SUR LA FAUSSE JEANNE D’ARC
croyoîenl fermement que, par sa saincleté, elle se feust eschappée du feu et qu’on eust arse une autre , Guidant que ce feust elle.
Item, en cestui temps en admenèrent les gens d’armes une, laquelle fut à Orléans très honorahlemerit receue. Et quant elle fut près de Paris, la grande erreur commença de croire fermement que c’estoit la Pucelle;etpour ceste cause rUniversité et le Parlement la firent venir à Paris bon gré mal gré j et fut monstrée au peuple au Palais , sur la pieri e de marbre , en In grant cour ; et là fut preschée et traite sa vie et tout son estât; et dit qu’elle n’estoit pas pucelle, et qu’elle avoit esté mariée à un chevalier dont elle avaiteu deux fils; et avec ce disoit qu’elle avoit fait aucune chose, dont il convint qu’elle aljast au Saint-Père, comme de main mise sur son père ou mère, prestre ou clerc, violentement; etque pour garder son honneur, commeelle disoit, elle avoit frappé sa mère par mésaventure , commeelle cuidoit férir un autre, et pour ce, qu’elle eust bien eschevé sa mère, se n’eust esté la grant ire où elle estoit ( car sa mère la tenoit pour ce qu’elle voulait battis une sienne commère) ; pour ceste cause, lui convenoit aller à Rome. Et pour ce, elle y alla vestue comme on homme , et fut comme souldoyer en la guerre du Saint-Père Eugène; et fit homicide en ladite guerre par deux fois. Et quant elle fut à Paris , encore retourna en la guerre , et fut en garnison , et puis s’en alla (1).
(1) Ce leiic est celui de l’édition de De La Barre. Une autre rédaction , dont Marcel rapporte un fragment dans son Histoire de Torigine et des progrès de la monarchie Françoise ( 1. 111 , p. 423), est conçue en latin à partir des mots , Et avec ce disoit , dont elle ne renferme pas l’équivalent ; mais la phrase con-