JOSEPH FIESCHI
FiESCHi (Joseph), âgé de quarante-cinq ans, ex-militaire au service de Naples, décoré de l'ordre des Deux-Siciles, est d'une taille à peine moyenne, cinq pieds environ -, corps maigre , figure longue , teint brun, cheveux bruns, front découvert, yeux noirs , petits et enfoncés, mais brillans, nez aquilin, pommettes saillantes, bouche fendue, menton un peu prononcé. II a le regard assuré et fin , l'allure vive, le caractère plein d'énergie. I! s'exprime avec facilité-, son débit est prompt , abondant et fortement accentué. Il porte , près de l'œil gauche, une petite cicatrice, et sur la poitrine, du côté du cœur, une croix de Naples , qu'il a gravée pendant qu'il était au service de Murât -, signe qui ressemble assez à l'étoile de la Legion-d'Honneur , surmontée d'un aigle. Cet homme est doué d'une constitution robuste et de beaucoup d'agilité ; il réussit dans les exercices gymnastiques, et manie avec adresse le fleuret et le bâton. Ses manières ont une aisance militaire qui va promptement jusqu'à la familiarité, même avec les personnes qu'il connaît le moins.
Ainsi que son nom l'indique, Fieschi est d'origine génoise. Sa famille, établie d'abord à Nessa, canton de Vico, , transporta son domicile à Valle-Calle, can-
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ton d'Oletta, à trois myriamètres de distance de Baslia et de là à Murato. Louis Fieschi, son père, condamné, sous le général Morand, à une peine infamante, et obligé de s'expalricr pour s'y soustraire, mourut hors de l'île. C'est à Murato que Fieschi reçut le jour-, sa naissance est constatée par la note suivante , consignée sur le registre du curé :
(( L'an 1790, jour de vendredi, le i3 décembre, j'ai baptisé un garçon né de légitime mariage des conjoints Louis et Marie-Lucie de Pomonti, auquel garçon on a donné le nom de Joseph (Giuseppe).
)) Signé , Lucciardî, curé. »
La famille Fieschi n'avait, à l'époque peu éloignée où elle vint résider à Murato , ni domicile reconnu , ni consistance locale. Ses membres étaient regardés comme des gens étrangers au pays , et compris parmi ceux qu'on appelle abitaticci ^ c'est-à-dire qui n'ont point de fixité dans leur résidence^ et ne tiennent à la commune qu'ils habitent ni par le lien de la propriété, ni par des relations de parentés. Ils sont, engénéral , traités avec peu de considération par les véritables habiians dans les villages corses, qui ne leur accordent, pour ainsi dire, le droit de bourgeoisie, et ne les admettent au partage des biens communs, que lorsqu'ils ont acquis une maison ou des biens immeubles sur le territoire. La population de Murato se distingue par sa sévérité à cet égard , et se croit d'autant plus de droit à tenir les étrangers dans une condition inférieure , qu elle se rappelle avec orgueil les preuves qu'elle a données de sa fidélité à la cause de l'indépendance nationale, et le temps oîi Paoli avait I- 9
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fixé dans son sein le quartier général de son armée.
La famille Fieschi appartenait à cette classe nomade, pauvre et dédaignée. Le jeune Giuseppe, abandonné à peu près à lui-même dans ses premières années , laissait voir , dès-lors , une rare intelligence et un caractère fortement trempé^ malheureusement, l'éducation ne put jamais développer et mûrir ces dons de la nature. Bientôt il se lassa de garder des chèvres et de végéter au foyer maternel: il se sentit à l'étroit au milieu des montagnes de son île, et, pour échappera la vie monotone du paysan corse, il se rendit à Naples, et s'engagea dans un régiment d'infanterie légère.
Joseph Fieschi a eu deux frères et une sœur. Le premier des frères, Thomas, surnommé Mistone, a servi également, et est mort en brave soldat sur le champ de bataille de Waijram^ le second frère, Antoine, muet de naissance, vit actuellement àMurato, où il mène une excellente conduite. En apprenant le crime de son frère , abîmé par la douleur et la honte, il passa près de deux jours sans nourriture. La sœur, mariée à Toussaint-Matthieu Muratti , natif de Murato, habite aujourd'hui Biguglia. Elle n'a conservé aucun rapport avec son frère de Paris.
Entré au service deNaples, il montra beaucoup de zèle et d'activité-, il se fie même remarquer dans quelques occasions par une audace et un sangfroid au-dessus de son âge. Ayant appris à lire et à écrire, il était parvenu, à fâge de dix-huit ans, au grade de sergent. Mais cet avancement n'était pas de nature à satisfaire un homme tel que Fieschi, Livré à de fougueuses passions, il en était une sur-
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tout dans laquelle semblaient se résumer toutes les autres : l'amonr de l'or ; parce cjn'il savait que l'or, en elï'et, résume tout. Il était avide d'or parce qu'il était avide de jouissances. Tourmenté par cet invincible penchant, on assure que Fieschi, lors de l'avënementde Murât au trône de Naples, voulut joindre à sa paie de servent le salaire d'un métier plus lucratif ; sans quitter les rangs del'armée, il devint espion. 11 passa néanmoins dans la garde du roi Joachim, et fit , avec lui, les campagnes de i8r2 etde i8i4, où il se comporta toujours courageusement. Pour récompense de sa bravoure, il obtint la décoration de l'ordre royal des Deux-Siciles.
Jusqu'en i8i5, Fieschi resta fidèle à Murât, ainsi que la fortune ; mais à cette époque elle changea. Après avoir joint honteusement ses armes à celles des étrangers qui accablaient la France, ce prince, imprudent et faible, expiant sa faute passée, fut obligé de se défendre à son tour contre la coalition dont il avait fait partie : d'abord il obtint quelques succès, mais bientôt, battu par les Autrichiens, il dut évacuer Bologne et se retirer sur la iMarche d'Ancône. Fieschi jugea le moment favorable pour exercer ses talens avec avantage; il déserta aux Autrichiens, et les renseignemens qu'il emporta contribuèrent sans doute au gain de la victoire du 2 mai , où l'armée de • Murât fut anéantie par les généraux Neupperg et Eianchi.
Soit que satrnhison n'eût été que faiblement payée, soit que le produit en eût déjà disparu, Fieschi retourna en Corse vers le milieu de 181 5, dans le dénûment le plus complet. Presqu'en même temps,
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Murât, détrôné et traqué par la police de France, se réfugiait dans cette île, à Vescovato, chez le général Franceschetti 5 Fieschi apprit promptement l'arrivée du prince, et accourut lui oflVir ses services qui furent acceptés. Murât se leurrait de l'espoir de remonter sur le trône 5 il chargea Fieschi d'une mission secrète. Ce dernier se rendit à JNaples, et tout porte à croire qu'au lieu d'y travailler pour le prince fugitif, il se vendit aux Bourbons nouvellement rétablis. Ce qu'il y a de certain , c'est que, de retour en Corse , il fit à Murât un rapport merveilleux sur l'état de l'esprit public à Naples et des dispositions de ses anciens sujets 5 le peuple et l'armée l'attendaient pour se ranger autour de lui. Séduit par ce brillant tableau et par d'autres rapports aussi sincères, poussé d'ailleurs par son caractère aventureux, ce malheureux prince résolut d'entreprendre l'incroyable expédition qui devait le conduire à la mort.
