V. Description des manuscrits de la rédaction définitive
1. Bibliothèque nationale y n^ 5970 latin. — Volume très-grand in-folio, en vélin, de 526 millimètres de haut sur 323 de large , doré sur tranche , relié en maroquin rouge aux armes de France sur les plats, filets dorés, nervures au dos avec le titre Processus justificatio , Joannœ d'Arc. Il est composé de 207 feuillets dont les 204 premiers seulement sont cotés en chiffres romains. Belle cursive gothique du temps de Charles VII avec initiales ornées
(I) T. II. n* 17507.
(5) Noücu et extraits des manuscrits, t. III , p. 198.
NOTICE
defiorïlures à la plume *, soixante-dix lignes à la page ; qualrevingt-cinq lettres à la ligne.
Des deux copies authentiques, c'est de beaucoup la plus belle. C'est celle aussi dont le texte a le plus constamment servi pour notre édition. Elle est légalisée au bas de chaque feuillet (mais seulement à partir du troisième) , par la formule sic affirma que suivent les deux signatures Comitis et Ferrebouc. Les memes signatures sont généralement répétées dans l'intérieur du texte après la transcription des actes décernés pkr le tribunal.
En haut du recto fol. 1, après un blanc réservé pour un e initial qui n’a pas été exécuté : XJGJT RyâClONIS O RD O et recta disposicio equitatis docety etc. La fin du procès est sur le recto fol. 204. Elle est annoncée par les attestations autographes des memes Comitis et Ferrebouc , attestations dont on trouvera le texte dans l'édition (l). La signature de l'une et de Tautre consiste, outre le paraphe, en un dessin d'entrelacs, comme les notaires du xv* siècle en apposaient aux actes d'une grande solennité.
Les trois derniers feuillets qui ne sont pas cotés, contiennent un poème latin sur la Pucelle. Ce morceau disposé sur deux colonnes et séparé en deux livres ou chants, paraît écrit de la meme main que le procès. Il est sans titre ni nom d'auteur. On en trouvera le texte imprimé pour la première fois dans le présent volume (p. 42).
" Le manuscrit ô970 a été primitivement marqué Tab, jutis cwiUs j. super fine liber xvj; puis postérieurement, en gros chiffres 187 et enfin 6817.
Je crois reconnaître dans les deux premières de ces marques d'anciennes cotes du Trésor des chartes, et dans mon opinion, le manuscrit provient de ce dépôt. Il y a de bonnes raisons à en donner. Louis XI (c'est un fait constant)
(1) Tome III, p. 362.
DES PIÈCES DE LA aÉHABlLITATION. 440
fit déposer au Trésor des chartes Te^Kemplaire royal de la réhabilitation qui avait été g^ardé jusque là à la chambre des comptes (1). En 1540, 1565, 1612 et 1661, Hector Boetbius , Du Tillet (2), Jean Hordal (3), Denya Gode* froy (4) consultèrent tour à tour le procès de réhabilitation du Trésor des chartes. Au siècle dernier il n'est plus trace au Trésor des chartes d'un pareil manuscrit. Or, il a été exécuté trois expéditions authentiques du procès ; l’une qui resta à Notre-Dame jusqu’en 1786 et qui par conséquent n’est pas celle du Trésor ^ l’autre qui contenait toutes les écritures de la condamnation , entre autres la minute en français des interrogatoires , inconnue à Hordal et à tous les auteurs avant M. de l’Averdy, et ce n’est pas celle-là non plus quia pu reposer jadis au Trésor des chartes. Reste donc le troisième manuscrit, celui auquel est consacré cet article, pour répondre aux conditions du dépôt effectué par l’ordre de Louis XI.
2. Même dépôt, fonds de Noires-Dame, 138. — Volume in-fol. moyeu en papier et vélin entremêlés, de trente-sept sur vingt-sept centimètres, piqué des vers dans les derniers cahiers^ cartonné et couvert de parchemin vert, la tranche peinte en jaune.
Cent quatre-vingts feuillets numérotés en chiffres arabes anciens. Écriture cursive , sauf au commencement des alinéas dont le premier mot est en grosse gothique moulée. Initiales ornées de fioritures à la plume.
Expédition authentique, l’une des trois mentionnées dans la préface des greffiers j paraphée au has de tous les feuillets Cornitis et Ferrebouc, sans formule approbative.
(1) Voyet p. 254.
(2) Memeii des Rois de Franee, 2* partie , p. 864 , éditioii de 1618. Yolr ci-tprèa la description du manuscrit , S. F. 380-10.
