‹ Procès de Fieschi et de ses complices, devant la Cour des pairsChapitre 29 sur 71 · NOUVEAUX DÉTAILS SUR FIESCHI · texte numérisé non relu

NOUVEAUX DÉTAILS SUR FIESCHI

IJ paraît qu'à l'époque des déplorables journées des 5 et 6 juin, Fieschi l'ut violemment tenté de se jeter parmi les révoltés et de prendre un fusil comme les autres. Le témoin qui rapporte ce fait l'explique facilement par ce propos que Fieschi lui avait tenu : Les Français sont las des rois ; mais il se contint ou fut contenu , car il passa la soirée du 5 juin et la nuit qui la suivit chez M. Caunes -, soit qu'il pensât , comme on assure qu'il l'a dit depuis , que le moment n'était pas encore venu , soit que la crainte de perdre son em^ploi ou quelque autre obstacle l'arrêtât ; car M. Caunes affirme l'avoir retenu plusieurs fois an moment où son caractère inquiet et hasardeux l'entraînait dans les émeutes (i).

Cependant il assiégeait de ses pétitions et le ministre de la guerre et la commission des secours à distribuer aux condamnés politiques. Il exploitait ses services militaires et, ses prétendus services politiques-, il se représentait -comme un père de famille intéressant , ayant à sa charge une femme et une fille de i4 ans, infirme -, et cette fille , c'élai'. cette même fille jyina dont nous venons de vous entretenir !

On le voit exe rcer sa profession de tisserand pendant les instans qu'il dérobait à ses fonctions de

(0 Celle déposil.ion s'accoïdc peu avec celle de M. Lavocat, que fieschi lui avait re jidu de grands services dans les émeutes.

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gardien : il avait acheté à cet effet un métier et un équipage de tissage. Dans les trois derniers mois de cette même année i832, il s'engagea àiaire pour le sieur Ferret, marchand de molleton, une chaîne d'environ cent aunes de cette étoffe. C'est au neveu de celui-ci qu'il disait , en lui montrant des cicatrices que les fers qu'il avait portés avaient laissées à ses jambes: Si jamais vous avez des enfans , tâchez quils n'aient point de Janatisme politique.

Au commencement de i834, la fdle Nina avait dû quitter le domicile commun de sa mère et de Fieschi pour entrer à la Salpêtrière, le i5 janvier. Laurence Petit disait de lui : On ne sait pas ce que c'est que cet homme-là ; c'est un monstre. Elle se plaignait d'être battue ^ les voisins étaient souvent troublés par des cris , des pleurs , des gémissemens , et n'osaient intervenu-. Toutes les fois qu'il y avait des scènes violentes dans l'intérieur de ce ménage , on entendait des coups de pistolet que Fieschi tirait, apparemment pour effrayer Laurence Petit. Il inspirait une égale terreur à ses voisins. Dès le mois de juin , cette femme avait transféré son domicile, d'abord rue Copeau, n. lo, ensuite rue du Battoir. Fieschi l'y avait suivie. Là , elle tenait une table d'hôte pour déjeunes étudians, et leur donnait même à loger. C'est chez elle que Janot connut Annette Bocquin. On ne voyait presque plus Fieschi au moulin de Croullebarbej les clefs en étaient abandonnées aux voisins. IJ abusait de la permission de découcher, qu'il avait obtenue de ses chefs, et ne passait presque plus une seule nuit à son poste.

M. Emery fit procéder à une enquête administrative sur la conduite de Fieschi. Alors celui.ci conçut un grand mécontentement et il en affecta un plus

ET DE SES COMPLICES. ai5

grand encore. Il disait que ses occupations étaient au-dessous d'un homme tel que lui 5 il ajoutait , d'un ton significatif , quil ne souffrirait pas toujours , mais qu'avant de mourirl.. En toute occasion, il se montrait irrité contre le gtyuvernement , qui ne faisait pas assez pour lui. Quand il apprit que sa pension était supprimée , on l'entendit dire que , s'il arrivait quelque sédition^ il serait le premier à pénétrer aux Tuileries pour assassiner le Roi et les princes y et partout oii il y aurait quelque chose à piller.

C'est dans le courant de cette année , et quand sa bonne fortune l'abandonnait, que Laurence Petit rompit ouvertement avec lui-, elle l'accusait d'avoir fait violence à sa fille. Alors les liaisons de Fieschi avec la fille Nina Lassave devinrent plus intimes. Pour atténuer ce qu'elles avaient d'odieux , il faisait circuler que la fille Nina n'était que la fille adoptive de Laurence Petit. De son côté, les reproches de celle-ci étaient sans mesure. Elle se lia avec un sieur Bourseaux, d'abord détenu à Sainte-Pélagie, comme impliqué dans les troubles d'avril, et chercha à s'en faire un appui contre Fieschi.

