‹ Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d'Arc, dite La Pucelle: Témoignages des chroniqueurs et historiens du xve siècle. Volume 4Chapitre 90 sur 139 · SUITE DU MÉMOIRE A CONSULTER SUR GUILLAUME DE FLAVY · texte numérisé non relu

SUITE DU MÉMOIRE A CONSULTER SUR GUILLAUME DE FLAVY

C’est le complément de la pièce imprimée ci*desius , p. 173. Il n’j est plus question de la Pucelie , mais on peut s’en servir pour réfuter ceux qui arguent de la trahison de Guillaume de Flavj envers Jeanne par les poursuites exercées postérieurement contre lui.

Après avoir esté ceulx de Compïègne quatre mois sans vendre pain en publicquC) recevant peu de rafreschissemens , les ennemis auroient par tranchées, fors et bastilles circuit la ville, occupé et empesché tous les avenues, en sorte qu’ils avoient peine de fere sçavoir leur nécessité au conte de Yendosme ; lequel n’aiant peu assembler que huict vingt fust de lances, se seroit avancé le xxiiij* oct. 1430 avec le maréchal de Boussac, pour mettre quelque rafreschissement dedans la ville, n’aiant pensée ni présomption de faire lever le siège; mais les ennemis présumans les trouppes de secours plus fortes (qui cheminolent entre la forest de Cuise et la rivière d'Ojse pareeque les autres chemins estoieiit retranchés et empeschés), auroient rangé et mis leur armée en bataille. A l’opposite ceulx de la ville disposés par leur cstpitalne, prenant sur ce l’occasion d’attaquer une grand et forte bastille qui estoit sur le grand chemin de Plerrerfon à la maladrerie St. Lazare, à une portée et demie d’arc de la ville, en laquelle avoient esté délaissés plu* sieurs gentilshommes, capitaines et trois cens hommes de guerre, après avois esté rebutés et repoussés par

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deux diverses fois, l’emportèrent de vive force au troisiesme assault, auquel les hommes et femmes de la ville estoieiit emploies; et par cette prise , firent ouverture à une trouppe du secours qui amenoit quelque vivre, et donnèrent tant d’allàrmes aux autres que le duc de Yemloame, mareschal de Boussac et la compagnie eurent moien d’entrer en la ville sans aulcun combat ni perdre qu'un seul homme. Dont le courage des assiégeons fut tellement abalu, que dès le lendemain du matin ils s’escartèreiit d’un costé et d’autre, sans delfendre ni degaiger ceulx qu’ils avoient mis en garnison ès autres forts et bastilles au circuit de la ville : qui furent attaquées, prises et rendues, èsquelles fut trouvé tant de munitions et vivres que la ville en fut rafreschie, le pont refait par lequel de Flavi feit passer ses trouppes et courir tout le pays jusques à la rivière de Somme, où elles auroient mis en desroutte l’armée que le duc de Bourgogne, qui estoit à Péronne, faisoit assembler et remettre sur pied.

Et en après, le duc s’estant avancé jusques àRoye, lui présentèrent la bataille : ce qui auroit rendu Flavi si riche et redoutable que sa condition en seroit demeurée enviée par les plus grands du Royaume. Messire Artus, comte de Richement, connestable de France , depuis duc de Bretagne, estant de ce nombre, se seroit acheminé à Compiègne en décembre 1436 , acompagné de plusieurs seigneurs , signaument de messire Pierre de Rieux , comte de Rochefort , mareschal de France, lieutenant pour le roy en Normandie, et [auroit] mis en arrest ledit de Flavi, soubs pretexte de quelque plainte, puis icelluy deschargé de la capitainerie: de laquelle désirant s’accommoder, auroit

