‹ Procès de Fieschi et de ses complices, devant la Cour des pairsChapitre 11 sur 71 · DESCRIPTION DES I>?EUX ET DE LA MACHINE · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DES I>?EUX ET DE LA MACHINE

La maison du boulevart du Temple , dans laquelle Fieschi avait loué un appartement depuis le mois

d'avril, porte le n° 5o. Elle se trouve en face de la seconde porte du cafc Turc. Elle est placée entre l'estaminet connu sous le nom de la Maison Rustique, à droite , et le café des Mille Colonnes , dit café Périnet, à gauche. Ce dernier établissement, ne s'élevant que jusqu'au premier étage, est surmonté d'une terrasse qui laisse apercevoir le flanc de la maison n° 5o, percé de plusieurs croisées.

Cette maison a trois étages sur le boulevart, et quatre du côté de la cour qui conduit à la rue des Fossésdu-Temple. Le dernier étage, celui de Fieschi, est sur les toits 5 au-dessous, le deuxième étage était habite par un paisible rentier 5 le rez-de-chaussée etle premier formentrctablisseiuent de M. Travault, marchand de vin. La façade est très-étroite 5 elle ne comporte qu'une fenêtre à chaque étage. C'esl un chétif bâtiment qui appartient à M. Dallemagne, employé au ministère des affaires étrangères. Le logement de Fieschi » mansardé , se compose d'un long couloir de vingt pieds de long sur sept pieds de large , dans lequel on a taillé trois petites pièces d'enfdade , éclairées chacune par une croisée sur le café des Mille Colonnes 5 la dernière pièce possède, de plus, une croisée sur le boulevart, et une cheminée. Il y a, en outre, un cabinet nommé cuisine, pris, partie sur la largeur de la première pièce, qui est plus étroite que les autres, partie sur la largeur du carré. Cette cuisine reçoit le jour par une fenêtre sur la cour. Elle a un fourneau , et un grenier où l'on monte au moyen d'une trappe placée au milieu du plafond.

On a fait la remarque que cette maison avait été occupée autre fois par le comité révolutionnaire sous

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la dénomination de Section des Gravilliers. Ce comité était composé des citoyens: Mallet, perruquier; Dutilj ex-jésuite et homme de lettres-, Delaunay, Laurent, hommes de lettres ; Perinet, marchand de chevaux 5 Simon , cordonnier ( le gardien de Louis XYII) \ et Fagnon, épicier.

La machine consiste dans un bâti de bois de chêne, de quatre pieds carrés.

Il repose sur quatre montans \ ceux de devant ont deux pieds huit pouces de hauteur sur trois pouces carrés ; les pieds de derrière trois pieds six pouces, sur 3 pouces carrés également.

A ces quatre montans sont fixés de chaque côté deux traverses 5

Les deux traverses de devant ont, chacune, trois pouces carrés-, celle du haut est à tourillon, celle du bas assemblée dans les pieds.

Les quatre traverses employées sur les deux côtés portent trois pouces carrés également^ et sont assemblées à queue par les bouts.

Des deux traverses de derrière, celle du bas a trois pouces carrés et est assemblée dans les pieds:, celle du haut compte trois pouces de largeur sur cinq de hauteur -, elle est tenue en dedans des pieds par deux vis de bois de lit passées à travers deux rainures pratiquées dans le haut des pieds de derrière, et serrées à volonté sur la face extérieure de ces pieds par deux écrous.

C'est dans celte traverse que sont entaillées les vingt-cinq culasses des canons de fusil, maintenues ensuite par une plate- bande en fer passant par

dessus. Cette règle de fer a quatre pieds cinq pou ces de longueur, quinze lignes de largeur et quatre lignes d'épaisseur-, elle est courbée de deux pouces et demi aux deux extrémités et vissée de chaque côté.

Il y a une traverse d'entrepieds de deux pouces et demi de largeur, sur quinzelignes d'épaisseur.

