VI. De» coomlutioni imérées au prooèf
Suivant la procédure en matière de foi, la cause amenée a un certain point, devait être soumise au plus grand nombre possible de canonistes et de théologiens en renom, pour avoir leur opinion tant sur le fond que sur la forme. Ib la donnaient de vive voix ou par écrit, à la dbcré^ tioQ des jugea, et elle était enregistrée au procès. Pierre Cauchon sur ce point suivit rigoureusement les prescrip^ tions de la loi ; les délégués du saint-siège préposés à la réhabilitation se montrèrent moins sévères formalistes» D’abord ils n’usèrent point du pouvoir qui les autorisait à exiger des réponses écrites, ce qui fit que presque toutes les personnes consultées préférèrent opiner de bouche. Pour appuyer le jugement si solennel qu’ils allaient rendre, ils ne reçurent que quatre mémoires rédigés. Ensuite, au
NOTICE
lieu de consigner au procès les opinions orales telles qu*elles avaient été recueillies par les greffiers oU leurs substituts (car les greffiers déclarent n'avoir pas assisté à cette opération) (1) , le tribunal décréta qu'elles seraient fondues ensemble par l'inquisiteur^ de manière à en former une récapitulation méthodique où l'autorité des consulteurs disparaîtrait sous celle du juge coordonnant leurs réponses. De là sortit un ouvrage considérable qui a pris place dans le huitième chapitre de la rédaction définitive (2). Il est intitulé Recollectio fratris Johannis Brehalli.
Tout naturellement, les quatre mémoires rédigés entrèrent dans la même division du procès. On y mit en outre la transcription de plusieurs autres mémoires , qui étaient bien des consultations de docteurs sur le fait de Jeanne d'Arc , mais qui avaient été la plupart commandés par le roi et dont la composition avait devancé le procès de plusieurs années. Sans doute le tribunal jugea qu'en agréant ces écrits^ ils vaudraient autant pour la cause que s'ils avaient été rédigés par son ordre \ et sans doute aussi cette manière de Toir fut ce qui le rendit plus coulant sur la formalité des consultations.
Les mémoires tant agréés que commandés, qui ont pris place dans l'instrument du procès , sont au nombre de huit, lis 6nt pour auteurs Jean Gerson ; Elie de Bourdeille , évêque de Périgueux ; Thomas Basin , évêque de Lisieux ; Martin Berruyer, évêque du Mans ; Jean Bochard, évêque d'Avranches ^ Jean de Montigny, chanoine de Paris et conseiller au parlement *, Guillaume Bouillé , doyen du chapitre de Noyon enfin Robert Ciboule , chancelier de l’üniversilé de Paris.
Celui de Gerson est le dernier ouvrage sorti de la plume
(1) T. III , p. 332.
DES PIÈCES DE LA RÉHABILITATION
de ce grand homme. Il fut composé à Lyon , peu de jours après la délivrance d’Orléans, en 1429. Les autres qui sont antérieurs à la cause, datent de l’année 1452, où l’Eglise commença à prendre un parti dans l’affaire de Jeanne. Le moment où ils furent accueillis par le tribunal n’est pas spécifié dans la rédaction définitive ; mais le manuscrit de d’Urfé nous apprend que le mémoire de Guillaume Bouillé fut remis par Isabelle d’Arc, le jour qu’elle vint demander justice à l’auditoire de l’évéque de Paris (1). D’après le meme texte, l’opuscule de Gerson fut déposé à l’audience du 5 juin 1456 (2).
Par la note marginale qui accompagne la préface du manuscrit de Notre-Dame (3), les greffiers avertissent qu’ils n’ont mis la totalité cft ces mémoires que dans les deux grandes expéditions du procès, in duobus magnU processibus. Le seul ouvrage de Gerson avec le procèsverbal des opérations faites sur les avis énoncés, remplit le huitième chapitre du manuscrit de Notre-Dame. Le manuscrit 5970 qui est l’un des deux grands procès, contient effectivement les huit mémoires et la recollection de Jean Brehal. Il n’en reste que cinq dans le manuscrit de d’Urfé, qui sont ceux de Bouillé, Gerson, Élie de Bourdeille, Thomas Basin et Martin Berruyer. Enfin le manuscrit prétendu original par Edmond Richer (4) en contenait six sous les noms de Gerson, Elie de Bourdeille, Jean Brehal, Robert Ciboule, Guillaume Bouillé et un inconnu, dont la souscription en sigles était composée d’un M, d’un E et d’un N. Je suppose que cet inconnu est Martin Berruyer, et que les trois initiales de sa
(1) T. III, p. 372.
