PORTRAIT DU DUC DE BORDEAUX
M. le Président, voulant éclaircir une circonstance importante que nous avons signalée au commencement de ce rapport, a adressé à Fieschi les questions suivantes ; « N'aviez-vous pas un portrait du duc » de Bordeaux dans votre chambre .? » il a répondu : a Oui, je ne l'aime pas beaucoup, mais je ne lui )) veux pas de mal. — Pourquoi i^viez-vous ce por- » trait ? — Je l'avais depuis deux ou trois jours -, je me » disais que si on ne me prenait pas, on dirait que )) c'était un carliste qui avait fait le coup. — Combien » aviez-vous acheté ce portrait? — Quinze sous. — » Où l'aviez-vous acheté ? — Rue du Petit-Reposoir, » chez un marchand d'estampes. » Ces faits ont été vérifiés : le portrait avait en effet été acheté par Fieschi, chez le sieur Troude, marchand d'estampes, demeurant au lieu indiqué. L'adresse imprimée de
Ti'Oiide, ainsi qu'une lettre insignifiante qui lui était adressée et qui servait probablement d'enveloppe à la gravure, ont été trouvées, malheureusement pour lui, dans la chambre de Fieschi, car cette circonstance a motivé l'arrestation de ce marchand.
Ainsi s'explique la présence, dans la chambre de Fieschi, de cette lithographie du duc de Bordeaux y qu'on aurait pu prendre un instant pour le signe caractéristique de ses opinions politiques et comme une indication du parti qui aurait exploité l'énergie de son caractère et les résolutions de son désespoir , si la dissimulation , et une dissimulation profonde , n'était pas la condition nécessaire de ces conspirations détestables dont l'assassinat est le moyen, et si ceux qui les ourdissent dans l'ombre , loin de laisser le crime arborer les enseignes de la faction à laquelle ils appartiennent, ne se réservaient toujours la lâche et hypocrite ressource d'en désavouer les auteurs.
Ici se place le long et inutile épisode du Hongrois Krawski, agent prétendu de toutes les polices de France et de l'étranger, qui nageait dans l'or et l'argent, et finit par se mettre au service de la duchesse de Berry. Fieschi, sollicité par lui de l'imiter, s'y refusa avec dédain , et trouva moyen de prendre copie de sa correspondance , qu'il prétend avoir envoyée à M. Vivien.
A cette occasion, Fieschi a déclaré qu'on lui avait proposé , un mois et demi avant l'arrestation de la duchesse de Berry, et pendant que cette princesse était en Bretagne, de lui donner cent mille francs, et dix mille francs pour ses frais, s'il voulait se charger d'aller l'arrêter. U prétend avoir refusé en répondant : « Je suis fatigué ; si elle arrivait « ici, je me battrais avec vous autreg, mais voilà tout. »
aîo ï>ROCÈS DE FIESCHI
OPIinONS POLITIQUES ATTRIBUÉES A FIESCHI ET A LAURENCE FKTIT.
11 convient de dire, à cette occasionj que plusieurs personnes avaient supposé , à cause des opinions légitimistes qu'elles prêtaient à Laurence Petit , que Fieschi devait être dévoué au parti qui professe ces opinions. Rien n'est moins établi que le dévouement de Laurence Petit au parti légitimiste , malgré ce que Fieschi avait voulu faire entendre lui-même à M. Lavocat. // 7^y a que de sots propos^ tenus par elle (c'est ainsi que les qualifie le témoin qui les rapporte) qui viennent à l'appui de cette supposition , et , comme le remarque encore ce témoin , ils étaient tenus par une femme très-bavarde et très-vaniteuse, qui pouvait bien faire des contes pour avoir l'occasion de parler d'elle.
Il est constant, par ses propres aveux, que si elle a reçu des secours et de l'argent de diverses personnes attachées à l'ancienne dynastie , et entre autres de M. Peyrecave , elle en a également sollicité et reçu de M. Voyer-d'Argenson (i) : enfin, son ami Bourseaux est venu spontanément demander à être entendu une seconde fois , uniquement pour déclarer que Laurence Petit n'était point légitimiste.