‹ Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d'Arc, dite La Pucelle: Témoignages des chroniqueurs et historiens du xve siècle. Volume 4Chapitre 19 sur 139 · LETTRE DE LA PÜCELLE AUX HABITANTS DE TOURNAT · texte numérisé non relu

LETTRE DE LA PÜCELLE AUX HABITANTS DE TOURNAT

25 juin 1429.

On n’ignore pas que la ville de Toumay fut du domaine de la couronne de France jusqu’au commencement du xvi* siècle. Quoique isolée au milieu de la puissance bourguignonne, elle reconnut Gharies VII en 1426 et tint pour lui tout le temps de son infortune. Elle dut cette force de résistance à la forme de son gouvernement qui était une démocratie constituée avec une rare sa-

(1) Je croit qu'il faut lire Chien , car il y avait un château de ce nom près de Talmont. 9

gesse. La lettre de la Pucelle est tirée de Tun des registres où l’on inscrivait les réponses du peuple aux communications faîtes par la magistrature. Elle fut apportée à Tournay le 7 juillet Aussitôt les quatre consaux ou comités administratifs mandèrent le clergé et les délégués du roi , pour aviser avec eux sur le contenu de la dépêche. Il fut décidé , après délibération j qu’on la communiquerait aux bannières, c’est-à-dire aux trente-six seo lions formant l’universalité des citoyens. L'envoi fut fait sous une attache ainsi conçue : a Pour ce que nous savons vous estre tousjours desira ns de oyr et savoir bonnes nouvelles de l’estât et prospérité du roy nostre Sire, nous avons fait copier les lettres que la Puchielle, qui de présent est devers le roy nostre dit seigneur, nous a envoiées. »

Les bannières , après avoir entendu lire la lettre , déclarèrent s’en rapporter à la sagesse des consaux : sur quoi ceux-ci nommèrent des députés pour aller trouveV le roi , conformément à Tinvitation de Jeanne. Le retour de ces mandataires est consigné au même registre , dans les termes suivants :

« Jeudi au soir, xxj* jour de juillet, Bettremîeu Garlier , grand'doyeu , Jacques Queval , juré , et raaistre Henry Romam, conseiller général de la ville , revinrent de l'ambassade où ilz avoient esté envoiés devers le roy nostre sire à son sacre et couronnement à Rains et aux entrées qu’il avoit dictes ès villes de Troyes, Chalons et autres. Et le lendemain xxij* jour dudit mois, lesdictz ambassadeurs feirent leur relation à le pierre dessus les degrés de l’entrée de la halle du conseil de la ville, en la présence et audience du peuple, et si présentèrent les lettres du roy nostre sire adrechans aux cousaulx et communalté , qui furent leues en l’audience dudit peuple ; et contenoient la responce que le roi faisoit sur ladicte ambassade. Et le xxvj* jour ensuivant , lesdictes lettres furent leues par devant les consanlx et commis en halle, h

Nous tirons ces détails d’un article de M. Hennebert , inséré dans les Archives historiques et littéraires du nord de la France (nouvelle série, t. I, p. 520, an^^ 1837), article qui accompagne

la publication du document lui-méme dont la déçourerte est due également à M. Hennebert.

f Jhesüs f Maria.

Gentilz loiaux Franchois de la ville de Tournay, la Pncelle vous faict savoir des nouvelles de par dechà, que en viii jours elle a cachié les Anglois hors de toutez les places qu’ilz tenoient sur la rivire de Loire, par assaut ou aultrement; où il en a eu mains mors et prinz , et lez a desconfis en bataille. Et croiës que le conte de Sufibrt, Lapoulle son frère, le sire de Talle> bord, le sire de Scallez et messires Jehan Falscof(1)et plusieurs chevaliers et capitainez ont esté prinz, et le irere du conte de Sufiort et Glasdas mors. Maintenés vous bien loiaux Franchois, je vous en pry, et vous pry et vous requiers que vous soiés tous prestz de venir au sacre du gentil roy Charles à Rains où nous serons briefment, et venés au devant de nous quant vous sauvés que nous aprocherons. A Dieu vous commans , Dieu soit garde de vous et vous doinst grâce que vous puissiés maintenir la bonne querelle du royaume de France. Escript à Gien le xxv* jour de juing.