Murât réunit donc environ deux cents hommes armés tant bien que mal, acheta six barques pontées, sur lesquelles il monta avec sa troupe, et dont il donna le commandement à un nommé Barbara , marin obscur, ami de Fieschi. Celte pauvre escadre fit voile d'Ajaccio le 28 septembre 181 5, pour les côtes de Naples. Misérable parodie de l'expédition de l'île d'Elbe, qui supposait la ressemblance de Murât et de Napoléon , de Naples et de la France ! A peine les barques eurent-elles gagné le large , qu'un coup de vent les dispersa. Barbara et Fieschi montaient celle du prince 5 une autre barque l'ayant ralliée, Barbara offrit de les conduire au port de Pizzo, Muraty con-
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sentit , et les aventuriers entrèrent dans ce port le 12 octobre, à midi.
Le débarquement s'opère -, Fieschi sollicite la permission de marcher en éclaireur avec quelques hommes; il s'élance en avant et ne reparaît plus. Cependant le roi et sa troupe se dirigeaient rapidement vers Monteleone, lorsqu'ils sont assaillis tout-à-coup par une bande nombreuse de paysans et de gendarmes, qui répondent à leurs paroles de paix par des coups de fusil. Un homme est tué^ sept sont blessés. Forcé de prendre la fuite, le roi retourne au lieu du débarquement; mais Barbara, soit crainte ou trahison, avait levé l'ancre, les barques voguaient vers la Corse, tandis que le roi arrivait cherchant un refuge sur le rivage, où il fut arrêté avec ses compagnons.
Après cette déplorable échauffourée, Fieschi, compris dans la capitulation du général Franceschetti, fut transporté à Marseille. Delà, il repassa dans son pays natal, vers la fin de i8i5, et, se trouvant sans ressources, il s'avisa de réclamer à sa sœur, alors mariée, la portion qui lui revenait de l'héritage paternel ; portion si mince, que jusque-là il n'avait pas songé à la revendiquer, et qu'il l'estima lui-même à la valeur d'une vache. Sa sœur et son beau-frère, Toussaint Muratti, méconnaissant ses prétendus droits, il résolut, en fils de la Corse, de se faire justice par ses propres mains. Il courut dans un pré voisin, s'empara d'une vache appartenant à la famille, et la conduisit tranquillement au marché pour la vendre. Ce trait d'audace avait été exercé en plein jour, en présence de plusieurs personnes qui n'opposèrent aucune ré-
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sistance à Fiescl^i^ parce qu'elles le connaissaient d'un caractère à ne pas se laisser enlever sa proie sans combat.
Sur le marché où il amena sa capture, l'autorité avait établi un agent qui ne permettait qu'aucun objet fût exposé en vente avant qu'il eût donné son visa, et que le possesseur eût] ustifié de ses droits par un certificat de propriété signé du maire de sa commune. Fieschi, ne pouvant exhiber une telle pièce, fabriqua sur-le-champ, avec l'assistance d'un de ses amis, un certificat revêtu de toutes les formes légales .'signature du maire, cachet de la municipalité, rien n'y manquait. Mais son beau-frère, qui le suivait de près, porta plainte. Fieschi fut arrêté et traduit, malgré les larmes et les supplications de sa sœur, devant la Cour d'assises. Le principal délit ne consistait plus dans l'enlèvement de la vache, mais dans le faux résultant de la pièce fabriquée. Quand il comparut devant le juge d'instruction à Bastia, deux gendarmes, placés à l'entrée du cabinet de ce magistrat, surveillaient attentivement ses mouvemens, et devaient lui tôer toute chance de fuite j il ne restait d'autre issue qu'une fenêtre d'une vingtaine de pieds de hauteur. Fieschi s'en approcha, sous prétexte de cracher; un instant après il avait gagné les collines qui s'élèvent en amphithéâtre sur la partie occidentale de la ville de Bastia, laissant ainsi derrière lui le juge instructeur et les gendarmes, irrités et confus. • Cette habile retraite ne lui servit guère. Il fut repris et ramené devant la Cour d'assises d'Ajaccio, séant à Bastia. Malgré la sagacité et le sang-froid qu'il déploya pendant tout le cours des débats, et nous dirons aussi
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malgré la futilité de la cause, il fut condamné, par jngpment rendu le 28 août 1816, à dix ans de réclusion, et à demeurer sa vie entière sous la surveillance de la haute police. Il était alors dans sa vingt-sixième année.
Quoique l'assassin Fieschi ne nous inspire aucune sympathie^ nous l'avons assez témoigné, nous ne pouvons nous empêcher de trouver cette condamnation bien rigoureuse. Quoi! parce qu'un esprit violent, inculte, parce qu'un homme qui a respiré, avec l'air de ses montagnes, des principes semi-sauvages sur la réparation des injures; parce que cet homme, qui se croit lésé, pour s'emparer de l'objet qu'il prétend lui appartenir, commet un vol en plein jour-, — et quel vol.?... le vol d'une vache! — Parce que, dans le transport de la passion et de l'entêtement, pour lever les obstacles qu'il rencontre, il a fabriqué sur-le champ, sans réflexion, sans conscience du nouveau délit qui va lui être imputé, — car pour lui il ne s'agit encore quede la prise de possession de sa vache; — parceque, disons-nous, il a fabriqué, en quelque sorte publiquement, un acte faux, — on le punira (quel châtiment) ! de dix années de prison, et d'une surveillance perpétuelle! A vingt-six ans, toute une existence brisée et perdue ! N'y avait-il pas à considérer quelque autre chose que le déht matériel? Dans l'origine et les circonstances du fait, dans l'âge du coupable, dans l'éducation qu'il avait reçue, dans son ignorance delà loi, n'y avait-il rien qui pût motiver un traitement moins sévère .^Nous voyons avec regret une peine infamante pour une action qui, prise dans son ensemble, n'était pas infâme. Nous déplorons cette peine, non dans
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l'intérêt de riiomme, mais dans celui de Tlmmanité I Qui nous dit que celte rigueur n'a pas porté des fruits terribles? Qui nous dira ce qui s'est passé dansl'ame de Fieschi, lorsque, pour une faute légère à ses yeux, il a usé sous les verroux les dix plus puissantes années de sa vie, et, lorsqu'en sortant de là, il s'est senti rejeté de la société, rejeté sous l'éternelle dépendance de la police ? Sans cet arrêt de mort, qui nous dit que cette organisation active n'aurait pu se frayer une meilleure voie ? N'aura-t-il pas contribué, pour sa part;, à le pousser dans cette ornière de fraudes, de vices, de misère et de crimes, qui a fini par la catastrophe du bouievart du Temple?
