‹ Procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d'Arc, dite La Pucelle: Témoignages des chroniqueurs et historiens du xve siècle. Volume 4Chapitre 96 sur 139 · DE L’INSTRUMENT DU PROCÈS · texte numérisé non relu

DE L’INSTRUMENT DU PROCÈS

Un certain laps de temps après le supplice de Jeanne (1)^ Thomas de Courcelles, Tun des conseillers du tribunal, assisté de Manchon, donna au procès sa figure authentique. Les interrogatoires consignés sur la minute furent traduits en latin , les procès-verbaux complétés , et le tout rédigé en forme de lettres patentes émanant de Pierre Cauchon et de Tinquisiteur. Ainsi, l’instrument du procès se présente comme un long récit mis dans la bouche des deux juges.

La narration commence au premier jour de la cause et se prolonge au delà du dernier, tant par le compte rendu d’une information qui fut faite le lendemain de la mort de la Pucelle , que par l’insertion d’autres actes postérieurs de plus de deux mois. Toutefois, les attestations finales des greffiers ainsi que les sceaux des juges sont placées immédiatement après la sentence définitive. Cette singulière disposition parait tenir à ce que Cauchon voulait que l’information posthume entrât dans le procès ; mais Manchon ayant pour sa part refusé de l’attester (2), elle fut reléguée par delà les signatures^ et c’est peut-être pour dissimuler son isolement à cette place , qu’on la fit suivre de diverses pièces qui ne tiennent à la cause que par des liens indirects.

Les greffiers délivrèrent cinq expéditions du procès (3) dont Manchon à lui seul en écrivit trois de sa main (4). Toutes les cinq furent attestées par Manchon, BoisguiU laume et Taquel , et munies du sceau des juges. Indépendamment de celte formalité, Boisguillaume en parapha

(1) T. III, p. 196.

(3) T. III, p. 160.

(4) T. III, p. 1%.

tous les feuillets depuis le premier jusqu'à la fin des écritures authentiques (1).

Des indices répandus ça et là permettent de suivre à ravers les siècles le sort de ces cinq manuscrits. Des trois qu'exécuta Manchon , l'un fut pour le roi d'Angleterre « l'autre pour l'évéque de Beauvais et le troisième pour l'inquisiteur (2). Martial d'Auvergne dit qu'il y en eut un d'envoyé à Rome , lorsqu'on sollicita de la cour pontificale l'autorisation de réviser le jugement (3). Enfin il est constaté que le 15 décembre 1455, Manchon lui-méme remit aux juges de la réhabilitation , en meme temps que la minute française, un exemplaire du procès latin, exemplaire qui fut détruit six mois après, attendu que le tribunal en fit arracher les douze articles pour être publiquement lacérés lors du dictum de la sentence (4). Reste à quatre dont l'un, égaré aujourd'hui, se trouvait à Orléans en 1475 (5). Un autre était en la possession de Pierre Grégoire , professeur de droit à Pont-à-Mousson , à la fin du xvi* siècle (6) , pendant qu'Étienne Pasquier étudiait à loisir celui d'après lequel il a écrit son cinquième chapitre du livre V des Recherches sur la France, sans en indiquer la provenance (7). Aujourd'hui il en existe trois à

(1) T. l,p. 3, noie 4.

(3) Ci-dessus, p. 77.

(5) Voy. ci-après, 19 de la Notice des manuscriu.

(6) « Habeoqne penes me procesaom jadidalem ab AngUa contra illam « iactum sentenüamque autheotice descriptam. » De repubHca, lib. VJl , c. XI , tit. 45.

(7) « ray vea autresfois la copie de son procez en la bbrairie de Sahict- Victor, puis en celle du grand roy François à Fontainebleau; et depuis ay en en ma possession l’espace de quatre ans entiers le procez originaire , auquel tous les actes , lettres patentes du roy Henry, advis de l’Université, interrogatoires Xaits à la Pucelle estoient tout au long copiez , et au bout de chaque feuillet y avoit escrit A f/îrmo ut supra , Bosquille (c’estoit le greffier) , et à la

DU PROCÈS DE COiSDAMNATION.

Paris y qui n'ont pas ëté sans passer par bien des mains avant d'entrer dans les dépôts où ils sont placés. On les décrira tout à l'heure en meme temps que les nombreuses copies qui en ont été tirées.

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