EPISODS 'RELATIF AU PRINCE CHARLES DN ROHAN
Fieschi , en se rendant à la manufacture de papiers peints où il travaillait, s'arrêta un jour chez Pépin : c'était le matin. Celui-ci lui dit : « J'attends aujour- » d'huiun grand personnage, le comte ou le baron de
ET DE SES COMl'UCES. 24 1
» Rohaii, un parent de Louis-Philippe. — Tiens, )) c est un carliste , reprit Fiesclii. — Il fait le lépu- » blicain, mais je ne me fie pas à lui. »
Pépin informa Fieschi que ce monsieur était à Paris afec sa femme, et qu'il habitait ordinairement la Suisse. Fieschi conçut alors l'idée d'écrire une lettre à M. Gustave de Damas , qui était également établi en Suisse , pour lui faire connaître sa position et lui exprimer le désir qu'il avait de sortir de France, où il était poursuivi. Il demanda à Pépin s'il ne croyait pas que M. de Rohan se chargerait de sa lettre. Pépin dit à Fieschi qu'il pouvait écrire , mais qu'avant de remettre sa lettre il convenait de sonder le terrain, parce qu'il était possible que M. de Rohan ne fût pas bien avec M. G. de Damas. Le lendemain , Fieschi retourna chez Pépin 5 il vit arriver une voiture de place d'où descendit un monsieur assez gros^ la tête grise , la figure assez fraîche. Un jeune homme raccompagnait. Pépin dit à Fieschi : <' Monte là-haut. )) Il y resta jusqu'après le départ de M. de Rohan 5 alors Pépin, sans s'expliquer sur la cause ou l'occasion de la visite qu'il avait reçue , dit à Fieschi que M. de P«.ohan connaissait en effet M. G. de Da' mas, mais qu'ils ne se voyaient pas. M. de Rohan reprochait à cet oflicier général d'avoir fouillé dans louies les familles pour faire une biographie j «je soupçonne» ajouta-t-il, «que ce personnage y est pour quelque chose. « Fieschi supprima sa lettre. Pépin raconta à Fieschi que M. de Rohan lui avait dit : « Louis-Philippe et moi, nous étions amis autre- » fois^ mais depuis la révolution de juillet, j'ai vu » que c'était un ambitieux, et nous ne nocs voyons M plus. Je suis venu à Paris où mes parens me doi- » vent de l'argent j mais ils me contrarient pour le re-
24a PROCÈS DE FI-ESCHI
» cevoir : il suffit que je sois républicain. » M. de Rohan ne voulut pas donner son adresse à Pépin.
Celui-ci , interrogé plus tard sur ce récit de Fieschi , a déclaré que le prince Charles de Rolian était en effet venu deux fois chez lui , pour le voir, dans le courant du mois d'avril dernier, et ne l'avait rencontré qu'une fois. L'origine et l'histoire de leurs relations était toute simple : Pépin, auquel il avait été accordé divers brevets d'invention, en avait, entre autres , obtenu un pour la décortication des légumes secs -, il fit annoncer sa découverte dans iesjournaux. Le prince de Rohan lui demanda des produits de sa manufacture , et eut occasion d'en faire placer une certaine quantité en Suisse , où il demeurait. Une correspondance assez amicale s'établit entre eux , à ce sujet. Déplus, Pépin voulant obliger, il y a environ deux ans , un ancien grenadier au i6« régiment de ligne, le recommanda et l'adressa, en Suisse, au prince de Rohan. Ce soldat avait servi dans la garde municipale , et il était obligé de sortir de France , parce qu'il s'était compromis; Pépin paya son voyage. La visite du prince de Rohan n'était que de pure ciwlité. Il n'existait entre Pépin et lui aucune relation politique.
Au reste , tout ce qu'avait rapporté Fieschi au sujet de la lettre destinée à M. G. de Damas , et des relations de famille du prince de Rohan , se trouve confirmé, quoique d'une manière indirecte, par les hésitations, les demi-aveux^ et même les demi-dénégations de Pépin. Il a prétendu , néanmoins, en parlant de la lettre , « qu'il ne savait pas qui diable lui M avait donné cette commission. »
La dame Pépin est convenue, comme son mari, des deux visites que le prince Charles de Rohan au-
rait faites à Pépin, le printemps dernier ; il n'a vu Pépin qu'une fois, pendant une demi-heure tout au plus ; la dame Pépin était présente à une grande partie de Tentretien-, il roulait alors sur la mécanique.
Il a été vérifié que , le lo août 1824, ^J- ^^ prince Charles de Rohan-Rochefort avait pris , à l'ambassade de France en Suisse, un passe-port pour Augsbourg, et que, pendant le pi'intemps dernier, il était venu à Paris au moyen de ce passe-port , qui a été visé le 1 1 mai i835 , au ministère des affaires étrangères. Ce voyage paraît avoir été déterminé par des motifs purement domestiques. M. le prince de Rohan , après avoir habité pendant plusieurs années une maison de campagne aux environs de Yevey, est actuellement établi dans cette ville. Il est de retour dans son domicile depuis le commencement de septembre , et il a repris ses occupations habituelles. On assure qu'il partage son temps entre des expériences pour ja carbonisation de la tourbe, le creusement des puits artésiens et les jouissances matérielles de la vie.
11 paraîtrait que M. le prince de Rohan-Rochefort, dont les opinions et la conduite , à l'époque de notre grande révolution , auraient entièrement différé de la conduite et des opinions des autres personnes de son nom, a peu de relations avec sa famille. Ou assure même qu'il allie, à un sentiment de prédilection pour la branche aînée de la maison de Bourbon, des idées républicaines. Ses fds habitent la Bohême.
Le gouvernement du canton de Vaud ne s'est jamais cru obligé de surveiller sa conduite. Aucune circonstance ultérieure de l'instruction n'a rappelé le nom du prince Charles de Rohan, ni attiré l'attention des magistrats instructeurs sur sa personne.