On peut répondre que les antécédens de Fieschi ne laissent aucun doute à cet égard, et doivent nous rassurer sur les effets de sa condamnation. L'homme qui avait trahi deux fois son général était déjà capable de tout , et le châtiment, qu'il avait subi n'atteignait point encore à la hauteur de ses crimes. Expliquons-nous sur ce point. Nous ne voulons calomnier personne, et Fieschi moins qu'un autre, s'il est possible; il n'en a pas besoin. En parlant des trahisons de Fieschi, nous avons suivi la version la plus répandue; mais nous ne les avons présentées que comme des conjectures, et sans les affuiner. A nos yeux, elles ne sont rien moin? que prouvées : la dernière surtout nous semble fort problématique. Si l'afïidé de Murât s'était vendu aux Bourbons, comment se trouve-t-il compris dans la capitulation du général Franceschetti, c'est-à-dire chassé du royaume? Comment, au lieu d'être récompensé, est-il, comme ses camarades dans cette malheureuse entreprise, condamné à mort, et,
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par gtiice, Iransporlë avec eux à Marseille? Si c'est un jeu, il dure trop long-temps. Peut-être, comme il arrivesouvent aux transfuges, Ta-t-on repoussé quand on na pas eu besoin de lui. Mais ce ne sont là que des suppositions j et conjecture pour conjecture, la nôtre nous paraît aussi fondée, et nous ne croyons rien exagérer en disant que la condamnation du vingt-huit diO\ji\.2i pu contribuer à Tattentat àuvingt- /^z«7 juillet.
On ne saurait se dissimuler le danger qui résulte de l'application des peines outrées. Trop souvent la société expie son extrême sévérité. Cette sévérité, aux yeux de ceux qui en ressentent les effets, passe aisément pour de l'injustice, et l'injustice des hommes, pour les âmes fortes, est la plus sûre école de la perversité. Dracon, du moins, se montrait plus logique, en appliquant toujours la peine de mort.
Fieschi subit toute sa peine dans la prison d'Embrun, où il fut transféré immédiatement \ il s'adonna à des travaux mécaniques dont il se tira assez bien, et apprit le métier de drapier. Vers la fin de sa détention, il fit la connaissance de Laurence Petit, et en devint amoureux 5 leur intelligence était singulièrement gênée par les réglemens de la maison. On raconte, comme preuve de son audace etde la vivacité de ses passions, que , la veille même de sa sortie de prison, il réussit à se cacher dans un couloir du quartier des femmes pour attendre le passage de sa maîtresse 5 mais, surpris par le gardien de service, il passa cette dernière nuit au cachot.
Au sortir des prisons d'Embrun, Lyon lui fut désigné comme résidence.
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En qualité de soldat de rexpéditioii de Murât, Fieschi avait excité, à son débarquement en France, l'attention dn gouvernement, et on le surveillait à double titre : il avait été signalé au ministre de l'intérieur comme cojidamné politique. Ces indications officielles, qui, pendant la restauration, le suivirent partout^ lui servirent, après la révolution, pour établir son titre momentané à des secours auprès de Ja commission des condamnés politiques.
BientôtFiescliirompitsonban, etendécembre 1826, sous le nom de Gérard, arriva à Lodève. Il y travailla dans les ateliers de MM. Vitalis fils et Lagare (Isidore), marchands de draps, jusqu'au mois de mars 1827 ; de là il entra dans la manufacture royale de draps de Villenouvette , à deux petites lieues de la ville. Il passa, dans ces deux établissemens , environ une année , pendant laquelle il s'acquitta de ses devoirs religieux avec un zèle remarquable. Il se montrait fort assidu aux offices de l'église de Saint- Fulcbran, sa paroisse, et communiait même dans les grandes occasions. A la Fête-Diau, il éleva, devantla maison de son maître , un reposoir d'une grande élégance. Etait-ce dévotion réelle ou calcul pour obtenir la protection d'un parti et acheter le silence de la loi , en flattant, par ces démonstrations extérieures, la passion dominante de la restauration? Cette dernière explication ne manque pas de vraisemblance.
Ensuite il se rendit à Vienne, à Marseille, et parcourut d'autres villes du midi^ travaillant de son état de drapier, et par ses pratiques religieuses, se rapprochant des autorités, se frayant peu à peu un chemin vers la seule porte qui lui restât ouverte dans l'administra-
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tion : la police. A l'époque de la révolution, il se trouvait à Toulouse, attaché à M. Menouillard, commissaire de police, qui paraissait écouter ses rapports avecla confiance que méritaient ses opinions et sa conduite. Mais quand le voyageur s'aperçut que le vent avait tourné , et que, décidément , c'en était fait de la vieille légitinaité, il jeta le congré-ianisnie aux orties, et se souvenant qu'il avait été soldat de l'armée révolutionnaire de Murât, retourna à la hâte à Lyon, pour profiter de la circonstance.
Vers le i5 août, Fieschi se présenta chez le lieutenant-général comte Verdier, qui commandait la ville et la garde nationale de Lyon , et réclama son appui : 1° comme victime du despotisme, pour avoir participé à un complot politique en faveur de Napoléon ; 2° il se disait sortir de la garde du roi Joachim Napoléon, et allié à la famille d'un illustre général dont il se proposait d'aller réclamer la protection à Paris.
11 était porteur d'un certificat assez bien rédigé et d'une page d'écriture, au bas duquel se trouvaient apposées la signature du général Tiburce Sébastiani et celle du général Franceschelti. 11 était, de plus, muni d'un certificat délivré par le directeur de la maison centrale d'Embrun, qui constatait que le sieur Fieschi, condamné politique, avait été détenu, pendant cinq ans, dans la susdite maison, où sa bonne conduite l'avait fait distinguer et employer en qualité d'aide dans l'établissement, jusqu'à sa libération. Ces deux certificats ont été reconnus faux à Paris. Celui du directeur de la maison de force d'Embrun portait le timbre ou cachet de l'établissement.
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Fiesclu demandait à être dirigé sur Paris et réclamait une feuille de route -, le général lui fit délivrer un certificat d'indigence pour avoir droit à l'indemnité de route et une recommandation pour la commission ^ comme il était dans un dénuement complet, il fut fait une collecte en faveur de ce malheureux, qui produisit environ trente-six à quarante francs, et il partit pour Paris.
A son arrivée dans la capitale, il se présenta, muni de ses certificats , à la commission des récompenses nationales. Plusieurs membres de la commission s'intéressèrent à lui, et le recommandèrent au ministre de l'intérieur , dont il obtint quelques secours. Ce fut ainsi qu'il établit des relations avec plusieurs honorables citoyens , entre autres : M. le lieutenantcolonel Ladvocat, alors membre de la commission des récompenses nationales, M. Didier, secrétaire-général du ministère de l'intérieur, M. Lennox, M. Olivier Dufresne, et M. Cannes, ingénieur des pontset-chaussées.
