‹ Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d'Arc, dite La Pucelle: Témoignages des chroniqueurs et historiens du xve siècle. Volume 4Chapitre 16 sur 139 · COLLECTE INTRODUITE DANS L’OFFICE A L’OCCASION DE LA PUCELLE · texte numérisé non relu

COLLECTE INTRODUITE DANS L’OFFICE A L’OCCASION DE LA PUCELLE

Déjà publiée par H. Buehon d’après le manuscrit fraudais 7301 de la Bibliothèque royale. Ces sortes d’oraisons sont allégées comme un grief contre Jeanne dans le procès de condamnation. Voyez t. I, p. 101 et 390.

Antiphona. Gongregati sunt inimici nostrî, et gloriantur in virtule sua. Contere fortitudinem eomm, Domine, et disperge illos, ut cognoscant quia non est alius qui pugnet pro nobis , nisi tu , Deus noster.

^ Da illis formidinem et tabefac audaciam illorum :

if Commoveantur a conditione sua.

Domine, exaudi orationem , etc.

Dominus vobiscum, etc.

Oremus.

Deus, auctor pacis, qui sine area et sagitta inimicos in te sperantes elidis, subveni, quæsumus, Domine, ut nostram propitius tuearis adversitatem , ut, sicut

(I) Pareille lettre à celle-ci fut envoyée aux habitants de la Rochelle, comme il parait d'après Thistoire de cette ville écrite par Arcère (t. 1, p. 27 1 ). L'auteur ajoute que les Rocbelais reçurent la nouvelle avec les téinoigoagcs de la plus grande joie , et qu'ils voulurent marquer cet évcnemeol par la pompe d'une fête solennelle.

ET AUTRES PIÈCES DÉTACHÉES. lO.*»

populum tuum per maiiuoi fœminæ liberasti , sic Garolo, régi nostro, brachium Tictoriæ érigé ut hostes qui in sua confîdunt mulliludine ac sagittis et suis lanceis gloriantnr, queat in præseiili superare, et tandem ad te, qui via, veritas et vita es, una cum sibi commissa plebe, gloriose valeat pervenire. Per Dominum nostrum Jesum Cfaristum.

Explieit oralîo Paellæ per regnom Francise.

LETTRE DE GUI ET ANDRÉ DE LAVAL AUX DAMES DE LAVAL, LEURS MÈRE ET AÏEULE,

8 joio 1429.

L’original , aujourd’hui perdu , parait avoir fait partie des archives de la Chambre des comptes. Il j eu a une copie dans le vingtième volume des manuscrits de Duchesne, si la Bibllothècpie royale, et Delaroque, au quarante-troisième chapitre de son Traité de la Noblesse, en a publié un fragment d’apres une autre copie qu’il tenait de M. Vyon d’Hérouval. Un troisième texte, imprimé intégralement parmi les suites à l’histoire de Charles VIT , de Godefroy, a été reproduit depuis à satiété.

Il est à noter que l’auteur principal de cette lettre, Gui de Laval , quatorzième du nom , fut le premier de sa maison qui ait porté le titre de comte, et que ce titre lui fut conféré au sacre même de Charles VII; qu’André de Laval, son frère, devint aussi un homme illustre, tour à tour amiral et maréchal de France, et que c’est lui qui figure si souvent dans les chroniques sous le nom de maréchal de Loheac ; que leur mère, Jean^ de Laval , était une femme de grand cœur qui , pendant le temps d’un long veuvage, sut non-seulement suffire à l’éducation d’une nombreose famille, mais encore défendre contre les Anglais le patrimoine de scs enfants ; enfin que l’aïeule, Anne de Laval , non

LETTRES, ACTES moios énergique que sa fille, avait été dans sa jeunesse mariée au connétable Bertrand Du Guescliu. Ces deux daines, chassées de Laval par un revers passager de leurs armes, habitaient le château de Vitré au commencement de 1429.

Mes très redoutées dames et mères, depuis que je vous escrivis de Saincte-Catherine de Fierbois, vendredy dernier, j’arivay le samedy à Loches, et allay voir monseigneur le Dauphin au chastel , h l’issue de vespres, en l’église collégiale, qui est très bel et gracieux seigneur, et très bien formé et bien agile et habile, de l’aage d’environ sept ans qu’il doit avoir ;.el illec vis ma cousine, la dame de La Trimoille, qui me fit très bonne chère ; et , cmnme on dit, n’a plus que deux mois à porter son enfant.

