HESITATION DE FIESCHI AVANT L'ATTENTAT
Fieschi fut enfin amené à reconnaître qu'il s'était logé boulevart du Temple, dans l'appartement qu'il y occupait, avec l'intention de commettre l'attentat. Que voulez-vous ? a-t-ii dit , c'a été mon tombeau. Il convint qu'il avait hésité entre le projet qu'il a
(i) Voir, à la fin, la réclamation de M. Voyer-d'Argenson:
exécute et celui d'aposter un certain nombre de Corses ou d'autres , qui auraient tiré sur le Roi. Mais il pensa qu'il trouverait diflicilement un nombre sutîisant d'hommes rf/jcre^j' et courageux; il préféra sa machine, et il fut assez injuste ou assez inconstant , c'est toujours lui qui parle , pour ne se fier à personne.
Il a déclaré que, le lundi 27 juillet, après avoir quitté Morey, il avait rôdé d'un côté et d'autre, cherchant une distraction ou une ame charitable qui eût de l'empire sur lui. Je ne l'ai pas rencontrée, a-t-il dit avec l'accent du regret.
Le 28 au matin , avant de faire le coup, sa préoccupation, ou, comme il parle lui-même, son embarras continuait. Il était allé de très-bonne heure chez son compatriote Sorba, qui demeurait rue Meslay , et ils sortirent ensemble. Il lui proposa de venir lui servir de second dans un duel. Etait-ce dans son crime, qu'il aurait voulu dire? Ce fait n'a pas été avoué d'abord par Fieschi ; il le repoussait en disant: «Je n'aime pas les duels, parce que, quand » je me bats, je suis sûr de réussir. » deux jours après, Fieschi a complété cette explication en ces termes : « A vous dire vrai , j'avais quelque envie de » confier mon affaire à Sorba, peut-être pour m'en » détourner. Sa figure trop jeune m'en a empêché-, » et puis, je ne le connaissais pas à fond. Je me » serais plus facilement ouvert à Sorba qu'à Morey )) ou à tout autre , parce qu'il était mon compatriote. » Je savais d'ailleurs qu'il n'était pas un lâche , puis- » que j'avais été avec lui témoin dans un duel entre » Giacobbi, l'avocat, et un jeune Américain, con- » damné à trois ans pour les alFaires des Amis du » Peuple, et qui avait pour témoins Plagniol et
» Desjardins. — Toutefois je me disais : Fieschi, est- » ce que tu seras un lâche ? et le courage l'a emporté » sur tout le reste. »
Cependant une circonstance imprévue faillit triompher de sa résolution : il aperçut M. Panis qui parlait à M. Lavocat ; il y avait onze mois qu'il n'avait aperçu ce dernier. A son aspect, une émotion si vive s'empara de l'ame de Fieschi , que sa vue se troubla, et dans son trouble il baissa la machine de quatre ou cinq pouces. — «Si M. Lavocat était resté la, » a-t-il ajouté, «je n'aurais rien fait. Je voulais descendre, » le faire monter chez moi, lui tout montrer, me je- » ter à ses pieds , lui dire que j'étais un malheureux » et qu'il me fit expatrier; mais sa légion changea de » place -, mon mauvais destin l'a emporté ; j'étais )> comme un désespéré, m Alors, il prit un tison dans sa cheminée et il mit le feu à la machine par le milieu. Une s'est pas souvenu d'avoir allumé une chandelle chez un voisin pour faire son feu ; il ne le croit pas , parce qu'il avait un briquet phosphorique chez lui.
Pressé de nouveau de déclarer ses compliees , il a répondu ces paroles remarquables : J'ai dit à M. La- » vocat des choses passées; je lui ai nommé des gens » qui sont des traîtres , qui ont pris l'argent du parti » carliste en le jouant, et qui ont fait travailler les » républicains ; je l'ai autorisé à donner ces rensei- » gnemens au gouvernement, non pour me sauver, » je ne l'espère pas, mon affaire est trop grave , mais » pour être utile. Il y a des lâches qui , à m;^ place , » se seraient détruits ; mais quand un homme a fait » une faute, il doit un exemple, et je dois donner » un grand exemple sur l'échafaud. Si j'avsis été » avide d'argeut, je mç serais adressé a^ix eunçmis
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» du gouvernement^ mais je n'ai jamais rien voulu M faire pour de Tarifent , en tout pays j'étais sûr de )) vivre en travaillant. »