procuré y estre esleu et nommé. Et aiant les Iiabitaiis fet assembler le dixiesme décembre, les suürages d’yceulx seroient demeurés sur le connestable; auquel l'acte de l’eslection aiant esté porté, il auroit voiiuntaircment accepté ladite charge, prié les Attornés et gouverneurs d’aller ou envoier vers le Roy pour obtenir la conhrmacion, qui fut aportée le xiij* dudit mois par Pierre Le Vacher, chevaucheur. Ensuitte ledit seigneur connestable, comme capitaine, auroit recen le serment desdits habitanset délaissé en la ville, pour la commander, messire Jehan de Villeblanche et le seigneur de Rostrenan. Lesquels, pour estre Bretons, n'avoient la langue ni la faveur du pays : qui auroit esté cause que le voisinage auroit esté fort travaillé de courses et de pilleries de gens de guerre, procurées par ledit de Flavi, qui s’estoit retiré au chastel d’OIIemont , chez messii'e Gui de Neesle, son cousin , entretenant les cognoissances et praticques qu’il avoit en la ville ; sur quoi les Ânglois et ceulx de ce pays auroient pris occasion de dresser des entreprises qui mettoient les habitans en peine, pour le peu de créance qu’ils avoient aux Bretons. Ledit de Flavi aiant pris son temps que deux poursuivans, dont l'un estoit à Madame de Guienne, estoient venus donner advis d’entreprise par les Anglois, se seroit présenté et offert de tenir les habitans tous asseurs et le pays en paix, et auroit [esté] receu et introduit en la ville par le dejet de ceulx que le connestable y avoit laissé. Lequel aurait fet de grands poursuittes et sollicitude pour y rentrer; mesme envoié lettres d’abolition et pardon (du 4 novembre 1437) de l’introduction dudit de Flavi, à la charge de l’en dejetter. Ppur

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à quoi éviter, Flavi auroit esté contraint de traitter avec le connestable et lui donner quatre mille escus, dont, se tenant intéressé, auroit rrcherché le moien de s’en resentir, et aiant langue que le mareschal de Rieux estoit parti deParisets’acheminoit pour passer la rivière d’Ojse à Font>Sainte-Maxence, cinq lieues de Gompiègne, pour aller à Paris vers le Roy, auroit envoié sa compagnie conduitte par messire Robinet Lhermitte , son lieutenant, avancer ledit mareschal, -qui fut arresté et amené en la grosse tour de Compïègne où ledit de Flavi le détint longtemps. Et se voiant pressé par les habitans qui avoient mandement et commandement du Roy pour le faire mettre en li> berté , l’auroit fait transporter de lieu à l’autre pour en faire perdre cognoissance ; en sorte qu’après une longue et misérable prison , ledit mareschal seroit décédé au chasteau de Neesle en Tardenois, apar tenant audit de Flavi à cause de Blanche d’Avrrebruche, sa femme. Pour raison de quoi, après longue poursuitte faitte tant contre ledit de Flavi que ses héritiers (1 ) ,

(1) Ces poursuites n’out pu avoir lieu que parce que la famille de Flavy avait perdu Tampliation des lettres de grâce obtenues par Guillaume à raison des mêmes faits. Avec de la bonne volonté , on eût trouvé ces lettres entérinées au Parlement de Paris. En voici le texte que nous tirons du registre coté X , n« 20202 aux Archives nationales :

« Charles, par la grâce de Dieu, roy de France, savoir faisons à tous présens et avenir que, comme environ le mois de décembre Tan mil cccc trente six , nostre très-chier et amé cousin le comte de Richement, connestable de France, eust prins et arresté en nostre ville de Compiengne nostre bien amé escuier d’escuierie Guillaume de Flavy, et luy eust osté la capitainerie, et mis hors d’icelle nostre ville de Compiengne à laquelle il avoit esté paravant et esUHt commis et ordonné de par nous ; et environ le mois de mars lors prouchain ensuivant, ledit Guillaume de Flavy, à Tayde d’aucuns ses frères, d’aucuns capitaines ou gens de guerre habitans ou retrayans en ladicte ville

seroit intervenu arrest de Pariemenl du 9 septembre 1509, Ixj. ans après le trespas dudit de FJavi , contre Jehanne de Flavi, sa petite niepce, femme de Jean sieur deMoranviller, duquel sommaire auroitesté in-

