DE L’ÉDITION DU PROCÈS
La connaissance du procès de condamnation ne tran spira que fort tard dans le public , car bien qu 'Étienne Pasquier et d'autres auteurs de son siècle en aient donné des sommaires (1), les livres qui contiennent ce^ sommaires étaient de ceux qui n'avaient pour lecteurs que les érudits de profession. En vain Edmond Richer offrit gratuitement son temps et sa peine à qui voudrait se charger des frais d'une édition (2); personne ne répondit à ce géné-
fin du registre estoient les seings et seaux de Tévesque de Beauvais et de l’inquisiteur de la foy, ensemble celuj du greffier. » Recherches sur la France , col. 536.
(1) Par exemple , l’éditeur de la description du pays et duché de Normanddû , in-8*, imprimé à Rouen en 1581, par Martin le Mégissier, ouvrage suivi d’un appendice intitulé : « Ensuit le livre de la Pucelle, naiifve de Lorraine « qui réduit France entre les mains du roy, ensemble le jugement et comme « elle fut bruslée au Vieil Marché à Rouen ». Cet appendice ne donne que les trois premières séances du procès. — Jean Bordai , dans son livre inti* lu\é iHeroinœ nobilissimœ Joannœ Darc Lotharingœ^ vulgo Aurelianemis puellœ, historia^ in-4«, Pont-à-Mousson , 1612. — Les éditions du Journal du siège éC Orléans, depuis la seconde imprimée è Orléans, en 1606, par Olivier Boynard, in-8*’. — Jean Masson , auteur de VHistoire mémorable de Jeanne (T Arc , appelée la Pucelle , extraite du procès de sa condamnation et des dépositions des témoins ouis pour sa justification en 1445. Paris, 1612, in-8*. — Symphorien Guyon, dans son Histoire de V église 'et de la ville d'Orléans. Ce qui concerne Jeanne d'Arc a été imprimé à part à Orléans en 1654 , sous le titre de La Parthénie orléanoise, — Le père Ignace (Jacques Samson) dans son Histoire généalogique des comtes de Ponthieu etmaienrs d'AbbevilU, in- fol. 1657, etc., etc.
(2) « Vrayment, il seroit à desirer que pour conserver ces pièces originales, j’enten le procez et la révision d’icelluy. que quelqu’un en tisi imprimer cent ou six vingts exemplaires en un beau caractère pour les mettre en diverses bibliothèques , affin de les conserver et transmettre fidèlement à la postérité ; car autrement elles se perdront par l’injure du temps. Pour mon reguard
reux appel, et le monument capital de l'histoire de Jeanne continua à défrayer seulement les élucubrations de queL ques obscurs compilateurs. La première notice qui pénétra dans le monde est celle qui accompagne V Histoire de Jeanne Darc ^vierge ^ héroïne et martyre d* État ^ par l’abbé Lenglet Dufresnoy (1). Encouragé par le succès de son livre, l’auteur se proposait d’en donner une seconde édition d’un plus grand format où il aurait joint à son résumé le texte des pièces principales do jugement (2); la mort l’empécha de donner suite à son dessein. L'excellente analyse de M. de l’Averdy, que l’Académie des Incriptions et Belles- Lettres fit imprimer en 1790 dans son recueil des notices et extraits des manuscrits, fît oublier Lenglet Dufresnoy en même temps qu’elle apprit aux historiens à se servir des originaux. Il n’y avait qu’une édition complète qui pût être préférée à ce consciencieux travail , et l’édition s’est fait attendre jusqu’au moment où la Société de l’Histoire de France a bien voulu en couvrir les frais.
Quelques mots sur la disposition de notre texte.
On a tâché de faire que l’édition reproduisît les manuscrits fidèlement, non pas servilement. Ces manuscrits, de même que tous les anciens actes publics , ne présentent à Tœil ni divisions ni alinéa. Le texte y court sans interruption depuis le protocole jusqu’aux signatures de la fin. Un livre ainsi fait eût rebuté les lecteurs. On a dégagé du récit pour les mettre en plus petit caractère, les titres qui précèdent les insertions. En outre , comme des réclames marginales ont été écrites dès l’origine par les greffiers
j*offriroi8 volontiers ma peine cl mon travail à reveoir et eonférer les copies et impressions sur les originaux. » Histoire de Jeanne (T Arc , Adverlissement au lecteur, manuscrit Fonlanieu , P. 285 , à la Bibl. Nat.
(1) Trois vol. in-S". Orléans et Paris, 1753 cl 1754.
(2) Le prospectus de cette nouvelle édition qui devait paraître chez Guillyn et Pihsot fut émis en 1754. Il forme une demi-feuille in-i".
DU PROCÈS DE CONDAMNATION
eux-mémes afin de distinguer davantage les périodes successives de la procédure que de simples item séparent dans l'instrument, on a fait aussi de ces réclames autant de tètes de paragraphes , imprimées avec le même caractère que les titres ci-dessus.
Toutes les fois qu'il a été nécessaire, pour plus de clarté ou pour plus de méthode , soit d'amplifier les réclames des manuscrits, soit d'en introduire de nouvelles, on a mis ces additions entre crochets pour qu'on voie sur-le-champ qu’elles appartiennent à l'éditeur. Indépendamment des divisions secondaires qui ont été le plus possible multipliées, on a séparé sous quatre chefs différents les quatre grandes périodes de la cause.
La première que nous Bippelons exposition et prélimU naires (causœ expositio et prœparatotia)^ renferme le protocole de l'acte et toutes les formalités qui constitueraient aujourd'hui l'instruction.
La seconde, que nous intitulons primum judicium^ dVprès Tautorité du procès de réhabilitation , présente toute la déduction de la cause depuis le moment où le promoteur se charge des poursuites, jusqu'à celui où la Pucelle abjure. C'est bien en effet le premier jugement , le procès d'hérésie proprement dit , à la suite duquel vient le procès de rechute, causa relapsus; par conséquent secundum judicium^ Ce second jugement fait l'objet de la troisième partie*
Dans la quatrième partie se placent les actes extrajudiciaires accomplis après la mort de Jeanne , quœdam acta posteriusi
Le texte des expéditions authentiques ayant été collationné avec soin par les greffiers se trouve conforme dans tous les manuscrits. Je n'ai pas eu d'autre peine que d'y modifier l'ortographe barbare du latin. J’ai respecté religieusement celle des textes en français.
Généralement je ne crois pas m’étre trompé sur la lecture des noms propres. Cependant , celui du vice-inquisiteur de France , lu Martinus Billormi (1) , pourrait être aussi bien Martinus Billorini; et celui d'un conseiller appelé Nicolaus de Fenderes que j'ai orthographié Vendères doit avoir l'accent sur la dernière syllabe Fenderes^ ou Fent^rez (2). La dénomination de seigneur de rOurs appliquée en français à un maître d'hôtel de Paris (3) et que j'avais signalée comme une erreur du greffe, s'est depuis justifiée pour moi par plusieurs exemples analogues prouvant qu'au xv* siècle l'usage était d'appeler seigneurs les maîtres des grands hôtels de Paris (4).
J'ai expliqué ci-dessus (5) pour quelle raison , au lieu de donner la minute française tout d'une suite, j'en ai disséminé les paragraphes sous les parties correspondantes de la rédaction définitive. La distinction des deux textes est suffisamment établie par la différence du caractère affecté à l'un et à l'autre. Chaque fragment de la minute porte d'ailleurs avec lui l'indication de la place qu'il occupe dans le manuscrit de d'Urfé.