En attendant le succès des démarches qu'on faisait en sa faveur, il fallait vivre j Fieschi entra en qualité de garçon de bureau et de porteur, au journal la Révolution de i83o que dirigeait M. Lennox. Il est soupçonné d'avoir appartenu pendant ce même temps à la police. Du moins on sait qu'il proposa ses services à M. Baude^ préfet de police j mais il ne s'agissait pas de l'ignoble espionnage du coin de rue; ses prétentions étaient plus relevées; il demandait une mission à l'étranger.
« Je suis fait pour cette place, s'écriait-il : j'ai la ruse, la patience qu'il faut pour réussir; et puis je
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ne crains rien , j'ai toujours en poche de quoi me défendre. » Il montrait alors un poignard qui ne le quittait jamais. Son dévouement alla jusqu'à dire : « Monsieur le préfet , en temps de révolution , il est des personnes dont on a besoin de se défaire sans bruit, et dont on ne doit compte qu'à Dieu; disposez de moi ; je m'en charge. » Il est triste de songer que de si belles offres ne furent probablement pas acceptées. Il passa ainsi trois mois dans les bureaux de la Révolution , pendant lesquels il reçut , par l'entremise de la commission des secours , aS francs par mois , au titre de condamné politique: en tout 75 francs. Ensuite ses protecteurs le firent entrer dans la compagnie des sous-ofïiciers sédentaires. Les secours furent arrêtés ; c'était une existence moins précaire. Mais il avait rencontré à Paris sa maîtresse d'Embrun, Laurence Petit, et son ancienne passion s'était rallumée. Laurence se trouvait, comme lui, dans un état voisin de la misère, et avait avec elle sa fille , Nina Lassave, assez jolie, âgée de quinze ans. Les deux amans, charmés l'un de l'autre, résolurent de vivre maritalement ensemble. Fieschi se mit donc en ménage, et la femme Petit devint, pour beaucoup de personnes, madame Fieschi. Elle demeurait rue de Butibn; son mari était caserne dans la rue du Jardindu-Roi. A la fin de i83o, M. Cannes, nommé inspecteur des travaux d'assainissement, vint loger dans la maison qu'habitait Laurence ; il chargea cette femme du soin de son ménage de garçon. Elle lui parla de son mari, de ses malheurs, de ses services; M. Cannes voulut le voir, et Fieschi trouva l'art de l'intéresser vivement au moyen de la fable qu'il avait
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oomposée, et qu'il débitait avec une exquise assurance, à-peu-près dans les termes suivans :
(t Je suis le compatriote du général Franceschetti^ disait-il 5 mon père , qui fut l'un de ses camarades dans la légion corse, en sortit pour entrer dans un régiment napolitain en 1808. Admis dans ce régiment ccQime enfant de troupe, je fis avec lui la campagne de 1812 en Russie. De retour à Naples en i8i3, jefus nommé chevalier de l'ordre des Deux-Siciles, et placé comme sous-officier dans un régiment de ligne. Je fis la campagne de 181 ^, et rentrai dans ma patrie à la fin de cette année. Je pris aussitôt du service dans la légion corse organisée par le colonel M.... J'espérais conserver ma décoration , ou obtenir celle de la Légion-d'Honneur en échange 5 peut-être même être nommé sous-lieutenant. Je perdis bientôt cet espoir; mais, presque au môme moment, le roi Joachim débarqua en Corse et fit un appel aux anciens militaires. J'accourus avec plus de mille de mes anciens camarades queFerdinand avaiteu l'imprudence de licencier. Je fus du nombre de ceux qui suivirent Murât dans l'expédition de Pizzo. Vous en connaissez le résultat. Après avoir été retenus pendant six semaines à l'île de Ventotene,nous fûmes renvoyés sur plusieurs felouques en Corse. Nous avions été graciés, , dit-on, par Ferdinand, sous la condition d'être livrés en France aux cours prévôtales. A notre retour, le marquis de Rivière, commissaire de Louis XVIII, nous fit transporter dans le port de Bastia et conduire à Toulon, où untriage des malheureux de l'expédition ayant été fait, les généraux furent envoyés à Marseille, et nous dans l'île d'Hières, d'où, après l'arrivée de la
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duchesse de Rerry, je fus tiré, avec plusieurs de mes camarades et jeté dans un dépôtcolonial.
» A cette épo([ue de persécution, j'entrai dans une conspiration qui fut découverte. Le chef périt sur l'échafaud-, les juges, prenant en pitié mon extrême jeunesse, obtinrent un sursis pendant lequel l'autorité se flatta d'arraché^ à force de promesses, de sollicitations, de séductions et de menaces, le nom de mes complices. Je restai sourd et ferme comme un roc à toutes leurs tentatives, fier de leur montrer qu'un Corse savait mourir pour sa cause sans jamais la trahir. Lassés enfin par ma constance, il m'annoncèrent un jour que ma peine était commuée en prison : mais quelle prison ! un cachot de six pieds de large, bas et humide, sur le sol duquel j'étais cloué par soixante livres de fer. En moins de six mois^ malgré la force de mon tempérament, qui avait bravé le froid de la Russie, ma santé reçut de cruelles atteintes : ces fers rongèrent'mes chairs jusqu'aux os, les vers me dévorèrent tout vivant. N'ayant pour toute nourriture que le pain noir de la prison , j'allais succomber, lorsqu'on annonça la prochaine visite de M. Appert.
» J'en fus prévenu par un geôlier compatissant, qui m'engagea à attirer son attention lorsqu'il passerait par le corridor sur lequel donnait l'entrée de mon cachot. Mes gémissemens le frappèrent; il ordonna qu'on ouvrit ma porte, et recula saisi d'horreur à ma vue.
» Eh ! qu'a donc fait ce malheureux ? — deraandat-il au geôlier.
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)) C'est, répondit celui-ci, im condamné politique à qui le roi a fait grâce de la vie.
)) La première grâce, reprit M. Appert indigné , — c'est de lui donner de l'air et de la lumière ; car il serait moins cruel de le faire mourir que de le condamner à vivre ainsi, w
» Alors, s'approcliant de moi, il s'informa avec un ton affectueux des motifs de ma condamnation, prit des notes, me donna dix francs, et m'exhorta à ne pas perdre courage.
M Six semaines après, je fus transféré dans la maison centrale d'Embrun, où je restai encore huit ans. A l'expiration de ma peine, on m'assigna pour domicile le département du Rhône, où je vécus, dans le bourg de Colombes, du travail de mes mains, jusqu'à la révolution de i83o.
