Astrée, petit-fils de Claude d'Urfé dont il a été question tout à l'heure.
En 1787, M. de l'Averdy trouva ce volume au dépôt des Chartes et monuments historiques de la place Vendôme , et ne put savoir comment il y était arrivé (2). Il échut à la Bibliothèque nationale au moment de la révolution , et fut relié sous l'empire tel qu'on le voit aujourd'hui , parce que l'ancienne couverture , qui était de bois et de velours vert , tombait en lambeaux.