(3) Heroinœ nobiiissimæ Joannœ Darc, etc, ^ Htstaria^ etc. Préface et p. 205.
(4) Histoire de Charles VU , p. 903.
v. ag
NOTICE
Le texte commeiice au recto fol. 1 après une gaMe en ‘parchetnin : EXIGIT RACIONIS ORDO et recta disposieio equitatis docetj etc. ^ l"E d^exigit richement enluminé de rinceaux sur un fond d’or et accosté d’une vignette en miniature qui descend le long de la marge. Il finit au recto du fol. ISO, par la date de lasentence finale, dieseptima mmsis yo/ü, après quoi viennent immédiatement, sans mule d’attestation , les deux sigatures Comité et Ferrébouc.
Marqué primitivement Im^ent. cxu. ; puis en coulée du XVI* siècle et en encre ronge : « Je suys de la librairie de Notre-Dame de Paris, v Pins récemment : « A Téglise de Paris H. 10. a E^fin , l’ancien timbre de la Bibliothèque du roi.
Quoique destiné à faire foi du procès aussi bien que le précédent, ce manuscrit ne lui est pourtant pas tout i fait conforme. D’abord il ne renferme pas les mémoires consultatifs agréés par le tribunal , si ce n’est celui de Gerson. Les greffiers ont prévenu le lecteur de cette suppression par une note marginale mise en regard de l’article huitième de leur préface annonçant l’insertion desdits mémoires : Trcu^ tatus de quibus in hoc octai^o articulo Jîl mentio solum sunt inscripti in duobus magnis processibus propter eorum prolixitatem. On a signalé déjà (1) des difierences de procès-verbaux entre le manuscrit 5970 et celui-ci. Enfin il contient de plus que l’autre l'instrument de la sentence qui y est transcrit parmi les productions du 5 juin.
On lit encore sur le dedans de la couverture du manuscrit de Notre-Dame, une note déjà fort ancienne qui est conçue en ces termes : « M. P. Louvet, advocat en parle- « ment, en son histoire de Beauvais, 1. 2, sous Pierre « Cauchon , évesque de Beauvais , en 1420, p. 55S, dit « p. 560 que Monstrelet a fait la description de la prise,
(1) Ci-dessas, p. 437.
DES PIÈCES DE LA RÉHABILITATION. 451
te emprisonnement de la Pncelle , et de son jugement en <( carmes qu'il rapporte , où entre autres il y a :
Aa prisés de teii innocence 11 7 a choses siognlières Et est une grande plaisance De voir tontes les deux matières.
Le dit procès est enchaîsné fin la librairie Notre-Dame De Paris , et fiit là donné Par révesqne dont Dieu ait l’âme. »
Ces vers ne sont pas de Monstreiet, mais de Martial d'Auvergne, et ils sont extraits des Vigiles de Charles VH, qu'on trouvera plus amplement citées ci-dessus, p. 78. C'est bien notre manuscrit qu'ils concernent. Après avoir appartenu à l'évéque de Paris, Guillaume Chartier, qui était l'un des juges de la réhabilitation, ce volume fut légué par lui à son église. En 1472, année de la mort du prélat, ses exécuteurs testamentaires le livrèrent au chapitre qui le 6t relier entre deux ais, aux armes du donateur, avec agrafes et ferrements (1). Ces ferrements consistaient , entre autres pièces , en une chaîne qui tenait le volume fixé sur l'un des pupitres de la librairie ou bibliothèque de Notre-Dame ; voilà pourquoi Martial d'Auvergne dit qu'il est enchaîné. Dès 1475 la chaîne est mentionnée dans l'acte authentique d'une transcription qui est aujourd'hui à Rome (2)^ le témoignage de Martial est de 1484.
Quelques années plus tard , mais toujours sous le règne de Charles VIIl, le manuscrit de Notre-Dame servit pour l'exécution de celui de Saint-Victor. A la fin du xvi* siècle, le jésuite Mariana consulta le même texte , et y puisa les matériaux d'un récit qu'il introduisit plus tard dans son
(1) Voj. l’acte d’exécution, p. 218 de ce volume.
(2) Ci-après, p. 4S8.
MOTICE
b^toirii d'i^pugne (l), fldmoiul Ricb^r &Toue en ^Toir fait aussi usage po^ir son histoire inédite de Jeanne d^Jlrc. Lenglet Dufresuoy est Tun des derniers qui Tait tu à Notre-Dame. Il passa dans la Bibliothèque du roi en 1756, lorsque le chapitre de Téglise de Paris céda ses manuscrits à Louis XV, qui lui faisait hitir une sacristie monumentale. M. de TAverdy Ta mentionné, mais non pas étudié, le présumant plus conforme au manuscrit 5970 qu'il ne Test réellement.