» La loi qui promettait des indemnités aux condamnés politiques me fit accourir à Paris pour réclamer le grade auquel j'avais droit. Mes services, dans la légion corse, sont constatés au ministère de la guerre. J'étais sergent depuis iBiS; je devais avoir i'épaulettedesous-lieutenant, et je l'avais biengagnée: cependant je ne l'ai point encore. On m'en a payé quelques mois les appointemens, ensuite on m'a fait entrer dans une compagnie de sous-otîiciers vétérans, où je ne vois plus d'issue j il faut pourtant que j'en sorte, car ce n'est pas ma place. J'ai encore assez de vigueur et de jeunesse, ce me semble, pour faire partie de l'armée active. Qu'en pensez-vous.? »
C'est avec cette touchante histoire qu'il avait capté la bienveillance des personnes qui pouvaient lui être utiles. Ensuite il se plaignait avec amertume de son
sort, et de ringratitude du gouvernement. Vivement èmu de sa position, M. Cannes, dont l'obligeance est peu commune, employa tous ses efforts pour l'améliorer. Il rattach;^ à un atelier des travaux de la Bièvre, où ilgagnaitdeux iVancspar jour ; etplustard, la ville de Paris ayant l'ait l'acquisition du moulin Croulebarbe, rue du Chant-de-l' Alouette, M. Cannes le fit nommer gardien de cet établissement. Fiescbi donna alors sa démission de sous-oflicier sédentaire, pour aller s'installer avec sa famille dans ce moulin.
Ces fonctions, qu'il exerça pendant près de <Juatre ans le mirent en rapport avec un grand nombre d'habitans du quartier Mouffetard. M. Ladvocat, directeur desGobelins, et lieutenant-colonel de la la» légion, lui voulait particulièrement du bien. Dans les journées de juin, Fieschi donna devant lui des preuves de son intrépidité. 11 marcha, en habit bourgeois, contre les républicains. Servant d'éclaireur aux gardes nationaux que commandait cet officier supérieur, il était le premier à monter sur les barricades et à affronter les coups de fusil, armé d'un simple pistolet.
On ajoute que, lors des élections générales de la garde nationale, il s'est employé très-activement pour des candidats qui n'étaient pas ceux de l'opposition.
Il montra encore son intelligence et son adresse en inventant et construisant lui-même, dans le moulin Croulebarbe, ini métier à lisser, d'une exécution aussi difficile que compliquée. Pour expliquer ce fait, il faut se rappeler qu'il avait exercé la profession de drapier.
A l'époque désastreuse du choléra, M. Caunes,
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qui dëjà commençait à avoir quelques doutes sur la probité de son protégé, fut atteint de l'épidémie. Fieschi Fentoura des soins les plus empressés, et veilla sur lui, pendant tout le cours de la maladie, avec un zèleetun dévoûment inouïs. M. Cannes, reconnaissant des services qu'il en avait reçus, oublia le passé, et lui rendit toute sa confiance.
Les habitudes de Fieschi, cependant, n'étaient rien moins que régulières. On sait ses relations avec la fille de sa maîtresse^ la jeune Nina, qu'il débaucha, et avec laqudle il entretint un commerce honteux, qu'il continuait en même temps avec la mère. Non content de cette double intrigue, il cherchait encore dans le quartier d'autres bonnes fortunes. D'un autre côté, la soif d'argent qui le tourmentait, jointe au besoin d'émotions vives, dégénéré en habitude, l'entraînait aux maisons de jeu. Il les fréquentait, aussitôt qu'il pouvait distraire quelques pièces de cinq francs de son ménage. On le rencontrait dans les repaires du Palais- Royal.
Mais, vers la fin de i832, des nuages commencèrent \ s'amasser sur sa tête. De nouveaux soupçons circulèrent sur sa fidélité. Plusieurs larcins avaient été commis dans les maisons voisines \ on murmurait le nom de l'auteur. Ses moeurs étaient aussi l'obiet de fâcheuses remarques. Enfin la police,, s'éveillanl de son long sommeil, s'avisa que les certificats fournis par Fieschi pouvaient bien être faux , et elle en acquit la certitude. Toutes ces inquiétudes aigrirent son caractère -, les découvertes de la police, surtout, l'affligeaient cruellement. Il y allait d'une poursuite udiciaire pour les sommes qu'il aurait touchées en
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prenant une qualité fausse -, mais ce n'était point là son plus f^rand 'souci. 11 se voyait déshonoré pour la vie , perdu comme menteur et forçat libéré dans l'esprit de tous ceux qui l'avaient protégé-, il ne pouvait supporter cette idée. Un jour M. Cannes , qui lui continuait encore son bienveillant appui, lui conseillait de se con>>tituer prisonnier, à cause du peu de gravité de son affaire, qui s'arrangerait facilement. « Oa ne me prendra jamais vivant, » répondit-il, et il tira, d'un air farouche, le fouet garni de six balles de plomb qu'il portait caché dans sa poitrine.
Enfin, vers le mois d'octobre i834, l'orage éclata de toutes parts 5 Laurence Petit , sa maîtresse , le surprenant avec sa fille, se sépara de lui sur-le-champ, après une scène violente. M. Cannes, éclairé sur ses antécédens , et voyant désormais l'ex-sergent napolitain dans son jour véritable, remarquant en outre dans son établissement de nouveaux abus de confiance, et fatigué des plaintes du voisinage , se décida à lui retirer sa place , tandis qu'il tombait sous le poids d'un mandat d'amener, décerné contre lui à la requête du ministre des finances.
Voici une pièce émanée du gouvernement, qui prouve que Fieschi a été l'objet de poursuites sérieuses.
« Ministère de l'intérieur. — Signalemens. — 399* feuille.
). Paris, 24avriH855.
» Le ministre de l'Intérieur ordonne de faire les recherches nécessaires pour découvrir et arrêter,
partout où ils seront trouvés, les individus dont les noms suivent, savoir (trente-huit noms insignifians) :
M 39. Fieschi (Joseph), ex-militaire, né à Bigluglia (Corse), âgé de trente-huit ans (i), taille d'un mètre 60 centimètres -, cheveux , sourcils et barbe châtains, front moyen, yeux châtains, nez moyen, bouche moyenne, menton rond, visage ovale, une petite cicatrice à l'œil gauche 5
» Condamné libéré à Embrun de dix ans de réclusion pour vol et faux. Disparu de Paris , où il était assujéli à une surveillance à vie, prévenu d'escroquerie au préjudice du trésor , et sous le poids d'un mandat d'amener, décerné le a4 octobre i834, par l'un de MM. les juges d'instruction près le tribunal de la Seine.
» En cas d'arrestation, le faire conduire devant M. le préfet de la Seine , à Paris.
» Déjà signalé au N" 9 de la 34^^ feuille.
» Le ministre 'Secrétaire-d'état au département de l'intérieur , A. Thiers, »
Cet homme, frappé de tant de maux à la fois, tomba dans un désespoir complet. On ne sait trop ce qu'il fit, ni ce qu'il devint à partir de cette époque. Son traitement lui fut continué jusqu'au mois de jan-
(i) Ce signalement reuferme deux erreurs sur la naissance de Fieschi, qui montrent que la police n'est pas toujours bien informée. Fieschi serait né en 1796, et aurait eu quatorze ans en 1810, et vingt ans quand il a été condamné en i8i6j on sait qu'il en avait vingt-six.