Le dimanche, j’arivay à Sainct-Agnan , où estoit le roy, et envoiay quérir et venir de[dans] mem logis le seigneur de Trêves, et s’en alla au chastel avec luy mon oncle (1), pour signifier au roy que j’estois venu, et pour sçavoir quand luy plairoit que je allasse devers luy : et je eus response que je y allasse sitost qu’il me plairoit; et me fit trî's bonne chère, et me dit moult de bonnes paroles. Et quand il estoit allé par la chambre ou parlé (2) avec aucun aultre, il se retournoi t chacune fois devers moy, pour me mettre en paroles d’aucunes choses, et disoit que j’estois venu au besoing, sans mander, et qu’il m’en sçavoit meilleur gré. Et quand je luy disois que je n’avois pas amené telle compaignie que je desirois, il respondoit, qu’il

(1 ) Sans doute Tun des seigneurs de Montforl , frère de Jean de Monlfort , dit Gui XIII de Laval.

(2) Peut-être aüant, parlant.

suÛîsoit bien de ce que j’avois amené, et que j’avois bien pouvoir d’en recouvrer greigneur nombro. Et dit le «ire de Trêves à sa maison au seigneur de La Chapelle, au,... que le roy et tous ceux d’environ luy avoient esté bien contens des personnes de mon frère et demoy, et que nous leur revenions bien; et jura bien fort qu’il n’estoit pas mention que à pas un de ses amis et parens qu’il eust, il eût fait si bon accueil, ne si bonne chère, dont il n’est pas meshitre défaire bonne chère, ne bon accueil, comme il disoit.

Et le lundy, me party d’avec le roy, pour venir à Selles en Berry, à quatre lieues de Sainct-Âgnan; et feit le roy venir au devant de luy la Pucelle, qui estoit de paravant à Selles. Disoient aucuns que ce avoit esté eu ma ûiveur, pour ce que je la veisse ; et fit ladite Pucelle très bonne chère à mon frère et à moy, armée de touttes pièces, sauf la teste, et tenant la lance en n^in. Et après, que feusmes descendus à Selles, j’allay à son logis la voir ; et fit venir le vin , et me dit qu’elle m’eu feroit bientost boire à Paris; et semble chose toutte divine de son faict, et de la voir et de l’ouïr. Et s’est partie ce lundy aux vespi'es de Selles, pour .iller à Romorantin, à trois lieues en allant avant et approchant des advenues , le mareschal de Boussac et grand nombre de gens armés et de la commune avec elle ; et la veis monter à cheval , armée tout en blanc , sauf la teste, unne petite hache en sa main sur un grand coursier noir, qui à l’huis de son logis se demenoit très fort, et ne souffroit qu’elle montast; et lors elle dit : « Menés- le à la croix , » qui estoit devant l’église auprès, au chemin. Et lors elle monta, sans ce qu’il se meust, comme s’il fust lié. Et lors se tourna

vers l’huis de l’église, qui estoit bien prochain, et dit en assés voix de femnie : » Vous , les prestres et (( gens d’église, faites procession et prières à Dieu. » Et lors se retourna à son chemin , en disant : u Tirés c< avant, tirés avant, » son estendart ployé que portoit un gracieux paige , et avoit sa hache petite en la main. Et un sien frère (1) qui est venu depuis huit jours, partait aussy avec elle , tout armé en blanc.

Et arriva ce lundy à Selles monseigneur le duc d’Alençon , qui ha ti'ès grosse compagnie ; et ay aujonr d’huy gagné de luy à la paulme unne convenance (2). Et n’est encor point icy venu mon frère de Vendosme (3). J’ay icy trouvé l’un des gentilshommes de mon frère de Chauvigny (4), pource qu’il avoit desjà ouy que j’estais aiTivé à Saincte-Catherine; et m’a dit qu’il avoit escritaux nobles de ses terres, et qu’il pense estre bientost par deçà; et dit que ma seur est bien sa mie, et plus grasse qu’elle n’a accoustumé. Et dict l’en icy que monseigneur le connestable vient avec six cens hommes d’armes, et quatre cens hommes de traict, et que Jehan de La Roche vient aussy, et que le roy n'eut piéçà si grande compagnie que on espère esti’e icy; ne oncques gens n’allèrent de meilleure volonté en besongne, que ils vont à ceste. Et doit ce jour d’huy icy arriver mon cousin de Rais (5),

(1) Pierre d*Arc.

P) Un pari.

• 3) Loois de Bourbon, comte de Vendôme , était beau-frère du aire de Laval, ayant épousé sa sceur Jeanne de Laval. Son arrivée est annencce en poit’fcriptum.