3. Même dépôts fonds de Saint-Victor, n* 285. — Volume déjà décrit avec les textes de la condamnation (2).
La copie du procès de réhabilitation y commence au fol. 350 , après cinq feuillets laissés en blanc dans l'origine, et où ont été transcrits depuis les premiers arrêts rendus par le parlement de Paris contre les protestants, entre autres , celui de Louis Berquin. L'e initial de la préface des notaires, Exigit rationis ordo, renferme une miniature assez finement exécutée, représentant une femme en cotillon et coiffe de paysanne avec des bottines rouges , une épée et une hallebarde. Pour qu'on ne se méprît pas sur le personnage qu'il a voulu représenter, l'artiste a colorié sur une banderole le nom de la Pucelle.
Le manuscrit de Saint-Victor est une copie de celui de Notre-Dame, ainsi que le prouve la note relative à la suppression des mémoires consultatifs qui y est reproduite textuellement. Tout à la fin du manuscrit , à la place des attestations finales, le copiste a écrit cette note : Certiores omîtes facimus quod originalem jam dicte Puelle procèssum a quo hic extractus immédiate constitit , in quolibet sui folio signatum Comitis et Ferrebouc extare.
(1) Li?ro XX. • Ætenmm Galli» deeui . omnibua saecnlit nobile, oti dati m
• eanaa judieet a Caliito romano pontifice proDuncianiiit ; que aeu in acrinio
• aaniiii templi Latetic tmm Ide aarvaatiir. •
(3) Ci-deaaaa, p. 398.
DES PIÈCES DE LA RÉHABILITATION. 45
La tieillè table artalytique , placée eh télé du volurile , indique de la manière suivante leâ parties prlheipalH de la réhabilitation :
Item proc0Mus alitis factps circa anmum Doraini 1455 ex ordinatione et reacripto sedis apostoHce sub rcverendis patribus, Johanne archiepiscopo Remensî, Guillelmo Parîsiensi, et Ricardo Constantiensi , epSscopis , juris professorîbus , et magistro Johanne Breha] » sacre théologie doctore , In regno Prancie fidei inquisitore , judicibus in bac parte ad instànciam Vsabellis , inalris Johanne Puelle , fratrumqüe ac parentum ipsius , pro iniiocentia ét jdstifièatiôDe dicte Jobânne declaratida ; in quo procéssu ponantar ad lôngam informatidnes et ifiqneste facte in loco nriginis diete Jobomie et alibi a folio 350 n^qué 538. Et notaniftim <}iiod in proeessu ifilseruiitur ad longnid pliires traotatns plariüm «piiacopamm eti prelatonnii sacie thcologre et jarimn profiasseram et aliorutt qui super màlerla dicti processus solknnitet et ad pteoum stripseront ; que tamen in hoc volomine minime soripta snnt. f
Item ténor diffinitive sententie laie et promnljgate per tatos judiccs snpranominatos in ci vitale Rothomagensi , in palatio arctiiepîscopali , anno (iomini 1456) mense jiilio ; per quam sententiam declaratur processum, sententias et executioties factas sub domino Petro Cauchon belvacensi episcopo contra Johannam PoeUam , dolum , calumpniam , repugnantiam jurisqne et facti etldeeni cohtiherë manK&tiiUi ^ diclmn prôcessum cum séquelis iiYiiéndè et éttiniùo y îpSâmqüé Jotiannaih âc eju^
parente ndllaiiDf inbiUiè' UôttfiÀ seîr tnaculatd et hoc tôntrèirs^e, iÉuaUneftÉqcié a sibi impôsitis irimtilibus ét expurgétltm eése declarando ; ordinando finaliter pfèseuieiu dottittOAini judkutU sententiam solenniter et protinus publicandam in civitate Rotho« lUagensI iu loci^ dnôbuk : Unô videlicet iti protnptu iU platea S. AudoeUî , gèdeiuli phkes^ione pr^CedeUtè , et pûbliéd sénndne ; et in alio loco , die sequenti , tn Veteri Foro , in loco scilicut iuiquediotA Jobanna emdeU ignis creoiatiouo ab AngUi exte^minata est, cum solenut ibideiilr pvedieàHsm et aifixkm» honorifice ad memoriam perpetuam dicte Johahtie ) éfc , 5^.
NOTICE