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vier; ensuite, isolé, sans appui, sans ressources, il dut recourir, pour vivre, à tous les expédiens de la misère.
11 demeurait toujours avec Nina; dans le cours de i835, Laurence se rapprocha de lui 5 mais alors sa position avait changé, il s'était lancé dans une voie nouvelle de crimes, il avait prêté l'oreille à d'horribles suggestions,
Quand? comment? d'où lui sont-elles venues? c'est ce que le procès nous apprendra. 11 ne nous est pas permis de soulever légèrement des présomptions terribles. Morey, connaissant Fieschi par sa résidence dans le quartier, a pu lui donner quelques secours, et chercher , dans un but charitable , à lui procurer du travail. On a parlé aussi d'un voyage de cet homme en Italie auprès de la duchesse de Berry (i)^ ce
(i) On rapporte, à l'appui de cette version, la note suivante , dont nous ne nous portons pas garans:
a Lors de l'arrestation de la duchesse de Berry dans la Vendée, tous ses papiers furent saisi». Outre sa correspondance à l'étranger , il s'y trouvait un grand nombre de lettres et mémoires sur l'état de la France. Toutes ces pièces furent remises au Roi j mais elles ont dû être connues de deux mi« nistres au moins , el d'un haut fonclionttaire du château. Dans le temps , on prélendit y avoir vu un plan d'assassinat du Roi. »
Une autre circonstance mérite aussi d'être consignée : Deux voyageurs passant , le 28 juillet dernier , dans un village de Suisse, l'un d'eux écrivit sur un registre d'auberge r à la suite des noms de Louis-Philippe et de ses fils, requiescant inpace. Ce fait a été constaté par un juge d'instructiore de Grenoble , et tend à établir que l'attentat était connu-
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voyage n'aurait pu s'exécuter qu'après le mois de janvier i835, car il a été vu presque tous les jours dans son quartier jusqu'alors. Depuis, on l'a rencontré encore assez fréquemment, mais à des distances moins rapprochées. S'il était parti en effet, cette absence expliquerait pourquoi il a échappé aux recherches qu'a dû faire la police ; mais s'il n'est pas parti , il faut que les ordres du ministre de l'intérieur aient été exécutés avec une extrême négligence, ou, pour mieux dire, n'aient pas été exécutés du tout. L'arrestation de Fieschi ne devait pas être une opération bien difficile. Il avait changé son nom contre celui de Gérard , et pris un autre domicile -, mais il visitait souvent la fdle Nina, dont la demeure était connue, et lui-même , d'ailleurs , ne se cachait pas trop.
Ayant trop de vigueur dans l'esprit pour s'accOutumer à ui\e carrière de labeur grossier ou de mesquines escroqueries, Fieschi pouvait, plus que tout auutre, accepter la proposition d'un crime atroce qui lui donnerait des moyens faciles d'existence. Elle lui fut faite. 11 prétend que c'est dans le mois de janvier qu'gn s'en ouvrit à lui d'une manière positive 5 précédemment, il en avait déjà été question, mais trop vaguement pour qu'il pût prendre la chose au sérieux. Il reconnaît avoir reçu depuis ce jour différentes sommes d'argent, tantôt 5oo francs, tantôt 10,000, ou
le 28 en Savoie , par des individus qui, après avoir coopéré aux préparatifs du crime , s'étaient mis à couvert avant Texécution.
Le registre , saisi par ordre du gouvernement de Sardaigne, a dû être envoyé à Paris.
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devantage, qu'ila eniployëes pour ses besoins ou pour ses plaisirs. II paraît qu'il ne s'est pas décidé du premier coup, et qu'on est revenu plusieurs fois à la charge. Une réponse qu'on lui prête a le mérite de peindre assez bien ia position qu'il se donne : « Que voulez-vous; on m'a tellement obsédé, que j'ai fini par céder. A force de poursuivre une jeune fille, on finit par la faire succomber. C'est ainsi que j'ai été entraîné.»
Du reste, différentes déclarations s'accordent à dire que, pendant les premiers mois de Tannée, il était livré à une exaspération effrayante.
En mars dernier, un compatriote de Fieschi, qui ne l'avait pas rencontré depuis quelques mois, le rencontra se promenant dans une des allées des Champs- Elysées, en compagnie d'un inconnu qui portait un paquet sous le bras. Fieschi était mis avec propreté; mais cette propreté même contrastait avec l'extrême vétusté de ses vêtemens. « Eh bien! lui dit son compatriote en lui serrant affectueusement la main, la fortune commence-t-elle à vous sourire ? — La fortune, répondit Fieschi avec un rire amer.., oui vraiment!.. La société me rejette... la mort vaudrait mille fois mieux qu'un tel degré d'abjection. Eh bien! la mort, soit... mais avant de mourir on parlera de moi! »
Une personne qui signe Dominique Baron, et qui paraît l'avoir très-intimement connu, donne des détails analogues dans cet extrait d'une lettre adressée au Censeur de Lyon :
« Depuis six ans je l'avais perdu de vue, lorsque le hasard me le fit rencontrer à Paris, il y a deux mois. Nous renouvelâmes notre ancienne connaissance*, je
iSa PROCÈS DE FIESCHI
m'aperçus qu'il avait beaucoup perdu de sa gaîtë naturelle : entre autres choses, je le voyais rêveur et taciturne, et il me semblait qu'il était toujours prêt à me faire quelque confidence, car nous nous connaissions bien.
» Ah! plût à Dieu qu'il m'eût confié son terrible projet 5 je l'en aurais détourné, je le jure, par tous les moyens possibles, sans pourtant le compromettre, et j'aurais , j'en suis sûr, disposé son cœur autrement qu'il ne l'était!..
«J'avais eu assez d'ascendant sur lui dans le temps 5 j'en aurais eu encore , parce que je connaissais une grande partie de sa vie privée. Mais soit qu'il craignît que je ne le compromisse, soit qu'il pensât que je n'étais plus à son égard ce que j'avais été dans le temps, c'est-k-dire son intime, il ne me dit rien 5 il se plaignait seulement dune pension quon lui aurait ravie, il menaçait meniez, en termes obscurs^ de se venger sur quelqu'un teniblement. Je cherchais à le calmer -, il me dit : «C'est en vain, je suis trop irrité.» Je pris cela pour une colère passagère, et j'en riais.
» II en resta là avec moi. Je le quittai sans qu'il m'eût dit positivement sa demeure. Je l'avais rencontré vers la place Vendôme. Je me rappelle qu'il me dit qu'il était au service d'un ex-colonel corse, qui l'avait pris en grande affection. »
Cette préoccupation, cette fureur mal contenue, ces paroles, pour ainsi dire crispées, prouvent évidemment qu'il se livrait au fond de son ame une lutte effroyable. Aux prises d'un côté avec le besoin, de l'autre avec la pensée d'une action dont l'horreur
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pouvait encore épouvanter un cœur comme le sien, si, clans ce moment, quelque secours lui fût arrivé, on peut croire qu'il aurait reculé-, mais l'enfer Je tenait bien.