(2) Ci-deMut . p. 443.
(3) Ci-deMus, p. 4507,
(4) Ci-deMiis , p. 4307.
4fi4 NOTICE
^QiucriptionétaienlQoi) pasM. E.N,, maUM. E.C., Martinus epUcopus Cmomannensis»
Il reste à faire quelques remarques critiques sur chacun des mémoires en particulier.
1** L'opuscule de Gerson est connu depuis longtemps et figure, tant dans la collection de ses œuvres publiée par du Pin (1), que dans le recueil de Metchior Goldast intitulé Sibylla Francica (2). J'en connais une transcription du XV* siècle dans le manuscrit de Saint-Victor n® 732 (fol. 201), à la Bibliothèque nationale. Elle a pour titre : Super Jaçto Puelle et credulüate sibi prestanda» La date et le nom de l'auteur sont à la fin : Lugduniy millesimo cccc. incesimo nonoj die xüÿ. maii in vigjdia penthecostes ^ post signum^ hahitum Aurelianis in depulsione obsidionis anglicane. Actum autem est a famosissimo et solennissimo sacre théologie profis sore magistro J oh. Jarson, cancellano parisiensi. Le manuscrit de Saint- Victor est un recueil de plusieurs traités de Gerson. Le mémoire sur la Pucelle doit se trouver dans quantité de recueils analogues de la même
2* Le mémoire d'Élie de Bourdeille existe à part dans un manuscrit de l'Arsenal (fonds latin, Histoire, n^ 88), quia appartenu aux Célestins de Paris. C'est un très-beau texte du XV* siècle, H porte ce titre ; Just^catio Puelle Frmcie que a regecelorumsempitemo^ arbitratur Karolo régi Francorum directa ad ipsius consolationem et gubematîonem ; sed olùn per gentem Anglorum capta dignoscitur et morti tradita.
Le manuscrit du procès de réhabilitation qui est a I^ome (3) contient une autre transcription du même ou-
(I) T. IV, p. 864.
P) ln-4« 1606.
(S) Ci-dcatttt, n** U.
DE§ PIÈCES DE LA RÉHABILITATIO». 465
yrage , transcription rejetée â la suite du procès et en dehors des formules qui en garantissent l’authenticité.
L’auteur dans son exorde dit avoir été engagé par lettres patentes du roi à donner son opinion , et qu’il n’eut pour la former que le Sommaire du procès et l’Instrument de U sentence dont on lui avait envoyé copie (|).
3* Thomas Basin dans son histoire du règne de Charles VH dit en parlant du Procès de la Pucelle : Poterat processus hujusmodi ex multis capitibus qrgui vitiosus, (/uemadmodum ex libello, quem desuper ap eodem Carole , expetito a nobis consiliq , edidimus , si ei ad eujus venetit manus, eum legere vacpverit , Uuius poterit apparere (2). Comme jusqu’à ces derniers temps {'Histoire de Charles VII, par Thomas Basin , a passé pour être d Amelgard , on a .mis Àmeigard au nombre des docteurs consultés sur l’affaire de la Pucell^, et on a fouillé toutes les bibliothèques de l’Europe pour retrouver son mémoire (3). Cette recherche n’avait garde de porter fruit. L’ouvrage annoncé par l’Histoire de Charles VII n’était autre que la pièce insérée nu procès sous le nom de Thomas, évéque de Lisieux.
Edmond Richer déclare en avoir eu un exemplaire à part (4). Peut-être est-ce le même qui est aujourd’hui à la bibliothèque du Vatican sous le n® 1 832 (5).
Thomas Basin dit dans son épilogue qu’il prit connais- ^ sance «hi fait de la Pucelle d’après un registre expédié ^ son adresse par Guillaume Bouillé et qui contenait, outre
(1) T. 111 de celte édition, p. 307.
(2) T. ÎV, p. 365 de cette édition.
(3) De l’Averdy , iVoficc des MantiscriU , t. JII , p. 513,
(4) Hist inéd. de Jeanne d’Arc, Bibl. Nal. ms Fontanieu, p. 285.
(5) Indiqué dans la Bibliothèque historique de ta France, t. II, n® 17211 .