(4) Gui de Chauvigny, seigneur de Châteauroux, mari de Catherine de Laval.

(b) Gilles de Laval , maréchal de Rais.

et croist ma compagnie; et quoy que ce soit, ce qu’il y a est bien honneste et d’appareil ; et y est le seigneur d’Argenton, l’un des principaux gouverneurs, qui me fait bien bon recueil et bonne chère ; mais de l’argent n’y en a-il point à la cour, que si estroittement , que pour le temps présent je n’y espère aucune rescousse ny soustenue. Pour ce, vous, madame ma mère , qui avés mon sceau , n’espargniës point ma terre par vente ne par engage , où advisés plus convenable affaire, là où nos personnes sont à estre sauvés, ou aussy par delFault abbaisés , et par adventure en voie de périr ; car si nous ne fasismes ainsy, veu qu’il n’y a point de soulde, nous demeurerons tous seub. Et jusques icy nostre fait a encore esté et est en bon honneur ; et a esté nostre venue au roy et à ses gens tous, et aussy aux aultres seigneurs cpii viennent de touttes parts, bien agréable; et nous font tous meilleure chère que ne vous pourrions escrire.

La Fucelle m’a dit en son logis , comme je la suis allé y voir, que trois jours avant mon arrivée , elle avoit envoyé à vous, mon aïeulle, un bien petit anneàn d’or, mais que c’estoit bien petite chose , et qn'elle vous eust volontiers envoyé mieulx, considéré ▼oatrâ recommandation.

Ce jourd’huy, monseigneur d’Alençon , le bastard d*0rléans et Gaucour doivent partir de ce lieu de Selles, et aller après la Pucelle. Et avés fait bailler je ne sçay quelles lettres à mon cousin de La Trimoille et seigneur de Trêves, par occasion desquelles le roy s’efforce de me vouloir retenir avecques luy, jusques [à ce que] la Pucelle ait esté devant les places anglesches d’environ Orléans, où l’on va mettre le

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LETTRES, ACTES siège; et est desjà l’artillerie pourveue ; et ne s'esma^e point la Pucelle qu’elle ne soit tantost avec . le roy, disant que lors qu’il prendra son chemin à tirer avant vers Reims, que je irois avec luy ; mais jà Dieu ne veille que je le lace et que je ne aille (1). En entretant (2) en dit mon frère , et comme monseigneur d’Alençon, ce que abandonné qui seroit celuy qui demeurerait (3). Et pense que le roy partira ce jeudy d’icy, pour s^y approcher plus près de l’ost; et viennent gens de touttes parts chacun jour. Après, vous feray sçavoir, sitost qu’on aura aucune chose beso!gné, ce qui aura esté exécuté. Et espère l’on que, avant qu’il soit dix jours, la chose soit bien advencée de costé ou d’aullre. Mais tous ont si bonne espérance en Dieu, que je croy qu’il nous aidera.

Mes très redoutées dames et mères, noiis recommandons, mon frère et moy, à vous, le plus humblement que pouvons; et vous envoyé des blancs signés de ma main, affin, si bon vous semble, du datte de ceste présente , escrire aucune chose du contenu cydedans , à monseigneur le duc (4) , que luy en escrivés; car je ne luy escripts oncques puis; et vous plaise aussy sommairement noos escrire de vos nouvelles; et vous, madame ma mère, en quelle santé vous vous trouvés après les médecines qu’avés prises.

(1) Cest-à-dire, «* Dieu ne veuille que je sois retenu auprès du roi jusqu’au voyage de Reims et que je n’aille pas au siège desdites places, a

(2) Corrigez et autretant, c’est-à-dire tout autant.

(3) Godefroy corrige : que abandonné servit celui qui demeureroit. Mais en substituant gu’t/ au premier qui (confusion continuelle dans les textes de ce terops-là), on arrive à une ancienne locution équivalente de notre tant exclamatif : Tant abandonné serait celui qui» etc.

(4) Le duc de Bretagne.

car j’en suis à très grand malaise. Et vous envoie dessus ces présentes, minute de mon testament , afin que vous, mes mères, m’adverlissés et escrivés par les prochainement venans , de ce que bon vous semblera que y adjouste ; et y pense encore de moy y ^

adjouster entre deux; mais je n’ay encor eu pue peu 6 t , de loisir. . ^

Mes très redoutées dames et mères , je prie le benoist Gis de Dieu qu’il vous doint bonne vie et longue, et nous recommandons aussy tous deux à nostre frère Loys (1 ). Et pour le liseur de ces présentes, que nous saluons , le seigneur du Boschet (2) , et nostre cousine sa Glle, ma cousine de la Chapelle, et toutte vostre compagnie. Et pour l’accès et.... (3) de solliciter de la chevance au mieulx que faire se pourra ; et n’avons plus en tout qu’environ trois cens escus du poids de France.