Une autre traverse pareille est posée et clouée sur le bout de devant, afm de supporter les canons-, et, enfin, à cette traverse est adaptée, par trois clous, une planche en bois de bateau de quatre pouces de largeur sur un pouce d'épaisseur, un peu inclinée en avant par le haut, et formant, dans le sens de sa largeur, un angle aigu avec la direction des montans. Sur le haut de cette planche on a creusé grossièrement dix-sept créneaux, d'un demi-pouce de profondeur environ, destinés à recevoir des bouts de canon.

On reconnaît, à l'inspection de cet appareil, qu'il a été fait par un menuisier, mais que ce menuisier ne savait pas à quel usage il était destiné , car plusieurs des dispositions premières ont été changées par une main moins habile et mal outillée. La traverse qui supporte les devants des canons a été rapportée grossièrement avec deux clous ^ vu que celle qui avait été destinée à cet usage , et qui est tournante sur pivot pour pouvoir prendre l'inclinaison qu'on aurait donnée aux canons en les fixant sur la traverse de derrière, se trouve placée trop bas. Cette barre d'appui, rattachée après coup, est un débris de planche de sapin provenant d'une caisse d'emballage et portant des numéros de roulage.

La traverse de derrière est disposée de manière à pouvoir monter ou descendre au moyen des deux rai-

iiures pratiquées aux deux montans , et à être maintenue à hauteur convenable à l'aide de deux longues vis serrées par leurs écrous; sur cette traverse, comme nous l'avons dit , reposent les vingt-cinq tonnerres et culasses des canons , les lumières tournées en haut d'une manière assez précise. Elle est élevée d'environ six pouces au-dessus de la traverse du devant. Celle-ci ne portant que dix-sept entailles, huit des vingt-cinq canons ont dû se trouver placés sur le haut des créneaux . et, par conséquent, se sont trouvés moins inclinés. Ceux-là ont pu donner huit à dix pas au-dessus des autres, et doivent avoir porté la mort au milieu des spectateurs des contre-allées.

Ces vingt-cinq canons sont placés parallèlement. La ligne des culasses occupe, sur la traverse de derrière, le même espace que la ligne des canons sur ia planche crénelée de devant, deux pieds onze pouces.

A côté de la machine était une longue traverse de très-forte tôle, pliée à angle droit par le milieu , ayant deux pouces à chaque face; plus, une tringle en fer de quatre pieds de longueur, sciée par un bout, qui devait avoir servi à bourrer les canons ^ et enfin une baguette, longue de vingt-sept pouces, autour de laquelle était enroulée une bande étroite d'étoffe de laine rouge.

L'intervalle des culasses était rempli par du papier fortement pressé, supportant une traînée de poudre qui mettait en communication les vingt-cinq lumières.

Le feu a été mis à cette traînée de gauche à droite, ainsi que marchait le cortège. Le temps employé pour cette opération a sans doute retardé l'explosion; car la masse des coups a porté a une longueur de cheval derrière le Roi.

Sur les vingt-cinq canons, un n'avait pas de lumière forée et n'a pas été chargé, deux de l'extrême gauche ne se sont pas allumes , deux ont crevé en ne projetant pas leurs charges par la bouche, deux autres ont crevé en projetant leurs charges ou partie de leurs charges j vingt canons seulement ont donc tiré sur le boiilevart.

La force de la détonation a déterminé un recul sur chaque canon , qui a brisé par derrière le bois qui était réservé pour le soutenir. Cet incident, joint à la fracture des quatre canons, a dû nécessairement déranger Je feu de file , ce qui peut-être a empêché de faire feu les deux derniers canons de gauche , plus rapproches du Roi et des princes, mais, en môme temps, a dû rendre l'effet de la machine plus meurtrier, en faisant diverger les coups davantage.