On raconte qu'un de ses compatriotes, M. Palazzi, entrepreneur, poursuivait Tannée dernière une réclamation pour une somme de 25,ooo fr., qu'il prétendait lui être due. Il se proposait d'employer ce capital à l'établissement d'une manufacture de lainage dans son pays, pour laquelle il devait emmener Fieschi comme associé. Mais le rejet de la requête de M. Palazzi ruina ces espérances-, la longueur du procès avait d'ailleurs épuisé ses ressources : il retourna seul en Corse, et Fleschi nous resta.
Il est impossible d'attribuer son action, quanta lui, à l'influence d'aucune idée politique. Il n'a jamais eu d'opinions; il revêt celles qui peuvent lui être utiles. Ou l'a vu dévot sous la restauration 5 marchant contre les républicains au 6 j uin , il eût marché au 10 août sous Santerre. Il a servi un parti, ou plutôt une vengeance de parti; mais peu lui importe l'opinion qui l'a pris à sa solde. Il lui fallait de l'argent , on lui en a offert beaucoup; car un pareil forfait se paye cher : il ne s'est pas inquiété du reste.
Le jour où il s'est déterminé à commettre le crime remonte déjà à une époque assez reculée ; après avoir accepté la mission de tuer le Roi et ses fds, il a fallu décider le moyen, et Fieschi a choisi hardiment celui qui était le plus sanglant, mais qui garantissait le mieux sa propre sécurité. A la suite de cela, l'emplacement a été cherché, arrêté et loué définitivement au terme d'avril" Pendant plus de trois mois encore,
I%4 PÏIÔCÈS DÉ FIESCHl
Fiesclii a donc roulé l'abominable projet dans sa tête. En se mettant à sa fenêtre, il se disait: C'est d'ici qu'un jour j'immolerai une foule de mes concitoyens. En l'attendant, son génie mécanique s'occupa de la confection de l'appareil. Il le fit construire sur ses idées, et sans en laisser connaître la destination, bien entendu, par un menuisier demeurant rue de Montreuil , n*» 4»- Puis il acheta, le jeudi a 3 juillet, chez M. Bury, rue de l'Arbre-Sec , cinquante canons de fusil, disant qu'il était chargé d'un envoi en province. Ces canons étaient des pièces de rebut provenant du dépôt de M. Pérardel , agent de la maison Saint- Quentin. Par un trait de petite rapacité surprenante dans une telle affaire, Fieschi n'a pas négligé de se réserver un bénéfice sur le marché -, il a payé les canons cinq francs pièce, et a exigé qu'on les portât sut les factures à 6 fr. 5o c. , afin de gagner trente sous sur chaque canon.
Puis il s'est approvisionné d'une grosse corde, de poudre et de balles; il a disposé les vingt-cinq canons sur la machine, l'a mise en élat, l'a ajustée.
Puis le matin du 28 juillet, pensant à tout, il a rassemblé ses effets dans une grande malle^ et prenantun cabriolet rue de Vendôme, il l'a conduite dans le quartier St-Victor, où il a payé à boire au cocher ; de là il l'a transportée lui-même dans une rue adjacente.
Puis^ il est retourné à son troisième étage du boulevart du Temple 5 il a jeté de la paille et du bois dans la cheminée, et les a allumés, afin d'être sûr de ne pas manquer de feu. Alors il est allé dans la cui-
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sine, et, à la fenêtre, a attaché solidement la corde qui assurait sa retraite.
Puis, il a attendu patiemment; et, à l'approche du cortège, il s'est placé en embuscade, un tison à la main
On sait le reste.
Le Roi fut sauvé, et l'assassin tomba à terre, sans mouvement, foudroyé par les éclats de sa machine.
Pourtant il avait calculé son coup avec le plus grand soin; toutes ses précautions étaient prises pour frapper juste , et il n'atteignit pas son but.
11 avait calculé sa fuite avec un art plus parfait encore : les précautions les plus minutieuses étaient prises, il avait pourvu à tout; seulement, il n'avait pas songé qu'il se fracasserait le crâne avec ses mauvais canons trop chargés.
Son sang coulait par trois blessures : une à la main, une autre au cou, sillonné jusqu'à l'épaule par une déchirure profonde, la troisième dans le haut de la tête. Cette dernière était beaucoup plus grave , et aurait pu causer la mort. Une partie de l'arcade surcillaire enlevée, sur une longueur de deux pouces et dans la largeur du petit doigt , laissait à découvert la dure -mère (une des membranes du cerveau), qu'on aurait pu voir battre distinctement. Un lambeau de peau, arraché du front, retombait jusque sur les yeux.
Sous l'atteinte de cette affreuse blessure, l'assassin dut demeurer quelques instans privé de connaissance; peu à peu ses sens se ranimèrent; son énergie naturelle et la pensée du péril présent lui rendirent des forces pour exécuter son projet de fuite. 11 parvint à
l56 PROCÈS DE FIESCHI
la éliisiue, s'accrocha à sa corde, et descendit, à l'aide d'une main seulement, car l'autre était trop mutilée pour qu'il s'en servît. Comprenant que sa maison serait la première envahie, il dirigea sa corde vers la gauche , et prit pied sur un toit d'environ sept pieds de haut, dans la cour voisine, derrière la Maison-Piustique-^ de là il entra dans une chambre par une fenêtre, enfonça uue porte, et descendit dausla cour; mais alors il se sentait tellemeut épuisé , qu'il se jeta dans un coin pour tâcher de se remettre. C'est là qu'il fut saisi.
Nous ne reviendrons pas sur les circonstances, déjà connues, qui ont suivi immédiatement son arrestation. Transporté à la Conciergerie, le blessé reçut d'abord les soins que réclamait sa position. Pendant tout le cours de son traitement, qui a été long et pénible, puisque la blessure de la tête a laissé pendant quinze jours des inquiétudes sur sa vie, et que celle du cou ou de l'épaule a nécessité une opération douloureuse, il a montré la plus grande fermeté. Du re:le il exprimait sa reconnaissance des efforts que l'on tentait poin- le sauver. 11 déplorait l'état ou il s'était mis -, sans cette. maladresse, disait-il, je devais m'échapper, ou du moins on ne m'aurait pas pris vivant, car j'avais de quoi me défaire d'une brigade d'agens de police.
