APPROBATION DE NAPOLÉON BONAPARTE. PREMIER
CONSUL, AU PROJET D’ËLEVER UN NOUVEAU MONU- MENT EN L’HONNEUR DE JEANNE D’ARC.
29 plnviése an xi ( 18 février 1803).
Apostille aulograplie écrite sorla pétition que le corps municipal dXMénns avait adressée au Premier Consul à la date du 26 pluviôse précédent (15 février 1803). Celte note a été imprimée par M. Lottin dans ses Recherches historiques sur la ville d’Orléans ( II* partie, t. IV, p. 349) , lorsque la pièce d’où elle est tirée était encore aux archives de la mairie d’Orléans. 11 (hut qu’elle ait été volée depuis, car^dle a passé en vente publique à Paris dans ces derniers temps.
En vertu de cette approbation fut oul/erte une souscription dont le produit servit à faire les frais de la statue de bronze placée au^ jourd’hui sur la place du Maiiroi. Ce monument a été composé
par le scolptear Goia fils» d’après une terre coite que M. Lenorr avait fait (aire pour le Musée des monuments français. Il fut inauguré le 18 floréal an xii (8 mai 1804).
La délibération du conseil municipal m'est trèsagréable. L’illustre Jeanne d’Arc a prouvé qu’il n’est pointde miracle que le génie français ne puisse opérer lorsque l’indépendance nationale est menacée. Unie, la nation française n’a jamais été vaincue; mais nos voisins» abusant de la franchise et de la loyauté de notice caractère » semèrent constamment parmi nous ces dissensions d’où naquirent les calamités de l’époque .où vécut l’héroine française , et tous les désastres que rappelle notre histoire.
ACQÜLSITION DE LA MAISON DE JEANNE D’ARC PAR LE DÉPARTEMENT DES \OSGES.
Acte de vente du 20 juin 1818 et Ordonnance approbative du 5 octobre anivant» imprimés dans l’Bistoire abrégée de la vie et des exploits de Jeanne d’Arc » par M. Jollois » p. 181.
La maison , au moment de la vente » était engagée dans un massif de constructions élevées autour d’efle , et on peut dire à ses dépens » puisque , pour donner plus d’apparence à celles-ci , on l*ayaît dépouillée de ses moulures et sculptures. Aussitôt l’acquisition faite» non-seulement on lui rendit ses ornements» mais encore on démolit les bâtiments parasites qui l’obstruaient , de manière à l’isoler sur toutes ses faces. Sur l’excédant du terrain» on a pratiqué un jardin et élevé deux pavillons » l’un occupé par une école^de filles , l’autre servant à la réception des visiteurs. Une grille posée entre ces deux pavillons , permet de voir la maison du côté de sa principale. Elle est en pierre » plafonnée et cou-
verte d’un toit à une seule pente. Elle se compose de quatre petites pièces par bas» dont une est munie d’une cheminée antique ; l’étage
supérieur, pratiqué sous les combles , n’est k ptopremcnt parler qa’nu grenier. Si modeste que soit ce petit édifice , c’est k tort qu’oo le regarde comme la chaumière où Jeanne d’Arc vint au nuxide. La solidité de la bâtisse décèle à elle seule une recherche qui n’eût pas été dans les goûts d’une simple famille de laboureurs. Les d’Arc, devenus gentilshommes, élevèrent ce logis plus durable à la place de la cabane paternelle. La date de cette reconstruction est vraisemUabltment celle qu’on lit au-dessus de la porte d’entrée. Le couronnement de celte porte, remis en place depuis 18 18 ^ fiMme un tympan arqué en accolade, dont le champ, divisé en ploaieurs compartiments par des nervures en relief, porte les inscnptioos suivantes :
Sous l’angle de l’accolade : ^fpe 4» jj^abcUV ^
Immédiatement au-dessous de celte première inscription :
4* mil ^ cccc tiîi“ <=¥ V 4»
Tout au bas du tympan : 35fte 4» Ic 4» tPt) 4> ÏOtîé 4*
Trois écussons accompagnent ces devises : l’un (mutilé eu 1830} aux armes de France; l’autre aux armes de la Pucclle ; le troisième chargé de trois socs de charrue avec une étoile eu abîme. Ces dernières armes se retrouvent dans l’église de Domrémy, gravées sur la tombe de Jacob Thiesselin, qui mourut en 1483. La réunion de Vécu des Thiesselin avec celui des Dulys s’explique tout naturellement par ce fait que le chef de la famille d’Arc, et par conséquent le possesseur de la maison, en 1481, était Claude Dulys, fils aîné de Jean , frère de la Pucclle , marié à flicolle Thiesselin. On sait d’ailleurs par des actes authentiques que ce Claude Dulys administrait les villages de Domrémy et de Greux , comme procureur fiscal de plusieurs seigneurs qui jouissaient par indivis de la propriété de ces lieux (1). Tout s’accorde donc on ne peut mieux pour faire dater des dernières années de Louis XI le petit manoir de Domrémy. A en juger par la teneur des inscriptions rapportées ci-dessus , il ne serait même pas invraisemblable que
(I) Tons ces détails sur le neveu de Jeanne d'Arc se trouvent, avec alléga^ Uon des pièces à l'appui , dans le Traité sommaire tant du nom que des armes delà Pueelle, etc., revu en 1G28, p. 20.
ce mopacque j eût contribué de ses deniers. Une précieuse décoration, et teut k £iit cligne de la muniûeenee ro]rale, relerait autre» fois la devanture de Tédidee. On j avait peint les exploits de b Pucelle ; Michel Montaigne en vit encore quelque chose en 1580 (1); mais les derniers vestiges de couleur et même d’enduit ont disparu depuis longtemps.