La direction parallèle des canons était la plus vicieuse que l'on pût adopter, sous le rapport delà puissance des etfets. Le but qu'on se propose, en multipliant le nombre des canons, étant d'embrasser dans la portée de leurs coups une plus grande étendue à la fois^ il faut les écarter un peu aux extrémités, leur donner une inclinaison extérieure analogue à celle des branches d'un éventail. Si les vingt- cinq canons de Fieschi eussent été chargés simplement à balle, ils n'eussent, par leur parallélisme , frappé que dans un espace de trois pieds.

Ajoutez à ces trois pieds l'écartement produit par la mitraille, et qui se mesure des deux canons extrêmes seulement, vous verrez que la base du cône formé par les projectiles n'est point en rapport avec leur nombre, ni avec la destination d'une machine

immobile^ dirigée contre un groupe en mouvement. Ces considérations, pour être appréciées, ne demandent aucune notion de ia science de l'artilleur ou de ringénieur, et avec l'intelligence que l'on attribue à Fiesclîi, il est surprenant qu'il ne les ait pas aperçues. Peut-être, sûr de sa main et de son coup-d'œil, a-t-il voulu , pour mieux frapper son but, resserrer ses coups dans un moindre espace , ou peut-être , par un caprice d'humanité bizarre chez un tel homme, a-t-il reculé devant la pensée de multiplier encore le nombre des victimes inutiles. Quoi qu'il en soit, remercions le ciel de cette imparfaite disposition de l'appareil. Avec une autre direction des fusils, jugez les effets de Ihorrible machine , non plus concentrés sur un espace de huit à dix pieds . mais répandus sur une ligne de huit à dix toises. Que de sang encore et de larmes! La cérémonie du 5 août eût été le convoi du Roi et de cent victimes.

M. Lepage, arquebusier du Roi, fut chargé, avec M. de Pontcharra, lieutenant-colonel d'artillerie, et un contrôleur d'armes , de vérifier les charges de plomb qui existaient encore dans les deux canons qui n'étaient pas partis et dans les deux autres qui, quoique crevés, avaient conservé leurs balles. Pour avoir la charge dans son intégrité, on coupa un de ces premiers au-dessus delà charge, puis au-dessous, ce qui forma un tronçon de canon qui fut ouvert, au moyen d'un trait de scie de chaque côté; puis, enlevant le dessus, la charge parut à découvert : elle se compose de deux lingots cylindriques, de hauteur égale à leur diamètre, sept lignes neuf points^ de dixhuit à douze grosses chevrotines et de six petites bal-

les, le tout donnant de hauteur trois pouces et demi, et quatre onces et demie environ de poids. Ce canon ainsi coupé sera très-intéressant à conserver et devra, après le procès, figurer au Musée d'artillerie, si, d'ici à la fui des débats, l'on ne dérange pas les jjalles qui sont restées adiiérentes dans l'ordre même où elles ont été placées. Les trois autres, que Ton déchargea à l'aide d'une forte baguette en fer, contenaient des charges pareilles ou à peu près.

C'est cette surcharge qui a occasioné la rupture de plusieurs canons , et , par suite, les blessures dont l'assassin a été atteint.

L'ancienne artillerie connaissait une arme beaucoup plus perfectionnée que ce'le de Fieschi , mais qui est établie dans les mêmes principes. Cette arme s'appelle orgues. Les orgues sont plusieurs canons de mousquet, disposés de suite et l'un après l'autre sur un même affût , les lumières répondant les unes aux autres, en sorte que, par une même traînée, l'on met le feu à tous les canons à la fois. Celte machine, après avoir tiré , se peut recharger en renversasit les orgues sens dessus-dessous, sans que l'affût bouge de place. L'orgue est porté, comme un canon, sur des tourillons , et peut être pointé sur différentes inclinaisons. Ces tourillons portent sur une boîte plu5 longue que large , posée , dans le sens de sa longueur, perpendiculairement, sur un arbre ou un pivot. La boîte sert à mettre les munitions. On peut voir une figure de ces orgues dans les Mémoires d'artillerie de Surirey de Saint-Remy.

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