Fieschi se plaint d'avoir été indignement trompé par cette femme. Elle avait loué sous son nom leur logement commun. Elle s'est approprié son mobilier, qui valait de 1,700 à 1,800 francs, et les économies qu'il avait pu faire ; car il lui remettait religieusement tout ce qu'il gagnait.

Sa rupture avec Laurence Petit et les torts qu'il lui impute , paraissent avoir exercé une grande influence sur les résolutions désespérées de Fieschi.

Ancien militaire sans grade ni retraite , ouvrier sans occupation certaine 5 dépouillé de la pension

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qu'il avait usurpée 5 expulsé d'un domicile qu'il prétendait être le sien, par la femme qu'il avait choisie et qui s'était librement attachée à lui-, possédé d'une passion violente pour une jeune fdle , qui joignait à l'inexpérience de son âge la légèreté de son caractère ; sous le poids d'une inculpation grave et de poursuites judiciaires : Fieschi, pour comble de disgrâce, au commencement de l'année i835, se trouvait à la veille de perdre son dernier emploi et sa dernière ressource ; car , le 27 janvier, un arrêté du préfet du département de la Seine , en supprimant le poste de gardien du moulin de Croullebarbe, consomma sa ruine et détruisit ses dernières espérances.

Le 25 avril, une ordonnance de la Chambre du conseil l'avait renvoyé devant le tribunal de police correctionnelle, pour délit d'escroquerie , et, le 3o, un mandat d'arrêt fut lancé contre lui.

Sans conviction et même sans passions politiques, il aurait été disposé à les exploiter toutes à son profit. Le valet de chambre de M. Lavocat , a déclaré que Fieschi lui avait montré, huit mois environ avant l'attentat, une médaille représentant Henri \, qui lui avait été donnée par un personnage dont Laurence Petit lui avait fait faire la connaissance -, il disait que ce portrait lui servirait à obtenir de l'argent , et que peu lui importait le parti auquel il s'attacherait. D'un autre côté, les vétérans , ses camarades, le représentent comme un partisan déclaré de la république. Ses voisins de la rue Croullebarbe le désignaient sous le nom du 'vétéran républicain. Il blâmait un de ses amis d'entrer dans la garde municipale, parce qu'il serait exposé au feu des républicains. Il disait au marchand de vin Travaidt, qu'il n'y avait que la république et le gouvernement des Etats-Unis,

Selon Marguerite Daurat, les femmes avec lesquelles il dînait s'ennuyaient de l'entendre toujours parler république. Néanmoins, il paraît avoir dit à d'autres i.YOi après JS apoléon yil n'y avait que Louis-Philippe^ et qu'il le défendrait. Dans son profond dédain pour tous les partis , poussé par ses dispositions aventureuses et ce mépris de la vie qu'il porte au plus haut degré, depuis qu'il n'y avait plus de chances pour les partisans de l'Empire, ce qu'il désirait surtout, c'était un grand bouleversement social , au sein duquel il pût développer ses facultés intellectuelles, dont il a une è\ haute idée, et l'énergie de son caractère.

Fieschi prétend qu'il conçut à cette époque l'idée de publier un plan de Paris, sur lequel toutes les rues parcourues par les voitures publiques, seraient indiquées, ainsi que les lieux oii ces voitures stationnent. Mais il lui fallait un bailleur de fonds pour mener à bien son entreprise 5 il s'adressa à un docteur en médecine nommé Perrève, qu'il avait rencontré chez un de ses compatriotes, nommé Querini.

L'attente de Fieschi ne fut point trompée : M. Perrève l'encouragea à exécuter son entreprise. A compte sur leurs futurs bénéfices, Fieschidemandapar avance quelques objets de première nécessité: une redingote, un gilet, un pantalon furent, en conséquence, commandés au tailleur Fournier, et des souliers au cordonnier Hache. M. Perrève paya le tout. Fieschi ne voulut pas indiquer le lieu de sa demeure, il disait à M. Perrève qu'il était obligé d'aller déjeuner à droite et dîner à gauche, et il pria soti tailleur et son cordonnier qui ne le connaissaient que sous le nom d'Alexis, de porter les effets qui lui étaient destinés chez M. Pépin, épicier, rue du Faubourg-Saint-Antoiuc, n« I. Us y furent effectivemeut portés et reçus.

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Une dame répondit: M. Alexis reste ici. Il paraîtrait que c'était la dame Pépin, qui depuis a déclaré qu'elle connaissait le faux Bescher sous le nom d'Alexis.

Ces circonstances aident à expliquer comment, cinq ou six semaines avant cette époque, le sort de Fieschi semblait amélioré, et pourquoi il était proprement vêtu au commencement de juillet. Il est certain que, soit à cause des secours qu'il avait reçus en nature et en argent du docteur Perrève , soit à cause de ceux qui lui venaient d'ailleurs, son aisance semblait augmenter depuis qu'il ne travaillait plus à la manufacture de Lesage.

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