‹ Procès de Fieschi et de ses complices, devant la Cour des pairsChapitre 43 sur 71 · NOUVELLES REVELATIONS · texte numérisé non relu

NOUVELLES REVELATIONS

Après s'être procuré ces garanties pour sa sûreté personnelle, Fieschi continua le cours de ses révélations. Il déclara qu'outre la somme qui représentait le prix des canons de fusil, Pépin, depuis le mois de mars, pourrait lui avoir donné, en différentes fois, quarante francs pour ses dépeuses personnelles, et lui avoir fourni à crédit pour environ vingt francs de marchandises. Aux approches du jour où devait se consommer l'attentat. Pépin, Morey et Fieschi voulurent régler leurs comptes; car il paraît que Morey, quoiqu'il ne fût pas riche et que ses affaires fussent embarrassées, devait supporter la moitié de la dépense. Ils entrèrent dans des détails minutieux, et Fieschi en a conservé, à ce qu'il paraît , un souvenir bien exact. Morey fit observer qu'il avait déjà remis vingt francs à Fieschi, soit pour l'achat de la malle, soit pour les arrhes des canons de fusil; que de plus il avait fourni à Pépin un harnais, ou un autre objet de sellerie ou de bourrellerie^ du prix de vingt-cinq francs, et enfin, qu'il avait avancé dix à douze francs à Fieschi pour diverses dépenses : il demanda qu'on lui imputât celte somme sur ce qu'il resterait devoir. Cette espèce d'apurement de comptes eut lieu, dans

la conférence que nous avons signalée comme s'étant tenue entre Morey, Pépin et Fieschi, près des arches du pont d'Austerlitz, le i5 juillet, à huit heures du soir.

Pépin savait compter, et même, si Ton en croit Fieschi, Boireau lui reprochait de n'être pas généreux, et de ne savoir otTrir dans l'occasion, ni un yerre de vin, ni une pièce de cent sous 5 aussi, quelques jours après, voulut-il contrôler le compte de Morey : il lut à Fieschi le montant des diverses sommes que Morey prétendait avoir payées à Fieschi, pour s'assurer si celui-ci les avait réellement reçues.

Pépin avait proposé à Fieschi de comprendre la somme de vingt francs, qui représentait les fournitures à crédit faites à ce dernier par le magasin de l'épicier, dans la somme totale des frais de l'entreprise. Fieschi prétend qu'il s'yrefusa'et qu'il remit à se libérer de cette somme lorsque Janot serait de retour et lui aurait remboursé ce qu'il lui devait. La note de ces comptes devait se trouver, suivant Fieschi, dans un livre de commerce tenu par la dame Pépin, où elle écrivait les crédits qu'elle faisait à diverses personnes ; ce livre était couvert de papier bleu gommé.

Les livres de commerce de Pépin ont été saisis, notamment cette espèce de livre-journaî ou de maincourante. On y a trouvé l'indication de diverses livraisons de comestibles ou d'eau-de-vie faites à crédit, comme l'avait dit Fieschi, âu peintre et même au barbouilleur. Un article, à la date du 6 mars, est ainsi conçu : Le barbouilleur, ami de M. Morej, doit, etc., et d'autres articles subséquens portent cette indication: Le peintre en papiers doit. Ces crédits^ non compris un prêt de 5 francs également inscrit

sur ces registres, faits au même personnage, montent à i4 francs gS centimes.

Cette vérification a eu lieu en présence de Pépin et de Fieschi. Ce dernier a énumëré dans le plus grand détail toutes les sommes qu'il assure avoir reçues de Pepin^ soit directement, soit par l'entremise de Morey, y compris les i5 francs que Pépin lui au- . rait remis, dans le chantier même oi^i l'achat avait eu lieu, pour solder le prix des pièces de bois qui devaient servir à la construction de la machine. Pépin a continué à tout nier j il a répété qu'il n'avait jamaisremis à Fieschi aucune somme de loo fr., de i5ofr., ou au-dessus. Fieschi a affirmé de nouveau qu'on devait trouver sur un livre, celui sur lequel sont inscrits les crédits faits à tout le monde, au haut et au milieu d'une page, un article conçu à peu près comme il suit: Donné à M. Bêcher i5o francs 5o centimes, ou 218 francs 5o centimes, et que Pépin avait écrit cela en sa présence.

Alors M. le président a représenté à Pépin la dernière feuille d'une des mains-courantes tenues par sa femme, sur laquelle on lit distinctement, au haut et au milieu d'une page, deux lignes de la main de Pépin, réunies par une accolade, derrière laquelle sont totalisées les deux sommes exprimées dans ces deux lignes. Quoique le tout soit couvert d'une large rature^ la transparence de la dernière encre et la noirceur de la première laissent très-bien lire :

Plus, pour bois, loyer. 68 f. 5o c.