Sur l’adresse : Aux loiaux Franchois de la ville de Tournay.

(1) Sir John Falstolf ne fut point fait prisonnier à la bataille de Patai, poisqne ce fiit lui qui dirigea la retraite de Tarmée anglaise. Voici cependant le troisième document (voyez ci-dessus p. 120 et 122) où la nouvelle de sa prise se trouve annoncée. Ici on ne peut plus supposer un faux bruit ; c’est de la bouche de Jeanne même que le fait est attesté. 11 faut croire que les Français furent trompés un moment ou par la ressemblance d’un de leurs prisonniers avec Falstolf, ou par la ruse de quelque chevalier anglais qui s’éuit rendu à eux en se fiisaot passer pour Falstolf.

rv I V

LETTRE DE LA PÜCELLE Aü DUC DE BOURGOGNE.

17 juillet 1429.

Publiée deux fois comme inédite : d’abord par l’arcbiriste Godefroy, dans le Journal de la littérature, des sciences et des arts , de l’abbé Grosîer (année 1780, t. IV, p. 448), et en second Heu par M« Berriat Saint-Prix , dans Thistoire de Jeanne d’Are , qu’il fit paraître en 1817. Dans l’intervalle, l’original s’était perdu et retrouvé. D n’a jamais quitté le dépôt d’archives de Lille, autrefois archives de la chambre des comptes de Flandre, aujour^ d’hui archives du département du Nord.

Notre texte a été étabH d’après un fac-similé parCsitement exécuté que possédait M. Aimé Martin.

f Jehsus Maria.

Hault et redoublé prince, duc de Bourgoingue, Jehanne la Pucelle tous requiert de par le Roy du ciel, mon droicturier et souverain seigneur, que le roy de France et vous, faciez bonne paix ferme, qui dure longuement. Pardonnez l’un à l’autre de bon cuer, entièrement, ainsi que doivent Êiire loyaulx chrestians; et s’il vous plaist à gnerroier, si alez sur les Sarrazins. Prince de Bourgoingne, je vous prie, supplie et requiers tant humblement que requérir vous puis, que ne guerroiez plus ou saint royaume de France, et (aictes. retraire incontinent et briefment voz gens qui sont en aucunes places et forteresses dudit saint royaume; et de la part du gentil roy de France, il est prest de faire paix à vous, sauve son honneur, s’il ne

tient en tous. Et vous faiz à savoir de par le Roy du ciel, mon droicturier et souverain seigneur, pour

LETTRE DE TROIS GENTILSHOMMES ANGEVINS A LA FEMME ET A LA BELLE-MÈRE DE CHARLES VII.

17 jwUet 1439.

Imprimée, pour la première fois, dans la Bibliothèque instruclire du P. Menestrier (t. Il, p. 90) , d’après Foriginal que possé-

datent dans leurs archives les religieux de l’abbaye de fiënîsson-

dieu en Forez. Le P. Griffet en eut connaissance et s’en servit

pour annoter Daniel à l’endroit du sacre de Charles Vil. Nous avons dît (t. IV, p. 380) que la date de cet événement avait été longtemps un sujet de controverse par suite d’erreurs de chiffra introduites dans toutes les éditions de Monstrelet. M. Buchon , qui ne soupçonnait pas cela , fil tout le contraire du P. Griffet : il corrigea par le texte imprimé de Monstrelet la lettre de l’ahbaye de Bénissondieu et la réimprima avec la date du 27 juillet, sans prévenir du changement qu’il y faisait. 11 est bien constaté aujourd’hui que les bons manuscrits de Monstrelet , ainsi que les lettres particulières, ainsi que tous les documents ayant quelque autonté, s’accordent à placer le sacre au 17.

Nos souveraines et très redoublées daines, plaise TOUS sçavoir que yer le roy arriva en ceste ville de Rains, ouquel il a trouvé toute et pleine obéissance. Aujourd’hui a esté sacré et couronné ; et a esté moult belle chose à voir le beau mystère, car il a esté amci solempnel et accoustré de toutes les besongnes y appartenans, auxi bien et si convenablement pour faire la chose, tant en abis royaux et autres choses à ce nécessaires, comme s’il eust mandé un an auparavant; et y a eu autant de gens que c’est chose intinie à escrire, et auxi la grande joye que chacun en avoit.

