ANNETTE BOCQCIN ET MARGUERITE DAURAT
Les deux autres femmes qui venaient chez Fieschi sont Annette Bocquin, ou celle que l'on a désignée sous le nom de la Bnuie^ et qui portait habituellement des vêtemens de deuil ; et Marguerite Daurat, dite Agarithe, ou celle qui portait un chapeau, et que l'on appelait la Lyonnaise.
(i) De son coté , la femme Petit déclare que Fieschi a fait ■violence à sa fille. De ces deux versions, Tune est au moins plus vraisemblable que l'autre.
îiûO PROCÈS DE FIESCHI
Comme la fille Lassave, Annette Bocquiii a dixneuf ans; elle est lingère de son état, et native de Goron, commune du département de la Mayenne. Sa mère est une pauvre femme qui file du lin pour le bureau de charité du onzième arrondissement. Annette venait travailler à la journée chez Laurence Petit, qui demeurait alors dans la maison n° 5 de la rue du Battoir. La jeune ouvrière y fit connaissance avec Fieschi, qu'on ne désignait là que sous le nom de Petite et qui était cru le mari de la maîtresse du logis. Elle y connut aussi, mais plus intimement encore, un jeune homme nommé Janot, neveu de M. Cannes, ingénieur des ponts et chaussées. Ce jeune étudiant en droit était en pension chez Laurence Petit ; l'oncle et le neveu étaient tous deux fort liés avec le prétendu Petit.
La fille Bocquin quitta le domicile de sa mère pour s'attacher à Janot. Ayant discontinué de travailler chez Laurence Petit, elle perdit de vue le mari supposé de cette femme : celui-ci d'ailleurs tarda peu à rompre tout commerce avec sa femme prétendue, lis se quittèrent fort irrités l'un contre l'autre; elle, inconsolable, a-t-elle écrit depuis, d'avoir pu « partager » sa couche avec un tel monstre, malheur qui abreu- » vera de dégoût le reste de sa vie ; » lui, convaincu que la conduite perverse de cette femme, et l'abus qu'il l'accuse d'avoir fait de sa confiance, en le dépouillant du fruit de son travail et de ses économies^ l'ont précipité dans le crime. M. Cannes, de son côté, désirait que son neveu retournât dans sa province. Une lettre de son père vint annoncer à ce jeune homme que sa mère était dangereusement malade : elle détermina son départ. 11 quitta Paris, débiteur envers Laurence Petit ou Fieschi, d'une somme que
celui-ci évalue à plus de 5oo francs. 11 laissa la fille Bocquin chez un de ses cousins, appelé Brocard, et se chargea de son entretien; elle quitta bientôt cet asile équivoque, pour des motifs qu elle n'a pas fait connaître. Une fausse honte, ou peut-être les habitudes d'indépendance qu'elle avait récemment contractées, l'empêchèrent de retourner chez sa mère. Janot, instruit de sa situation, en fut affligé 5 il désira lui en procurer une meilleure-, il voulut la détourner du désordre, car il Ja croyait dans une mauvaise maison, et pour cela il s'adressa à Fieschi : c'est celui-ci qui Ta raconté. Ce qui est certain, c'est que, vers la fin du mois de mai, Fieschi alla chercher la fille Bocquin, qui demeurait rue Saint-Honoré, près la rue Jeannisson, hôtel de Normandie; elle sut alors qu'il portait le nom de Girard. Il la mena chez lui, boulevart du Temple, n° 5o.
Pendant un mois, ils n'eurent qu'une même table et un même logement. Fieschi, malgré les apparences les plus fortes, a nié cependant que ses rapports avec elle aient eu le caractère d'une intimité coupable. Vers le i5 juillet, il la plaça chez la dame Billet, marchande lingère , qui demeurait rue Saint-Sébastien, n° 48. Pendant le temps que la fille Bocquin a partagé l'appartement de Fieschi, il ne lui donnait que la nourriture et le logement; en échange, elle raccommodait son linge et ses bardes.
Elle n'a jamais vu d'homme chez lui; mais elle sait que très-souvent il dînait chez Morey; qu'il y allait quelquefois le soir, et qu'il le regardait comme un ami solide?. Il y avait un autre homme sur lequel Fieschi comptait beaucoup : c'était Pépin. Il trouvait dans sa boutique tout ce qu'il désirait et sans le payer.
La fille Bocquin a rencontré deux ou trois fois Aga-
rithe chez Fieschi, et elle y a vu souvent la fiUe Lassave, sa maîtresse en titre.
Blarguerite Daurat, dite Âganthe, est une raccommodeuse de châles, âgée de vingt-trois ans-, elle est née à Tarare, département du Rhône. Elle est arrivée de Lyon à Paris le 4 juillet, et n'a apporté avec elle que 4o francs. Elle avait connu, à Lyon; Araédée Lassave, qui lui a donné une lettre de recommandation pour sa sœur Nina; celle-ci l'a conduite chez Fieschi. En arrivant, Agarithe fut frappée de ne voir dans son appartement qu'un si petit nombre de meubles.
Le lo ou le 12 juillet, i\garithe dîna chez le prétendu Girard, avec la fdle Bocquin et la fille Lassave : le repas fut peu recherché. La fille Daurat dit qu'il se composait d'un potage de vermicelle au maigre, d'un plat de viande en ragoût, d'une salade et d'une bouteille de vin blanc. Fieschi s'occupa trèsactivement à chercher un logement et de l'ouvrage pour Agarithe \ il la recommanda dans ce but à un Corse, nommé Sorba, qui cohabite avec une fille Michel, marchande de modes, et demeure rue Me*lay. Il est à présumer qu'il s'établit certains rapports d'intimité et de confiance entre Fieschi et la fille Daurat, car elle reçut de lui 5 fr. un jour où il n'y avait que 17 fr. dans sa bourse. De plus , elle connaissait ses relations avec Boireau , lé prétendu Girard lui avait confié qu'il était connu de diverses personnes sous un autre nom, qui n'était pas celui de Petit 5 elle savait même que le nom de Girard était un nom emprunté , et que celui qui l'usurpait s'appelait Fieschi.
Fieschi, dont le véritable nom a été découvert le I" août, par la déclaration des femmes "BranvUle
ET DE SES COMPLICES. ao3
et Ramangé , avait cessé de travailler de ses mains quelques semaines avant l'époque fatale. Sans avoir à sa disposition des sommes d'argent considérables, il pouvait toujours suffire à ses besoins, entretenir la fdle Nina, nourrir et secourir Annette, et même donner à l'occasion 5 fr. à la tille Daurat.