MT) , , ^ \ ensemble 218 f. 5o

. JBecher i5o 00

Pépin a déclaré que cette écriture ressemblait assez à la sienne, mais qu'il ne pouvait affirmer que ce fût la sienne. L'identité d'écriture ressort cependant de la comparaison facile à faire de divers au-

très articles écrits de la main de Pépin, Pépin a prétendu que, dans tous les cas, il n'était pas vrai que ces sommes eussent été données à tieschi pour un usage comme cela. II s'est réservé de dire plus tard et quand il s'en souviendrait, pour quel objet ce compte avait été fait. ïl ne faut pas perdre de vue que cette somme de 210 fr. 5o cent, se trouve portée jusqu'à trois fois sui le carnet de Fieschi -, celui-ci a déclaré que les i5o fr. s'appliquaient à l'achat de son mobilier et au paiement du premier demi terme de son loyer, et les 68 fr. au paiement du second demi-terme , à l'achat des pièces de bois et à l'acquit de la façon de ce bois.

11 a été reconnu par Pépin qu'il réservait toujours quelques pages à la fin de ses mains-courantes, pour y inscrire confusément , et sans ordre chronologique, les choses dont il voulait garder le souvenir et qui ne se rapportaient pas à ses alfaires journalières.

Il s'est montré depuis Irès-peiné d'avoir reconnu ses registres, sans s'être préalablement assuré qu'ils ne contenaient rien qui vint à l'appui des accusations que Fieschi a portées contre lui. En général, il s'est toujours montré préoccupé de la crainte de se compromettre par ses réponses. Dans son ignorance des affaires et dans sa défiance des hommes , il proteste sans cesse contre toute induction que l'on pourrait tirer, à son préjudice, de son impuissance à expliquer un article de compte, d'ailleurs raturé , qu'il ne peut s'expliquer à lui-même.

Selon Fieschi , Morey et Pépin lui avaient demandé, avant qu'il louât so.u appartement, un aperçu des dépenses qu'entraînerait leur coupable entreprise-, il l'avait portée à un peu plus de 5oo francs. Pépin avait écrit le détail de ce compte sur une feuille

de papier hors de la présence de Fieschi -, mais il lui montra ce calcul lorsqu'ils vérifièrent ensemble les à-comple répétés par Morey. On a trouvé chez Pépin une feuille de papier oii sont inscrites diverses sommes montant ensemble à 5i5 francs. Quoique la somme fût approximative de celle quil avait reçue, Fieschi, ne voyant point figurer dans l'addition les sommes qu'il avait reçues, soit pour ses dépenses personnelles, soit pour loyer, a déclaré qu'il ne reconnaissait point cette feuille pour le compte que Pépin avait discuté avec lui.

EXPÉRIENCES SUR UlTSIMULACRE DE MACB^NE INFERNALE ) PAR FIESCHI MORET ET PEPIN.

Entre le 1 5 et le 20 juillet, Pépin, Morey et Fieschi allèrent, si l'on en croit ce dernier, déjeuner ensemble hors la barrière de Montreuil, chez un restaurateur nommé Bertrand, dont Fieschi fréquentait l'établissement pendant qu'il travaillait à la manufacture de papiers peints de Lesage. La femme de ce restaurateur et une servante font ordinairement le service de la maison. Il paraît cependant qu'il prend un garçon les jours de fêtes, pour leur servir d'auxiliaire. Pépin, Morey et Fieschi demandèrent une bouteille de vin biancj on leur apporta du vin rouge : ils firent réparer cette méprise , et déjeunèrent avec du fromage et du pain. Il paraîtrait que Fieschi et ceux qu'il désigne comme ses complices n'étaient pas d'accord sur la manière dont il fallait mettre le feu à la macMne infernale. Fieschi soutenait qu'il fallaitl'ailumer parle milieu; et, pour prouver sa thèse, il demanda qu'on fit une expérience j c'était là le but de la réunion de ce iour. Us allèrent

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dans les vignes , du côté du cimetière du Père-Lachaise. Fieschi mesura sur le terrain une ligne de 33 pouces; c'était la longueur présumée de la machine; il fit une traînée de poudre sur cette ligne. Pépin avait apporté un briquet phosphorique ; il alluma une allumette et se mit en devoir de mettre le feu; mais il se tenait à une telle distance, en tendant le bras et allongeant le corps , qu'il était impossible qu'il atteignît la traînée ; alors Fieschi lui arracha l'allumette et l'appliqua au milieu de la traînée de poudre, qui s'enflamma tout à la fois : dès lors , ils furent tous persuadés que la chose réussirait comme ils pouvaient le désirer.

Il y avait peu d'apparence que Morey et Pépin avouassent qu'ils avaient pris part à une expérience de cette nature ; ils l'ont nié et se sont montrés indignés d'une telle inculpation. Maison pouvait vérifier si la réunion avait eu lieu. Fieschi a reconnu le restaurateur Bertrand ; celui-ci ne l'a point reconnu. La dame Bertrand et sa servante ont reconnu Fieschi pour l'avoir vu plusieurs fois, durant le cours de l'année , venir prendre son repas du matin dans leur guinguette. Toutes les deux ont reconnu Blorey, mais sans pouvoir afïirmer oii elles l'avaient vu. Ni Bertrand, ni saferame,nisa servante, n'ont gardé le souvenir du déjeuner dont parle Fieschi, malgré les circonstances qu'il a révélées.

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