et d'autres de pluseurs estas, eust de fait reprins ladicte Tille, laquele estoit lors ès mains du seigneur de Rostrenan , commis de par nostre dit conoestable en nostre nom ; en faisant laquelle prinse et depuis , aucuns des gens laissiez par ledit de Rostrenan ou autres pour la garde d'icelle , comme Jean Villes branche et autres , aient esté tenus prisonniers , mis hors de nostre dicte ville, et perdus aucuns chevaulx, anneures et autres leurs biens, et l'un d'eulx, en faisant ladicte prinse , navré de trait telement que mort s'en est ensuje , et nostre dicte ville ait ledit Guillaume tousjours depuis tenue , comme il tient encores pour et en nostre nom ; et pour ce que defunct Pierre de Rochefort , en son vivant chevalier, mareschal de France , estoit en la compaignie de nostre dit cousin le comte de Richement quant il print et mist hors dudit Compiengne ledit Guillaume , icelui Guillaume pour ceste cause , cuidant par ce avoir accord et paix avecques nostre dit cousin , de sa voulenté, certain temps après a tenu en arrest et en prison fermée de fait audit Compiengne et ailleurs, ledit mareschal de Rochefort , mesmement en son chastel de Neelle en Tardenois , auquel lieu survint cependant une pestilence d'épidemie dont noonirent plusieurs personnes tant des gardes dudit de Rochefort comme autres dudit chastel ; et d'icelle lut atteint et féru ledit de Rochefort , telement qu'il ala de vie à trespassement , dont îceluy Guillaume fut très couroucé et desplaisant. Pour occasion desqueles choses ledit Guillaume , qui tout son temps nous a grandement et lojaulment servj de corps et de puissance en armes, ou fait de noz guerres contre nos ennemis et adversaires, sans varier, double avoir encouru nostre indignacion et povoir aux causes dessudictes estre poursuy par justice , et pour ce ne se peut ne ose bonnement exposer en nostre service, comme auparavant avoit fait, et desire encores le faire : Nous, deuement informez et acertenez des choses dessusdictes , et pour considéracion des bons et grans services que ledit Guillaume, sesdiz frères, etc., ont fait à noos et à noz prédécesseurs en plusieurs manières , et espérons que encores acent cj après , et autres causes à ce nous mouvans : ausdiz GuiUaume de Flavj, ses frères , manans , habitans et retraiz de nostre dicte ville de Compiengne , et qui furent et ont esté aidans et consentans de la reprinse d’icelle nostre ville , de la prinse ou arrest , mort ou trespas dudit mareschal , de nostre grâce especial, plaine puissance et auctorité royal, avons quictié, remis, pardonné et aboly, quictons, remectons, pardonnons et abolissons par ces présentes les faiz et cas dessusde. Donné à Laon , l’an de grâce mil cccc quarante et ung après Pasques. >

script en une croix placée en la rue du Pont, au droit de la grosse (our de Gompiègne, de l’ordonnance de maistre Lecoq , conseiller, exécuteur dudit arrest.

Et quant à Guillaume de Flavi, il se seroit maintenu jusquesàson trespas en la capitainerie de Gompiègne, s’estant grandement enrichi, acquis plusieurs terres et seigneuries, mesme emparé des personnes, maisons et biens de messire Robert d’Awrebruche et Agnès de Francières, et Blanche, leurlille, qu’il auroitespousée;et dudit mariage seroit procédé Gbarles de Flari qui auroit siirvescu le père; lequel [Guillaume] pour s’estre comporté trop sévèrement avec ladite Blanche, l’a'uroit reduitte à machiner sa mort, avenue au chastcau de Neelle en Tardenois, parle moien du barbier qui lui faisoit sa barbe; lequel, du rasoir qu’il avoit en. la main, lui auroit cotippë la gorge, conforté par la femrne qui avoit secrette intelligence et complot avec messire Pierre de Louvain, chevalier, viconte de Berzy, seigneur de Rongnat et Goullonges, près ledit Pîcelle; pour quoi, ladicte d’Avvrebruche aiant obtenu en juillet 1449 lettres de remission, ladicte remission n’auroit esté entérinée que par. arrest du Parlement du 5 juin 1500, lij. ans après le fait; au céntcOt duquel ledit de Louvain fut tué par la main de' messire Raoul de Flavi, frère de Guillaume, le 15 jüin 1464 ,y aiant eu plusieurs attentats au précèdent» ledit Louvain délaissé pour mort en juin 1451» en l’armée du roy siégeant la ville de Bourdeaux.

Les corps desdits de Flavi et Louvain ont esté inhumés à Gompiègne : Flavi au cœur de l’église des Jacobins, et Louvain en cellui des Gordelliers.

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