Messeigneurs le duc d’Alençon, le conte de Clermont, le conte de Yendosme, les seigneurs de Laval et La Trimoille, y ont esté en abis royaux , et monseigneur d’Alençon a fait le roy chevalier, et les dessusditz représentoient les pairs de France ; monseigneur d’Albret a tenu l’espée durant ledit mystère devant le roy ; et pour les pairs de l’église y estoient avec leurs croces et mitres, messeigneurs de Rains, de Chalons, qui sont pairs; et en lieu des autres, les

éresqnes de Séez et d'Orléans, et deux autres prélas ; et mondit seigneur de Rains y a fait ledit mystère et sacre qui luy appartient.

Pour aller quérir la sainte ampolle en l’abaye de de Saint-Remy, et pour la apporter en l’église de Nostre-Dame, où a esté fait le sacre, furent ordonnez le mareschal de Bossac, les seigneurs de Rays, Gra- TÎlle, et l’admirai avec leurs quatre bannières que chacun portoit en sa main, armez de toutes pièces et à cheval, bien accompagnez pour conduire l’abbé dudit lieu, qui apportoit ladite ampolle; et entrèrent à cheval en ladite grande église et descendirent à l’entrée du choeur, et en cest estât l’ont rendue après le service en ladite abaye ; lequel service a duré de» puis neuf heures jusqu’à deux heures. Et à l’heure que le roy fut sacré, et auxi quand l’on lui assist la couronne sur la teste, tout homme cria Noël ! et trompettes sonnèrent en telle manière, qu’il sembloit que les voultes de l’église se deussent fendre.

Et durant ledit mystère, la Pucelle s’est tousjours tenue joignantdu roy, tenant son estendarten sa main. Etestoit moult belle chose de voir les belles manières que tenoit le roy et auxi la Pucelle. Et Dieu sache si vous y avez esté souhaitées.

Aujourd’hui ont esté faitz par le roy contes le sire de Laval et le sire de Sully, et Rays mareschal (1).

(1) Cela n'est pas dit dans l'Histoire généalogique du P. Anselme qui atteste, au contraire, d'après rautorité des comptes de cette année, que Rais était maréchal dès le 21 juin 1429 ; mais les comptes n'ayant été rendus qu'à la 6a de septembre , on conçoit qu'on loi ait appliqué pendant tout le temps de Texerdce 1428-1429 le titre qu'il n'eut que pendant deux mois et demi de ce même exercice.

Vendredy eut huit jours, ie roy mist le siège devant Troye, et leur fit moult forte guerre; si vindrent à obéissance ; et y entra le dimanche après par composition. Et s’ilz ne lui eussent fait obéissance à son plaisir, il les eust prins par puissance; car c’est une chose merveilleuse de voir la grande puissance des gens qui sont en sa compagnée. Le luudy suivant se partit le roy de Troye tenant son chemin à Chalons. Ceux de Chalons ont envoyé devant demi-journée rendre obéyssance. Le roy y entra jeudy et s’en parti vendredy, tenant son chonin en ceste ville. Et pareillement ceux de ceste ville sont venus rendre obéissance, et sont bien joyeulx de sa venue, comme ilz monstrent à leur pouvoir.

Demain s’en doibt partir le roy tenant son chemin vers Paris. On dit en ceste ville que le duc de Bourgongne y a esté et s’en est retourné à Laon, où il est de présent; il a envoyé si tost devers le roy qu’il arriva en ceste ville. A ceste heure nous espérons que bon traité y trouvera avant qu’ils partent. La Pucelle ne fait doubte qu’elle ne mette Paris en l’obéissance.

Audit sacre, le roy a fait plusieurs chevaliers, et aussi lesdits seigneurs pairs en font tant que merveilles ; il y en a plus de trois cents nouveaux.

Nos souveraines et redoubtées dames, noos prions le benoist Saint-Esprit qu’il vous donne bonne vie et longue.

Escript à Rains, ce dimanche xvij* de juillet.

Vos très-humbles et obéissants serviteurs, Beauvau (1), Morbal, Lusse.

(1) Sao8 doute Pierre de Beauvau, dont il est parlé d-detaua , p. 38.

Et au dos est écrit : A la royne et à la royne de Seclle, nos souveraines et très-redoubtëes daines.

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