Totaleueut oubliée des Français , la maison de Jeanne d’Âre reçut eu 1815, probablement à cause de la tragédie de Schiller, b visite des princes de la roalsen d’Autriche. L’archidne Ferdinand, aujourd’hui empereur, en fit détacher des parcelles de bob et de fuerre qu’il emporta comme de précieuses relicpies. A son exemple, tons les gens de sa suite voulurent en avoir. Un officier prussien renchérissant sur les autres , témoigna même l’envie d’acquérir les sculptures de la porte, et comme il ne put les obtenir du propriétaire, il lui offrit six mille francs de la maison toute entière : proposition qui fut également repoussée. Le propriétaire était un nommé Gérarclin , homme peu fortuné , mais qui conservait sa maison comme une chose sacrée, prétendant la tenir par succession non interrompue des collatéraux de la Pucelle. Son désintéressement parut surtout en ce que plus tard, lorsqu’il s’agit de la céder au département des Vosges, il accepta le marché au prix de deux raille cinq cents francs (2).
M. Jollois, ingénieur en chef à Épinal à l’époque de l’acquisition, a mis les lieux dans l’état où on les voit aujourd’hui. Je ne crois pas cependant que ce soit lui qui ait fait pbcer au-dessus
(1) Le passage de cet illustre écrivain mérite d*étre rapfiorté tout entier. Il se trouve dins le Joomal de son voyage en Italie : « Domrémy sur Menae • à unis lieues de Vaucouleurs , d’où estoit native cette fiunense Pucelle d’Orléans qui se nommait Jeanne d’Ay (voyes ci-dessos , p. 150 ) ou Dallis. Ses descendans furent aoooblis par faveur du roy ; et nous monsU-arent les armes que le roy leur douna , qui sont d'azur à une espée droicte , couronnée et poignée d’or, et deux fleurs de lys d’or au costé de ladicte espée ; de quoy un receveur de Vaucouleurs donna un escusson peint à M . de Caselis. Le devant de U maisonnette où elle naquit , est tout peint de ses gestes ; mais l’aage en a fort corrompu la peinture. H y a aussi un arbre le long d’une vigne qu’on nomme l’Arbre de la Pucelle , qui n’a nulle antre chose à remarquer. »
La ville d'Orléans pour l’en récompenser Kii fit frapper une médaille.
(lo couroDoement de la porte une statue agenouillée en pierre , qui passe à tort pour un portrait authentique de la Pucelle. Ce luorceau de sculpture est de Tépoque de Louis XIII et nie paraît être la copie d’une autre statue que les Hordal y issus des Duljs, avaient fait ériger dans la cathédrale de Toul en l’honneur de leur illustre parente. Cette copie se trouvait au-dessus de la pprte de Gérardin, sur l’avant corps démoli en 1818* Elle est spécifiée dans l’acte de vente sous la dénomination de buste, pafce qu’alors elle était engagée dans le mur jusqu’au-dessus de lu ceinture.
Dans l’intérieur de la maison il j a une copie réduite de la statue due au ciseau de la princesse Marie. Sur le mur du fond de la principale pièce , est scellée une table de marbre blanc portant l’inscription suivante :
l’an MCCCCXU NAQUIT EN CE LIEU JEANNE d’arc
SURNOMMEE LA PUCELLE d’oRLÉANS FILLE DE JACQUES d’aRC ET d’iSABELLE ROMEB POUR HONORER SA MEMOIRE LE CONSEIL GÉNÉRAL DU DEPARTEMENT DES VOSORS A ACQUIS CETTE MAISON LE ROI
EN A ORDONNNÉ LA RESTAURATION Y A FONDÉ UNE ECOLE d’iNSTRUCTION GRATUITE EN FAVEUR DES JEUNES FILLES DE DOMREMY^ DE GREUX ET AUTRES COMMUNES ET A VOULU qu’une FONTAINE ORNEE DU BUSTE DE l’hÉROÏNE PERPÉTUÂT SON IMAGE ET l’expression DE LA RECONNAISSANCE PUBLIQUE.
CBS OUVRAGES ONT ETE ACHEVAS LE XXY AOÛT MDCCCXlf:.
Comme le dît cette inscription , Louis XVIÎI accorda en effet, sur sa cassette, une somme de vingt mille francs à la commune de Domrémy : savoir douze mille francs pour ériger un monument à la mémoire de Jeanne d’Arc,et construire une école de filles attenant à la maison ; et huit mille francs pour le capital d’une rente de quatre cents francs destinée à la rétribution d’une sœur de charité , maîtresse de l’école. Avec de si faibles ressources , M. Jollois ne put pas élever quelque chose de bien monumental. Sa fontaine est un édicule d’ordre toscan , soutenu par quatre piliers entre lesquels est posé un mauvais buste de la Pucelle. L’eau qui s’échappait de 1^1 base de ce monument était celle de la fameuse fontaine des Groseillers. Elle a cessé de couler à cause d’une fuite des conduits.
On trouvera, dans l’Histoire abrégée de Jeanne d’Arc, des gravures très-soigneusement exécutées de la fontaine , de la maison dans son état ancien , des sculptures j appartenant , et enfin le plan de la propriété telle qu’elle se comportait aux termes de l’acte de vente , que voici : .