Escrit à Selles, ce mercredy huictiesme de juin.

Et ce vespres sont arrivés icy monseigneur de Vendosme , monseigneur de Boussa'e , et aultres ; et La Hire s’est approché de l’ost, et aussy on besongnera bientost. Dieu veille que ce soit à nostre désir !

Vos humbles Gis, Guy et André de Laval (4).

(1) Louis de Laval , seigneur de Châlillon, qui fut gouverneur de Champagne et grand maître des eaux et forêts sous Louis XI.

(9) Chevalier qui s’illustra en reprenant la ville de Laval sur les Anglais le 25 septembre de la même année. Une procession annuelle perpétua dans le pays la mémoire de cet événement.

(3) Lacune de la copie.

(4) Godefroy ajoute : ei Guy de Laval, puis il conjecture en note, qu’au lieu de Guy on doit lire Gilles. Mais il ne faut voir là qu'un redoublement mutile du nom de Guy, qui, sur l'original, aura signé de sa main, après avoir été mis dans la souscription par son secrétaire.

FOURNITURE D’UN HABILLEMENT FAITE A LA PUCELLE AUX FRAIS DU DUC D’ORLÉANS.

14 oa 20-24 juin 1429.

t)eux cédules, Faoe portant Fordonnancement de la somme nétessaîre à la confection d'un habillement complet, Fautre contenant la quittance des foarnisseurs. Les originaux en parchemin appartiennent à M. Lemareschal, de Beauvais. Ils ont été publiés déjà dans la Bibliothèque de FÉcole des chartes (t. 1 de la deuxième série). La fourniture ayant pour date le séjour de la Pucelle à Orléans au mois de juin 1429, se rapporte soit au 14, soit au 20 ou jours suivants de cc mois ; car Jeanne alla prendre quelque repos à Orléans et après la prise de Jargeau et après la bataille de Patay.

1 . — Charles , duc d’Orléans et de Valois , conte de Blois et de Beaumont et seigneur de Coucy, à nos amez et féaulx les gens de noz comptes , salut et dilection. Nous vous mandons que la somme de treize escuz d’or viez du poiz de soixante et quatre au marc, qui par nostre amé et féal trésorier général Jacques Boucher (1) a esté paiée et délivrée ou mois de juîng derrenier passé à Jehan Luillier (2), marchant, et Jehan Bourgois ^ taillendier, demourans à Orléans,

- pour une robe et une huque (3) que les gens de nostre

(1) Voyez tome III, p. 68, et IV, p. |63.

(2) Le même qui a dépofé au procès de réhabiliuUon, 1. 111 , p. 23.

(8) Robe , sorte de lévite longue i l’usage des hommes. Huque , blouse ou colle courle qui se portait soit par-dessous la robe, soit par-dessus l’armure.

conseil firent lors faire et délivrer à Jehanne la Pucelle estant en nostre dicte ville d’Orléans; ayans considëracion aux bons et agréables sei’vices que ladicte Pucelle nous a faiz à l’encontre des Ânglois, anciens ennemis de monseigneur le Roy et de nous : c’est assavoir audit Jehan Luillier, pour deux aulnes de fine Brucelle vermeille (1) dont fut faicte ladicte robe , au pris de quatre escuz d’or l’aulne , huit escuz d’or; pour la doublure d’icelle, deux escuz d’or; et pour une aulne de vert perdu (2) pour faire ladicte huque , deux escuz d’or ; et audit Jehan Bourgois , pour la façon desdictes robe et huque, et pour satin blanc, sandal et autres estoffes, pour tout, ung escu d’or : vous, icelle somme allouez ès comptes de nostre dit trésorier et rabatez de sa receple, sans aucun contredit ou difficulté , par rapportant ces présentes et quictance sur ce des dessusdiz tant seulement, non obslant ordonnances, restrinccions, mandemens ou deffenses quelzconques à ce contraires. Donné audit lieu d’Orléans, le dernier jour de septembre, l’an de grâce mil cccc vint et neuf.

Par Monseigneur le Duc, à la relacion de vous ad ce par lui commis. Signé Labbé.

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