Dès qu'il put se faire entendre, il renouvela ses aveux; il se reconnaissait l'auteur du crime, mais sans entrer dans aucune explication sur les motifs qui avaient pu le diriger. Il se donnait le nom de Gérard, de Lodève^, et parlait de sa famille , de ses enfans qui vivaient dans cette ville, Ua tel conte ne
pouvait aller bien loin. Confronté avec des habitans de Lodève, il n'était pas reconnu. Il le fut le 2 août, à la suite des indications de la femme Petit, qui désigna le nomme Fieschi pour le propriétaire de la malle, par M. Olivier Dufresne, inspecteur-général des prisons. M. Ladvocat, qu'on appela ensuite, dissipa tous les doutes, et Fieschi fut obligé de convenir de son nom et de sa véritable origine. Cette découverte le contraria d'abord vivement, cependant il se remit pour causer avec M. Ladvocat, une des personnes pour lesquelles il témoigne le plus de respect. Le fond du caractère de Fieschi est l'audace; il tient beaucoup à ce qu'on le sache; il cherche fréquemment à poser sous ce point de vue, ce qui jette dans ses discours un mélange de fanfaronades et d'impudence. En finissant sa conversation avec M. Ladvocat, il le pria d'être présent au moment où il monterait à l'échafaud. « Vous verrez, ajoute-t-il, de quel œil » je regarderai l'instrument de ma mort; vous verrez )) si mes jarrets fléchiront , et vous direz : je recon- » nais Fieschi. »
Fieschi semble jouir, dans sa prison, d'une considération toute particulière.
Sous le rapport des égards, des attentions, de la nourriture , un prisonnier est rarement aussi bien traité. Goûts, distractions, fantaisies , tout ce qu'il désire lui est accordé. Ces prévenances doivent être sans doute attribuées aux ménagemens que sa santé a long-temps exigées, et au besoin de le flatter pour en obtenir des révélations. Comme tout est renversé! Ce sont les caresses qui , aujourd'hui , font l'office de Ja torture. L'humanité y gagne, et le prévenu aussi.
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C'est pour cela que Fieschi , auteur avoué d'un forfait abominable, se voit courtisé comme un grand homme 5 à quoi il se prête merveilleusement et ce qui ne contribue pas peu à nourrir la haute idée qu'il a de lui-même. On ne lui adresse la parole qu'avec une politesse presque 2iffectueuse\ Monsieur Fieschi j ou mon cher Fieschi. Aussi M. Fieschi cause volontiers et badine avec les plus grands personnages de l'état. Il leur écrit : J^ous me trouverez chez moi toute la journée; ou les accueille d'un : c'est toujours avec un uouveau plaisir que je vous reçois chez moi. Il ne parle de ceux qu'il prétend être ses complices, que sous le titre agréable de ses collègues. Et comme il ne professe pas pour leur fermeté l'admiration qu'il réserve pour la sienne, il dit, en se servant d'un mot italien dont nous donnons la traduction affaiblie : mes collègues sont tous des capons.
Fieschi a le plaisir de recevoir de temps en temps Nina Lassave. Il passe son temps en causant avec ses gardiens, ou en jouant avec eux au petit palet, aux cartes. Dès qu'il a pu sortir, on lui a accordé le matin la promenade dans une cour de la Conciergerie, dite la Cour des Femmes. Alors les plus grandes précautions étaient prises pour l'empêcher de communiquer avec le dehors. Un jour, il s'est amusé à écrire ses réflexions sur une trentaine de pages, qu'il a données à un agent de police 5 celui-ci allait se hâter de les publier , mais la préfecture s'en est emparé.
Dans le mois d'août , Fieschi a demandé pour défenseurs, MM. Parquin et Chaix-dEstange. il leur a même écrit à cet égard ; mais ils ont, l'un et l'autre, refusé.
£T D£ S£S COMPUGES. iS^
Après quatre mois bientôt de recherches et d'enquêtes poursuivies dans le secret, nous touchons enfin aux débats du grand jour. 11 est difficile de pénétrer dans les mystères de l'instruction. Fieschi a fait des révélatious. Mais quelle est leur portée, leur étendue.^ Jusqu'à quel point sont-elles complètes? Nous l'ignorons. D'ailleurs Fieschi, par ses habitudes de mensonge et de vanterie , par sa subtilité et son esprit mystificateur, a rendu , parfois, très-embrouillés les aveux qu'd lui avait plu de faire. Tout ce qui paraît constaté maintenant , c'est qu'il accuse positivement de complicité trois personnes, parmi lesquelles il distribue ainsi les rôles : M. Pépin a fourni l'argent pour la machine^ Morey a servi d'intermédiaire et a assisté Fieschi dans tous les détails de l'exécution ; Boireau a acheté les fusils , le plomb et la poudre.
An surplus, Fieschi a, dit-on, déclaré qu'il se chargeait d'établir la vérité dans le procès, etque.ie pro' cureur du roi ri aurait rieu à Jaire. Il serait assez dans le caractère de cet homme, en effet, d'avoir gardé pour l'audience publique ses plus grandes révélations, ses preuves les plus complètes, afin de briller sur ce théâtre . et d'y jouir sans partage de son dernier succès.
En terminant cette notice , il nous reste à donner, pour nous-mêmes, quelques explications. Nous avons repoussé plusieurs des imputations élevées contre Fieschi , nous avons exposé comment il avait été poussé au crime. Peut-être jugera-t-on que nous avons cherché à prendre sa défense, à affaiblir l'odieux de son caractère; on se tromperait. Rien de ce
l6o PROCÈS DE FIESCHI
que nous avons dit sur son compte ne diminue l'horreur qu'il nous inspire. Mais en racontant sa vie, nous avons dû montrer l'enchaînement de ses actions à leurs causes.
La perversité humaine n'est point un fait absolu, renfermant en lui-même la raison de son existence. Cette perversité, à quelque degré qu'on la prenne n'existe et ne se développe que par le concours des circonstances : c'est un effet qui a mille causes. Nous avons dit le rapport de l'un aux autres 5 nous avons dit Fieschi entraîné au crime par le besoin, par l'abandon. Eh! sans cela son action serait-elle possible? Mais où a-t-on vu que la misère fût une justification de l'homicide? Oùa-t-on vu, dans la faim même, une excuse pour l'assassinat d'un roi , pour tant de meurtres inutiles^ L'attentat de Fieschi est horrible et lâche! et nous ne savons d'êtres plus odieux que lui, parce qu'ils sont plus lâches que ceux pour lesquels il a agi, et qui, avec de l'or, l'ont envoyé s'exposer à leur place. Espérons que les vrais coupables, quels qu'ils soient, seront tous connus!
Nota. La deuxième partie de ce volume contiendra Cacte d'accusation et un appendice formé des pièces suivantes : — /. Note des pensions accordées aux victimes. — //. Notices biographiques.^— Le maréchal Mortier. — Le sénéral de Lâchasse de Férigny. — Le colonel Baffé, — Le capitaine Villate. — ///, Complainte de la Jeune fUie, — IF. Notice historique sur la machine infernale du, 5 nivôse.
Tue du côté (le la cour, rue «les Tossés ilu Teinple,4'l .
û T.sm/,cr^fce/fe maison m^rasa7f{dm,srmeal/^e càd^^a^c r,ur .Zcrrir^r /n rrrrhraf O fmi7i>tr,ffr, cour ^ 7a f^foi^m ^/^ . 1/ f^ r/e ciT^sM^'^^ JJ^'r/'n-vr/^^
ET DE SES COMPLICES. i6l