LETTRE DE LA PUCELLE AUX ANGLAIS
22 mars 1429.
Voici la cinquième fois que cette lettre revient dans le présent outrage. On la trouve insérée i" dans le Procès de condamnation (t. 1, p. 240), 2* dans le Journal du siège d’Orléans (t. lY, p. 139) , 3^ dans la Clironique de la Pucelle {Ibidem, p. 215) , 4* dans le Registre delphinal de Thomassin {Ibidem, p. 306). Contre l’usage établi , nous la reproduisons tant de fois, non à cause des différences qu’Q y a entre tous ces textes, mais au contraire à cause de leur conformité. Gomme dans son interrogatoire du 22 février, Jeanne nia qu’elle eût dicté les mots rendez à la Pucelle, je suis chef de la guerre, corps pour corps, et que sur ce fondement les juges de la réhabilitation et tous les historiens venus après eux, ont accusé les Anglais d’avoir falsifié la lettre, il importe à la critique de posséder la preuve que, si falsification il y il ne faut pas l’imputer aux Anglais. Les mots contestés sont dans les trois textes reproduits par les historiens du parti fran^is, et on les trouvera de même dans celui-ci qui est encore moins suspect que les autres, s’il est possible.
11 provient d’une copie du temps qui peut-être n’existe plus, mais dont il fut fait , au siècle dernier, deux transcriptions, toutes deux conservées aujourd’hui à la Bibliothèque royale- L’une est au Cabinet des titres, dans le dossier d’Arc; l’autre, exécutée par l’archiviste Battenay, fut envoyée pour la collection de chartes
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de M. Moreau. Or, de cette double transcription, il résulte que la copie perdue était sous le pli d’nne^Hitre lettre en latin dont il ne reste plus qu’un fragn),ent, .fragment très^téré, il est vrai, nuis d’après lequel on ne peut douter ni du patriotisme de celui qui écrivait , ni de sa sympathie pour Jeanoc. On le trouvera ci-après et on se convaincra, en le lisant, qu’une teHc attache garantit suffisamment l’authenticité de l’envoi.
Jhbsus' Maria.
d’Angleterre; et tous duc de Bethfort qui vous dites regens 4e royaulme de France ; Guillaume de Lapoula, conte de Snffort, Jehan sire de Thalebot, et TOUS Thomas, sire d’Escalles, qui tous dictes lieutenans dudit de Bethfort , faites rayson au roy du ciel de son sang royal (1); rendés à la Pucelle cy euToiée de par Dieu le roy du ciel , les clefs de toutes les bonnes Tilles que tous STés prises et Tiolées en France. Elle est ayei (2) Tenue de par Dieu le roy du ciel, pour reclamer le sang royal ; elle est toute preste de faire paix, se tous luy Tollés faire rayson par ainssi que France tous mectés sur (3) et paiés de ce que l’aTez tenu. Entre tous archiers, comptaignons de guerre gentiiz , et autres qui estes daTant la bonne TÜle d’Or* liens , alés tous an , de par Dieu , en tous païs ; et se ainssi ne le faictes, attendés lez nouvelles de la Pucelle qui TO||ffi ira veoir briefment à Tostre bien grant domaige. Roy d’Angleterre , se ainssi ne le faites, je suis
(1) De son sang rayai manque dans la yersion insérée qu procès ; mais ces mots se uouvent dans les textes rapportés p. 139 et S15 de notre u IV.
(2) Ayci est la lecture de Battenay. La copie du Cabinet des titres porte ayte; le texte inséré au procès , ci.
(3) Jms dans la lecture de Battenay et dans le procès.
chief de guerre', et en quelque lieu que je atlaindré TOUS gens en France, je lez en feray aller, Tenlheiit ou non veuillent; et se iiz ne veulleni obéir, je le feré toulx mourir (1 ), et se ilz veullient oliéir, je lez pran> dray à mercy. Je suis cy venue (2) de par Dieu , le roy du ciel , corps pour corps pour vous bouter hors de toute France, encontre tous ceulx qui vouldroient porter traïson , maiengin ne domaige au royaulme de France (3). Et n’aiés point en vostre oppinion , que vous ne tenrés mie le royaulme de France de Dieu , le roy du ciel, fîlz de saincte Marie; ains le tenra le roy Charles, vray héritier; quar Dieu, le roy du ciel, le vieult ainssi , et luy est révélé par la Pucelle : lequel entrara à Paris à bonne compaignie. Se vous ne voulés croire lez nouvelles de par Dieu de la Pucelle (4) , eu quelque lieu que nous vous trouverons, nous ferrons dedans à horions (5), et si ferons ung si gros hahaye, que encores ha mil années que en France ne fut fait si grant, se vous ne faictes rayson. Et créés fermement que le roy du ciel trouvera (6) plus de force à la Pucelle que vous ne luy sauriés mener de toulx asaaulx, à elle et à ses bonnes gens d’armes; et adonc verront (7) les quielx auront meilleur droit, de Dieu du ciel ou de vous (8). Duc de Bethfort, la Pucelle
(I) Occire dans le texte du procès.
(t) EnvoUe dans le texte du procès.
(Z) Tout ce membre de phrase depuis enconire ions ceuix n*esl nulle par aflleors.
(4) Texte du procès : Et la Pucelle,
(5) il horUme manque an procès.
(6) Enpoiera , dans le texte du procès.
(7) Et aux horrioTU verra-on , ibidem.
(8) Bonne ?ariante au texte du procès, où manquent les roots ou de,
LETTRES, ACTES vous prie et vous l'equiert que vous ne vous fa ides pas desti'uire. Se vous faictes raysou , y pouverra venir lieu (1) que les François feront le plus biau fait qui oncques fut fait poui* la crestientë. Et faites réponse en la cité d’Orliens^ se voulés faire paix; et se ainssi ne le faictes , de voz bien grans doumaiges vous souviengne briefment* Escript le mardi de la sepmaine saincte.